Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glané sur la toile (69) : « Tempête au HCB Saison 2 : hystérie ou craintes justifiées? » sur Écologie Raisonnée

15 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #HCB, #OGM

Glané sur la toile (69) : « Tempête au HCB Saison 2 : hystérie ou craintes justifiées? » sur Écologie Raisonnée

 

 

« Tempête au HCB », au Haut Conseil des Biotechnologies ? C'est plutôt le pétchi (c'est du franco-provençal, alias romand ou savoyard), un monstre brol (en français wallon).

 

Résumé :

 

1.  Le HCB s'auto-saisit des nouvelles techniques de sélection des génomes des plantes (New Plant Breeding Techniques, NPBT) dans des conditions qu'on peut trouver curieuses. Une saisine était alors en cours de rédaction par les services des ministères de l’écologie et de l’agriculture, mais elle ne fut finalement pas signée par les ministres. Selon le dernier mot de la présidence :

 

« ...le HCB a inscrit la question des nouvelles techniques (NPBT) à son agenda, d’abord pour contribuer à la mission "agriculture et innovation 2025", ensuite dans le but de rendre un avis aux autorités compétentes. Il a été décidé que cet avis serait construit en deux temps pour tenter de s’inscrire au mieux dans l’agenda pour le moins fluctuant de la Commission européenne (rappelons en effet que toutes les réunions annoncées par la Commission depuis novembre 2015 ont été annulées et repoussées). »

 

2.  On peut trouver cette explication curieuse. Voici ce que dit une note de bas de page du document daté du 20 janvier 2016 et intitulé en partie : « Première étape de la réflexion du HCB - Introduction générale – Paris, le 20 janvier 2016 » :

 

« Voir les relevés des décisions des Bureaux des 5 novembre, 1er décembre et 15 décembre 2015. On notera que ce travail s’est déroulé dans une relative urgence étant donné les annonces faites par la Commission européenne quant à l’agenda de sa réflexion sur l’encadrement des NPBT, et que les membres du HCB ont été amenés dans des délais très brefs à prendre connaissance de textes nombreux et denses sur un sujet complexe.

 

Se prévaloir d'un agenda fluctuant de la Commission pour des décisions qui ont été prises à partir de la date à laquelle cet agenda est, prétendument, devenu fluctuant constitue en effet, pour le moins, une remarquable manifestation de clairvoyance et de divination.

 

3.  Les travaux du Comité scientifique du HCB donnent lieu à un incident. Voici ce que dit la note 40, à la page 85 :

 

« Membres du CS présents et représentés à la séance du 16 décembre 2015 et ayant contribué à la présente note : […] . Depuis lors, Yves Bertheau a émis une position divergente sur certains points. N’ayant pas fait l’objet de discussion en séance comme stipulé dans le règlement intérieur du HCB, cette position divergente est non recevable et n’a donc pas été incluse dans cette note. Yves Bertheau a présenté sa démission du CS et souhaité ne pas être associé au présent texte. »

 

Est-ce fidèle à la réalité, la vraie ? On peut en douter si l'on considère l'ensemble des circonstances. M. Bertheau avait exprimé des positions hétérodoxes en cours de travaux. La question suivante est de savoir quelles étaient ses positions ainsi exprimées.

 

4.  Pour connaître le positionnement idéologique – ou philosophique pour employer un terme moins chargé – on peut lire une interview qu'il a donnée à Inf'OGM en 2008. En résumé, à notre sens, il a un penchant pour la « précaution ».

 

5.  La démission a mis en branle la machine à rumeurs de machinations, complots et autres conspirations. Ainsi, le 19 février 2016, Inf'OGM – la vitrine Canada Dry de la mouvance anti-OGM – publie : « FRANCE – Manœuvres au HCB : un expert des OGM démissionne ». La note 40 précitée est reprise pour l'essentiel ; mais fort opportunément sans : « Depuis lors »... Le 22 février 2016, ce sera : « France - Manipulations du HCB en faveur d’une position pro-industrielle ? » Le point d'interrogation est purement cosmétique puisqu'il est conclu :

 

« Résultat : le gouvernement dispose aujourd’hui officiellement d’une première "note" l’incitant à déclarer beaucoup de produits issus des NTMG comme non soumis à la loi sur les OGM. Et Yves Bertheau a démissionné. Le gouvernement saura-t-il "tirer les oreilles" du HCB pour obtenir au final un avis équilibré sur un sujet aussi important ? »

 

C'est là un positionnement très intéressant : les instances gouvernementales ont créé un organisme indépendant pour lui donner des avis indépendants et, a priori, détachés des pressions politiques, médiatiques et autres, mais il doit intervenir quand la position déplaît à la mouvance anti...

 

6.  Comme on pouvait s'y attendre, les travaux du Comité économique, éthique et social (CEES) se sont traduits par la juxtaposition de contributions collectives et individuelles contradictoires.

 

7.  La démission de M. Bertheau a eu une suite. Selon le communiqué de presse publié par le Réseau Semences Paysannes :

 

« 7 organisations paysannes et de la société civile boycotteront le Haut Conseil des Biotechnologies tant que la pluralité des avis sur les OGM ne sera pas respectée ».

