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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Des scientifiques au service du lobby américain du bio » sur Agriculture et environnement

28 Avril 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #Agriculture biologique

« Des scientifiques au service du lobby américain du bio » sur Agriculture et environnement

 

(Glané sur la toile 76)

 

 

"La bio" pour les naïfs et les crédules !

 

 

C'est une superbe enquête – qu'on trouvera ici. Elle ne demande qu'à être approfondie et étendue. Car il n'y a pas que le lobby américain. En fait, il y a une sorte d'internationale bio, un biomintern.

 

Le premier personnage à apparaître dans cet écheveau dont notre ami Gil Rivière-Wekstein a démêlé quelques fils est Carlo Leifert, avec ses deux nouvelles études... réalisées avec l'« appui » de Lord Peter Melchett, directeur des politiques de la Soil Association, le lobby du bio britannique, et l'« appui financier et technique du Sheepdrove Trust ». Un trust dont il est précisé dans un des papiers – mais pas dans l'autre – qu'il « finance la R&D indépendante soutenant le développement d'une agriculture et de systèmes alimentaires biologiques et durables ». Mais qu'on se rassure : il est aussi précisé dans cet article – mais pas dans l'autre – que le trust n'a eu aucune « influence » sur le projet. Des choses, en somme, que nous avions déjà analysées dans « Aliments "bio" : ils sont beaux, les biais » sur le site Imposteurs.

 

Carlo Leifert, nous en avons aussi parlé sur ce site, notamment dans « Les relations d'affaires entre "bio" et "ONG"... et recherche militante... et Commission européenne ».

 

M. Leifert avait obtenu l'équivalent de 120.000 dollars pour faire la promotion de la première « étude » (sur les produits végétaux) en Grande-Bretagne et sur le continent. Commentaire de 'Mem Somerville' sur le site Genetic Literacy Project :

 

« Et c'est pourquoi je ne cesse de répéter que nous ne nous battons pas sur la science ici. Nous avons affaire à des équipes aguerries de marketing. Ce n'est pas le genre d'activité que les chercheurs pensent mener. C'est du Calvinball bio [dans Calvin et Hobbes, le jeu dont les règles sont inventées et modifiées en cours de jeu]. »

 

La rédaction et les signatures de pétitions sont aussi une source d'informations intéressantes sur la galaxie des militants chercheurs. Pour M. Leifert, voir notamment ici et, pour la lettre elle-même, ici.

 

 

Tout à droite, Charles (Chuck) Benbrook.

 

 

Charles Benbrook a été un grand sujet sur ce site, notamment dans « Benbrook s'en va-t-en guerre (ou peut-être plus...) – L'« information » sur les relations entre scientifiques et industrie » et « Le New England Journal of Medicine, Chuck Benbrook et les conflits d'intérêts » (ce dernier billet évoque aussi le cas de Philip Landrigan). Ce qui est remarquable, c'est que M. Leifert ait pu coopter M. Benbrook pour ses deux dernières « études » (ici et ici) vantant les mérites du bio (grâce à une méta-analyse tendancieuse de publications qui sont elles-mêmes en grande partie tendancieuses) malgré les énormes liens d'intérêts de M. Benbrook et, surtout, leur mise au jour ; et évidemment sans les évoquer.

 

 

Screen Shot 2016-02-16 at 8.14.22 AM

La différence ? S'il y en a une, elle est essentiellement due à l'alimentation, largement indépendante du mode -- conventionnel ou bio -- de production

 

 

Du reste, L'Union européenne ne s'inquiète-t-elle pas de voir qu'elle est remerciée dans ces deux « études » pour un financement dans le cadre du projet FP6-FOOD-CT-2003-506358 qui s'est normalement conclu en... 2009 ? N'y a-t-il pas là un abus de remerciements destiné à donner plus de lustre à ces deux articles ?

 

On rappellera aussi que M. Benbrook a contribué à une campagne de Greenpeace contre les OGM en Europe.

 

La Biotech Gallery de Genetic Literacy Project consacre un long article à M. Benbrook. Édifiant !

 

 

Le Center... largement financé par le lobby du bio

 

 

L'enquête de M. Gil Rivière-Wekstein est particulièrement fouillée sur la nébuleuse du bio états-unien.

