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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Cash Investigation » : « Si un chiffre, même faux, attire l’attention sur un problème réel, fait progresser la cause, où est le mal  ? »

22 Février 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Activisme

« Cash Investigation » : « Si un chiffre, même faux, attire l’attention sur un problème réel, fait progresser la cause, où est le mal  ? »

 

 

« Si un chiffre, même faux, attire l’attention sur un problème réel, fait progresser la cause, où est le mal  ? »

 

C'est la question que pose, et se pose, M. Daniel Schneidermann dans « Investigation : mentir utile ? » publié dans Libération du 21 février 2016.

 

Bel exercice de style qui, si nous avons bien compris, se termine par la constatation qu'un « journalisme idéal, dans un monde idéal » devrait faire son boulot... honnêtement. Ah que des choses simples peuvent être dites de manière alambiquée...

 

Mais est-ce vraiment la réponse à la question posée, le fruit d'une « réflexion sur les manipulations de l’information "pour la cause» comme il est dit sans ambages dans le chapô ? Quel contraste entre la conclusion verbeuse, à la forme négative et en mode conditionnel (« le journaliste ne devrait pas avoir d’autre choix que de... ») – suivie de considérations désabusées sur le journalisme à la mode latine et anglo-saxonne –, et la violence du propos liminaire !

 

Violence amplement justifiée par la question du « mensonge – ou, pour n’offenser personne, l’approximation, l’étourderie, la malencontreuse erreur de chiffres » sur les 97 % ; mais aussi par d'autres, disons, problèmes relevant des faits purs, de leur interprétation ou de leur contextualisation. Ce sont notamment :

 

 

Ce sont aussi les ficelles grossières dans la réponse au premier volet de Désintox. « Pesticides : le chiffre bidon de Cash Investigation », par exemple cet homme de paille fondé sur l'invention d'un propos attribué à Mme Pauline Moullot, journaliste de... Libération.

 

 

Donc, « manipulations de l’information » il y a. Nous n'avons probablement pas fini de désosser ce « Cash Investigation » qui, s'il n'est (probablement) pas pire que les précédents, a des impacts médiatiques et politiques importants. Le Ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll, « convoqué » à l'issue du matraquage, tient des propos balbutiants interprétés comme une promesse de limiter les usages du chlorpyriphos-éthyl, voire d'interdire la substance. La Ministre de l'écologie enfile des contrevérités avec un automatisme effarant et « demande aux agriculteurs de réduire leur consommation de pesticides » (ce sont donc aussi les agriculteurs qui sont dans le collimateur de la désinformation et de la démagogie). Dix députés de Gironde (9 PS – hélas – et un écologiste – évidemment) demandent une mission d’information parlementaire pour « faire la transparence » sur les effets des pesticides, alors qu'il y a eu une mission finalisée en octobre 2012. Et nous n'avons probablement pas encore tout vu.

 

La vérité des chiffres ne les étouffe pas...

 

Une opinion sur le « mentir utile » n'avait certes pas besoin de se plonger dans l'immensité du problème qui a suscité la réflexion. On est toutefois intrigué par la réponse. Si on a bien compris, le ressort de la déontologie journaliste serait la crainte :

 

« Raisons de plus pour se battre "à la loyale". Car le mensonge – ou, pour n’offenser personne, l’approximation, l’étourderie, la malencontreuse erreur de chiffres –, l’adversaire ne les manquera pas. »

 

Ne mentez pas, journalistes – même d'« investigation » – car vous risquez d'être retoqués par plus forts que vous !

 

La description des moyens mis en œuvre par l'« ennemi », à commencer par les « milliards que dépensent les multinationales des OGM, de l’agroalimentaire ou de l’énergie pour modeler l’opinion mondiale », est d'un lyrisme époustouflant.

 

Mais un journaliste « [a]ux prises avec les faits, les faits compliqués, les faits opiniâtres, les faits parfois décourageants, démoralisants » ne devrait-il pas commencer par vérifier ces faits, compliqués ou simples, etc. ? Où sont ces « milliards » ? Et qui dépense ? Où sont les « escouades de communicants » ? Où sont les réponses de Bayer, Dow Chemical, Syngenta aux récentes manipulations de l’information de « Cash... » ? Ou des entreprises concernées par le dernier « Envoyé Spécial » sur « Pesticides : la malédiction du soja » ? Les financements des laboratoires de recherche potentiellement dérangeants seraient consciencieusement asséchés... première nouvelle ! La production de science-poubelle est florissante, et très largement médiatisée. En France, c'est la recherche productive – celle qui cherche des solutions aux problèmes, et non celle qui « trouve » des problèmes aux solutions – qui est asséchée.

 

Mais une analyse fausse peut aboutir à une conclusion juste :

 

« Donc, oui, trois fois oui, le combat est inégal. »

 

 

C'est juste le sens de l'inégalité qu'il faut redresser... Les faits et chiffres de la rationalité aride n'ont pas la même efficacité que les « informations » sensationnalistes, surtout quand celles-ci s'adressent à l'émotion.

 

« Fa più rumore un reggiseno che cade che un articolo di fondo » (Umberto Eco)

 

On en a une démonstration avec l'évocation des suites que l'émission pourrait avoir – c'est là un conditionnel grammaticalement imposé mais objectivement discutable :

 

« Peut-être des lois plus restrictives seront-elles votées. Sans compter l’effet, moins quantifiable, que peut avoir une telle émission choc, dans les consciences des agriculteurs, agents actifs de la propagation des pesticides. Bref, la santé publique ne pourra qu’y gagner. »

 

Pour les lois restrictives, cela fait belle lurette que c'est devenu un sport européen et, encore plus, national. Quant aux consciences des agriculteurs, on en revient à un lieu commun, d'une indigence crasse. Manifestement, le bon sens, paysan selon l'expression consacrée, n'a plus cours chez les faiseurs d'opinion. Non, les agriculteurs n'utilisent pas de pesticides pour leur plaisir (et celui des multinationales), mais pour produire notre alimentation, en quantité suffisante et en qualité.

 

Les pesticides posent un problème de santé publique ? Cela dépend des circonstances. Il n'est ainsi pas conseillé de mettre sa tête dans la cuve d'un pulvérisateur qui contient encore un fond... le faire, c'est s'exposer à un accident du travail, le problème de santé publique étant dans ce cas un problème d'inconscience, d'étourderie, d'inattention. C'est pareil pour tous ces produits d'usage domestique munis d'un ou de plusieurs pictogrammes oranges, ou même de denrées alimentaires courantes comme le vinaigre, parfois pris pour du sirop par un enfant.

 

« Bref, la santé publique ne pourra qu’y gagner » ?

 

Il est temps que la voix de la raison s'élève pour expliquer, calmement et posément, la contribution des « ...cides » à la santé publique.

 

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yann 22/02/2016 16:03

La fin justifie les moyens !!!! ????

Ce n'est pas le même argument que pour les poseurs de bombes !!!