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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Mark Lynas : « Alerte ! Il y a une nouvelle épidémie virale : les théories de la conspiration sur Zika »

8 Février 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM, #Activisme

Mark Lynas : « Alerte ! Il y a une nouvelle épidémie virale : les théories de la conspiration sur Zika »

 

 

Mark Lynas est un écrivain, journaliste et militant écologiste britannique qui fut furieusement anti-OGM. Et puis il trouva le chemin de Damas. Sa conversion à la réalité scientifique et technique, il l'exprima lors d'une remarquable conférence à l'Oxford Farming Conference, le 3 janvier 2013 :

Converti ou mercenaire ?
Converti ou mercenaire ?

« ...en 2008 j'écrivais toujours des articles dans le Guardian pour attaquer la science des OGM - même si je n'avais fait aucune recherche universitaire sur le sujet, et avait une compréhension personnelle très limitée. Je pense que, même à ce stade tardif, je n'avais jamais lu un article revu par des pairs sur la biotechnologie ou la science des plantes.

[…]

« […] j'ai commencé à lire. Et j'ai découvert au fur et à mesure de mes lectures que pas une de mes croyances les plus chères sur les OGM ne s'avéraient être autre chose que de simples légendes urbaines écolos. »

 

On aimerait entendre d'autres journalistes sur leur propre maîtrise de ce sujet...

 

M. Lynas vient de produire un article dans le Guardian sur les récentes théories du complot attribuant aux moustiques d'Oxitec (au conditionnel quand même) la responsabilité de l'épidémie de Zika au Brésil (et par extension dans une grande partie de l'Amérique du Sud et Centrale).

 

« Les théories du complot sont un peu comme les virus. La plupart du temps, elles circulent sans danger aux marges de la société, mais de temps en temps il se produit une mutation qui apporte une meilleure transmissibilité et peut conduire à une épidémie dans le corps social avec des conséquences très dommageables dans le monde réel. »

 

Nous ne détaillerons pas la réfutation du complot imaginaire par M. Lynas. Celui-ci rapporte que la thèse a été diffusée par Russia Today – toujours prompt à propager les mèmes anti-OGM pour faire avancer la guerre de Poutine contre l'Occident – et reprise par le Daily Mail sous une forme mutée, puis par The Ecologist avec une croustillante addition :

 « Tickell a cité une "experte", le Dr Mae Wan Ho, débarquant avec une nouvelle théorie. Dr Ho a proposé que la séquence d'ADN utilisée pour manipuler génétiquement les moustiques Oxitec pourrait en quelque sorte avoir sauté dans le virus Zika et l'avoir fait muter en une forme plus virulente. Plausible ? L'article semble être d'une technicité impressionnante, citant les envolées lyriques du Dr Ho sur "les vecteurs de transposons intégrés" et d'autres propos à consonance scientifique. »

 

Selon The Ecologist :

 

« Donc, la question clé est : le moustique mâle stérile Oxitec GM Aedes aegypti lâché à Juazeiro a-t-il été produit avec le transposon piggyBac? Oui, c'est le cas. Et cela crée une possibilité hautement significative : que la dissémination par Oxitec de ses moustiques GM a conduit directement à la création de l'épidémie de microcéphalie au Brésil par le mécanisme suivant :

 

[...]

 

« 3. Le transposon piggyBac dévergondé, désormais présent dans la population locale d'Aedes aegypti, en profite pour sauter dans le virus Zika, probablement à de nombreuses reprises.

 

« 4 Dans ce processus, certaines souches mutées de Zika ont acquis un avantage sélectif, ce qui les rend plus virulentes et leur donne une plus grande capacité d'entrerdans l'ADN humain et de le perturber. »

 

On ne saurait dire qui est le plus perturbé dans cette affaire : Mme Mae Wan Ho, un des piliers de l'Institute of Science in Society, furieusement « anti », ou l'auteur de l'article de l'Ecologist...

 

Le virus du Zika n'a pas d'ADN... c'est un virus à ARN. Il n'infecte pas les cellules du moustique et n'entre pas en contact avec l'ADN de celui-ci. Et le transposon sauteur est presque aussi long que le virus...

 

 

 

 

Mais le délire ne s'arrête pas là. Encore plus fort :

 

« 6. Il se peut que le transposon piggyBac ait lui-même pénétré dans l'ADN des bébés exposés in utero au virus Zika modifié. En effet, cela peut constituer une partie du mécanisme par lequel le développement embryonnaire est perturbé.

 

« Dans ce dernier cas, une implication est que l'action du gène pourrait être bloquée en donnant aux femmes enceintes de la tétracycline afin de bloquer son activité. Les chances de succès sont probablement faibles, mais cela vaut la peine d'essayer. »

 

En d'autres termes, ce serait l'ensemble du mécanisme introduit dans le moustique qui aurait été transmis aux bébés... à chacun des bébés atteints de microcéphalie séparément... et qui aurait perturbé sélectivement le développement cranien. L'auteur se fait très mesuré mais assure que c'est « au moins » une hypothèse crédible et testable.

 

Et c'est là que tombe une note :

 

« [Voir les notes de l'auteur 1 et 2, ci-dessous. De récents instantanés du génome de Zika examinés comme suite à cet article ne présentent pas, en fait, le transposon piggyBac.] »

 

L'auteur se faisant très volubile dans ses notes, avec notamment la remarque suivante, fourrée au milieu du texte :

 

« Il apparaît que l'hypothèse énoncée ci-dessus est probablement incorrecte, et cela doit être un soulagement considérable pour tous ceux qui sont concernés. »

 

Eh bien non !

 

Un article publié le 1er février contient une théorie tellement délirante qu'on doit se demander comment il a pu être publié. En fait, on sait : aucune théorie du complot ou du dérapage incontrôlé des organismes génétiquement modifiés, aussi extravagante et hilarante soit-elle, ne saurait être laissée dans les cartons. La fin justifie les moyens...

 

Cette théorie a été démolie (pas « probablement », mais certainement et entièrement, à commencer par des arguments de simple bon sens) en l'espace de quelques jours (trois ou quatre, peut-être). Et ce n'est qu'en fin de texte, par des notes alambiquées, que l'on apprend de l'auteur, marri, que le montage à connotation scientifique est pure élucubration et que, partant, l'ensemble de l'article est complètement faux.

 

Mais l'article reste en ligne, avec son titre anxiogène, ses élucubrations sur un transposon sauteur et dévergondé, avec juste une mise au point artistiquement dissimulée.

 

Décidément, rien n'arrête la mouvance.

 

 

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