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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cessez d'abuser de la science pour faire peur

28 Avril 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Activisme

« Cessez d'abuser de la science pour faire peur ! »

 

« Le glyphosate, le vaccin ROR et la pseudoscience »

 

Matt Ridley*

 

 

 

Le Times a publié le 18 avril 2016 (derrière un péage) une formidable opinion de M. Matt Ridley. On la trouvera aussi sur son blog, sous le titre : « Glyphosate, the MMR Vaccine and Pseudoscience ». Nous publions ici ce formidable texte avec les deux titres car ils distillent des messages d'importance. Et nous le faisons avec grand plaisir, et avec l'autorisation de l'auteur.

 

 

 

La science, la plus grande réussite intellectuelle de l'humanité, a toujours été vulnérable à l'infection par la pseudoscience, qui prétend utiliser les méthodes de la science mais les subvertit en fait à la poursuite d'une obsession. La pseudoscience se spécialise, non pas dans l'élaboration de politiques fondées sur des preuves, mais sur la fabrication de preuves fondée sur des politiques. Aujourd'hui, cette infection se propage.

 

Deux exemples flagrants montrent à quel point il est facile de subvertir le processus scientifique. La campagne menée par Andrew Wakefield contre le vaccin ROR, récemment renforcée par le soutien de Robert De Niro, est de la pseudoscience.

 

 

C'est le cas aussi de la campagne contre le glyphosate (« Roundup »), un désherbant, qui a maintenant abouti à ce que le Parlement européen recommande une interdiction de son utilisation par les jardiniers.

 

Un grand dossier prétendant trouver des preuves que le glyphosate est « probablement cancérogène » a été publié l'an dernier par l'Agence Internationale de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui fait partie de l'Organisation Mondiale de la Santé. Que pourrait-il y avoir de scientifiquement plus respectable ?

 

Pourtant, le document repose en grande partie sur le travail d'un activiste employé par un groupe de pression, l'Environmental Defense Fund : Christopher Portier, dont le CIRC a omis par deux fois de divulguer le conflit d'intérêts. Portier a présidé le comité qui a proposé une étude sur le glyphosate et a ensuite servi comme conseiller technique de l'équipe du CIRC chargée du rapport sur le glyphosate, bien qu'il ne soit pas un toxicologue. Depuis, il a fait campagne contre le glyphosate.

 

 

L'étude du CIRC est sans conteste de la pseudoscience. Elle repose sur un petit nombre d'études soigneusement sélectionnées, et même ces études n'étayent pas sa conclusion. La preuve que le glyphosate cause le cancer chez les humains est particulièrement fragile, basée qu'elle est sur trois études épidémiologiques seulement, avec des facteurs de confusion et des populations de petite taille « en lien » avec le lymphome non hodgkinien (LNH). L'étude a ignoré l'étude américaine US Agricultural Health Study, qui a suivi quelque 89.000 agriculteurs et leurs conjoints pendant 23 ans.

 

L'étude [de De Roos, 2005] n'a révélé « aucune association entre l'exposition au glyphosate et toutes les incidences de cancer ou la plupart des sous-types spécifiques de cancer que nous avons évalués, y compris le LNH... »

 

De nombreuses autres études ont trouvé très peu de risques de cancer du fait de l'utilisation du glyphosate, mais le CIRC a argué qu'elles comprenaient des données produites par l'industrie. Eh bien, bien sûr qu'elles en incluaient, parce que nous demandons à juste titre que l'industrie, et non le contribuable, paie et fasse l'essai de ses produits pour en déterminer la sécurité, et rende publics les résultats. Le CIRC a semblé ignorer le travail de l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques, qui a géré le dossier glyphosate pour la Commission européenne, et qui a jugé le glyphosate sûr. Comme l'a fait l'Autorité européenne de sécurité des aliments, dont le directeur exécutif a accusé le CIRC et Portier de faire intervenir l'« âge Facebook de la science ».

 

Lorsque le rôle de Portier et les conclusions du CIRC ont été révélés par David Zaruk, qui blogue sous le nom de Risk-monger, la pression a commencé à s'exercer par le biais de nombreux groupes pour que son blog sur la science et la politique soit censuré.

 

L'éditeur EurActiv a été contraint de fermer l'ensemble du blog de Zaruk [avant de le restaurer, avec un article en moins] dans la semaine du vote du Parlement européen. C'est ainsibv que se comporte Big Green à Bruxelles, de manière routinière.

 

À doses égales, le glyphosate est moitié moins toxique que le vinaigre, et dix fois moins cancérigène que la caféine. Ce n'est pas que le café soit dangereux, mais les substances chimiques qu'il contient, comme celles dans pratiquement tous les légumes, sont dangereuses dans les tests de laboratoire à des concentrations ridiculement élevées. C'est précisément le cas du monoxyde de dihydrogène, si vous l'inhalez, le buvez à l'excès ou laissez sa forme gazeuse brûler votre peau (incidemment, il s'agit du H2O, de l'eau).

