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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Kevin Folta, Borlaug Ag Communications Award 2016, explique pourquoi ce prix compte autant pour lui

22 Avril 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #OGM

Kevin Folta, Borlaug Ag Communications Award 2016, explique pourquoi ce prix compte autant pour lui

 

Kevin Folta*

 

Kevin Folta, professeur agrégé de sciences horticoles. Photo UF/IFAS par Tyler Jones.

 

 

La nouvelle que le CAST Borlaug Agricultural Communications Award 2016 m'a été décerné a ajouté une nouvelle séquence remarquable à la dynamique émotionnelle, très chahutée, des douze derniers mois. Célébrer, souffrir ; danser, pleurer ; être blessé, guérir. Quitter, recommencer, rafraîchir, se retirer. Faire mousser, rincer.

 

En août et septembre 2015, je lisais avec incrédulité que je faisais partie du « petit cercle » de Monsanto, que j'étais un de leurs « conseillers stratégiques » avec des « liens étroits », que « je me suis fait payer pour mentir au sujet de la science » et que j'ai « utilisé des fonds non divulgués pour contrecarrer les efforts pour l'introduction d'un étiquetage ». J'ai lu les sites, j'ai lu les articles. La personne dans mes lectures n'était pas la personne dans mon miroir.

 

Mais à l'heure de l'Internet, la personne dans le miroir ne peut que subir le joug imposé par l'individu le plus tordu. Vous devenez ce qu'ils décident que vous êtes. Vous perdez le contrôle de votre propre personnage – qui est laissé à la merci de ceux qui veulent vous détruire.

 

 

« L'homme peut et doit désormais conjurer la tragédie de la famine, et non chercher simplement, en se payant de quelques pieux regrets, à recueillir les épaves humaines victimes de la famine, comme il l'a fait si souvent. Nous serons coupables de crimes par omission, sans la moindre circonstance atténuante, si nous n'empêchons pas à l'avenir les famines. L'humanité ne peut tolérer plus longtemps ce crime. »

 

Norman Borlaug, Prix Nobel de la Paix, Plaidoyer pour le DDT et autres pesticides

 

 

Vous ne pouvez rien faire si vous êtes un scientifique du secteur public largement inconnu, sans grande visibilité sur les réseaux sociaux. Les adversaires ont de l'argent, les médias, le personnel, et une mission ; et, dans les médias, ils ont accès à certains des mégaphones les plus puissants de la Nation.

 

Peu importe que ce soit vrai ou on. Google raconte l'histoire que le U.S. Right to Know, Paul Thacker, Charles Seife, Eric Lipton, Brooke Borel, Allison Vouchnich, et beaucoup d'autres veulent voir racontée : Kevin Folta, 29 ans dans des laboratoires publics, déployant une recherche financée à presque 100% par des sources publiques, est un « lobbyiste d'entreprise » et un « apologiste de Monsanto », c'est-à-dire plus précisément quand il ne conspire pas avec des entreprises de relations publiques pour intimider des jeunes filles de 15 ans. Ces mots ont été écrits dans des endroits bien visibles pour qu'ils soient joyeusement saisis et propagés par des organisations militantes déterminées, au minimum, à détruire ma crédibilité, et, dans le meilleur des cas, ma carrière de chercheur.

 

Des organisations activistes comme Natural News, GMO Free USA et GM Watch se sont délectées quand des auteurs de bonne réputation ont fabriqué ces contes en alignant des mots soigneusement choisis tirés de mes courriels, lesquels ont été publiés avec délice après avoir été obtenus dans le cadre des lois sur les documents publics. Elles ont gobé les récits fabriqués par des journalistes légitimes et les ont tordus pour infliger le plus de dommages possible.

 

 

Gary Ruskin, de USRTK, s'est donné 12 minutes avant d'essayer de projeter son venin sur cette marque de reconnaissance. Il a mis en lien la pièce maîtresse qu'il avait commandée quand il a envoyé mes courriels à Eric Lipton, au New York Times, avec une histoire à raconter. Huit mois ont passé et tout le monde sait maintenant que c'était une tentative minable de nuire à un chercheur du secteur public.

 

 

Les trolls sur Internet, et même des professionnels comme Ena Valikov, ont fouillé dans mes communications en ligne et ont saisi toutes les occasions de s'en prendre à mes sentiments avec des interprétations vicieuses. J'ai sauvegardé le tout ; il y en a plus d'un millier.

