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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« La vente de 84 % des OGM est associée à celle d'herbicides » ? Et alors ?

29 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM

« La vente de 84 % des OGM est associée à celle d'herbicides » ? Et alors ?

 

À propos du Ça m'intéresse de mars 2016 (glané en kiosque 8)

« La vente de 84 % des OGM est associée à celle d'herbicides » ? Et alors ?

D'accord, nous ne sommes pas vraiment en phase avec l'actualité. Mais c'eût été dommage de ne pas signaler l'enquête de Ça m'intéresse, dans son numéro de mars 2016, annoncée en couverture par « Faut-il vraiment bannir les OGM ? ». Cela devient dans le cahier : « Les OGM sont-ils vraiment dangereux pour la santé ? »

On pouvait craindre le pire en voyant une vignette selon laquelle « notre expert » est M. Christophe Noisette, d'Inf'OGM, la vitrine aguichante de l'anti-OGMisme. En fait, l'article est plutôt équilibré et se garde de prendre position.

On peut, certes, regretter le numéro d'équilibriste qui met face à face les opinions d'anti-OGM indurés et les faits scientifiques. Les élucubrations minoritaires sont mises au même niveau rédactionnel que le consensus scientifique. Mais il faut admettre que, dans de nombreux médias, ledit consensus n'a même pas droit au chapitre. Ça m'intéresse aura fait œuvre utile.

Nous nous contenterons ici d'apporter quelques précisions

Gène sans génotype performant = échec

 

Ça m'intéresse note à juste titre que le Riz Doré n'est pas cultivé à grande échelle en Asie « à cause de l'opposition des ONG et parce qu'il n'offre pas de performances suffisantes. »

 

C'est exact. L'infographie sur « Comment fabriquer une plante transgénique ? » se termine fort justement par : « Des tests sont menés en serre et en champ, puis la plante est croisée avec une lignée existante. » Il en résulte quatre choses.

 

  • Croiser avec les lignées existantes prend du temps (et c'est sans compter l'étape suivante, la longueur des procédures administratives le jour où les obstacles mis par l'opposition aux OGM – et dans ce cas précis les entraves à l'amélioration espérée de la santé publique – auront été levés). La première plante transformée n'est qu'un prototype, un pourvoyeur de transgène. Les premières lignées transformées ont toutes les chances d'être dépassées quant à leurs performances agronomiques car la sélection « traditionnelle » avance à son rythme de croisière. Le même phénomène a été observé en sélection « traditionnelle » quand on a introduit un caractère nouveau dans une espèce, par exemple, dans les années 1970, dans le cas du colza sans acide érucique (celui qui nous donne notre huile de colza). Le même phénomène s'est produit avec les quelques variétés de maïs Bt que l'on a pu cultiver en France avant les funestes « moratoires » (voir : Bernard Le Buanec. Les OGM : pourquoi la France n'en cultive plus ? Les Presses des Mines, 2015). Le déclin récent (sans nul doute temporaire) du cotonnier Bt au Burkina Faso a une cause similaire : les variétés actuellement disponibles sont fondées sur des génotypes inadaptés qui n'apportent pas la qualité de la fibre souhaitée.

  • À l'évidence, pour que le Riz Doré puisse percer, il faudra créer un assortiment variétal répondant aux diverses conditions de culture, donc des essais en culture. S'opposer aux essais – au besoin les faire détruire par des « ONG » vassales – est le meilleur moyen d'empêcher que le Riz Doré (ou toute autre plante transgénique) passe du laboratoire au champ, puis à l'assiette.

 

Des agriculteurs ? Non, ils ont trop de respect pour le riz...

 

  • Et, pour le passage à l'assiette, encore faut-il que le riz soit accepté par les consommateurs. La Révolution verte du blé s'est ainsi heurtée à l'origine à un problème de taille en Inde, malgré l'extraordinaire augmentation des rendements permise par 'Lerma Rojo 64-A' et 'Sonora 64', des variétés à grains rouges. Elle n'a décollé qu'avec l'arrivée de variétés à grains ambrés et blancs telles que 'Kalyan Sona' et 'Sonalika'.

 

  • Ce défi de l'acceptation d'un riz qui bouscule les habitudes (même visuelles) et traditions se complique évidemment avec la désinformation propagée par les opposants. Par exemple, les allégations d'infertilité liées aux OGM abondent...

 

 

Cette partie se termine par un trait de génie de M. Gilles-Éric Séralini :

 

« Les industriels brandissent toutes ces plantes enrichies comme un hochet depuis vingt ans, mais pour l'instant, aucune d'elles n'est cultivée commercialement. »

 

Et pour cause : il contribue activement et, hélas, efficacement à la réalisation de sa deuxième constatation.