 

En outre, le risque, c'est la combinaison du danger et de l'exposition, un point ignoré par le CIRC. Si vous ingurgitez régulièrement du café, vous vous exposez au danger infinitésimal que représente la caféine. Si vous pulvérisez un peu de Roundup sur votre allée de jardin, vous ne vous exposez même pas au danger encore plus infinitésimal du glyphosate.

 

Le Roundup est probablement l'herbicide le plus sûr jamais produit, sans persistance dans l'environnement. Mais le Lobby Vert le déteste pour trois raisons. Il est tombé dans le domaine public et donc pas cher. Il a été inventé par Monsanto, une entreprise qui a eu la témérité d'apporter une contribution à la réduction de la famine et à la baisse des prix des denrées alimentaires grâce à l'innovation en agriculture. Et certaines cultures génétiquement modifiées ont été rendues résistantes au glyphosate, de sorte qu'elles peuvent être désherbées après le semis ou la plantation par pulvérisation, plutôt que par un travail du sol : c'est la culture sans labour, qui, incidemment, est manifestement plus favorable pour l'environnement.

 

Sous l'influence, au moins en partie, du rapport du CIRC, le Parlement européen a voté la semaine dernière [le 13 avril 2016] pour recommander à la Commission d'interdire immédiatement le glyphosate pour les usages « non professionnels » – c'est-à-dire aux jardiniers – et de l'autoriser pendant sept ans seulement pour les agriculteurs. Cependant, un mensonge a fait la moitié du tour du monde avant que la vérité n'ait eu le temps de mettre ses bottes [Winston Churchill] : déjà, les détaillants du monde entier éliminent le glyphosate de leurs rayons, Waitrose inclus.

 

La même chose est arrivée avec l'interdiction des pesticides néonicotinoïdes, qui a été imposée à Bruxelles par un tsunami de courriels de verts en colère, au mépris des avis scientifiques clairs selon lesquels les populations d'abeilles sont en augmentation et que les insecticides de substitution sont bien pires.

 

James Gurney, un microbiologiste qui blogue sur un site appelé the League of Nerds, décrit le niveau scientifique du rapport du CIRC comme étant « sur un pied d'égalité avec Andrew Wakefield, mondialement connu pour le lien allégué entre le vaccin ROR et l'autisme ».

 

Dans le cas de l'affirmation de M. Wakefield que le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) provoque l'autisme, les efforts pour rejeter la pseudoscience ont été largement couronnés de succès dans ce pays [au Royaume-Uni], mais pas avant qu'elle n'eût causé un préjudice réel. Les journalistes ont constaté que M. Wakefield avait omis de déclarer un financement par des avocats qui se préparaient à poursuivre les fabricants de vaccins et avait pris des échantillons de sang lors d'une fête de ses propres enfants ; d'autres recherches n'ont pas pu reproduire ses résultats. Son article a été retiré, et il a été radié du registre médical, le General Medical Council disant de lui qu'il était malhonnête et irresponsable. Mais son message tombe maintenant sur un terreau fertile aux États-Unis d'Amérique, où les épidémies de rougeole ont repris à cause de cela.

 

Dans ces deux cas, l'histoire accrédite la plausibilité superficielle des peurs. Les anciens pesticides étaient plus dangereux : le sulfate de cuivre (toujours utilisé comme fongicide par les agriculteurs «bio») est toxique ; l'insecticide DDT a fait disparaître les oiseaux prédateurs ; l'herbicide paraquat a été utilisé dans les suicides. Mais le Roundup est de loin, de très loin, moins dangereux que ceux-ci.

 

De même, les premiers vaccins comportaient des risques. Dans les années 1950, les vaccins contre la polio étaient cultivés dans des tissus de singe et ont été contaminés par SV40, un virus associé au cancer chez les singes. De nombreux enfants ont ainsi été contaminés par le virus. Heureusement, SV40 s'est révélé ni infectieux, ni cancérogène chez les êtres humains, mais c'était une menace finalement esquivée. Aujourd'hui, une telle contamination est impossible.

 

La pseudoscience est déjà assez terrible quand elle infecte les astrologues, les détenteurs de la vérité sur le 11 septembre et les producteurs d'agroglyphes. Mais quand ses symptômes apparaissent dans des organismes traditionnels, telle l'Organisation Mondiale de la Santé, il est temps de s'inquiéter.

 

_________________

 

*  Matt Ridley écrit principalement sur la science, l'environnement et l'économie. Il a produit plusieurs ouvrages, dont The Red Queen: Sex and the Evolution of Human Nature (1994), Genome (1999), The Rational Optimist: How Prosperity Evolves (2010) et The Evolution of Everything: How Ideas Emerge (2015). Il écrit aussi une chronique hebdomadaire pour The Times. Et le blog :

 

http://www.rationaloptimist.com/

 

Il est membre de la Chambre des Lords.

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