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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Félicitations, Professeur !

13 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Gilles-Éric Séralini, #Activisme

Félicitations, Professeur !

Félicitations, Professeur !

Nous apprenons qu'un Theo Colborn Award a été décerné, le 5 mars 2016, au Professeur Gilles-Eric Séralini « pour la défense de la santé environnementale de la planète par l'excellence scientifique, le courage, la ténacité et l'activisme » lors d'un Symposium sur la Santé Environnementale qui s'est tenu à San Diego, Californie, et a réuni plus de 300 médecins, praticiens et chercheurs.

Theo (Theodora) Colborn est une zoologiste et épidémiologiste états-unienne, théoricienne des perturbateurs endocriniens, née en 1927 et morte en décembre 2014. Elle est une icône de la mouvance que l'on qualifiera ici d'écologiste pour simplifier ; elle est pour la perturbation endocrinienne ce que Rachel Carson a été pour le DDT et les pesticides en général.

Ce prix est donc lié à la « santé environnementale de la planète ». Cela nous semble un concept intéressant.

L'« excellence scientifique », c'est de notoriété publique, est unanimement reconnue. Ô, il y a bien quelques détracteurs, mais ils sont tous affligés d'énormes conflits d'intérêts. C'est le cas des membres de la communauté scientifique qui ont critiqué une célèbre étude sur des rats, le maïs NK 603 et le Roundup : ils avaient été instrumentalisés par une célèbre firme que l'on aime haïr pour démolir cette étude, célèbre aussi pour avoir été dépubliée d'une revue de qualité et republiée dans un journal de série... Environmental Sciences Europe. C'est le cas aussi des experts de la bonne dizaine d'agences nationales et internationales de sécurité sanitaire, dont les critiques n'avaient qu'un seul objet : défendre envers et contre tout leurs propres décisions, enfin les décisions que leur avait dictées la célèbre firme.

Félicitations, Professeur !

Pour faire face à de telles villenies, il faut du « courage ». C'est la deuxième fois qu'il est récompensé. La première fut le Whistleblower Award allemand décerné tous les deux ans. On avait alors – en octobre 2015 – relevé une « campagne véhémente des "milieux intéressés" de l'industrie chimique ainsi que du British Science Media Centre financé par l'industrie ». L'étude en question avait été financée, notamment, par des fondations à objectifs sociétaux et des multinationales de la grande distribution.

Pour l'« activisme », on ne peut que souscrire à l'analyse de la prestigieuse institution qui a décerné ce prix.

Nous avons toutefois un petit souci. Il y eut un autre Theo Colborn Award, décerné en novembre 2011 par Mme Linda Birnbaum, directrice du National Institute of Environmental Health Sciences and National Toxicology Program, lors de la 27e conférence internationale de neurotoxicologie. Les organisateurs du Symposium sur la Santé Environnementale ne devaient pas savoir. C'est un peu fâcheux. Il faudra donc bien préciser dans les futurs CV.

Félicitations, Professeur !

Néanmoins, nous ne pouvons qu'être ravis ! Ce hochet remplacera avantageusement le « International Scientist of the Year 2011 Award », dont le professeur se flatta avant d'en retirer la mention de son CV « [p]our éviter les polémiques inutiles », étant donné que « [c]ertains "bons esprits" ont critiqué l'International Biographical Centre" IBC, et du coup le diplôme reçu par le Pr. Gilles-Eric Séralini. »

C'est l'occasion de rappeler que le professeur avait également obtenu la Prime d'Excellence Scientifique (PES) pour l'année 2011, que le Conseil d'Administration lui a décernée après consultation du Conseil Scientifique de l'Université de Caen selon les critères suivants : publications et production scientifique, encadrement doctoral et scientifique, rayonnement, responsabilités scientifiques et avis global.

Félicitations, Professeur !

Le prestigieux bibelot a été attribué par l'Environmental Health Symposium, un bidule opaque qui ne donne qu'un numéro de téléphone et un formulaire de communication par courriel. Il associe trois bidules tout aussi opaques :

  • SpiritMed Medical Education : le lien renvoie vers le compte rendu d'une conférence tenue en mars 1974 sur le campus du Southwest College of Naturopathic Medicine ;

  • Seeds of Doubt : le lien renvoie également...

  • P|M|E Progressive Medical Education : son site est un peu moins aride et on y apprend que cette entité est reconnue comme fournisseur de formation médicale continue par le California Acupuncture Board, la California Naturopathic Doctor's Association et le Oregon Board of Naturopathic Medicine.

