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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

PICRI « OGM et non-OGM : quelle équivalence en substance ? » : quels résultats ?

8 Janvier 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Politique, #Activisme, #OGM, #Pesticides

PICRI « OGM et non-OGM : quelle équivalence en substance ? » : quels résultats ?

 

 

Nous avons vu dans un billet précédent que la Région Île-de-France a financé un projet de recherche dans le cadre des « PICRI », Partenariats institutions-citoyens pour la recherche et l'innovation » sur le thème « OGM et non-OGM : quelle équivalence en substance ? ». Le projet a été mené par le Laboratoire Veac (Variabilité environnementale et adaptation des champignons), Université Paris-Sud, dont le responsable est M. Christian Vélot, et l'association maintenant connue sous la dénomination Générations futures.

 

En fait, les deux partenaires en ont associé un troisième : le Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le Génie Génétique (CRIIGEN), qu'il est inutile de présenter ici. Sauf à préciser que M. Christian Vélot, le porteur principal du projet PICRI est aussi membre du conseil d'administration et du conseil scientifique du CRIIGEN. Le monde est petit...

 

 

Un site web... et un site miroir

 

 

Ce projet semble – nous utilisons ce mot parce que nous n'avons pas fait de recherche approfondie sur les autres projets – se distinguer par le fait qu'il a fait l'objet d'une certaine transparence, fort louable.

 

On apprend ainsi que le budget, pour un projet qui s'est étalé sur quatre ans, dépasse les 200.000 euros, à raison de 176.938 euros fournis par la Région Île-de-France et 41.200 euros par l'Université Paris-Sud 11 (hors salaires).

 

Transparence que nous pouvons triplement saluer. D'une part, parce que les choses sont dites. D'autre part, parce que ces choses ne sont pas ou ne semblent pas (voir ci-dessus pour l'application du principe de précaution bloggistique) dites pour les autres projets PICRI. Enfin, parce que nous avons en tête quelques controverses récentes et moins récents... mais... chut !

 

Le plus cocasse est qu'il y a... deux sites identiques (ici et ici) ! L'un d'eux est hébergé par Weebly, présenté sur Wikipedia comme « service d'hébergement de site internet, doté d'un logiciel de création de site web et de gestion de contenu web, basé sur le principe du glisser-déposer ». De fait, beaucoup d'éléments de ce site sont tirés de la présentation officielle du projet. Ce n'est pas une critique, mais une constatation. D'autres projet ont été financés... et on n'en a plus entendu parler.

 

 

Étrange coconstruction de connaissances

 

Selon cette vidéo, le laboratoire de l'Université de Paris-Sud est chargé de la réalisation de la partie expérimentale. Rien que de très normal.

 

GF aurait un rôle d'« interlocuteur » dans la construction des expériences et dans l'analyse et la discussion des résultats. Étrange ! Avec quels moyens intellectuels et scientifiques ? Dans ces années là, le MDRGF se targuait certes d'une expertise certaine :

 

« Le MDRGF est une association reconnue pour son expertise sur ses sujets de recherche. Notre association est régulièrement sollicitée par les journalistes, elle participe aussi à des groupes de travail et à des débats organisés par d'autres associations, par différents ministères (écologie ou agriculture) et par les industriels eux-mêmes.

> Expertise et conseils auprès des pouvoirs publics et des médias,

> Veille scientifique et recherches bibliographiques sur les pesticides, les toxiques et l'agriculture

> Réalisation d’analyses et contre expertise avec diffusion des résultats… »

 

Vraiment ? Une expertise – et la réalisation d'analyses et de contre-expertises (pour le fait d'être sollicité par les journalistes, la question ne se pose pas...) ? Une expertise pertinente pour le projet PICRI portant plus spécifiquement sur Aspergillus nidulans ?

 

Ainsi est illustré de manière éclatante un double problème que pose la notion de « sciences participatives », qui flirte un peu trop avec les « sciences citoyennes ».

 

D'une part, une entité incorporée sous forme d'association et dotée d'une « mission » autoproclamée se voit conférer un brevet de légitimité par la grâce d'un projet de recherche publique financé par des fonds publics, en échange d'une contribution scientifique nulle ou quasi nulle.

 

D'autre part, si, par hypothèse, il y a (eu) une contribution effective (hypothèse théoriquement nécessaire puisque le projet PICRI met cet aspect en exergue), on doit considérer que le partenaire associatif est aussi expert que le partenaire scientifique dans des domaines aussi complexes que l'expérimentation microbiologique et l'interprétation biochimique, statistique, etc. des résultats. On s'approche donc du relativisme – à moins d'y être carrément en plein.

 

 

La communication, tout compte fait, en régie, quoique...

 

GF devait aussi être l'interface communication entre les chercheurs et la société civile (« journalistes, agriculteurs, élus – responsables publics, associations »). Sur ce plan, GF est en terrain connu.

 

Et, de fait, il y a un site web, avec son miroir !

