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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'intolérable utilisation d'enfants handicapés à des fins de propagande

1 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM, #Pesticides

L'intolérable utilisation d'enfants handicapés à des fins de propagande

 

[Photo supprimée – lien vers la photo : http://sz-magazin.sueddeutsche.de/texte/liste/h/201447]

Dans sa série « Comprendre le monde », l'hebdomadaire allemand Stern avait publié le 7 novembre 2013 la photo d'une enfant argentine, alors âgée de 5 ans, Aixa Cano dont la peau présentait de multiples taches sombres partiellement velues (nævus mélanocytaire – névus en nouvelle orthographe).

La photo a été reprise par la Süddeutsche Zeitung en couverture de son numéro 47 de 2014, avec pour titre : « bittere Ernte... » (amère récolte : en Argentine, on gagne des milliards avec le soja génétiquement modifié. Mais dans les villages près des champs, beaucoup de gens sont maintenant très malades). Dans le numéro : « Der Tod kommt mit dem Wind » (la mort vient avec le vent). Résumé anxiogène en chapô :

« Le soja a contribué à sortir l'Argentine de la crise. Mais maintenant de nombreux autochtones sont mystérieusement malades ou morts – probablement à cause des pesticides. Mais l'industrie du soja ne veut rien savoir. »

 

L'article débute pourtant sur un constat :

 

« Personne ne peut dire pourquoi la petite Aixa, que nous montrons sur la couverture de ce magazine, a des taches noires sur tout le corps et des ulcères dans le dos... »

 

 

[Photo supprimée – lien vers la photo : http://sz-magazin.sueddeutsche.de/texte/bildergalerie/42435/1/Der-Tod-kommt-mit-dem-Wind]

 

Légende de l'image dans la galerie, pas dans l'article lui-même : « Le photographe de ce reportage, Marco Vernaschi, a demandé aux gens du cru de porter des masques respiratoires pour visualiser symboliquement les dangers des pesticides sur les images – ici un marchand d'eau qui fait du porte à porte sur une charrette attelée.

 

Le Pr Rudolf Happle, de la clinique de dermatologie de Fribourg-en-Brisgau, s'en est offusqué, en fait à nouveau, dans un billet en janvier dernier : « Komplettierte Nachrichten: Wie STERN und Süddeutsche ein leidendes Kind missbrauchen » (informations complétées : comment STERN et la Süddeutsche abusent d'une enfant souffrante »).

 

Il avait écrit au Stern dans le cadre du courrier des lecteurs pour expliquer pourquoi il considérait, en tant que dermatologue spécialiste de ce genre de maladies de la peau, que le lien était selon lui exclu. C'est pourtant simple : des naevi de cette densité sont connus depuis longtemps et, s'il devait y avoir un lien, cette affection devrait se produire bien plus souvent. Le Stern a eu la courtoisie de le remercier pour sa « mise au point », mais pas le respect dû aux lecteurs en la publiant...

 

M. Happle avait également écrit à la Süddeutsche Zeitung, en précisant cette fois-ci qu'il ne se prononçait pas sur la question plus générale de savoir si les produits utilisés sur le soja étaient ou non dangereux pour l'Homme. Une fois de plus, on l'a poliment remercié, sans publier.

 

Et d'écrire le mois dernier :

 

« Voici ma sérieuse accusation : les deux rédactions savent exactement ce qu'elles font. Tant le Stern que la Süddeutsche Zeitung ont abusé de la souffrance de cette fillette à des fins de désinformation. Qu'ont-ils à voir, les naevi d'Aixa, avec le génie génétique et la pulvérisation de produits chimiques ? D'un rien de point de vue scientifique, absolument rien. En tant que dermatologues, nous devrions protester contre cette forme de journalisme. Parce que si nous nous taisons, qui prendra la parole ? »

 

En fait, ce n'est pas aux dermatologues que s'adresse cet appel, mais à tous les citoyens conscients de leurs obligations citoyennes.

 

[Photo supprimée – lien vers la photo : http://proof.nationalgeographic.com/2015/03/16/the-powerful-picture-that-changed-a-girls-life/]

 

 

Et ce ne sont pas les deux seules rédactions en cause.

 

Les mêmes images ont été utilisées par le National Geographic par deux fois (ici et ici). Le deuxième article, du 23 février 2016, nous apprend que : « A Town Demands Protection from Pesticides », une ville exige d'être protégée des pesticides.

 

C'est dramatique : la population d'une agglomération de près de 7.000 habitants est instrumentalisée pour faire du tapage contre une activité agricole alors qu'elle est manifestement confrontée à des problèmes graves de pauvreté, voire de dénuement. À commencer par l'absence d'adduction d'eau, un puits collectif dont on dit qu'il est pollué, des gens qui se procurent leur eau avec de vieux bidons de pesticides...

 

 

[Photo supprimée – lien vers la photo : http://proof.nationalgeographic.com/2015/03/16/the-powerful-picture-that-changed-a-girls-life/]

 

Légende de la photo (sur National Geographic) : « Claudia Sariski attend son quatrième bébé. Sa famille n'a pas l'eau courante ; ils se procurent l'eau avec des bidons en plastique qui contenaient auparavant des herbicides. Deux de ses enfants souffrent de troubles respiratoires. »

 

Et, pour susciter notre compassion, ou plutôt notre opposition aux OGM et aux pesticides, ces médias utilisent – et réutilisent – des compositions d'un artiste photographe, certes talentueux, mais ayant produit des images qui ne sont probablement pas représentatives de la réalité.

 

En France, nous avons aussi eu notre lot d'images d'enfants malades ignominieusement instrumentalisés. Qui s'en est ému ?

 

[Photo supprimée – lien vers la photo : http://sz-magazin.sueddeutsche.de/texte/bildergalerie/42435/4/Der-Tod-kommt-mit-dem-Wind#bild]

Dans l'album d'images de la Suddeutsche. Cette citerne approvisionne en eau... potable.  Remarquez aussi les bidons.

 

 

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anonyme 03/03/2016 03:12

It's very sad to read your article and see there's people who think that media "use" disadvantaged children for what you define as "propaganda". You have no idea of how terrible the situation is in some rural areas of Argentina (and other countries) where pesticides are used with no control, and where more and more people are getting sick and in many cases, are dying. Apparently, you also have no idea of the efforts and sacrifice it takes to protect the rights of otherwise voiceless and powerless people. And mostly, you'd better read the articles you criticize. For sure, as you talk about propaganda, it's more likely that articles such as yours have some hidden agenda -- maybe in the interesest of some chemical company.

Joe 03/03/2016 10:17

Classique argumentaire de l'homme de paille.
Quid des régions rurales pauvres où des pesticides ne sont pas utilisés? Gageons qu'on y respire la santé et la joie de vivre. Quant aux agendas secrets, encore une fois on essaie de nous faire avaler qu'ils ne sont une realité que du côté (obscur) de l'industrie agrochimique, et jamais de celui de lobbies verts. Les vieux poncifs ont la vie dure.