Les gourous de ces trois bidules sont présentés sur le site de l'Environmental Health Symposium. En résumé : diplômés ou adeptes de la médecines dite « alternative », lire : charlatanesque.

Le symposium s'est tenu du 4 au 6 mars 2016. On dispose d'un programme provisoire. M. Séralini a été la guest star, avec trois interventions sur « la toxicité du glyphosate », « Glyphosate : effets sur la santé – affronter les causes, traiter l'exposition » et, dans une partie publique, « Pesticides et OGM : mythes et réalités ».

Dans cette partie publique, il était en compagnie, entre autres, de Jeffrey Smith, Zen Honeycutt et Stephanie Seneff. Enfin, la crème de la crème...

Jeffrey Smith en démonstration de vol yogique

 

Le CRIIGEN n'a pas manqué d'annoncer la distinction qui a été conférée au professeur. Les échotiers locaux – Normandie 14 Actu et FR3 Basse-Normandie – ont répercuté une information qui ne peut qu'être flatteuse pour les Normands, en fait, tous les Français.

 

Ce dernier média a eu, à notre sens, la main heureuse pour son titre : « Gilles-Eric Séralini reconnu par ses pairs avec le prix Theo Colborn ».

 

 

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miniTAX 24/03/2016 22:49

A noter que la seule dans cette brochette de charlatans qui a un semblant de sérieux est Stephanie Seneff. Mais quand on regarde de plus près son pedigree scientifique, il s'agit d'une activiste anti-vaccin diplômé en ... électricité & informatique avec un vague degré de "biophysique" équivalent à un DEUG en 1968 et qui a passé toute sa vie de chercheuse à faire des simulations sur ordinateur (en gros, il s'agit d'un "computer scientist").
C'est ça "l'expertise" des escrolos en biologie, médecine & épidémiologie, wouah, ça décoiffe.

Seppi 28/04/2016 17:54

Bonjour,

Je vous réponds bien tardivement et je m'en excuse.

« ...wouah, ça décoiffe » ? On peut briller dans une matière sans avoir eu une formation à bac + ∞. Ce qui décoiffe, ce sont les énormes âneries qu'elle produit.

Moi, me retrouver sur un programme avec ce genre de charlatan, je n'aurais jamais accepté dans ma carrière. Sauf si cela aurait été pour dénoncer la charlatanerie. Mais bon, nous n'avons pas les mêmes valeurs...

rageous 14/03/2016 12:04

Au vu du résultat sur la transparence des ONG au dernier baromètre 2015, le CRIIGEN est plus prompt à annoncer le trophée de son poulain que ses comptes de résultats !

http://www.fondation-prometheus.org/wsite/wp-content/uploads/Barometre_ONG_2015_2016.pdf

Seppi 28/04/2016 18:18

Bonjour,

Je vous réponds bien tardivement et je m'en excuse.

Il y a eu aussi un échange quelque peu acrimonieux sur le sujet des financements lors d'une audition parlementaire. Il me semble que c'était avec Mme Lepage.

Il y a aussi eu des questions sur le financement de la fameuse « étude » sur les rats. Réponse de M. Séralini :

« Quant au financement, il a été réalisé essentiellement par les fondations Ceres pour l’étude des effets de l’alimentation sur la santé, dont les membres comprennent des représentants d’une cinquantaine de PME-PMI – nous ne connaissons pas tous les adhérents, mais ils ont une charte de non-appartenance au monde des biotechnologies et des pesticides –, et par la Fondation pour le progrès de l’homme, qui ont apporté respectivement deux et un million d’euros. De plus, 100 000 euros ont été fournis par le ministère de la recherche, via la réserve parlementaire de François Grosdidier, et il y a eu 150 000 euros restés à la charge du CRIIGEN à cause de l’explosion du nombre des tumeurs que nous avons dû étudier. Nous cherchons donc des bourses d’étudiants pour continuer ces thèses. »

Carrefour et Auchan des PME-PMI...

Vincent 14/03/2016 08:42

"états-unienne" : pourquoi ne pas dire simplement "américaine"?

Y a-t-il _vraiment_ une majorité de lecteurs pour se demander si elle pourrait venir du Canada ou d'Argentine?

Seppi 14/03/2016 08:53

Bonjour,

Parce que l'Amérique va de l'Alaska à la Terre de Feu.