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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Cash Investigation » : quand Syngenta fait sa pub...

5 Février 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides

« Cash Investigation » : quand Syngenta fait sa pub...

 

 

 

 

« Cash Investigation » aurait donc attiré 3,2 millions de téléspectateurs. Il faut dire que la retape avait été soigneusement organisée et orchestrée dans un grand élan de collaboration avec des médias avides de sensationnel et des entités pour lesquelles les pesticides – plus précisément être contre les pesticides – sont un formidable fond de commerce. Générations futures a assuré une partie du service avant vente. L'entité incorporée sous forme d'association – et associée au lobby du « bio » – fait aussi dans le service après-vente, par exemple ici, avec recyclage de ses propres productions et, quand c'est possible, appel à dons. Et elle – quelque(s) personne(s) – se vante d'avoir largement contribué à son élaboration.

 

S'il faut retenir trois éléments de cet épisode peu glorieux de la télé-manipulation, ce seraient :

 

  • La formidable capacité de cette mouvance à s'associer pour « chasser en meute », à mobiliser des soutiens dans les médias et la blogosphère, et à exploiter le filon des « réseaux sociaux », exutoires de bien des frustrations ;

 

  • La non moins formidable veulerie des médias qui, telle la chaîne publique France 2 cette semaine, offrent une vitrine à cette mouvance sans la moindre velléité d'offrir une information équilibrée, et encore moins objective ;

 

  • L'inquiétante incapacité des mondes politique et économique à s'organiser autour d'un discours cohérent et à le déployer efficacement.

 

Parlant un jour des OGM (mais cela aurait pu être un autre sujet) à un représentant d'une grande firme, je lui avais reproché son absence du « débat ». Il m'a été répondu que le grand public n'était pas sa cible privilégiée de communication.

 

Syngenta s'était payé trois pages dans la France agricole du 18 décembre 2015 (il y en eut aussi dans des numéros précédents). Le syndrome de la communication vers le clientèle...

 

C'était donc avant, et sa publicité ne peut pas être taxée de tentative de s'acheter une bonne conduite après « Cash... ». Rappelons donc que, pour la mouvance « anti », Syngenta fait partie de ce groupe maléfique de multinationales de l'agrochimie dont le seul objectif est la recherche effrénée du profit, fût-ce au prix des intérêts des agriculteurs (dont la mouvance n'en a cure, sauf si cela contribue à son projet) et de la santé des populations (idem).

Première page : un avertissement. Pas vraiment celui d'une cash machine imperméable à toute considération autre que financière comme le laisse entendre « Cash investigation ».

 

C'est écrit en très petit, ce qui est fort regrettable, mais cela figure sur la page de publicité :

 

« Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable. Privilégiez chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l'environnement, conformément aux principes de la protection intégrée, consultez http://agriculture.gouv.fr/ecophyto. Pour les conditions d'emploi et les usages, doses et conditions préconisées* : se référer à l'étiquette du produit ou www.syngenta.fr (*nouveau catalogue des usages). »

« Cash Investigation » : quand Syngenta fait sa pub...

La deuxième page invite les agriculteurs à adopter une « Démarche Protection Fongicide Responsable ».

Comme la première, elle comporte un avertissement en majuscules :

« Produits pour les professionnels : utilisez les produits phytopharmaceutiques avec précaution. Avant toute utilisation, lisez l'étiquette et les informations concernant le produit. »

« Cash Investigation » : quand Syngenta fait sa pub...

La troisième page est plus spécifique. Elle porte sur un produit, mais toujours sous la bannière de l'utilisation responsable. Voir, en haut, à gauche :

« PFR, la démarche à adopter »

En milieu de page, une sorte de message informatique :

« Voulez-vous vraiment supprimer le risque septoriose ? »

Nous ne nous engagerons pas dans des explications sur la septoriose. Sauf à rappeler que si la septoriose, la principale maladie du blé, n'affecte pour l'essentiel que le rendement, il est d'autres maladies, la fusariose en particulier, qui affectent la qualité du produit et, par conséquent, la santé publique.

Plus (prononcez : « plu ») de pesticides, plus (prononcez : « pluss ») de mycotoxines cancérigènes, reprotoxiques, cytotoxiques, etc.