 

« The Organic Center – écrit-il – a pour mission de réaliser ou de recenser des études favorables au bio, ou, encore mieux, des études défavorables au conventionnel. »

 

Surprise ! Surprise ! On trouve un John Reganold qui a eu un financement « pour enquêter sur les différences entre des fraises bio et des fraises conventionnelles du point de vue de la qualité nutritionnelle, du goût et de la teneur en résidus de pesticides. » Son produit, c'est sans nul doute « Fruit and Soil Quality of Organic and Conventional Strawberry Agroecosystems ». Sans surprise, les auteurs ont trouvé que les fraises bio étaient de meilleure qualité et que les « sols de meilleure qualité pourraient avoir ("may have") une plus grande capacité fonctionnelle microbienne et résilience au stress »... comme si le conventionnel ne pouvait pas appliquer autant de matière organique que le bio. Mais qu'importe ; ce qui compte ici est que la source de financement n'est pas indiquée...

 

M. Reganold a fait de nombreux titres dans les médias complaisants en début d'année du fait de la publication dans Nature Plants de « Organic agriculture in the twenty-first century ».

 

Conclusion (attendue), du résumé :

 

« Les systèmes d'agriculture biologique produisent des rendements plus faibles par rapport à l'agriculture conventionnelle. Cependant, ils sont pesticide plus rentables et plus respectueux de l'environnement, et offrent des aliments tout aussi nutritifs, ou plus nutritifs, qui contiennent moins (ou pas) de résidus de pesticides, par rapport à l'agriculture conventionnelle... »

 

 

 

 

Il y a cependant un bémol :

 

« ...aucune approche ne va à elle seule nourrir la planète en toute sécurité. Au contraire, il faut une combinaison de systèmes biologiques et d'autres systèmes innovants... »

 

On ne le sait pas assez, mais le système biologique dépend dans une large mesure de la matière organique produite par les systèmes... conventionnels.

 

Schéma de droite : d'où vient l'azote des engrais et amendements, à votre avis ? Comment expliquer la flèche flèche horizontale du bas, plus épaisse, indiquant le retour de matière organique au sol alors que les rendements -- et, partant, les résidus -- sont inférieurs ? La fixation biologique d'azote, ce n'est vrai que si la rotation inclut des cultures de légumineuse (qui ne sont pas l'apanage du bio).

Schéma de droite : d'où vient l'azote des engrais et amendements, à votre avis ? Comment expliquer la flèche flèche horizontale du bas, plus épaisse, indiquant le retour de matière organique au sol alors que les rendements -- et, partant, les résidus -- sont inférieurs ? La fixation biologique d'azote, ce n'est vrai que si la rotation inclut des cultures de légumineuse (qui ne sont pas l'apanage du bio).

 

 

En juin 2015, c'était « Financial competitiveness of organic agriculture on a global scale » qui trouvait que l'agriculture biologique était, en résumé, de 22 à 35 % plus profitable que l'agriculture conventionnelle malgré des rendements inférieurs de 10 à 18 %. Les auteurs ont déclaré une absence de conflits d'intérêts...

http://www.fao.org/Newsroom/fr/news/2007/1000726/index.html

http://www.fao.org/Newsroom/fr/news/2007/1000726/index.html

 

Le conseil scientifique de The Organic Center comprend aussi Catherine Badgley, professeur au sein du département d'écologie et de biologie évolutive de l'Université du Michigan. Elle est mondialement connue comme l'auteur d'une « étude », « Organic agriculture and the globalfood supply » qui prétend démontrer que l'agriculture biologique peut nourrir le monde (et bien plus). Quand on lit : « La FAO a dit... », il faut entendre essentiellement : « Catherine Badgley... »

 

Une "trade association", en langage alter et anty, c'est un lobby.

 

Enfin, l'article d'Agriculture et environnement nous apprend que ce conseil d'administration comprend aussi un certain... Gilles-Éric Séralini. Qu'on se rassure : cela ne crée aucun lien d'intérêts.

 

 

Un autre article incontournable sur A&E : « Foodwatch : une nouvelle structure au service de l’écologie ».

« Des scientifiques au service du lobby américain du bio » sur Agriculture et environnement

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TANOH Arsène 07/05/2016 06:56

Je suis fier et rassuré que de l' autre bout du monde il ya encore des personnes engagées dans la préservation de ce nous reste d' humanité. Je souhaite avoir plus amples informations pour un financement de mon exploitation agricole 100% bio.
Je suis d' Afrique cote d'ivoire

Seppi 07/05/2016 09:06

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Pour les financements, vous n'êtes pas à la bonne adresse. Ni sur le plan financier, ni sur le plan philosophique.