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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quand Que choisir tacle

26 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Agriculture biologique, #Santé publique

Quand Que choisir tacle

 

Glané en kiosque (8)

Quand Que choisir tacle

Le numéro d'avril de Que choisir, tout compte fait, nous a ravi. Bien sûr, il y a quelques points qui font froncer les sourcils : nous ne pouvons pas tout avoir.

La couverture est aguicheuse, sans être putassière comme chez... les voisins de présentoir ont encore fait très fort ce mois-ci.

Pesticides

Pesticides : « Dans la maison aussi »

Alors que se déploie une infâme manipulation des esprits et une nauséabonde désinformation appelée « semaine sans pesticides », la revue aborde la question des pesticides dans nos logements et, même nos têtes. En appelant « pesticides » les choses à bannir selon elle.

Le fipronil, par exemple, est un « pesticide » dans ses usages agricoles. Il a été accusé par le passé d'être un « tueur d'abeilles » ; des questions ont aussi été posées concernant ses effets sur la santé humaine, particulièrement pour les enfants. Le qualifier de « biocide » quand il est utilisé comme anti-puces pour les chiens et les chats ne change rien à l'affaire.

 

Au contraire : notre proximité avec une substance « biocide » est bien plus grande qu'avec la même « pesticide » agricole. Que dire de l'incroyable discordance entre la parole et l'action de ces entreprises – une chaîne de jardineries par exemple – qui contribuent au discours anti-pesticides tout en vendant sans vergogne des anti-puces pour animaux au fipronil ou au dimpylate (alias diazinon, classé cancérigène probable par le CIRC) et, bien sûr aussi, des pesticides labellisés « naturels » ?

 

On ne peut donc qu'accueillir avec satisfaction un article qui rappelle une évidence : nous sommes exposés à des pesticides dans notre entourage immédiat à des niveaux bien supérieurs à ceux qui dérivent de l'usage agricole. Sans qu'il en résulte, sauf exception, de problèmes pour notre santé.

 

 

Cash Investigation = Cash Désinformation

 

Il a tout faux, Martin Boudot... et cela n'a pas été corrigé..

 

 

 L'article s'ouvre sur une critique de cette innommable émission du service (normalement) public.

 

L'opinion de Que Choisir sur le mensonge des 97,4 % des aliments censés contenir des résidus de pesticides ?

 

 

L'opinion de Que Choisir sur le mensonge des 97,4 % des aliments censés contenir des résidus de pesticides ?

 

« Ce [la vérité] n'était sans doute pas suffisamment vendeur pour avoir droit à une émission en prime time, alors au diable la véracité des chiffres. »

 

Sur l'eau :

 

« L'eau du robinet est en revanche potable partout, sauf exceptions qui touchent des bourgs et des villages situés en zones de grandes cultures et de viticulture. […] On peut consommer l'eau du robinet sans ingurgiter de pesticides. »

Générations Futures gentiment poussé dans les orties

 

Un article consacré à notre promiscuité avec les pesticides ne pouvait pas y échapper :

 

« Les traitements agricoles peuvent polluer les habitations riveraines de parcelles de vignes, de vergers ou de champs céréaliers : par des analyses durant les périodes d'épandage, l'association Générations futures l'a récemment montré. Mais c'est rarement la principale cause de pollution des logements. […] Contrairement à ce que l'on pourrait a priori supposer, si l'activité de l'exploitation agricole a un réel impact sur la pollution du logement, elle est rarement prédominante. »

 

 

Et de citer une étude Atmo Nord-Pas-de-Calais, malheureusement non référencée :

 

« La majorité des molécules provient des biocides d'usage domestique, et les concentrations enregistrées à l'intérieur des logements sont en général supérieures aux niveaux constatés à l'extérieur. »

 

Nous citerons pour notre part le dossier de presse « Évaluation des pesticides dans les exploitations agricoles – Présentation des résultats – Juin 2013 » :

 

« Les niveaux constatés à l’intérieur des logements sont majoritairement supérieurs à ceux constatés en extérieur avec une majorité de molécules non liées à une activité agricole. »

 

C'est même le cas dans logements des agriculteurs.

 

 

« Une étude inquiétante »

 

Il y a tout de même une finale un peu anxiogène fondée sur l'étude de J.-F. Viel et al., « Pyrethroid insecticide exposure and cognitive developmental disabilities in children: the PELAGIE mother-child cohort ».