 

Mais fallait-il un partenariat pour cela ? On peut légitimement soutenir que les sites ont été constitués à la hâte, par du « glisser-déposer », sans réel lien avec le projet en tant que tel et sans réelle ambition du point de vue de la communication. Un exemple ? La « Séquence vaisselle et four pasteur »

 

 

Une cooptation qui pose question

 

Le CRIIGEN n'était pas mentionné dans le document de projet. Comment a-t-il pu être associé, en tant qu'association ?

 

Dans son rapport de novembre 2011 (donc postérieur à l'attribution du soutien de la région au projet), M. Jean-Paul Huchon avait écrit :

 

« Les partenaires du PICRI devront mettre en place une structure de pilotage qui favorisera l’élaboration en commun du programme d’activités et assurera la coordination des actions à mener. Ce comité de pilotage s’appuiera sur l’ensemble des personnes impliquées dans la recherche et devra comprendre au moins un chercheur et un représentant de la société civile. L’ouverture du comité à des personnes extérieures aux structures partenaires candidates est fortement encouragée. »

 

Le CRIIGEN aurait eu un rôle de conseil et expertise et faisait partie du comité de pilotage. Mais « ...L’ouverture du comité à des personnes extérieures... » peut-il s'interpréter comme une possibilité de coopter une autre entité incorporée sous forme d'association ? On peut laisser divaguer son imagination et le questionnement... quid, par exemple, d'une entreprise ?

 

On peut soutenir qu'il y a eu là une irrégularité : l'identification des partenaires scientifiques et associatifs se fait au moment du dépôt du projet et nécessite l'approbation du Conseil régional. Il s'ensuit que les partenaires agréés ne sont pas libres d'en coopter un autre. Enfin, tout cela est écrit sous l'hypothèse que le projet n'a pas été modifié selon une procédure impliquant ledit Conseil.

 

En tout cas, M. Vélot, membre du conseil scientifique du CRIIGEN, a donc donné (théoriquement) des conseils scientifiques au CRIIGEN, qui à son tour a prodigué des conseil scientifiques et dispensé son expertise au projet PICRI...

 

 

À vot' bon cœur...

 

Les partenaires sont présentés sur les deux sites. Dans le cas de GF, il y a un pavé pour... adhérer en ligne. Et ce sont quatre personnes qui sont présentées : la présidente en titre ; le porte-parole dont il est dit dans sa courte présentation qu'il est le « président fondateur » ; la chargée de mission dont il est dit qu'elle « [i]nvestit dans de nombreuses ONG (administratrice d'Inf'OGM et du réseau Environnement Santé), elle gère l'association GF » ; et un réalisateur vidéo dont le site personnel est mis en lien, ce qui permet de découvrir d'autres interconnexions intéressantes.

 

Source : http://www.ecolopedia.fr/?p=811

 

 

Quant au CRIIGEN, la présentation se limite à un personnage...

 

 

Un colloque entre gens du même monde

 

C'était annoncé dans la proposition de projet : il devait y avoir :

 

« Diffusion de l’ensemble des résultats finaux avec invitation de conférenciers extérieurs au projet apportant des compétences sur d’autres aspects de l’évaluation sanitaires des OGM, à destination de la communauté scientifique et d’un public concerné (consommateurs, agriculteurs, élus,…) »

 

Selon une courte élaboration de ce point,

 

« Co-organisation par tous les partenaires du projet d'un colloque/séminaire national avec actes à l'issue des 4 ans de travaux sur le thème de l’équivalence en substance. Invitation de conférenciers extérieurs apportant des compétences/informations dans des disciplines complémentaires relatives à l’évaluation des OGM en général, et permettant éventuellement de poursuivre et compléter le projet. »

 

Ce colloque a eu lieu sur une journée et demie, les 12 et 13 novembre 2015.

 

Le programme n'incluait qu'une seule présentation dont on peut penser qu'elle s'inscrivait dans le cadre de la restitution des travaux financés par le PICRI : « Données expérimentales des effets du Roundup sur un champignon du sol : en quoi remettent-elles en question le principe d’équivalence en substance ? » par Dr Christian Vélot. Mais la présentation mise en ligne nous laisse plutôt sceptique. Et ce fut sur une demi-heure... Et que vient faire le Roundup ici, et du reste dans d'autres présentations ?

 

Pour le reste, toutes les présentations « scientifiques » émanaient de la même mouvance. Par exemple, Dr Thomas Bohn, du GenØk norvégien : « Contamination par le glyphosate de soja GM destiné à l’alimentation humaine et animale ». Ou Pr Gilles-Eric Séralini : « Vingt années de pesticides dans les OGM ». Ou Dr Robin Mesnage, maintenant au King’s College à Londres : « Effets toxiques des herbicides à base de glyphosate à des doses admissibles ». Ou... Assez !

