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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

C'est prouvé : Blanche-Neige prenait la pilule et a mordu dans une pomme bourrée de pesticides !

28 Février 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Perturbateurs endocriniens, #Pesticides

C'est prouvé : Blanche-Neige prenait la pilule et a mordu dans une pomme bourrée de pesticides !

 

 

Depuis quelques années, il y a un marronnier qui fleurit en février. Il ne s'agit pas d'Aesculus hippocastanum et ce n'est pas dû au changement climatique, mais à l'ouverture d'un créneau médiatique à l'approche du Salon International de l'Agriculture.

 

Encore que, pour le changement climatique... Il y a, à Genève, un « marronnier officiel », sur la promenade de la Treille, dont l'éclosion du premier bourgeon, dûment relevée par le sautier (secrétaire du Grand Conseil genevois), portée dans un registre et annoncée par un communiqué de presse, marque officiellement le début du printemps. L'histoire est un peu plus complexe. Le dernier marronnier officiel a succombé à un champignon. En attendant que son rejeton, issu d'une bouture et déjà investi, soit en mesure de remplir sa charge, celle-ci est assumée par un régent, un marronnier officiel ad interim. Il est arrivé à ces marronniers de débourrer très tôt, même en janvier (voir ici et ici).

 

Date d'apparition de la première feuille ces 40 dernières années

 

 

Mais revenons à notre sujet : les marronniers journalistiques et, plus largement, médiatiques. En février, les articles lèvent dans les médias comme nos semences ou, plutôt, comme les mauvaises herbes. Les livres aussi.

 

C'est prouvé : Blanche-Neige prenait la pilule et a mordu dans une pomme bourrée de pesticides !

Ainsi, Mme Isabelle Saporta a publié son infâme « Le livre noir de l'agriculture: Comment on assassine nos paysans, notre santé et l'environnement » en février 2011 (voir ici et ici, et aussi ici). On rappellera que M. Bruno Le Maire, à l'époque ministre de l'agriculture avait critiqué cette chose dans son discours de clôture du 6e Séminaire international de l'agriculture biologique, en utilisant les mots « mensonge » et « désinformation » (à 2:53 et 3:20)*. « Vino business » – « un livre bouchonné au parfum d'approximation » selon Sud-Ouest avait été planifié pour le salon de 2014. Mme Saporta vient de sortir « Foutez-nous la paix ! ». Toujours avec le tohu bohu d'un cartel médiatique solidaire et complaisant.

Février 2016 aura été marqué par une ouverture fracassante, avec un « Cash Investigation » lui-même savamment médiatisé avant et après sa diffusion, et construit sur un mensonge patent, des contrevérités, etc. On peut penser que cet opus fondamentalement malsain a créé une sorte de « licence to kill », un permis de tuer, et ouvert les portes à un extraordinaire jusqu'au-boutisme.

 

Sur le site Atlantico, on a ainsi trouvé – prenez votre souffle – « Perturbateurs endocriniens : pourquoi manger une pomme quand vous prenez la pilule contraceptive peut vous mettre en danger de mort ». Nous mettons la passé : le lien direct semble mort.

 

Il s'agit d'une interview de M. William Bourguet, chercheur de l'INSERM au Centre de biochimie structurale de Montpellier.

 

Admettons que le titre ne soit pas de lui : s'il devait avoir une once de vérité, les morts par usage de pilule et consommation de pommes devraient se compter par – soyons modestes – dizaines.

 

En fait, une équipe de ce centre a montré que deux substances ayant un effet faible sur le métabolisme pouvaient se combiner et, ensemble, agir puissamment... in vitro. Ces deux substances sont un œstrogène pharmaceutique, le 17α-ethinylestradiol (EE2), et une substance pesticide, le trans-nonachlor (TNC). La publication est ici . On trouvera un communiqué de presse en français ici ; communiqué au titre fort prétentieux, « Les dessous de "l’effet cocktail" des perturbateurs endocriniens révélés », car si les auteurs ont mis un mécanisme en évidence, ils sont loin d'avoir prouvé que c'est le mécanisme.

