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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Trop n'est jamais assez » – surtout pour la bêtise

8 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Santé publique

« Trop n'est jamais assez » – surtout pour la bêtise

 

 

« Trop n'est jamais assez », c'est l'ouverture d'un article publié par Libération le 2 mars 2016, « Vous reprendrez bien un peu de bromopropylate ! »

 

Trop de bêtise n'est jamais assez !

 

 

Ce nom sonne bien, on retient

 

Prenons le titre : le bromopropylate, un acaricide antédiluvien (il a été examiné par la Réunion commune (FAO/OMS) sur les résidus de pesticides en 1973, puis en 1995), n'est pas inscrit à l'annexe I de la directive 91/414/CEE, donc pas autorisé en Europe. Idem pour le méfénoxam, cité dans le texte.

 

On voit tout de suite que les deux auteurs sont des experts !

 

 

La France championne d'Europe, franchement, ça commence à bien faire.

 

En tête d'article :

 

« La France est championne en pesticides avec 5,4 kg pulvérisés par an et hectare cultivable, contre 3 kg en moyenne en Europe. »

 

On peut se demander où les Dupond et Dupont du journalisme ont trouvé les « plus de 70 000 tonnes de "médicaments des plantes" épandus par an sur son territoire ».

 

 

L'utilisation de produits phytosanitaires dépend en grande partie (mais pas que) de la pression des ravageurs sur les cultures, et non d'un plaisir sadique des agriculteurs de polluer et d'empoisonner le bon bourgeois, ou de l'appât compulsif du gain des producteurs de produits de protection des plantes. Entre 2009 et 2012, le volume commercialisé a varié grosso modo entre 62.000 et 64.000 tonnes.

 

Une petite recherche sur internet – niveau débutant – montre que la surface agricole utile (SAU) de la France est de quelque 29 millions d'hectares. Les auteurs ont produit un chiffre de 28 millions dont on peut se demander d'où il sort (en tout cas pas de l'Agence Bio qu'ils citent – notons incidemment que pour arriver à 4,14 % de la SAU avec 1.118.190 ha en bio, surfaces en conversion comprises, l'Agence utilise une SAU totale de 27 millions d'hectares... comment faire gonfler 3,82 % à 4,14 %...).

« Trop n'est jamais assez » – surtout pour la bêtise

Convertir des tonnes en kilogrammes et diviser par des hectares ne devrait pas être trop difficile pour des journalistes – d'autant moins qu'on a des millions tant au numérateur qu'au dénominateur. Et qu'il existe des calculettes sur les ordinateurs. Ils se seraient aperçus que leurs 5,4 kg sont archi-faux. Avec les vrais chiffres, on est plutôt du côté de 2,2 kg (dont pas mal de cuivre et de soufre, utilisables et utilisés en bio). On m'a signalé que ces 5,4 kg pourraient dater de... 2001, d'il y a une décennie et demie, à condition de les rapporter aux terres arables (et non à la SAU) ; mais ça ne colle pas avec les autres chiffres.

« La France est championne... » ? Non, deuxième pour les volumes en 2012 ; huitième pour les quantités à l'hectare en 2013. C'est ce qui ressort par exemple des graphiques ci-dessous tirés d'une étude publiée sur le site du ministère de l'écologie.

« Trop n'est jamais assez » – surtout pour la bêtise
L'insupportable instrumentalisation des enfants

Le duo de plumes de fiel joue évidemment sur notre empathie pour les enfants :

« ...donner à ses poussins gloutons n’importe quel fruit ou légume 365 jours par an n’est pas sans quelques effets collatéraux. »

« Trop n'est jamais assez » – surtout pour la bêtise
De l'utilité des pesticides pour la santé publique

Ils ont raison sur le principe. Mais eux et les lecteurs de Libé devraient s'informer sur les dégâts causés par les toxines produites par les plantes attaquées par des ravageurs, par les ravageurs eux-mêmes, ou issues de mauvaises herbes. « Mycotoxines » ou « Datura » sont de bons mots clés pour commencer une séance de mise à niveau de la culture générale. Sinon, ils peuvent aussi chercher « ergot », « mal des ardents » ou « feu de Saint-Antoine ».

L'affaire du pain maudit de Pont-Saint-Esprit, ce n'était qu'en 1951. C'est peut-être de l'histoire ancienne pour des consommateurs qui n'ont plus, normalement, à se soucier de ce danger et qui, largement conditionnés par les mouvances activistes, reportent maintenant la peur alimentaire atavique sur les ombres de soupçons de résidus de produits phytosanitaires dans les aliments. Ce n'est plus un souci car les agriculteurs veillent, tout comme la filière agroalimentaire.

C'est avec ce genre d'exemple qu'on peut illustrer l'utilité de ces méchants pesticides, qui permettent à une frange de la population, inconsciente et dépourvue de reconnaissance, de vilipender des produits qui protègent leur santé, voire leur existence.

Et la dernière intoxication alimentaire liées à la consommation de farine de sarrasin (bio...) au datura ne date que de 2012.