Pour le risque septoriose, la France agricole du 27 novembre 2015 a produit un dossier sur « Fongicides blé – La réduction jusqu'où ? » qui comporte un intéressant tableau sur un essai réalisé par Arvalis.

« Cash Investigation » : quand Syngenta fait sa pub...

Explication : quel est le gain de rendement si, après un premier traitement standard (500 g/hectare de chlorothalonil), on applique un deuxième traitement avec diverses formulations ?

La colonne « Gain net/ha » intéresse l'agriculteur. Le témoin (un seul passage de fongicide) est à 83,7 q/ha. Le deuxième passage de pulvérisateur lui permet de gagner – coût du passage déduit – de 4,9 à 14,6 quintaux. Il y a certes d'autres coûts : produire entre 6 % et 17 % de plus exige en effet une fertilisation adaptée. Mais le coût des façons culturales reste globalement inchangé. La moissonneuse-batteuse ne consommera guère plus de fioul en avalant 100 quintaux et non 83,7 ; mais le tracteur devra peut-être faire un voyage de plus vers le silo de la coopérative... à la grande satisfaction du producteur et de la coopérative.

Son objectif plus immédiat, dit-on, est de quitter le ministère de l'agriculture...
Son objectif plus immédiat, dit-on, est de quitter le ministère de l'agriculture...

La colonne « Rendement brut q/ha » devrait intéresser davantage le citoyen – et même ce ministre de l'agriculture s'il voulait bien s'extirper de sa camisole idéologique : dans cet essai, le surcroît de production est de 8 à 21 quintaux. À la louche, le deuxième fongicide « rapporte » à l'économie nationale 17 quintaux et 20 % du rendement (pour un investissement, toujours à la louche de 50 € par l'agriculteur). Ces 17 quintaux sont valorisés tout au long de la filière. On stocke, on transporte, on exporte (dans le cas du blé, pour lequel nous sommes largement autosuffisants).

On soulignera au passage que les décisions politiques et stratégiques doivent tenir compte à la fois des intérêts des agriculteurs, et de la société en général. Deux catégories d'intérêts qui peuvent ne pas être totalement convergents. Un agriculteur peut réduire le niveau d'intensification de sa production tout en maintenant sa marge brute (la baisse de revenus liée à la baisse du rendement étant compensée par la baisse de l'investissement en facteurs de production) ; mais cela aura des conséquences sur la filière aval, y compris, in fine, sur la balance commerciale.

Jean-Charles Bocquet, présenté comme le directeur général du... lobby des pesticides en Europe.  Notez aussi qu'il occupe la place la moins en vue sur ce plateau...
Jean-Charles Bocquet, présenté comme le directeur général du... lobby des pesticides en Europe. Notez aussi qu'il occupe la place la moins en vue sur ce plateau...

Lors du « débat » – très équilibré puisqu'il était seul face à trois autres personnes (saluons toutefois les propos mesurés de MM. Marc Dufumier et Paul François) et qu'il y a eu deux « reportages » supplémentaires à charge, pour la mise en condition – M. Jean-Charles Boquet a affirmé que l'objectif du plan Écophyto de réduire de moitié l'utilisation des produits phytosanitaires à l'horizon (qu'importe...) n'était pas possible. Il a pu placer cette affirmation entre deux interventions intempestives de Mme Élise Lucet qui n'a eu de cesse de l'interrompre. Eh oui ! Ce n'était pas « Cash investigation » mais « Cash accusation »...

« Cash Investigation » : quand Syngenta fait sa pub...

Ce que nous décrivons ci-dessus n'est qu'une illustration de l'enjeu et de la justesse du propos de M. Bocquet. Oubliez les chiffres... ne retenez qu'une constatation : céder à la démagogie anti-pesticides a un coût. Un très grand coût.

L'INRA n'a pas dit autre chose dans ses volumineux rapports « Écophyto R&D : réduire l'usage des pesticides ».

La publicité de Syngenta illustre le fait que l'industrie de la protection des plantes est très consciente de ses responsabilité et participe activement aux efforts déployés pour protéger la santé publique et l'environnement.

Et la médiasphère ?

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