 

 

OGM et herbicides

 

C'est un fait que la majorité des OGM actuellement cultivés tolèrent un herbicide. Il y a quatre raisons principales à cela :

 

  • Les mauvaises herbes (« adventices » en langage écologiquement distingué) sont un risque majeur pour la production agricole (lire, parce que nous avons tendance à l'oublier dans notre société d'abondance : « alimentaire »). De tout temps, éliminer leur compétition pour que toutes les ressources du sol et le soleil – ainsi que la peine de l'agriculteur, de sa femme et de ses enfants – soient dévolues à la production de nourriture a été un objectif majeur de l'agriculteur et de sa famille.

 

Beau pour le peintre, pas pour l'agriculteur.

 

  • La résistance ou la tolérance à un herbicide fait partie des objectifs les plus simples à atteindre par transgénèse.

 

  • Cette résistance ou tolérance apporte un progrès considérable – certes pas sans quelques effets indésirables – pour l'agriculteur et, par-delà, la santé publique et l'environnement (n'en déplaise aux détracteurs du glyphosate).

 

  • Et on ne peut que revenir à un leitmotiv de ce billet : la mouvance anti-OGM s'assure un fond de commerce en empêchant la mise en œuvre d'autres solutions transgéniques – y compris quand cela va manifestement à l'encontre de la santé publique et du développement comme dans le cas des plantes « biofortifiées » dont le riz doré est l'archétype. La pusillanimité politique fait le reste dans de nombreux pays, et surtout en Europe.

 

Les bobos protestent ! Ils ne souffrent pas de déficience en vitamine A, eux...

 

 

Un herbicide chasse les autres

 

« La vente de 84 % des OGM est associée à celle d'herbicides » ? C'est vrai et faux à la fois ! Car Ça m'intéresse succombe à ce stade à une désinformation soigneusement entretenue.

 

Il est clair que l'agriculteur qui choisit de cultiver du maïs ou du soja tolérant le glyphosate (par exemple) compte utiliser celui-ci pour son programme de désherbage, c'est-à-dire un élément de l'itinéraire technique de sa culture qui lui donne (en partie) l'assurance d'un rendement et d'un revenu.

 

Toutefois, il faut bien se rendre à une évidence : l'agriculteur qui achète des semences ou produit ses propres semences, achète aussi et utilise des herbicides quel que soit le type de variété, GM ou non, qu'il utilise. Il y a deux exceptions principales : l'agriculteur qui manque de moyens financiers ou d'accès aux produits (agriculture de subsistance) ; l'agriculteur qui choisit un itinéraire technique sans herbicides, qu'il soit en « bio » ou non.

 

Résultat : le glyphosate, dans cet exemple, se substitue à d'autres herbicides, souvent utilisés en cocktail. Des herbicides dont le profil toxicologique et écotoxicologique est bien moins favorable (n'en déplaise...).

 

Résultat selon Ça m'intéresse :

 

« ...l'agriculteur se débarrasse des mauvaises herbes sans que la plante [cultivée] soit attaquée. »

 

Mais c'est également le cas, avec des différences quant aux stratégies et aux résultats, avec les variétés « conventionnelles ».

 

 

Vendeurs d'OGM et d'herbicides

 

C'est sans insister que Ça m'intéresse écrit que « les plus importants fabricants d'OGM sont aussi vendeurs d'herbicides ». Et de citer un « ouvrage » de José Bové et Gilles Luneau, « l'alimentation en otage ».

 

Cet extraordinaire complot est, en partie, pure coïncidence : comme nous l'avons déjà relevé, la tolérance à un herbicide est un objectif relativement facile pour la transgénèse. Les grands de l'agrochimie (et pour certains aussi de la médecine...) ayant investi dans l'amélioration des plantes et la création variétale, et dans les biotechnologies vertes, il est normal de les trouver à la tête d'un assortiment d'OGM.

 

Notons que ceux qui ont cru investir dans le « contrôle de l'alimentation » se sont dégagés du business depuis pas mal de temps. Eh oui ! La force de frappe et de nuisance d'une chaîne de grande distribution, qui peut étrangler ses fournisseurs, est bien supérieure à celle des agro-fournisseurs, qui doivent ménager leurs clients (qui se font parfois étrangler par l'aval...).

 

Cette situation est aussi le fruit de l'entêtement anti-OGM. Qui peut investir les millions dans les procédures d'homologation d'OGM, longues, coûteuses et aléatoires ? D'ailleurs même les grands de l'agrochimie ont décidé de jeter l'éponge en Europe pour les autorisations de mise en culture. Là encore, le monde de l'anti-OGMisme s'est constitué un beau fond de commerce – sur fond d'association avec l'anticapitalisme – en ayant, de facto, barré la route aux petites et moyennes entreprises.

