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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les Verts exigent un alcool plus sûr !

14 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Glyphosate (Roundup)

Les Verts exigent un alcool plus sûr !

 

Ludger Weß*

 

 

« Pour les substances cancérogènes et à action hormonale, il n'y a pas de limite inférieure en-dessous de laquelle elles ne posent pas de problème de sécurité. Elles peuvent avoir une action nuisible à la santé même en quantité infime. »

 

C'est ce qu'écrit une association au nom ronflant, l'« Institut de l'environnement de Munich », qui se compose essentiellement d'une officine de propagande au centre-ville de Munich et, selon ses propres dires, « s'investit pour l'agriculture biologique ». Elle a fait analyser de la bière et appelle maintenant à des interdictions. Des députés verts comme Harald Ebner et Bärbel Hoehn se sont déjà associés à la demande d'interdiction.

 

La bière contient une substance qui est cancérogène : l'alcool. Par cannette, il y a environ 12,7 g, ce qui est nettement plus que les « quantités infimes » (les jus de fruits contiennent jusqu'à 3 grammes d'alcool par litre). Environ trois pour cent de tous les cas de cancer en Allemagne sont dus à la consommation d'alcool. Il y a une relation dose-réponse claire : plus on consomme d'alcool, plus le risque de maladie est grand. Les experts suggèrent que chez les hommes, environ 90%, et chez les femmes, environ 50% des cancers et des décès par cancer liés à l'alcool pourraient être évités si l'on buvait de l'alcool dans les limites recommandées : chez les hommes, pas plus de 20 g par jour, chez les femmes, pas plus de 10 g par jour. Il n'y a pas que l'alcool, mais également son produit de dégradation, l'acétaldéhyde, qui est un cancérogène. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe l'alcool et l'acétaldéhyde dans la classe de risque la plus élevée (classe 1, cancérogène certain).

 

La bière contient également des hormones végétales, produites par le houblon en tant qu'insecticides naturels. Elles sont soupçonnées d'avoir des effets œstrogéniques chez les humains.

 

Les avertissements de l'institut de l'environnement de Munich sont donc justifiées – sauf qu'ils ne portent pas sur l'alcool ou les phyto-œstrogènes, mais sur les traces d'une substance qui est soupçonnée depuis l'année dernière d'augmenter légèrement, chez les personnes qui le manipulent dans le cadre de leur activité professionnelle, le risque d'une forme particulière de cancer du sang. La substance est également soupçonnée, à la suite d'études sur des cultures de cellules, d'avoir un effet hormonal à haute dose. Cette substance, les « experts » prétendent l'avoir trouvée en quantités importantes, de l'ordre du microgramme/litre (jusqu'à environ 30 microgrammes) ; pour rappel : la substance qui est déjà cancérogène « en quantité infime », l'alcool, s'y trouve en une quantité 1,3 million de fois supérieure. Or ils en appellent au principe de précaution : le produit chimique doit être interdit, parce que le soupçon qu'une substance puisse provoquer le cancer est une raison suffisante pour le retirer du marché – sauf évidemment s'il s'agit de saucisse ou de l'alcool (cancérogènes de classe 1 selon le CIRC), ou encore de viande rouge (cancérogène de classe 2A).

 

Mais si le cancérogène préféré des Allemands est empoisonné avec des traces d'une substance « probablement cancérogène », c'est l'alerte maximale. Il se dit que la fraction verte du Bundestag fait examiner les cigarettes quant à la présence de résidus de glyphosate.

 

 

Notes :

 

1.  Il est facile de calculer qu'il faudrait boire plus de 600 litres de bière par jour pour arriver aux quantités jugées dangereuses. Tout cela suppose aussi que ce qui a prétendument été trouvé existe réellement, parce que le laboratoire d'analyse a utilisé une méthode qui est certes très sensible, mais l'est aussi aux interférences, particulièrement dans le cas d'échantillons complexes. Cette sensibilité aux interférences a cependant « l'avantage technique du point de vue de l'activisme » de produire des faux positifs (voir : Comment on utilise abusivement les nourrissons pour les campagnes politiques – à paraître).

