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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Compléments à « Conflits d’intérêts : quand Stéphane Foucart balance sur le "GIEC de la biodiversité" – sur le site Imposteurs

7 Mars 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Abeilles

Compléments à « Conflits d’intérêts : quand Stéphane Foucart balance sur le "GIEC de la biodiversité" – sur le site Imposteurs

 

glané sur la toile (67)

 

 

Nous avions vu passer des informations – ou plutôt des annonces – sur un rapport de l'IPBES sur les pollinisateurs.

 

L'IPBES, c'est le Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques), un machin intergouvernemental créé en 2012 et placé sous les auspices du PNUE (UNEP en anglais), de l'UNESCO, de la FAO et du PNUD (UNDP). Il siège à Bonn, en compagnie d'autres organisations onusiennes à vocation environnementale.

 

L'IPBES est en quelque sorte le GIEC de la biodiversité. Il est apparu récemment sur les écrans radars à l'occasion de la quatrième session plénière qui s'est tenue du 22 au 28 février 2016 à Kuala Lumpur. Plus précisément à l'occasion de deux événements :

 

 

 

Effet d'annonce

 

Commençons par le deuxième événement.

 

Problème : c'est une annonce... le rapport dont il était question dans ce communiqué – « Thematic Assessment of Pollinators, Pollination and Food Production » – n'est pas encore publié (sauf erreur).

 

En vérité, nous sommes fort perplexes devant un site qui ne brille pas par son contenu et qui semble refléter une certaine désorganisation. Ça commence déjà avec l'adresse : pourquoi « .net » et pas « .int » (ou « .org) comme c'est l'usage pour les organisations intergouvernementales ? Et quand on visite la page dédiée à ce « thematic assessment », il y a bien un onglet « calendrier », mais il vous mène à « site under construction ».

 

Il serait peu opportun de mettre ces difficultés sur le compte du secrétariat de l'organisation. Elles sont plutôt le fruit de l'irresponsabilité collective des États membres, surtout dans le domaine environnemental : prompts à créer des entités séparées – et à se battre ensuite pour accueillir le secrétariat – ils oublient que ces structures sont très fragiles. Un poste vacant peut déstabiliser l'ensemble.

 

Le communiqué de presse est anxiogène à souhait... Il a donc reçu un bel écho dans la presse.

 

Un communiqué de presse du 29 février 2016, « IPBES Launches New Assessment of Biodiversity and Ecosystem Services » annonce le lancement d'un programme de travail sur la période 2016-2019, devant aboutir à la publication d'une évaluation en 2019. En quoi différera-t-elle du précédent ? Mystère.

 

 

Tentative de déstabilisation...

 

Pour le rationaliste, il n'y a donc pas grand chose à afficher sur un écran. Pour l'activiste, c'est une autre affaire.

 

M. Anton Suwalki – ce n'est pas un activiste – s'est penché sur un article paru dans le Monde, et cela donne : « Conflits d’intérêts : quand Stéphane Foucart balance sur le "GIEC de la biodiversité" ».

 

Quant à l'article de M. Foucart, du 23 février 2016, son titre est explicite : « Parmi les experts du principal rapport sur la pollinisation, deux salariés de l’industrie chimique ».

 

Car dans le monde de l'activisme et celui de ses relais médiatiques (les deux s'interpénétrant), le monde de la science et de la décision politique est une société de castes : si vous êtes employé par le secteur privé, par une – ô que le mot est dégoûtant ! – entreprise, vous êtes un paria infréquentable et, surtout, indigne de contribuer à la construction de connaissances et de politiques.

 

C'est une posture gagnante : si le produit, ici le rapport de l'IPBES, n'est pas assez extrémiste (ce qu'il ne saurait être par principe dans la mouvance activiste), on peut s'en prendre et au produit, et au processus de décision – au système ou à notre organisation sociale – quasi éternellement.

 

M. Suwalki écrit à juste titre :

 

« On peut donc légitimement retourner la suspicion contre ceux qui la répandent à l’encontre de Christian Maus et d’Helen Thompson : avant même qu’ils aient commis la moindre faute, ceux-ci sont montrés du doigt par des individus dont le but avoué est d’obtenir l’interdiction des néonicotinoïdes. Cette campagne relayée par Le Monde est un moyen de faire monter la pression sur cet organisme [l'IPBES]. »

 

 

...lamentable !

 

Qu'y a-t-il de si scandaleux dans la présence de deux experts « de l'industrie chimique », en fait proposés par Croplife International ? Rien !

