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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

CRISPR/Cas : alerte au bio-terrorisme ? À la manipulation médiatique !

20 Avril 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #HCB

CRISPR/Cas : alerte au bio-terrorisme ? À la manipulation médiatique !

Le terrorisme "psychologique" n'inclut-il pas l'agitation de la menace terroriste ?

Le terrorisme "psychologique" n'inclut-il pas l'agitation de la menace terroriste ?

Démissions et besoin de médiatisation

 

Comme on le sait, sept entités représentées au Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) ont démissionné le 13 avril 2016 : les Amis de la Terre, la Confédération paysanne, la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique, France Nature Environnement, Greenpeace, le Réseau Semences Paysannes et l’Union Nationale de l’Apiculture Française.

 

Le HCB serait « aux mains des lobbyistes de l’agrochimie et des OGM ». Il y aurait eu une « censure par le HCB d’un avis scientifique divergent pointant les risques des nouveaux OGM » et il y a une « complicité du gouvernement ». Nous avons relaté quelques péripéties dans des articles précédents (ici, ici, ici et ici).

 

La lecture de la documentation laisse plutôt songeur. S'il faut résumer en une phrase, ce serait : c'est une opération de pression médiatique et politique pour imposer le classement des produits issus des nouvelles techniques génétiques comme des OGM. Avec le résultat que l'on sait dans une société qui valorise l'obscurantisme et l'immobilisme : leur exclusion de l'économie (sauf... pour les produits importés sous la contrainte économique, telle que l'obligation de nourrir le bétail, ou en vertu d'accords internationaux, librement consentis en leur temps).

 

 

Alerte au bio-terrorisme sur Atlantico

 

Il faut donc occuper l'espace médiatique, de préférence avec un discours anxiogène, et dans la durée. C'est ce qui ressort clairement d'un courriel qui a fuité.

 

CRISPR/Cas : alerte au bio-terrorisme ? À la manipulation médiatique !

Atlantico donne ainsi la parole à M. Frédéric Jacquemart, présenté comme le président du GIET (Groupe International d'Études Transdisciplinaires). M. Jacquemart est aussi un opposant déclaré aux OGM, avec une opinion tranchée sur la question des biotechnologies : « Il faut savoir renoncer à la course en avant technologique ».

 

La trame en bref : les nouvelles techniques, c'est la porte ouverte au bioterrorisme :

 

« On balance donc dans la nature des technologies aussi universelles : je comprends que la créatrice de cette technologie en fasse des cauchemars. A sa place, je n'aurai pas publié des choses pareilles. En tant qu'ancien chercheur en biologie, si j'avais découvert une chose de la sorte, nul doute que je j'aurai tout brûlé ! Car on est plus dans l'organisation avec le CRISPR/Cas9, mais bien en face de n'importe quoi ! Et du n'importe quoi dans un monde qui est organisé, c'est préparer le chaos. Jusqu'à présent, le n'importe quoi était confiné à cinquante OGM qui certes avaient un impact négatifs mais pour l'instant assez restreint. »

 

Et l'Union européenne s'apprête à déréglementer. Voici la réponse à la question : « Où en sont les négociations sur la régulation du CRISPR/Cas9 à l'Union Européenne et en France ? » :

 

« Une des conséquences de cette déréglementation de cette technique serait de se priver de tout regard sur la biologie de garage qui pourrait être faite en bas de chez nous, et donc au bioterrorisme ! On ne pourra pas lui interdire sa pratique, et ce qu'il fabrique ne sera pas évalué. C'est atterrant, d'autant plus qu'une nouvelle technique apparue récemment, utilisant les mêmes principes que CRISPR/Cas9, le forçat génatique et que tout le monde semble ignorer, vient rendre la chose encore plus dangereuse, quand bien même cette technique n'est pas efficace sur toutes les espèces. Le principe est que le gène devient invasif : il suffit de modifier quelques individus, et le gêne se rependra dans toute l'espèce. C'est ce qu'on essaye de faire sur les moustiques aujourd'hui. »

 

 

Atterrant !

 

Ce qui est atterrant dans cette rhétorique, c'est l'extraordinaire enfumage.

 

Non, il n'y a pas de volonté de « déréglementer » ou de « dérégulation ». Et non, la réglementation existante ne concerne pas l'utilisation des techniques, mais la dissémination dans l'environnement et dans les circuits commerciaux de produits issus de ces techniques. Et non, par définition, une réglementation d'activités légales ne suffit pas pour contrôler les activités clandestines, la « biologie de garage ».

