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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quand la « recherche » anti-OGM falsifie ses données : l'équipe Infascelli punie

11 Février 2016 , Rédigé par Seppi

Quand la « recherche » anti-OGM falsifie ses données : l'équipe Infascelli punie

 

L'article sur les méfaits des OGM chez les caprins a été rétracté en raison d'allégations de plagiat et de manipulation de photos.

 

 

Voilà un titre qui fleure bon le sophisme de la culpabilité par association. Nous l'assumons, mais en soulignant que le sophisme n'est que partiel. Peut-être même très partiel.

 

 

De gros soupçons

 

Nous vous avions entretenu sur les déboires du Pr Federico Infascelli et de son équipe du Département de médecine vétérinaire et des productions animales de l'Université de Naples par, essentiellement, trois articles (ici, ici et ici). Dans deux autres, nous avions reproduit des analyses de scientifiques d'Outre-Atlantique montrant que des études de cette équipe ne valaient rien (ici et ici).

 

On en était resté au fait que l'Université de Naples Federico II avait ouvert une enquête interne.

 

 

Des mesures plutôt énergiques

 

Les résultats viennent d'être publiés par la Repubblica sous un titre explicite : « Università, puniti prof e ricercatori: hanno falsificato studio sugli Ogm » (Université, professeur et chercheurs punis : ils ont falsifié des études sur les OGM).

 

Constatations selon le jury d'enquête composé de trois universitaires, un juriste et deux scientifiques : violation de l'intégrité scientifique dans trois articles publiés, « infractions très graves », manipulation de photos, « volonté de fabriquer un résultat expérimental non existant ».

 

Après consultation du Sénat académique, le recteur a décidé que les sanctions ne pouvaient pas se limiter au coordinateur du groupe et aux « auteurs correspondants » des articles en cause. Elles sont donc tombées sur onze personnes.

 

Voilà donc une Université qui prend l'intégrité scientifique et sa réputation au sérieux. Il est vrai que les faits sont graves.

 

 

Outre l'avertissement formel, interdiction pour les chercheurs les plus impliqués de publier sous le nom de l'Université, pendant les deux prochaines années, sans le feu vert des supérieurs ou du directeur de département. Leurs recherches seront supervisées et contrôlées ; chaque résultat, chaque image, chaque mot et chaque détail de leurs études seront remis au directeur du département, en original, à des fins de conservation. Toute recherche ne répondant pas à ces conditions ne pourra pas bénéficier des fonds ou des installations de l'Université, et ne pourra pas se prévaloir du prestige de l'Université Federico II.

 

Mais, comme le remarque à juste titre le journal la Repubblica, cela n'est pas grand chose comparé à l'atteinte à leur réputation issue des demandes de retrait des articles incriminés, de l'article dans Nature sur l'affaire, et de l'évocation de leur cas par Retraction Watch.

 

 

 

De la fraude caractérisée à l'erreur de bonne foi

 

Cette affaire porte sur un cas de fraudes grossières. Il y a toutefois des manœuvres plus subtiles. Difficile de produire des analyses sur la base d'études publiées par des chercheurs français : un groupe de pression – un lobby – s'est créé pour museler toute critique par le recours au prétoire.

 

On rappellera tout de même que feu Alain de Weck avait écrit sur le blog qu'il tenait sur le Monde (maintenant effacé, mais repris ici) :

 

« Le hasard organisé consiste à choisir, dans une série de résultats aléatoires, ceux qui soutiennent votre hypothèse de départ et à ignorer les autres. C’est exactement ce qu’ont fait [autocensuré] et qui a été remarqué par beaucoup de critiques. Pour quiconque a l’habitude de l’expérimentation animale ou biologique, cela se voit comme le nez au milieu de la figure mais cela semble quand même avoir échappé à beaucoup. Cette pratique du hasard organisé est une tentation assez fréquente mais elle est le plus souvent réprimée par réflexion et autocritique : l’œuf pourri est étouffé avant d’être pondu. Dans le cas particulier, [autocensuré] nous a fait manger toute une omelette d’œufs pourris. Et c’est cela qui constitue sa faute réelle, la propagation de conclusions dramatiques sur des bases inexistantes. Pour les anglo-saxons et bien d’autres, ce genre de comportement est clairement qualifié de [autocensuré] scientifique. »

 

C'est un peu ce qu'ont fait J. Carman et al. dans « A long-term toxicology study on pigs fed a combined genetically modified (GM) soy and GM maize diet ». En étudiant quelques dizaines de paramètres – dont un visuel, fortement sujet à interprétation orientée – ils avaient de grandes chances d'en trouver au moins un qui, sur le seul plan statistique, « prouvait » la conclusion préconçue et permettait de lancer une campagne de communication.

 

 

Choisir ses séries statistiques en fonction du résultat recherché est un autre cas, illustré par « Sustainability and innovation in staple crop production in the US Midwest » de J. Heinemann et al. Les auteurs se sont notamment attachés à « démontrer » que le maïs GM n'avait pas induit une augmentation des rendements à un rythme plus élevé aux États-Unis d'Amérique par rapport à l'Europe. Le maïs GM avait été introduit au milieu des années 1980. Pour leur « démonstration », les auteurs ont produit des droites de régression sur la période 1961-2009...

 

 

Parmi ceux qui ont dénoncé la supercherie, ou l'erreur méthodologique, il y a notre ami Anton Suwalki dans « Rendements du maïs transgénique : petite partie de ping-pong avec Stéphane Foucart ». En anglais, David Tribe, « Why do Heinemann 2013 use the wrong year to obscure valid conclusions about improved yield growth from GM? ».

Deux graphiques de l'article de David Tribe. Ils ne prouvent rien sur le rôle des OGM, mais infirment les affirmations de J. Jeinemann et al.

 

La limite entre fraude et erreur de bonne foi n'est pas nette. Mais les deux se qualifient pour la dénomination « science poubelle ». Et il y en a beaucoup dans le monde de la pseudo-science anti-OGM.

 

Il y a même une science fantôme comme les fameux hamsters de Surov...

 

Des hamsters avec des poils aux dents...Un superbe hoax lancé par Jeffrey Smith sur son Institute for Responsible Technology, qui a pris soin de supprimer les pages, tout comme Mediapart. Mais l'essentiel n'est-il pas que le hoax se perpétue ? (Image prise de Bio-Provence)

 

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