 

Les décideurs – les États membres – ont opté pour un processus inclusif permettant aux gouvernements et à d'autres « parties prenantes » de proposer des experts. Croplife International est une telle partie prenante et M. Maus et Mme Thompson ont été sélectionnés.

 

Tout comme Mme Alexandra Klein de l'Université de Fribourg-en-Brisgau, proposée par l'ECNC, le Centre européen pour la conservation de la nature, une ONG.

 

Mais dans le monde et le Monde de l'intolérance...

 

 

Cherchons des poux dans les têtes

 

M. Suwalki cite un chercheur britannique, M. Dave Goulson, pour ses liens avec Friends of the Earth en tant qu'« allié », et ajoute :

 

« Dave Goulson, qui a contesté une étude d’Helen Thompson sur l’effet des insecticides néonicotinoïdes ? Tiens, lui aussi est un activiste financé par des ONG, et impliqué dans la task-force de l’UICN visant à bannir les néonicotinoïdes. »

 

Rappelons incidemment que, pour notre part, nous ne sommes pas sûrs que cette « task-force » était bien de l'UICN, celle-ci ayant été, semble-t-il, instrumentalisée.

 

Intéressante référence...

 

Parmi les quatre personnes physiques « alliées » de FoE, il y a aussi M. Simon Potts, de l'Université de Reading. Il se trouve que M. Potts est l'un des co-présidents du « Thematic Assessment ». Nous ne nous prononcerons pas sur la contribution que M. Potts a apportée au travail de l'IPBES ; mais manifestement, pour M. Foucart et ceux dont il relaie l'intégrisme anti-entreprises, son lien d'intérêts avec FoE n'est pas un motif de récusation.

 

 

Des alliés sur la même longueur d'onde

 

C'est du reste assez cocasse. Que pense M. Goulson du fruit du travail de son « co-allié » Potts ? C'est dans Nature :

 

« Je doute qu'il y aura un action pratique, de terrain, en faveur des pollinisateurs à la suite de ce document. Nous sommes au milieu de la sixième extinction de masse, et nous sommes assis, consacrant des milliers d'heures à écrire des documents sur la biodiversité, mais nous ne prenons aucune mesure sur les questions fondamentales qui sont à la source de cette catastrophe écologique. »

 

La collégialité règne !

 

Cette opinion de M. Goulson s'applique-t-elle aussi au « Worldwide Integrated Assessment of the Impact of Systemic Pesticides on Biodiversity and Ecosystems » de la Task Force on Systemic Pesticides dont un des membres a été M. Goulson ?

 

 

Des scientifiques font les ânes

 

L'attaque contre la participation de M. Christian Maus (Bayer) et Mme Helen Thompson (Syngenta) aux travaux de l'IPBES est partie d'une lettre, publiée par Nature le 11 décembre 2014, « Publishing: Biodiversity reports need author rules » (publications : les rapports sur la biodiversité ont besoin de règles sur les auteurs), d'Axel Hochkirch (Université de Trèves, Allemagne), Philip J. K. McGowan (Université de Newcastle, Royaume-Uni) et Jeroen van der Sluijs (Université de Bergen, Norvège). Les auteurs ont notamment écrit :

 

« Il n'est pas clair comment l'IPBES gère les conflits d'intérêts. »

 

Mais leur lettre – publiée dans Nature pour faire du bruit – montre qu'ils étaient parfaitement au courant de la situation. Alors, quelle était la motivation de cette lettre ? Torpillage ? Ressentiment ? Les deux ?

 

 

Des scientifiques font les ânes (bis)

 

Mme Anne Larigauderie, Secrétaire exécutive de l'IPBES, avait répondu le 15 janvier 2015 dans Nature. M. Foucart fait état de cette réponse dans son article, mais omet l'essentiel, à savoir que l'IPBES disposait de règles et de procédures pour la nomination et la sélection d'experts et pour la gestion des conflits d'intérêts ; certes pas définitivement adoptées à l'époque de ces lettres, mais provisoirement appliquées. Elles ont été adoptées lors de la troisième session plénière, tenue du 12 au 17 janvier 2015.

 

Dans un monde rationnel, et particulièrement dans le monde scientifique, censé être rationnel, les choses en seraient restées là. Mais, peu de temps avant l'ouverture de la quatrième session plénière, selon M. Foucart,

 

« ...des protestations ont été adressées par des membres de la communauté scientifique au secrétariat de l’IPBES, signalant des conflits d’intérêts au sein du groupe de travail mandaté par l’organisme. [...] Klaus-Werner Wenzel, professeur de médecine à l’hôpital universitaire de la charité de Berlin se dit "choqué d’un conflit d’intérêts évident touchant des membres d’un important groupe d’experts." »

 

Mais l'irrationnel règne aussi dans le monde scientifique. M. Foucart s'est du reste bien gardé de signaler les affiliations de ces «  membres de la communauté scientifique »...