 

Il aurait été utile de faire référence au bémol que l'on trouve dans le communiqué de presse de l'INSERM en gras :

 

« "Bien que ces observations doivent être reproduites par d’autres études afin de pouvoir conclure définitivement, elles pointent sur la responsabilité potentielle à faibles doses de la deltaméthrine en particulier (puisque le métabolite cis-DBCA est son métabolite principal et sélectif) et des insecticides pyréthrinoïdes en général (puisque le métabolite 3-BPA est un produit de dégradation d’une vingtaine de ces insecticides)", explique Cécile Chevrier, chargée de recherche à l’Inserm, principal auteure de ces travaux. »

 

 

Que Choisir nous ramène quand même sur terre. Écrivant sur la perméthrine, il conclut :

 

« Comme cette substance est interdite en agriculture depuis quinze ans, on ne peut s'en prendre qu'à nos propres usages. »

 

 

Mais il aurait aussi été utile de faire preuve de plus de sens critique. Ce qu'il y a de remarquable dans cette étude, c'est qu'elle est bourrée de statistiques, élaborées de manière acrobatique car il a fallu éliminer autant que possible tous les facteurs de confusion imaginables pour une cohorte de 287 enfants. L'absence de données sur les résultats des tests d'évaluation de la compréhension verbale et de la mémoire de travail est encore plus confondante. Il y aurait une « baisse constatée des performances cognitives chez l’enfant » (communiqué de presse de l'INSERM)... mais on ne sait pas de combien.

 

Ni s'il faut s'en inquiéter. A priori non, puisque les pyréthrinoïdes n'ont pas été interdits d'usage domestique. Autre indicateur : aucune « ONG » ne s'en est fait le fond de commerce de leur interdiction. Par ailleurs, ces substances rendent des services et il faut aussi raisonner en termes de coût-bénéfices. Soyons odieux : une baisse de performances cognitives ou une belle microcéphalie due à Zika ? Le chik ?

 

Odieux ? Pas tant que ça !

 

Cette question mérite une petite digression. Comment se protéger du Zika – et plus généralement des maladies vectorielles (paludisme, dengue, chikungunya, mais aussi filariose, etc.) ?

 

Source.  J'instrumentalise un enfant, je sais...

 

Nos pérégrinations cybernétiques sont relativement stériles. L'article « Epidémie de Zika : recommandations pour les femmes enceintes » du Ministère des Affaires Sociales et de la Santé est étonamment – et scandaleusement – flou :

 

« Si elles ne peuvent ou ne veulent différer leur voyage, elles doivent renforcer les mesures de protection antivectorielles et les bonnes pratiques relatives à l’utilisation des produits insecticides et répulsifs. »

 

Santé Canada ne s'encombre pas de politiquement correct dans « Recommandations canadiennes pour la prévention et le traitement du virus Zika ». Il y a toute une section sur les mesures de protection individuelle. Les mots « DEET », « icaridine », « perméthrine » n'y sont pas tabous. On n'y dit pas « renforcer... » dans une phrase boîteuse, on dit dans le détail ce qu'il faut faire.

 

Et Santé Canada ajoute :

 

« La sécurité des insectifuges, des moustiquaires imprégnées d'insecticide et des vêtements traités à la perméthrine/des traitements des vêtements à la perméthrine ont été examinées au Canada ou aux États-Unis. Leur sécurité est établie pour les enfants, les femmes enceintes et celles qui allaitent, s'ils sont utilisés conformément aux instructions figurant sur l'étiquette. »

 

Les produits sont aussi mentionnés dans la version anglaise d'un document de l'OMS, mais pas, curieusement, dans la version française...

 

 

Œuvrer pour la protection des consommateurs ne devrait pas se limiter à la dénonciation ou au classement des produits et services, mais aussi consister à promouvoir les bonnes pratiques, dans ce cas précis à combattre la bobo-attitude et l'angélisme vert, fût-il gouvernemental.

 

Qui croire face à une menace de santé publique telle que Zika ? Menace réelle pour nos concitoyens ultra-marins, passée pour les Polynésiens, en cours pour les Antillais ? Une équipe de recherche soumise au « publish or perish » et à l'obligation de rechercher la notoriété, ou les experts des agences sanitaires, gestionnaires du risque médical ?

 

 

 

Tampons et serviettes hygiéniques

 

Le syndrome du choc toxique

 

Bel article également. Encore que... quand on milite pour l'indication de la composition du produit sur le paquet, il serait judicieux de se souvenir que la place sur les paquets est parfois mesurée. À notre sens, il vaudrait mieux rappeler les précautions d'emploi plutôt que de donner le détail d'une composition. De toute manière, le ressort militant est ici une curiosité et, depuis que certains s'en sont fait leur fond de commerce, une pression médiatique. La comparaison avec les obligations d'étiquetage pour les cosmétiques est bien capillotractée...

