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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Zika : on commence à parler de la solution génétique

2 Février 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Santé publique, #critique de l'information, #Activisme

Zika : on commence à parler de la solution génétique

 

Source (excellente) : « So what’s the deal with Zika virus? What’s going on in Brazil? »

 

Un fond de commerce médiatique

 

Le Zika fera le bonheur des scrabbleurs quand le mot sera officialisé. Pour le moment, il occupe bien les médias, en partie pour de très bonnes raisons. Soyons réalistes : le risque se situe essentiellement au niveau des atteintes neurologiques, en particulier la microcéphalie, chez les bébés à naître – non avérées mais très fortement suspectées – et du syndrome de Guillain-Barré (dont la prévalence est de l’ordre de 1 à 2 cas pour 100 000 personnes en Europe).

 

Soyons aussi cyniques en nous prévalant d'une mémoire un peu courte et pas entièrement fiable : il ne nous semble pas qu'on ait été aussi actif sur les épisodes précédents de dengue et de chikungunya dans l'Outre-mer français, alors même que l'impact de ces affections et leurs séquelles sont bien plus importants.

 

Le Monde vient de produire un état des lieux sur le plan de la santé humaine qui paraît très objectif, « Zika : dix questions sur un virus qui inquiète ».

 

Source : « Zika Virus Spreads to New Areas — Region of the Americas, May 2015–January 2016 » (29 janvier 2016)

 

Si les médias sont très diserts sur la maladie et ses risques, ils le sont beaucoup moins sur les méthodes de lutte. Évoquer les insecticides – en plus évidemment des mesures simples et indispensables comme éliminer les eaux stagnantes – n'est pas politiquement correct... Mais c'est aussi, d'une certaine manière, heureux : en butinant sur la toile on peut trouver ça et là, sur les sites des charlatans ou dans les «news» manifestement écrits par des bobos, des « conseils » du style produire un répulsif avec un demi-citron vert et des clous de girofle, ou planter de la citronnelle ou du basilic, censés faire fuir les moustiques. Et comme les médias fuient le mot « insecticide », ils ne parlent pas du risque de cancérogénicité possible ou probable qui devrait prévaloir, comme critère de décision en matière de politique sanitaire, sur le risque bien plus grand, sans nul doute de plusieurs ordres de grandeur, de malformations des enfants à naître.

 

 

La solution génétique devient salonfähig

 

Certains journaux commencent cependant à évoquer la solution de la lutte vectorielle à l'aide de moustiques génétiquement modifiés. Nous vous en avons entretenus ici à propos d'un essai entrepris au Brésil avec des moustiques d'Oxitec.

 

Expérience positive, réitérée pour lutter contre le Zika, comme le rapporte DirectMatin dans « Une ville du Brésil va lâcher des millions de moustiques mutants contre le virus Zika »

 

 

Voir aussi « [Trad] Le privilège des blancs ? Les activistes occidentaux vont-ils bloquer l’application de la technologie CRISPR permettant de protéger des millions d’africains contre le paludisme ? » qui fournit des explications techniques.

 

Le JDD évoque aussi ce lâcher de moustiques, mais sur un mode plus sceptique, dans « Contre le virus Zika, la solution du moustique transgénique? ». Et en s'étant inspiré de l'article qui suit... les médias de Panurge.

 

Le Monde – « sciences », pas « planète » – a produit un excellent article sur « Un moustique génétiquement modifié contre le paludisme » sous la signature de M. Nathaniel Herzberg. En bref, on modifie le moustique pour que le vecteur du paludisme ne puisse pas y accomplir une étape de son cycle. Le moustique n'est plus hôte fonctionnel. Il y a un article compagnon, derrière un péage, « Au Brésil, contre la dengue, le moustique "ami" » qui rapporte l'expérience positive de Piracicaba (État de Sao Paulo) avec les moustiques Oxitec (texte complet ici).

 

On regrettera cependant que l'auteur ait cru bon de citer sans esprit critique Mme Florence Fouque, responsable des maladies vectorielles pour le Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales (TDR), basé à l’OMS et co-parrainé par l’UNICEF, le PNUD et la Banque mondiale :

 

« Je ne suis pas sûre que les pouvoirs publics veuillent s’engager dans des méthodes lourdes, ­coûteuses et potentiellement risquées alors qu’avec les moyens actuels, nous espérons faire reculer la maladie de 95 % en 2035. »

 

Est-ce une scientifique qui s'exprime ici, ou une Madame Soleil, sur les volontés politiques des États ? Sur la nature, le coût et les risques des solutions génétiques en test, à l'état d'ébauches ou dans les cartons ?

 

Et : « nous espérons faire reculer la maladie de 95 % en 2035 » ? Il s'agit certes du paludisme, qui n'est pas une mince affaire. Mais il est bien regrettable que l'on raye a priori, à coup de doutes et de convictions personnels, une option possible du catalogue de solutions (possibles). Solutions (possibles) qui ne sont bien sûr pas limitées au paludisme.

 

 

C'est la faute aux moustiques GM...

 

En attendant, s'agissant du Zika, la mouvance anti-OGM a déjà trouvé la parade, comme le montre par exemple cet article de The Ecologist, « Pandora's box: how GM mosquitos could have caused Brazil's microcephaly disaster », qu'on ne manquera pas de retrouver traduit en français dans le prochain numéro de l'Écologiste.

 

Le Zika, c'est de la faute des moustiques génétiquement modifés... enfin... au conditionnel.

 

En résumé, l'« effet papillon » (« Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? ») appliqué aux moustiques GM. Évidemment au conditionnel (bis repetita) , au prix d'extravagantes hypothèses pour voyager de la prémisse à la conclusion (voir par exemple ici pour la tétracycline que l'on trouverait dans la nature), et sans essai de validation de l'hypothèse par, par exemple, une explication de l'épidémie qui a secoué la Polynesie française (voir par exemple ici).

 

Source (également pour la suivante) : « Debunking the myths surrounding the Zika virus outbreak in South America »

 

Et il y a un « truc » remarquable : pour expliquer le lien, on nous renvoie aux lâchers de moustiques qui ont eu lieu en 2011 et 2012 à Itaberaba, un faubourg de Juazeiro, État de Bahia. Belles cartes à l'appui. Sauf que, sur la carte, on pointe vers Juazeiro de Norte, État de Ceará ! Une ville qui, de plus, n'est pas l'épicentre de l'épidémie.

 

Zut ! Ce n'est pas le bon Juazeiro !

 

Il y a une analyse fouillée dans « No, GM Mosquitoes Didn’t Start The Zika Outbreak ». On y écrit à fort juste titre :

 

« Petit conseil : si vous voulez fonder votre théorie de la conspiration sur une coïncidence de lieux, ce serait probablement une bonne idée que de ne pas se tromper de lieu. »

 

Petit conseil parfaitement inutile. Vous pensez bien que les conspirationnistes ne vont pas s'arrêter à ce genre de détail...

 

 

 

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