 

L'« effet cocktail » mesuré est très loin de ce qui est affirmé sur Atlantico :

 

« Réunies sur un même objet, deux substances chimiques peuvent voir leurs effets multipliés par 10, 50 ou 100 fois par rapport à leurs seules actions individuelles. »

 

Séparément, l’éthinylestradiol (EE2) et le trans-nonachlor (TNC) se lient seulement à forte concentration au récepteur des xénobiotiques (PXR) et sont des activateurs faibles de ce récepteur. Lorsqu’ils sont utilisés ensemble, les deux composés se stabilisent mutuellement dans la poche de liaison du récepteur. Le « ligand supramoléculaire » ainsi créé possède une affinité augmentée pour PXR, de sorte qu’il est capable d’induire un effet toxique à des doses auxquelles chaque composé est inactif individuellement - © Vanessa Delfosse, William Bourguet

 

 

Et bien sûr, il faudrait pouvoir montrer que ce qui a été réalisé in vitro se produit aussi in vivo, avec des doses réalistes des deux substances.

 

Le trans-nonachlor, sauf erreur, est une substance présente dans le chlordane, retiré depuis des lustres (en 1983 aux États-Unis d'Amérique, sauf pour l'usage contre les termites, retiré en 1988), ainsi que dans l'heptachlore (production arrêtée en 1987).

 

Le discours formidablement anxiogène de M. Bourguet repose donc sur une expérience qui a certes le mérite d'avoir trouvé un effet, encore une fois faible, mais qui s'inscrit dans le passé. Mais pas dans la mesure :

 

« Pour un adulte, le fait de manger une pomme avec un petit peu de pesticides dessus ne sera pas très grave pour la santé, sauf si les pesticides sont associés à une autre molécule avec la même pomme, ce qui est possible si la personne en question est une femme qui prend la pilule contraceptive par exemple. Certaines combinaisons de molécules comme celle-ci peuvent accroître de manière spectaculaire la toxicité des produits. »

C'est prouvé : Blanche-Neige prenait la pilule et a mordu dans une pomme bourrée de pesticides !

Nous pouvons le révéler aujourd'hui : Blanche-Neige, s'étant réfugiée chez les sept nains, avait pris la précaution de prendre la pilule. La méchante reine s'était procuré du chlordane – ce qui a été facile vu qu'elle avait été une lobbyiste pour Mon... oups ! Velsicol Chemical Corporation ; en fait, c'est en cette qualité qu'elle avait rencontré le roi, qui avait dû protéger son château contre les termites. Mais, emportée par son animosité et sa méchanceté (naturelle pour une lobbyiste de l'agrochimie...), elle avait forcé sur la dose, de sorte que Blanche-Neige est tombée inanimée avant d'avoir pu avaler le premier morceau de pomme.

La suite, vous la connaissez.

 

Ah, pas tout à fait. Les sept nains, fortement incités à ce faire par l'association Pesti-martyrs et le collectif Marche contre Mondiablo ont déposé plainte contre l'entreprise. Un peu gênés financièrement (l'aide juridique n'existait pas encore), c'est Prof qui s'est chargé de rédiger la plainte. Malheureusement, Dormeur s'était endormi avant de signer et Simplet s'est trompé de case. La plainte a donc été jugée irrecevable, un peu comme dans le cas des vaches de M. Glöckner.

 

Les frères Grimm, soucieux de ne pas s'encombrer de détails et de ne pas entamer l'image positive des sept nains ont décidé de ne pas faire état des circonstances relatées ci-dessus. Il n'est pas exclu qu'un célèbre professeur veuille revisiter et compléter ce conte de fées.

 

P.S.

 

Il faut lire « Il y a des tartes aux pommes qui se perdent » de Daniel Sauvaitre.

 

_______________

 

*  Nous noterons que la vidéo a disparu du site du Ministère de l'agriculture. Faut-il croire que nous sommes revenus au temps des pharaons qui faisaient marteler les cartouches de leurs prédécesseurs ?

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