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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

En danger de mort... de rire ! À propos de l'« Alerte sur les tampons » de 60 millions

29 Février 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Glyphosate (Roundup), #Santé publique

En danger de mort... de rire !

 

À propos de l'« Alerte sur les tampons » de 60 millions

 

 

En danger de mort... de rire !  À propos de l'« Alerte sur les tampons » de 60 millions

Il arrive un moment où le meilleur blindage contre la bêtise et la malversation médiatique ne résiste plus.

C'est le cas, en ce qui nous concerne, avec l'article de 60 millions de consommateurs du mois de mars 2016 sur : « Des résidus toxiques dans les tampons », annoncé en couverture par : « Nos révélations – pesticides, dioxines... Alerte sur les tampons et les protections féminines ».

Cette couverture et cet article, c'est une sorte de remake du célèbre numéro de l'Observateur de septembre 2012 sur la célèbre étude du célèbre professeur sur des rats...

Quatre pages et quelques lignes sur... rien, enfin presque rien.

Un tableau récapitulatif intitulé « Des teneurs faibles mais des molécules à risques » révèle la supercherie, sinon l'escroquerie. 60 millions a fait tester quatre serviettes hygiéniques, quatre protège-slips et trois tampons périodiques – soit 11 produits en tout (sans que l'on sache combien d'échantillons par produit ni comment les analyses ont été effectuées) pour :

 

  • 26 substances parfumantes allergisantes selon le Règlement européen 1223/2009 ;

  • des « pesticides organochlorés + pyréthrinoïdes » (sans autres précisions) ;

  • le glyphosate et dérivé (AMPA) ;

  • des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ;

  • des phtalates

  • des dioxines ;

  • des composés organiques halogénés (EOX/AOX).

 

On peut s'étonner pour les allergisants : le règlement précité ne se réfère à des substances pouvant provoquer des réactions allergiques qu'en relation avec la coloration des cheveux. Aurait-on cherché des substances dont la présence était a priori fort improbable ?

 

Onze produits, sept rubriques... 77 combinaisons... 16 cases non remplies, 56 cercles verts avec un « plus » signalant une absence de produit indésirable, et cinq cercles rouges avec un signe « moins ».

 

Que signifient ces cercles rouges ? Qu'on a détecté quelque chose. À quelle dose ? Tout ce qu'on nous dit, c'est que ce sont : « Des teneurs faibles, mais des molécules à risques ». Ou ailleurs dans le texte, des « traces ».

 

On aurait trouvé des organochlorés (lesquels?) dans une serviette hygiénique constituée de fibres de synthèse et de cellulose de bois. Le journal écrit : « Il reste à déterminer comment ces traces d'insecticides se retrouvent dans [ce] produit ». Auraient-ils pensé qu'il peut s'agir d'un faux positif, d'une contamination au laboratoire ayant pollué une analyse avec un appareillage de haute sensibilité ? Mais non ! C'eût été admettre les limites de l'exercice et casser la narration anxiogène.

 

Une narration qui se lance dans d'improbables divagations : « Certaines substances de cette famille ont été particulièrement étudiées, à l'image du chlordécone et du DTT... » Tout est bon pour faire peur, surtout avec des références à des produits qui sont interdits depuis belle lurette mais ont l'avantage d'être connus du public et d'évoquer un danger dans l'esprit du lecteur.

 

Le cas du glyphosate est tout aussi cocasse : il a été trouvé dans une référence « bio ». Malédiction ! Mais non ! L'hypothèse d'un coton issu d'une culture conventionnelle (et GM) est trop compliquée ou trop dérangeante (il s'agit d'une entreprise qui se revendique « bio ») : « Une contamination accidentelle du coton (en champ, lors du stockage, etc.) pourrait expliquer cette situation ». Ouf !

 

Rappelons que le glyphosate dans les tampons hygiéniques avait donné lieu à des bouffées de chaleur en octobre 2015 sur la base d'allégations de présence tellement faible que, pour entrer dans la zone de souci sanitaire, il fallait qu'une femme utilise de l'ordre d'une tonne de tampons par jour.

 

60 millions a bien sûr trouvé un personnage qui avance dans la vie, le nom précédé du magique « Dr » et suivi, le cas échéant, de la mention d'une spécialité peu commune, et qui, en l'occurrence, a délivré la bonne parole :

 

« Ce n’est pas parce que les taux sont faibles que l’on peut garantir le risque zéro. En l'absence d’étude sur le passage systémique de chaque substance à partir du vagin, on ne peut rien conclure. D'autant que le vagin a une perméabilité très sélective en fonction des substances, ce qui a été très bien étudié pour les médicaments. »

 

On aurait pu penser qu'un médecin sait que le risque zéro n'existe pas, et qu'il ne saurait en aucune manière être garanti.

 

La théorie du complot est bien sûr aussi de sortie : « Le mutisme obstiné des fabricants sur la composition de leurs produits finit par créer le doute », est-il dit dans la version papier de la revue... Mais la composition des produits qui font l'objet de l'article est donnée sur Internet...

 

Opération de protection de l'image : Organyc a retiré 3 100 boîtes de protège-slips des rayons
Opération de protection de l'image : Organyc a retiré 3 100 boîtes de protège-slips des rayons

Moyennant quoi, la revue sonne le tocsin : « Au vu des résultats de notre étude, nous avons décidé d'alerter les pouvoirs publics » (voir aussi ici).

On pourrait rire de cette gesticulation indécente si elle n'avait pas suscité un feu d'artifice d'article plus anxiogènes les uns que les autres dans les médias et, bien sûr, les réseaux dits sociaux.

En attendant une nouvelle couche de réglementation ? Aux dernières nouvelles, Mme Ségolène Royal ne s'est pas encore manifestée. Pourtant... du glyphosate...

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