 

Je me souviens qu'en septembre dernier, j'étais en larmes, assis avec Brooke Borel, une écrivaine que j'avais vraiment appréciée, la suppliant de ne pas monter en épingle un podcast parodique de la comédie Coast to Coast AM, sachant que l'Internet allait me punir sévèrement pour quelque chose qui, avec le temps, se révélerait totalement insignifiant. Pourtant, elle l'a fait, avec : « Confessions d'un apologiste de Monsanto », un titre accrocheur qu'elle a modifié par la suite, peut-être après qu'un calcul moral l'ai finalement emporté. Je ne lui pardonnerai jamais. J'espère pour elle qu'elle l'a fait contre un gros chèque.

 

 

Le mal était fait.

 

Ceux qui voulaient vraiment ma chute ont publié mon adresse et mes numéros de téléphone. Mon numéro de téléphone du bureau a dû être changé, et les messages ont été réacheminés à la police et à la Domestic Terrorism Task Force. Mes comptes de messagerie ont connu de nombreux cas de « logins excessifs ». Une fois, ma porte de bureau normalement fermée était ouverte, et la police a été appelée pour vérifier qu'il n'y avait pas de bombe ni de piège. Un paquet a été envoyé sans adresse d'expéditeur et on l'a laissé à l'extérieur pendant des semaines, sans l'ouvrir, jusqu'à ce que j'eusse découvert qu'un ami m'avait juste envoyé un livre. J'ai dû faire défiler des milliers de pages sur Craigslist [un site web offrant des petites annonces ainsi que des forums de discussion sur différents sujets] pour trouver, et supprimer, les annonces dans ma communauté qui suscitaient la violence à mon égard, avec indication de mon adresse et de mes numéros de téléphone. C'est ça, ce que l'US-RTK et sa clique de journalistes complices ont provoqué : leurs récits fabriqués ont alimenté la diffamation d'un chercheur du service public, ainsi que des menaces et des manœuvres de harcèlement. Cela continue encore à ce jour.

 

Mes travaux sont toujours là, incontestés et toujours salués par la communauté scientifique. Mais les distinctions pour le mentorat des étudiants, le suivi des postdocs, le travail d'édition pour faire avancer la science, et les services rendus sans fin, sept jours sur sept, toute la journée, tous les jours, ne sont tout simplement pas aussi excitantes, ne suscitent pas autant d'intérêt dans le public que l'histoire du traître, du lobbyiste, du vendu avec un alter ego, qui prend l'argent des entreprises pour mentir sur la science.

 

Tout cela, toutes ces critiques, était dirigé contre moi, ma personne. Il n'y avait pas l'ombre d'un acte répréhensible, et absolument aucune preuve d'inconduite scientifique, malgré tout ce que certains des auteurs insinuent. Pas un seul indice.

 

J'ai appris beaucoup de choses sur ce que j'aurais pu mieux faire. J'ai pris des mesures pour être agressivement transparent. J'ai fait des efforts de modération dans le ton et pour être un meilleur leader. Je continuerai.

 

Mais vivre en tant que moi-même, sachant que la perception de qui je suis est entre les mains de personnes horribles qui veulent détruire ma carrière, et qui utilisent les médias pour me détruire personnellement... personne ne peut gérer cela.

 

Je n'ai pas pu gérer cela. Et cela m'a changé. J'ai souffert de brusques accès d'anxiété et de désir de tout plaquer, entrecoupés de dépressions dévastatrices. Je me suis laissé aller, j'ai laissé tomber mes habitudes presque religieuses de gymnastique et mon intérêt pour l'exercice physique. Tout m'était indifférent, et je ne suis toujours pas complètement rétabli.

 

Un jour, en septembre, j'étais assis dans un avion en route pour une de ces destinations autre que ma ville, et je me souviens avoir ruminé : « Si cet avion devait s'écraser, ce serait bien pour moi. »

 

Je craquais tout le temps. Quand je donnais une conférence sur mon travail, je me sentais oppressé quand je devais décrire une expérience astucieuse, et je devais m'arrêter et reprendre contenance avant de projeter une image des scientifiques de mon laboratoire, des professionnels agréables et dévoués avec lesquels je suis si heureux de passer mes journées. Je l'aurais quitté, ce laboratoire, si ce n'avait pas été avec eux, pour la faculté, que je travaillais ; et pour une mission plus grande, celle de servir les intérêts agricoles de mon État et de la Nation.

 

Cela m'a changé. Mes cheveux ont commencé à grisonner et j'ai vieilli de dix ans dans la dernière année. Ma respiration est lente et peu profonde, je ne dors pas bien. Ma mémoire flanche. Le prix a été lourd.