 

S'agissant du premier point, une source d'information particulièrement proche à M. Jacquemart, Inf'OGM, dont il fut le président du conseil d'administration, écrivait en juin 2015 :

 

« ...interrogée en juin 2015 par l’association Corporate Europe Observatory (CEO), la Commission européenne a enfin été un peu plus précise quant à la procédure qu’elle souhaitait suivre. Selon les informations reçues, la Commission finalisera bien un document avant la fin 2015. Ce document, qui clarifiera l’interprétation que la Commission européenne fait de la définition d’un OGM selon la directive 2001/18 et donc visera à clarifier quelles techniques donnent des OGM ou non ».

 

Cette procédure est toujours en cours. Pour « déréguler », une interprétation ne suffira pas, et les opposants aux OGM le savent bien.

 

On peut aussi ajouter que le seul maître, in fine, de l'interprétation de la Directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 mars 2001 relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement et abrogeant la directive 90/220/CEE du Conseil est la Cour de justice de l'Union européenne. Cette observation s'impose ici vu que les opposants aux OGM veulent faire entrer les produits issus des « nouvelles techniques » dans le champ d'application de la directive, en quelque sorte manu militanti.

 

 

Où est l'éthique ?

 

 

« Ce type de technique ne pourrait plus être contrôlé par la société. On sait que des entreprises qui n'ont pour seul objectif que de faire de l'argent poussent à la dérégulation sans avoir le moindre regard éthique. On l'a vu avec le tabac, avec les pesticides et les médicaments : imaginons ce que cela pourrait donner avec cette « baguette magique » qu'ils prétendent brandir sur le monde ! C'est une bombe atomique que nous avons aujourd'hui entre les mains ! »

 

Où est l'éthique d'une revendication qui consiste, dans les faits, à interdire des techniques au motif qu'il y a des brebis prétendument galeuses, dans le monde de l'économie ? D'une comparaison avec le tabac (tiens, il n'y a pas l'amiante) ? Et avec les pesticides qui sauvent nos récoltes et notre alimentation, et les médicaments qui sauvent nos vies ?

 

On est dans le politique, guère reluisant, quand on lit :

 

« Le gouvernement français s’aligne systématiquement sur les revendications des lobbies. »

 

C'est tellement vrai que le gouvernement – les gouvernements successifs – a privé les agriculteurs, l'industrie agroalimentaire et les consommateurs des bénéfices des OGM ! Mais où est l'éthique dans :

 

« L'EHCB (lire : le HCB] a parlé de régulations mais essaye de faire passer l'idée qu'il ne s'agit pas d'OGM » ?

 

Parce que c'est manifestement, outrageusement faux.

 

 

Un peu de mesure, s'il vous plait !

 

Selon le titre de l'article, « CRISPR/Cas […] fait hurler tous les spécialistes ». Une telle affirmation, aussi gargantuesque, fait hurler de rire !

 

Il suffit de constater que de nombreux spécialistes sont enthousiasmés par les perspectives d'application et que beaucoup travaillent dessus. Les produits sont sur le marché.

 

D'autres s'inquiètent : « Les activistes occidentaux vont-ils bloquer l’application de la technologie CRISPR permettant de protéger des millions d’africains contre le paludisme ? » C'est sur l'excellent La Théière Cosmique.

 

Quant au bio-terrorisme et autres méthodes de lutte, il ne date pas d'hier. En 1346, au siège de la ville portuaire de Caffa, comptoir commercial génois, sur les bords de la mer Noire, en Crimée, les Mongols de la Horde d'or catapultaient les cadavres de leurs morts par-dessus les remparts pour infecter les habitants de la ville de la peste. L'empoisonnement des puits par des charognes ou des excréments doit remonter fort loin.

CRISPR/Cas : alerte au bio-terrorisme ? À la manipulation médiatique !

Il faut certes le prendre au sérieux, en tant que tel, et non l'instrumentaliser en tant que véhicule pour un projet politique et sociétal. CRISPR/Cas est un nouveau danger ? Certes, mais il y a loin de la réalisation en laboratoire à la mise en œuvre. Tout bien considéré – malheureusement les exemples récents le montrent – le terrorisme s'accommode fort bien des solutions rustiques.

 

Quant à instiller la terreur du bio-terrorisme par le biais des médias...

 

Instiller la peur... très efficace.

Instiller la peur... très efficace.

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