 

2.  De quelle substance s'agit-il ? Il y a des centaines de substances qui sont des cancérogènes certains dans notre environnement et notre alimentation. S'y ajoutent des milliers de substances chimiques qui sont des cancérogènes probables ou possibles. Une tasse de café contient plus d'une douzaine de substances cancérogènes. L'un des composés cancérogènes les plus puissants est l'aflatoxine B1, qui est produite par des champignons et contamine les noix, les céréales, le maïs ou les pistaches et se trouve dans de nombreux aliments, souvent dans des concentrations alarmantes. Le miel contient, comme de nombreux thés, des alcaloïdes pyrrolizidiniques qui sont extrêmement toxiques pour le foie et sont considérés comme cancérogènes.

 

Mais les Verts et de nombreux groupes écologistes ont fait une fixation depuis quelques années sur une de ces nombreuses substances : le glyphosate. Ce pesticide qui a fait ses preuves depuis plusieurs décennies et s'est révélé pratiquement non toxique pour les humains a été classé comme cancérogène probable l'an dernier par les experts du CIRC. Depuis lors, il est au centre d'une campagne sans précédent. En fait, la détermination du niveau de danger par une agence connue pour être extrêmement prudente s'est notamment fondée sur des observations sur des hommes qui manipulent la substance dans le cadre de leur activité professionnelle, et non sur les consommateurs qui absorbent de la nourriture avec des traces de glyphosate. Les experts n'ont pas voulu exclure que le glyphosate pourrait augmenter le risque d'un cancer spécifique du sang chez les humains exposés professionnellement ; mais ils n'ont pas pu exclure le fait que le responsable n'est pas la substance, mais les solvants.

 

La logique derrière les campagnes à première vue complètement absurdes contre le glyphosate (et tout aussi absurdes après examen plus approfondi) est claire : si le glyphosate, dont l'approbation en Europe expire à la fin de juin 2016, tombe, les lobbyistes de l'agriculture biologique auront atteint deux objectifs. Les agriculteurs conventionnels seront privés de l'un des principaux moyens de contrôle des mauvaises herbes ; et, simultanément, il serait mis fin à l'importation d'aliments génétiquement modifiés pour animaux, car ils peuvent contenir des traces de glyphosate. Le calcul : la nouvelle situation augmenterait encore davantage les coûts de production des agriculteurs conventionnels, ce qui produirait des avantages pour les agriculteurs qui produisent selon des méthodes dépassées, improductives, mais sacralisées comme « écologiques ». D'autres mesures tendent au même but, telle la taxe sur les pesticides préconisée par les Verts et l'interdiction de « l'élevage industriel ». Les aliments doivent être plus cher, la viande doit devenir un luxe.

 

_________________

 

* Ludger Weß (Wess) a étudié la biologie et la chimie et a travaillé en tant que biologiste moléculaire à l'Université de Brême avant d'entamer une activité de journaliste scientifique. Il écrit régulièrement depuis les années 1980 sur les aspects scientifiques, économiques, historiques, juridiques et éthiques des sciences et des technologies, principalement sur le génie génétique et les biotechnologies. Ses articles ont paru dans Stern, die Woche et le Financial Times Deutschland ainsi que dans des revues spécialisées internationales. Il a publié un ouvrage sur les débuts de la recherche génétique, die Träume der Genetik (les rêves de la génétique), avec une 2e édition en 1998.

 

En 2006, il a été un des co-fondateurs de akampion, qui conseille les entreprises innovantes dans leur communication. Ludger Weß a un doctorat en histoire des sciences et est membre de la National Association of Science Writers états-unienne ; il vit à Hambourg.

 

Vous pouvez le suivre sur https://twitter.com/ludgerwess

 

Source : http://ludgerwess.com/alkohol/

 

 

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