 

Le professeur de médecine était ainsi parfaitement compétent – en tant que professeur de médecine – pour prendre une position sur les conflits d'intérêts au sein de l'IPBES.

 

 

La relativité des compétences

 

Fermons ce volet par un autre morceau de bravoure de M. Foucart :

 

« Quant au scientifique employé par Bayer et sélectionné par l’IPBES, il n’a pas été pris dans de telles controverses : auteur principal du chapitre sur la diversité des pollinisateurs, il n’a jamais publié de travaux sur le sujet. »

 

Voilà de quoi décrédibiliser, et la personne, et le rapport qui a manifestement l'heur de déplaire à la mouvance anti-pesticides et notamment anti-néonicotinoïdes. C'est écrit de manière désinvolte – ou volontairement trompeuse. Il est membre d'un groupe de 12 personnes – 4 auteurs principaux coordonnateurs, 6 auteurs principaux (lead authors) et deux éditeurs. Et une simple visite à une base de données suffit pour montrer qu'il dispose d'une belle bibliographie.

 

Il se trouve que la coordination scientifique de la fameuse « Taskforce on Systemic Pesticides », dont M. Foucart avait dit le plus grand bien, avait été confiée à Jeroen van der Sluijs, dont les compétences en matière d'abeilles et de pollinisateurs sont bien minces...

 

Mais tout est relatif, n'est-ce pas ?

 

 

La vérité au détour d'un paragraphe

 

Le 26 février 2016 – donc le jour de la publication du communiqué de presse de l'IPBES sur l'importance vitale des pollinisateurs –, le Monde publiait, sous la plume de M. Stéphane Foucart, « Le "GIEC de la biodiversité" consacre l’importance cruciale des pollinisateurs » (texte complet ici).

 

Deux paragraphes sur les pesticides systémiques, les néonicotinoïdes en particulier, et – inévitablement – un couplet sur les « conflits d’intérêts » en conclusion :

 

« Deux salariés de l’industrie agrochimique ont ainsi été sélectionnés pour participer au rapport, créant une polémique, relayée notamment par Le Monde. »

 

« ...relayée... » ? C'est le terme juste. Le Monde de M. Foucart s'était fait le relais d'une polémique. Une polémique stérile et futile.

 

 

Même pas publiée, l'évaluation est déjà condamnée !

 

Le Monde a publié le même jour « "GIEC de la biodiversité" : l’étude globale sur la pollinisation fera-t-elle mouche ? », une tribune de M. Aleksandar Rankovic, chercheur au programme biodiversité de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). Celui-ci se présente comme un « institut indépendant » et une « fondation de recherche reconnue d’utilité publique ». Une structure fort intéressante qui devrait donner des boutons à la mouvance qui a son Stammtisch dans le Monde pour vilipender l'industrie !

 

Inévitable petit couplet sur les néonics :

 

« Le rapport attribue clairement cette évolution à la perte d’habitats et aux pratiques agricoles intensives, dont l’usage massif de pesticides, y compris les néonicotinoïdes, dont les effets létaux sur les insectes pollinisateurs sont reconnus. »

 

Sauf que le communiqué de presse de l'IPBES est un peu moins catégorique :

 

« L'évaluation a trouvé que les pesticides, y compris les insecticides néonicotinoïdes, menacent les pollinisateurs dans le monde entier, bien que les effets à long terme soient encore inconnus. Une étude innovante menée dans des champs a montré qu'un insecticide néonicotinoïde avait des effets négatifs sur les abeilles sauvages, mais l'effet sur les abeilles domestiques était moins net. »

 

Ça sent le texte de compromis, âprement négocié ! La référence aux néonics incontournable dans le monde du politiquement correct. Cela dit, qu'il y ait des « effets négatifs » pour des ...cides est une évidence ; mais ce qui importe, ce sont les effets en conditions réalistes de terrain.

 

Conclusion de l'auteur :

 

« Si les gouvernements continuent de ne donner à l’IPBES ni le mandat ni les moyens suffisants, des possibilités complémentaires devraient être explorées, en mobilisant par exemple des réseaux d’universités, de think tanks et d’organisations non gouvernementales. »

 

L'IDDRI par exemple ?

 

 

Et pour conclure...

 

Le Monde – journal en principe d'information – n'a publié que des opinions.

 

 

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