 

Que Choisir insiste à juste titre sur les conseils d'emploi et l'origine du syndrome du choc toxique. Revenant sur l'histoire de Lauren Wasser, il note :

 

« ...son histoire associée à l'opacité sur les ingrédients présents dans les tampons a alimenté la paranoïa. »

 

 

« Absence de composants indésirables »

 

Les théories du complot, ce n'est pas vraiment pour Que Choisir : des fabricants lui ont répondu sur la composition de leurs produits. Mais, comme « un processus de fabrication [...] peut être source de diverses contaminations », Que Choir a fait procéder à des vérifications pour des substances dont la liste est donnée, en toute modestie, dans une note :

 

« Or, bien qu'ayant fait appel à trois laboratoires différents, les plus performants […], nous n'avons rien trouvé. »

 

La composition ? Elle est donnée ici.

 

60 Millions, prenez de la graine !

 

Là où 60 Millions de consommateurs nous avait gratifié d'un gros tableau, Que Choisir se contente de quelques phrases.

 

Mais ce n'est pas tout. Revenant sur les affirmations de 60 Millions :

 

« Le plus problématique ? Des traces de dioxines dans deux tampons. Des contaminants que nous n'avons pas recherchés car les précédents tests de nos homologues européens n'en avaient pas trouvé. »

 

Puis vient l'estocade :

 

« Les résultats de notre confrère ne justifiaient cependant pas la couverture exagérément alarmiste du magazine. »

 

Et dire qu'il s'est trouvé une secrétaire d'État pour donner suite à la gesticulation...

 

C'est d'un site qui manie l'ironie, mais cela pose un constat : si "on" pose...

 

 

Pas de complot ?

 

Que Choisir écrit à propos des coupes menstruelles :

 

« La polémique sur la composition des tampons fait le bonheur des fabricants de coupes menstruelles. »

 

C'était sans nul doute sans malice. Mais les adeptes des théories du complot n'auront pas de mal à imaginer qu'il y a eu, de la part du « confrère », une intention cachée...

 

 

Vins en biodynamie – de surprenantes réussites

 

Troisième article intéressant, informatif et bien conçu. Que Choisir donne quelques détails sur l'ésotérisme/charlatanisme pour conclure :

 

« Des détails qui suffisent à faire pouffer n'importe quel lecteur un tant soit peu rationnel. »

 

 

Sous le titre : « Des études scientifiques peu concluantes », la revue expose les difficultés de l'expérimentation, en donnant longuement la parole à Mme Anne Duval-Chaboussou, chargée de mission de la chambre d'agriculture du Maine-et-Loire. Ce qui est dit est intéressant, mais pourquoi diable avoir limité l'expérimentation à une comparaison entre bio (traditionnel) et biodynamie, sans témoin conventionnel ? Le référent régional viticulture du Vaucluse, M. Éric L'Helgoualch, met aussi en perspective les déclarations des viticulteurs qui trouvent une amélioration après passage à la biodynamie :

 

« Mais ce ne sont pas les mêmes millésimes, il n'y a pas de témoins, ils ont pu modifier d'autres choses que leur façon de travailler, donc il est impossible de dire de façon scientifiquement fondée : c'est dû à la biodynamie. »

 

Ajoutons qu'il y a aussi le travail en cave. Il s'est quand même trouvé un œnologue doté de « sept ans en fac » et converti qui n'avait jamais entendu parler de la biodynamie il y a dix ans. Étrange...

 

 

Mais la revue a aussi raison de s'en tenir aux faits : la dégustation :

 

« Notre test le montre, la culture en biodynamie n'est pas une garantie de qualité gustative, mais elle peut réserver d'excellentes surprises. »

 

Quant à la contribution à la protection de l'environnement, que nous ferions en dégustant un vin issue de biodynamie, nous serons plus réservés. Il n'y a pas que les dingues qui refusent de traiter contre les cicadelles pour protéger leurs propres vignes et celles des autres de la flavescence dorée...

 

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Alex 28/03/2016 07:36

Je tique sur le "tackle"... Tacle serait mieux du point de vue orthographe...
Sinon, excellent article comme toujours. Un grand merci pour votre travail de décryptage des infos environnementales pour les non scientifiques comme moi qui recherchent des infos fiables.

Seppi 28/04/2016 17:45

Bonjour,

Mon traitement de texte a aussi voulu me tacler avec un soulignement rouge... mais je n'ai pas vu.

Merci pour le compliment.