 

Les auteurs se sont exercés au lyrisme, avec en ouverture :

 

« Notre bonne vieille agriculture est bâtie sur deux paradigmes : maîtrise et contrôle absolu du vivant et sainte frousse de manquer ! »

 

Voilà des propos qui ne brillent pas par leur intelligence. On pourra conseiller aux auteurs – et à leurs compagnons de bien-pensance – de prendre contact avec la FNSEA – vous savez, ce syndicat honni par les bobos qui, la bouche pleine, se plaignent que leur nourriture n'est pas assez bonne – pour qu'elle leur donne l'adresse d'un agriculteur qui leur prêtera deux paires de bottes (une paire pour chacun) et leur montrera comment le vivant est maîtrisé et contrôlé. L'Association française interprofessionnelle de l'olive (Afidol) pourra leur expliquer les ravages de la mouche Bactrocera oleae en 2014. Des producteurs de cerises pourront aussi les éclairer sur « maîtrise et contrôle absolu » de la mouche Drosophila suzukii sans produit efficace.

 

 

Le bonheur de pouvoir cracher dans la soupe

 

"Ecoutez, nous on monte dans vot' bagnole, on est quand même sympa, elle est pas terrible, hein.
Alors vous nous invitez à bouffer euh.., on sait même pas ce qui a, vous dites pas le menu ni rien, enfin..."

 

Ces gens, bien sûr, n'ont jamais connu la faim, la vraie, pas celle qui résulte d'un dîner servi tard ou du refus de manger sa soupe. Ils ont donc l'inconscience d'écrire :

 

« Quant à la sainte frousse de manquer, elle nous vient tout droit du modèle conçu par le corps des ingénieurs à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. »

S'ils savaient !

 

Comment ne pas être scandalisé par de tels propos ? La « sainte frousse », comme ils disent, c'est celle des gens qui ont manqué. C'est celle des décideurs politiques qui ont eu à tout mettre en œuvre pour que la population ne manque pas, ou plutôt, ne manque plus.

 

 

C'est aussi celle qui anime les décideurs politiques d'aujourd'hui – enfin ceux qui ont le sens de la responsabilité, pas les quasi-dictateurs obnubilés par leur pouvoir – qui doivent faire face à des pénuries, des disettes, voire des famines.

 

En fait, les auteurs font un étalage aussi grotesque qu'indécent de leur ignorance zeppelinesque, osant écrire sur des « fraises soi-disant remontantes » et une « culture contre-nature ».

 

Quelle inculture !

 

« Aurions-nous oublié que la nature est assez bien faite et qu’elle a mis, à notre disposition, ce dont nous avons besoin au bon moment : des agrumes gorgés de vitamines C en hiver, des fruits et des légumes riches en eau en été. »

 

Bernardin de Saint-Pierre avait écrit :

 

« Le melon a été divisé en tranches par la nature, afin d'être mangé en famille; la citrouille, étant plus grosse, peut être mangée avec les voisins. »

 

Il a deux émules ! Quelques comparaisons avec des cucurbitacées ne seraient pas déplacées...

 

P.S. À ne pas rater

 

Sylvie Brunel sur le Grand Journal de Canal +

 

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Toune 09/03/2016 18:18

Du boulot Seppi !!!!
http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/09/des-pesticides-en-doses-toujours-plus-massives-dans-les-campagnes_4878990_3244.html

un physicien 10/03/2016 09:10

Pauvre Seppi, s'il doit faire face à toute la bêtise du monde !

rageous 08/03/2016 23:40

L'ergot est un exemple particulier parce qu'il n'a pas de traitement curatif, ce ne seront que des moyens préventifs pour éviter sa multiplication.
Moyens qui appellent à avoir des cultures propres, abords compris, des semences certifiées et le labour, ce qui va à l'encontre de la mode agro-écologique si chère à notre ministre...


http://www.gnis.fr/index/action/page/id/1068/title/Ergot-des-cereales---une-maladie-sous-controle-de-la-filiere-semences
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Quant à l'argument massue du réchauffement climatique Mme Brunel peut revoir sa copie, avec ces 2 années "chaudes" les récoltes ont justement été bonnes et sans trop de pression fongique en particulier.

Seppi 28/04/2016 18:48

Bonjour,

Merci pour vos commentaires, auxquels je réponds bien tardivement, et je m'en excuse.

Toute maladie est en quelque sorte un cas particulier. L'ergot a le mérite de raviver quelques souvenirs, tout au moins chez la génération qui ne s'est pas formée à coup de gazouillis ou de « science Facebook » (© Bernhard Url, directeur exécutif de l'EFSA).

Quant au réchauffement climatique, c'est vrai qu'on le met à toutes les sauces, avec un brin d'exagération s'agissant des cultures. Si la chose devait se confirmer, pour la vigne par exemple, il faudra peut-être changer l'encépagement, par exemple avec des vignes espagnoles dans le Bordelais. Mais il y a d'autres effets plus subtils (besoins en froid par exemple) et pour lesquels on n'aura peut-être pas de réponse de sitôt.

un physicien 08/03/2016 17:39

En commentaire de l'article je m'étais étonné du fait que la Nature si bien faite s'obstine à faire pousser les agrumes si loin de chez nous. Le commentaire n'a jamais paru ...

Seppi 28/04/2016 18:51

Je jette souvent un œil sur le rayon « bio » de mon Champion local. Il est bien tristounet en ce moment. Pour lui donner une contenance autre que celle des rayons au glorieux temps du « socialisme », on y met plein de bananes...