Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glané sur la toile (51) : À quand un Cash Investigation sur les abus de Cash Investigation ?

7 Février 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #critique de l'information, #Activisme

Glané sur la toile (51) : À quand un Cash Investigation sur les abus de Cash Investigation ?

 

Glané sur la toile (51) : À quand un Cash Investigation sur les abus de Cash Investigation ?

Si vous voulez bénéficier d'une lettre d'information périodique vous signalant les principaux documents parus sur la toile sur les plantes génétiquement modifiées et des sujets connexes, il y a l'incontournable blog « OGM : environnement, santé et politique » de M. Marcel Kuntz, directeur de recherche au CNRS à Grenoble et représentant d'une espèce en voie de disparition en France : celle des chercheurs qui font de vraies recherches dans le domaine de la génétique appliquée.

Sa dernière livraison date du 5 février 2016.

M. Kuntz nous a donc mis sur la piste d'un billet dont la lecture nous paraît d'autant plus incontournable que nous assistons actuellement à un Niagara de sottises et un Iguazu de complaisances, sans le moindre esprit critique, sur la dernière manipulation médiatique sur une chaîne pourtant du service public.

Il se trouve donc encore quelques Mohicans capables de prendre du recul, de comprendre qu'on prend le citoyen pour un naze, et de l'écrire.

 

« Cash Investigation ou la fabrique du buzz », sur FastNCurious, est une lecture incontournable.

 

Voilà un titre qui rappelle – à fort juste titre – ces livres qui ont associé le mot « fabrique » à, notamment, « mensonge » et « doute », livres fabriqués sur le même modèle : la prétention à la « révélation » et à la dénonciation de scandales soigneusement cachés – donc aussi de complots –au prix d'« enquêtes » exclusivement à charge et, le cas échéant, en accommodant les éléments de faits pour qu'ils corroborent la thèse préétablie.

 

Mensonge, donc, par exemple, quand on nous dit que 97% des aliments contiennent des résidus de pesticides, en montrant le titre – certes peu heureux – d'un communiqué de presse de l'EFSA qui se termine par « ...dans les limites légales ». Un communiqué de presse dont un point se lit :

 

« 54,6 % des échantillons ne contenaient aucun résidu détectable ».

 

Un communiqué de presse avec une première phrase, dont on peut penser qu'elle serait lue même par le plus paresseux des journalistes d'investigation, qui résume :

 

« Plus de 97 % des échantillons alimentaires évalués par l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) contiennent des concentrations de résidus de pesticides qui se situent dans les limites légales autorisées, dont presque 55 % sans aucune trace détectable de ces produits chimiques. »

 

Glané sur la toile (51) : À quand un Cash Investigation sur les abus de Cash Investigation ?

Un communiqué de presse qui, lors d'un clavardage avec le journaliste qui a mené l'enquête – cornaqué par une personne qui ne se cache pas du rôle qu'elle a joué dans cette affaire (voir par exemple ici ou ici) – a fait l'objet de signalements en vue d'une correction des affirmations du journaliste et que les maîtres de cérémonie ont refusé de mettre en ligne. Qu'a-t-on voulu dissimuler ? Une « simple » erreur ? Ou un mensonge ? Peut-on vraiment croire que le journaliste d'investigation et son conseiller occulte ne se sont pas aperçus de l'écart de conduite ?

Mensonge et doute.

Doute, donc, par exemple, quand on évoque très rapidement les pesticides dans les cheveux.

« Pour tout vous dire, les résultats nous ont stupéfiés » (vidéo) ou : « Les résultats sont stupéfiants » (texte).

 

Ah oui ? Où sont ces résultats ? Ah non ! Pas le temps d'élaborer au-delà de l'effet de manche et de la propagande digne du maître d'il y a quelques décennies. Pas de temps à perdre avec un toxicologiste pour mettre les résultats en perspective... laissons la place à des mères de famille à la sortie de l'école, soigneusement choisies pour délivrer le message idoine.

 

Cette histoire de cheveux, ne serait-ce pas une sorte de copier-coller rustique de l'« enquête APAChe » de Générations Futures ?

 

« 44 traces de pesticides différents y ont été décelées, dont 24 sont interdits ou classés dangereux ! ».

 

À quelles doses ? Chut ! Ce qui est curieux, c'est que GF n'a trouvé que 6,6 pesticides en moyenne dans les cheveux des travailleurs viticoles, également du Bordelais.

 

Mais, comme il est dit sur ce site, sous la bannière de Générations Futures, avec une phénoménale dose d'autosatisfaction,

 

« Vous avez vu, au travers de cette enquête fouillée et construite, une partie du travail que mène depuis 20 ans l’association Générations Futures, reconnue pour son expertise et son sérieux. »

 

 

C'est donc à fort juste titre que « Cash Investigation ou la fabrique du buzz » a pour premier intertitre :

 

« "Bienvenue dans le monde merveilleux des affaires" : entre journalisme et communication »

 

Avec un départ sur les chapeaux de roues :

 

« L’émission, qui part du constat que la vérité nous serait cachée, nous promet d’enfin lever le voile sur les cachotteries des grandes entreprises. Cet engagement, c’est le fond de commerce de la présentatrice et journaliste Elise Lucet et de son équipe de Cash Investigation. Et cette émission se distingue des autres par la figure du journaliste qu’elle met en avant. En effet, le journaliste de Cash, intrépide baroudeur, est en lutte permanente pour la démocratie, combat les autorités et prend même des risques. Le mythe du journaliste qui nous est ici présenté, c’est celui du héros qui dérange, qui remet en question ce qui nous paraît pourtant indubitable. Plus que tout autre, le journaliste est celui qui œuvre pour le bien commun. »

Glané sur la toile (51) : À quand un Cash Investigation sur les abus de Cash Investigation ?

Dommage, peut-être, que cette analyse du « mythe du journaliste » ne se soit pas étendue, pour l'émission dont il est question ici, aux liens avec « le monde merveilleux des affaires » auquel la soupe a été servie implicitement.

La conclusion est fort pertinente :

« L’objectif de Cash Investigation est de casser l’image infaillible de l’entreprise. Les journalistes de l’émission confirment aussi nos suspicions concernant des produits, des entreprises ou des pratiques dont nous n’ignorons pas les vices. [...] La dénonciation des abus des entreprises par les journalistes relève donc quasiment de l’objectif citoyen.

 

« La critique radicale de ce genre de pratiques est un exercice courageux et admirable. Mais quel poids a cette parole, lorsque le locuteur est lui-même pris dans ce système qu’il dénonce ? A quand une émission Cash Investigation sur les abus des entreprises médiatiques et leur frénésie de l’audimat ? [...] »

 

Soyons plus spécifiques : à quand une émission de Cash Investigation sur les abus de Cash Investigation ?

Partager cet article

Commenter cet article