 

Pourquoi ? Parce que :

 

« ...l’avis du Comité Scientifique a été tronqué et n’a pas inclus l’avis divergent présenté par l’un des experts membre de ce Comité. »

 

Les sept sont : les Amis de la Terre, la Confédération Paysanne, la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, France Nature Environnement, Greenpeace, le Réseau Semences Paysannes, l'Union Nationale de l’Apiculture Française. Voir une partie de ces organisations se prétendre « de la société civile » nous provoque, incidemment, un urticaire.

 

8.  On peut légitimement penser que la démission de M. Bertheau est instrumentalisée. On peut aussi être adepte des théories du complot : M. Bertheau a démissionné pour permettre le coup d'éclat... Parmi les revendications du groupe des sept :

 

« Ces mêmes organisations annoncent leur décision de suspendre leur participation aux travaux du Comité Economique, Ethique et Social du HCB tant que cet avis scientifique divergent n’aura pas été publié et transmis aux autorités européennes par le HCB. »

 

Quel avis scientifique ? On le cherche ! Ces mêmes organisations font aussi :

 

« ...le constat amer qu’un débat pluraliste sur les nouvelles techniques de modifications génétiques ne peut pas se dérouler au sein du HCB tel qu’il fonctionne actuellement. »

 

Ce constat n'est-il pas judicieux quand on voit, notamment, une exigence par rapport aux autorités européennes ?

 

9.  Les récriminations de M. Bertheau ont été publiées... devinez par qui... Publication cependant utile, voire nécessaire. Le texte de la note que M. Bertheau a proposé d'insérer après la conclusion des travaux – et qui lui a été refusée, à notre sens de manière incompréhensible – est donné aux pages 12 et 13.

 

 

Que penser ? Le site Écologie Raisonnée nous offre une analyse et un éclairage sous le titre : « Tempête au HCB Saison 2 : hystérie ou craintes justifiées? »

 

La conclusion :

 

« En critiquant ses collègues de façon exagérée alors que lui-même s’attarde sur des détails hors de sa compétence, des banalités (oui on ne peut pas prouver l’innocuité à 100% d’un produit, c’est IMPOSSIBLE), il outrepasse finalement lui aussi les conditions pour lesquelles il a été mandaté. L’échange des courriers montre qu’il n’a jamais été censuré et que la discussion a eu lieu, mais que le règlement et l’organisation est médiocre. Ajoutez à cela au vu de la teneur du débat des égos bien proportionnés, vous obtenez une controverse en apparence scientifique et qui ne l’est pas. Il semble d’ailleurs regrettable qu’en dépit de ses avis scientifiques, il adhère à l’idéologie postmoderne de la gestion des controverses. Sa conclusion effarante demande un groupe de réflexion contenant uniquement des sociologues, des juristes et des biologistes non utilisateurs de NBT. On est en plein dans la négation de la notion d’expertise scientifique en faisant taire le Comité scientifique.

 

Conclusion : beaucoup de bruit pour rien

 

En résumé, non sa divergence principale portait sur la méthode de discussion et la forme du document à présenter aux politiques. Non, il n’a jamais démissionné à cause d’une divergence sur les effets dangereux intrinsèques supposés. Ce n’était qu’un prétexte pour pointer l’information incompréhensible sans les bénéfices et les risques destinée aux politiques. Il a pointé en toute rigueur les incertitudes qui existeront toujours, et fait preuve de zèle sur des recommandations hors de sa compétence. Il souligne aussi l’amateurisme inquiétant d’un Haut-comité censé aider le politique à décider de l’avenir des biotechnologies végétales en France. Finalement, il semble surtout orienté et semble regretter l’organisation du comité qui répond pourtant à ses critères postmodernes…

 

Ce sont donc des conflits internes et des querelles idéologiques sans rapport avec la science, mais suffisants pour déclencher une tempête … dans un verre d’eau comme le dit la présidente du HCB. »

 

 

La devise du site est :

 

« Parce que l'écologie est trop sérieuse pour être laissée à certains écologistes ».

 

Et c'est :

 

« Le blog d’un ingénieur agronome en critique face aux croyances de notre temps par rapport à : l’écologie, l’agriculture, l’alimentation, l’environnement, les médecines alternatives, la conception du vivant. J’interroge mon quotidien, mes expériences, l’actualité et je remets en perspective avec des idées, la philosophie et des faits et des sources. Ma devise (des Lumières) : "Ose te servir de ton entendement. »

 

Il est vrai que dans une société qui fait la part belle à l'irrationalité et l'obscurantisme, il faut oser...

 

 

Et, pour en revenir au titre du billet que nous avons glané sur le net, ce n'est pas « hystérie ou craintes justifiées? », mais les deux.

 

Car, si nous partageons cette opinion s'agissant de la démission, il y a aussi l'« amateurisme inquiétant... » et les dysfonctionnements d'un CEES conçu par le politique et par certains de ses membres comme une machine à promouvoir des postures.

 

Rappelons que dans un épisode précédent, le Bureau du HCB avait « contextualisé » l'avis du CS en réponse à la saisine du 24 avril 2014 du député Bernard Accoyer et du sénateur Jean Bizet, suite à la proposition de loi relative à l’interdiction de la mise en culture des variétés de maïs génétiquement modifié sur le territoire français. On ne se souvient pas que « 7 organisations paysannes et de la société civile » aient alors protesté. Mais il est vrai que la « contextualisation » allait plutôt dans le sens de leurs positions politiques...

 

 Et le Bureau du HCB s'est autorisé ce qu'il a refusé à M. Bertheau...

 

Partager cet article

Commenter cet article