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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Recherche «instrumentalisée » : ça barde en Italie

14 Janvier 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Article scientifique, #Politique

Recherche «instrumentalisée » : ça barde en Italie

 

 

Connaissez-vous Mme Elena Cattaneo ?

 

Elle a été nommée sénatrice à vie de la République italienne le 30 août 2013 par le Président Giorgio Napolitano. En même temps que MM. Claudio Abbado (chef d'orchestre, décédé), Renzo Piano (architecte) et Carlo Rubbia (physicien, prix Nobel de physique de 1984 et ancien directeur du CERN). L'accès à cette charge est réservé aux personnes qui ont « honoré la Patrie par leur mérites éminents dans les domaines social, scientifique, artistique et littéraire ».

 

Mme Cattaneo a été nommée au titre de la science. Diplômée en pharmacie, elle s'est spécialisée en neurobiologie et est la directrice du laboratoire de Stem Cell Biology and Pharmacology of Neurodegenerative Disease de l'Université de Milan Elle coordonne aussi le projet européen NeuroStemcell. En bref, une « pointure ».

 

Et, on peut l'écrire avec une politesse admirative : une teigne.

 

 

 

Vous ne connaissez sans doute pas M. Federico Infascelli.

 

Il est professeur de nutrition et d'alimentations animales au Département de médecine vétérinaire et des productions animales de l'Université de Naples.

 

Sur le plan de la recherche, M. Infascelli publie sur des sujets variés dans son domaine. Son violon d'Ingres semble toutefois être l'étude du devenir de l'ADN végétal dans la digestion et la recherche de fragments d'ADN dans les tissus animaux et le lait. On l'aura compris, l'ADN est de préférence d'OGM. Notre référence au violon d'Ingres est peut-être mesquine : ce sont des sujets de recherche fort intéressants, scientifiquement et socialement utiles et même indispensables (savoir ce qu'il en est vraiment des OGM) et attractifs sur le plan académique.

 

Lorsqu'on voit sur Google Scholar qu'un article a été repris par Stopogm, on peut avoir des inquiétudes sur son positionnement dans un monde normalement de science mais en pratique fortement pollué par la « science » parallèle au service planifié d’un projet politique. Pour autant que nous puissions en juger, ce n'est pas le cas.

 

Alors, où est le problème ?

 

Mme Cattaneo s'est investie dans la promotion de politiques rationnelles sur le plan scientifique et, partant, d'un changement de la politique très restrictive de l'Italie en matière d'OGM et de l'ouverture de la possibilité de réaliser des essais en plein champ. Le 13 mai 2015, le Sénat avait débattu d'un point d'ordre du jour présenté par elle sur ce sujet.

 

Le débat a été poursuivi au cours de l'été dans les commissions de l'agriculture et de la santé. Il y eut des auditions d'experts. Le 8 juillet 2015, la Commission de l'Agriculture a ainsi interrogé M. Federico Infascelli, ainsi que M. Marcello Buiatti, professeur de génétique à l'Université de Florence, dont le positionnement sur l'échelle qui va de la vraie science à la « science » parallèle s'illustre simplement par le fait qu'il est membre du « conseil scientifique » du CRIIGEN.

 

Mme Cattaneo n'a pas beaucoup apprécié leurs déclarations. Elle le leur a fait savoir par deux lettres ouvertes incendiaires envoyées fin juillet 2015 (ici et ici).

 

C'est particulièrement cruel !

 

Ainsi, sous l'intertitre : « Des gènes ou des fragments de gènes recombinants dans le lait », Mme Cattaneo cite M. Infascelli :

 

« Nous [M. Infascelli et son équipe] avons cependant trouvé dans le lait d'animaux nourris en particulier avec du soja génétiquement modifié le gène structurel qui celui qui confère la résistance au glyphosate et le promoteur. »

 

Elle poursuit :

 

« Si je n'ai pas mal compris tes publications, en réalité, ce qui a été trouvé, c'est seulement un fragment de gène ; et non le gène complet ; et non le gène en état de fonctionner ; et non le gène entier complété par ses séquences régulatrices... [...] En réalité vous avez été beaucoup plus prudents dans votre publication scientifique [...]. »

 

Le reproche, en bref, a été que M. Infascelli se soit laissé aller à faire un alarmisme infondé.

 

Dans le cas de M. Buiatti, l'exaspération – on change de registre – s'est traduite par une profusion de texte en gras, avec des questions du style :

 

« Question : Pourquoi, dans une Commission parlementaire, avez-vous clairement fait savoir qu'il n'y avait pas d'innovation sur le Riz Doré et que c'était en conséquence un échec quand le Riz Doré existe aujourd'hui, et soutenu qu'il n'existe pas alors qu'il existe ? Ne le saviez-vous pas ?À la lumière de cette information maintenez-vous encore que c'est un échec technologique ? Quel est le seuil, la distinction à laquelle vous vous référez pour conclure à la faillite d'une innovation technologique dans le domaine agroalimentaire ? »

 

 

La déposition de M. Buiatti a aussi été critiquée par M. Bruno Mezzetti, professeur à l'Université polytechnique des Marches. La lettre ouverte est ici, avec quelques liens utiles. Aux dernières nouvelles, M. Mezzetti (ni Mme Cattaneo) n'a pas fait l'objet d'une plainte en diffamation... En Italie, on ne demande pas encore au juge de délivrer un jugement immédiatement interprété comme un certificat de bonnes mœurs scientifiques...

 

S'agissant de M. Infascelli, l'affaire n'en est pas restée là. Mme Cattaneo s'est penchée d'un peu plus près sur ses publications et l'a accusé de fraude, d'avoir « inventé un résultat expérimental pour démontrer la dangerosité des OGM » (voir par exemple ici et ici).

 

Pour l'heure, il faut se garder de toute conclusion sur le cas d'espèce. La présomption d'innocence prévaut.

Recherche «instrumentalisée » : ça barde en Italie

Mais, lorsque Mme Cattaneo parle de science « manipulée », on ne peut que lui donner raison sur le fait qu'une telle science se traduit par des dommages aux intérêts du pays et de la science, et peut nuire aux institutions académiques, en l'occurrence italiennes.

Il s'agit là, bien sûr, d'une affaire purement italienne. Nous ne connaissons pas, bien sûr, de dérives en France, de « brèches "graves" de déontologie scientifique », surtout pas en matière d'OGM. Oups ! Nous avons cité M. Cédric Villani.

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