 

Mais je porte un masque convaincant. Pendant tout ce temps, je n'ai pas manqué un événement au travail. Nous faisons une bonne recherche, nous publions, je parle dans tout le pays sur la recherche et la communication scientifique. Je gère en tant que président les affaires d'un département de premier plan dans notre discipline.

 

Je réponds à presque tous les courriels d'élèves et d'étudiants qui préparent un rapport. Je réponds aux courriels des mamans inquiètes. Je lis et j'essaie de répondre à tous les commentaires sur ma page publique Facebook et sur Twitter.

 

Je l'ai fait, je le fais, mais je traîne une ancre. Je peux le sentir.

 

D'autres disent, « qu'ils aillent se faire... qui se soucie de ce qu'ils pensent », et je le comprends. Mais savoir qu'il y a encore des gens méchants qui posent des mines sur mon chemin et saccagent ma réputation, c'est difficile à vivre.

 

Ensuite, au cours du dernier mois, mon université a remis un autre énorme paquet de mes courriels au US-RTK et à la Food Babe, Vani Hari. Je les ai parcourus : rien d'excitant. Pourtant, je suis là, assis à attendre de voir de nouvelles explosions à travers les réseaux sociaux sur mes maux allégués et autres indiscrétions, de voir de nouvelles histoires fabriquées de tout pièce et qui sont pures inventions ; mais cela fait maintenant partie de mon histoire.

 

Tout au long de cette épreuve, il y a eu des rayons de soleil. Je reçois un soutien sans faille d'une communauté en ligne de passionnés de sciences qui réagissent rapidement et offrent leurs pensées. J'ai vu des scientifiques comme le Dr Allison Van Eenennaam et mes collègues, ici, à l'Université de la Floride se lever et condamner les ad hominem que je subis. Les Drs. Steven Novella et David Gorski ont écrit de brillantes réfutations et de nombreux commentaires de soutien. On m'a ouvert les colonnes de tant de bons forums pour raconter la vraie histoire, comme Prism Podcast, Skeptic’s Guide to the Universe, Atheistically Speaking, et bien d'autres. S'il n'y avait pas eu ce soutien, je ne serais plus dans la science aujourd'hui.

 

Voilà pourquoi être récompensé par le Borlaug Agricultural Communications Award est tellement incroyable. C'est un rappel que ce que je fais est bien. Il m'aide à reconstruire ce récit de ce que je suis vraiment, de poster une autre histoire dans l'espace social, une histoire qui réfute la cyber-diffamation des Food Babes et autres Health Rangers.

 

Voilà pourquoi cette reconnaissance a une si grande signification.

 

Lorsque le soleil se couchera sur ce gâchis, tout ira bien. Le temps fera son œuvre, l'avenir sera meilleur. L'annonce d'aujourd'hui [21 avril 2016] fait partie de ce processus de reconstruction. Je dois surmonter tout cela pour être plus efficace, plus transparent, plus prolifique. Je dois trouver un nouveau niveau de service, tant dans la communauté scientifique et qu'aux yeux du public. C'est en train de se faire.

 

Il me semble que, de tout cela, on puisse déduire que les attaques invasives et diffamatoires des activistes m'ont fourni une visibilité et une plate-forme que je n'aurais jamais pu avoir autrement. Peut-être que ce sera une bonne chose. Au cours des derniers mois, je me suis senti dans un changement de dynamique et, aujourd'hui, je peux dire que les choses ont en effet commencé à changer.

 

Le temps fera son œuvre. Je ne cesse de me répéter que le temps fera son œuvre.

 

_______________

 

* Kevin Folta est professeur et président du Département des sciences horticoles de l'Université de Floride, Gainesville. Ses recherches portent sur la génomique fonctionnelle des petits fruits, la transformation des plantes, la base génétique des saveurs, la photomorphogenèse et la floraison. Il a également écrit de nombreuses livres et publications, le dernier étant « Genetics, Genomics, and Breeding of Berries ». Il est sur twitter @kevinfolta.

 

Source : http://kfolta.blogspot.fr/2016/04/why-this-recognition-means-so-much.html

 

Également :

 

https://www.geneticliteracyproject.org/2016/04/21/kevin-folta-wins-2016-borlaug-ag-communications-award-explains-why-award-matters-to-him/

 

 

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un physicien 22/04/2016 17:55

Le vrai visage des "braves gens"...
Félicitations au lauréat

Seppi 28/04/2016 09:44

Bonjour,

Et si vous lui adressiez vos félicitations sur sa page ?