 

Le « complot » est aussi factice. Certes, les grands groupes sont à la tête des transgènes (notamment les divers caractères de résistance à des insectes issus de Bacillus thuringiensis et de tolérance à des herbicides). Mais, d'une part, ils ne sont pas les seuls (ainsi, la résistance du papayer au ring spot est le produit d'un consortium public mené par l'Université Cornell ; les pommes qui ne brunissent pas une fois coupées sont le fruit d'une petite boutique, Okanagan Specialty Fruits). D'autre part, les premiers brevets arrivent à expiration. Et, enfin et surtout, comme nous l'avons déjà écrit, un transgène n'a de valeur que s'il est incorporé dans un génotype performant. Même s'il a fallu du temps pour certains, les producteurs de transgènes ont compris que leur intérêt était de coopérer avec les obtenteurs « classiques ».

 

Ainsi, 38 variétés de maïs GM tolérantes à la pyrale ont été inscrites au Catalogue français le 20 juillet 2010 (c'était avant la stupide loi...). Deux étaient de Limagrain et huit de R 2n (RAGT). Et pour illustrer le retard pris dans le progrès génétique, 'Anjou 285 BT' de Limagrain est la version transformée d'une variété de... 1994.

 

Et ce n'est pas tout ! Les herbicides « associés » aux OGM sont tous anciens, hors brevets. La grande conspiration des agrochimistes... c'est de la flûte ! Monter un business plan de contrôle de l'alimentation avec des herbicides tombés dans le domaine public, avouez que c'est ballot !

 

 

Toujours plus d'herbicides ?

 

La désinformation a sévi ! Non, ce n'est pas parce qu'une plante GM tolère un herbicide que l'agriculteur va en épandre trop. Il n'est pas idiot ! Ce raisonnement stupide qui sous-tend la désinformation s'applique aussi aux plantes non GM, puisqu'elles tolèrent des herbicides dits sélectifs. Mais les désinformateurs ne se préoccupent pas de logique et ignorent les réalités...

 

Idem pour l'histoire des mauvaises herbes qui deviennent résistantes et dont on vient à bout – pour certaines d'entre elles seulement – en augmentant les doses.

 

 

Ça m'intéresse cite aussi une expertise collective de l'INRA et du CNRS, mais il en fait un résumé très hâtif. L'expertise est en partie fondée sur les données de M. Charles Benbrook, dont nous avons vu les liens d'intérêts ici. Quand on raisonne en termes de quantités de matière active par hectare on peut se fourvoyer : remplacez une matière à 10 grammes/hectare par une autre à 1 kilogramme/hectare... et vous avez augmenté votre consommation d'un facteur 100 ! Mettez de l'OGM dans les champs à problèmes et gardez les variétés « conventionnelles » dans les champs propres ne nécessitant qu'un désherbage minimal, et vous constatez une réduction des usages pour les variétés « conventionnelles ».

 

Là encore, un peu de bon sens suffit : l'objectif de l'agriculteur n'est pas de sortir son pulvérisateur pour le plaisir, mais d'avoir des champs propres au meilleur coût et avec les meilleures garanties. Le taux d'adoption des variétés HT montre que la stratégie GM est gagnante pour l'agriculteur. Elle l'est aussi pour la santé publique et l'environnement.

 

 

« L'ADN que nous mangeons ne peut pas se retrouver dans notre génome »

 

Judicieuse observation. Mais M. Séralini a la parade :

 

« Les OGM ne sont pas nécessairement toxiques. Les pesticides ne le sont pas non plus, à court terme, sauf à forte dose. Mais il vont se bio-accumuler dans les plantes et auront des effets à moyen et long terme sur les animaux nourris aux OGM. »

 

Encadrez cette lueur de lucidité que constituent les deux premières phrases ! Quant à la troisième, c'est une énormité.

 

Ça m'intéresse évoque un peu plus loin « une nouvelle étude sur les vaches laitières ». La revue s'est manifestement laissé abuser par un discours bien rodé (par exemple ici). Car il ne s'agit nullement d'une « étude » ou d'un « test » dans lequel « [p]endant trois ans, ils les ont nourries [les vaches] à hauteur de 40 % avec du maïs Bt », mais des vaches de M. Gottfried Glöckner.

 

Cette référence à une « étude » est notamment précédée par une observation de M. Christian Huyghe, Directeur scientifique adjoint de la structure Agriculture :

 

« Si les animaux d'élevage nourris aux OGM présentaient des déformations,on s'en serait rendu compte. […] Il n'y a de risque ni pour les animaux ni pour la santé humaine. »

 

 

Les sciences parallèles au HCB ?

 

Il faut s'en émouvoir ! Mme Christine Noiville, présidente du Haut Conseil des Biotechnologies :

 

« Il faut se méfier de cette idée trop commode d'objectivité scientifique. […] Elle se construit sur des débats contradictoires […] »

 

Ah ! ?

 

Le pomme de terre 'Innate' a été modifiée pour produire moins d'acrylamide cancérogène à la cuisson 

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