 

Il n'y avait qu'un faire-valoir ou un alibi : M. Dominique Gombert (Directeur de l’évaluation des risques à l'ANSES), participant d'une table ronde. Et encore avait-il fort à faire. Ses interlocuteurs, dans un groupe animé par M. Hervé Kempf étaient : Corinne Lepage (ex ministre et députée européenne) ; Dr Christoph Then (TestBiotech, Allemagne) ; Arnaud Apoteker (ex Greenpeace et conseiller OGM auprès du Groupe Vert du Parlement européen) ; Hans Muillerman (Pesticide Action Network Europe). Et, ce n'est pas anodin, M. Gombert figurait en queue de liste dans le programme...

 

 

De curieux « actes » du colloque

 

Les sites (style Dupond et Dupont...) nous proposent de découvrir dès la page d'accueil, dans l'ordre, les vidéos, les photos et « les présentations des intervenants scientifique » (pas toutes...). L'ordre n'est pas anodin !

 

La science vient en dernier ! Enfin... la science... Évitons les persiflages qui incitent d'aucuns à faire constater (prétendument) leur sainteté scientifique au prétoire : les participants ont eu droit aux vers de terre de Dr Johann Zaller, du BOKU de Vienne...

 

Et par « vidéos », il faut entendre des « [e]ntretiens filmés à l'issue du colloque ». Faut-il détailler le florilège ?

 

Quel lien avec l'équivalence en substance – l'objet théorique du projet PICRI – ou l'évaluation et la réglementation des OGM et pesticides – le sujet théorique du colloque – pour les interviews de MM. François Dufour et Marc Dufumier (présenté comme « Agronome AgroParisTech » alors que, sauf erreur, il est à la retraite) sur leurs conceptions au sujet de l'agriculture de demain ?

 

Ou de l'interview de Mme Maria Pelletier, présentée comme PDG du Moulin Marion, sur : « Les difficultés de la filière biologique » ? Un appel à davantage de soutiens publics aux PME du secteur du « bio » constitue à l'évidence une captation d'un événement financé sur fonds publics à des fins privées.

 

Source : http://alerte-environnement.fr/2015/09/22/les-salades-de-generations-futures/

 

Et avec la vidéo de M. Arnaud Apoteker sur « Le tribunal Monsanto », on franchit allègrement la ligne rouge pour s'installer dans le domaine qui a été celui du colloque dans son ensemble : le militantisme.

 

 

Quel bilan ?

 

Sur le plan général

 

Les PICRI sont un système qui a été mis en place sous l'impulsion de M. Marc Lipinski, directeur de recherche au CNRS (dans le domaine de la médecine, pas des sciences sociales si propices au relativisme) et ancien conseiller régional (écologiste) d'Île-de-France, du temps où il fut vice-président en charge de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation scientifique et technique.

 

M. Lipinski s'était aussi vu confier en 2013 une mission « sciences citoyennes » par M. Alain Fuchs, président du CNRS, et cela avait suscité beaucoup d'agitation dans les milieux rationalistes de la recherche scientifique, en témoignent le site Science et Citoyens et notamment la version commentée d'une interview de M. Lipinski et une mise au point de M. Fuchs.

 

M. Fuchs avait écrit :

 

« …il est exact que l’on assiste ça et là à une offensive des tenants du relativisme culturel, qui tentent d’occuper le terrain des relations science/société. C’est bien la raison pour laquelle il me semble important qu’une institution comme le CNRS vienne sur ce même terrain pour y rappeler le principe selon lequel c’est bien de la science dans sa pointe avancée que relève la production de nouvelles connaissances fondamentales. »

 

Pour autant que nous sachions, cette mission s'est terminée sans grands résultats. En tout cas, pas de résultats divulgués.

 

Nous attendons par conséquent ceux de la mission Houllier (le rapport est maintenant annoncé pour février 2016).

 

En espérant que la mission remettra la rationalité au centre de la politique scientifique et, en particulier, de financement des projets de recherche. Car voici ce qu'annonce (annonçait) la Région Nord-Pas-de-Calais pour son Programme Chercheurs Citoyens :

 

« Ce dispositif promeut des programmes de recherche reposant sur une collaboration entre laboratoires de recherche et organisations de la société civile à but non lucratif. En favorisant ainsi la participation du monde associatif à la production des connaissances, ce dispositif vise à renforcer les processus de démocratie participative en Nord - Pas de Calais, ainsi qu’à diversifier les sources potentielles d’innovation sociale. »

 

Mais que diable vient faire la « démocratie participative » dans cette affaire ? Est-elle, du reste, à la démocratie, ce que la science prolétarienne de Lyssenko fut à la science ?

 

 

Sur le plan particulier

 

Le projet « OGM et non-OGM : quelle équivalence en substance ? » a été proposé avec une assez grande transparence. Et ce, dans un esprit militant qui, à la fois, correspond à la philosophie des porteurs du projet et répondait aux attentes politiques de la région pourvoyeuse de fonds. On peut regretter, mais c'est dans la nature du système.

 

Pour les résultats de la recherche, il faudra attendre les publications, dont il est dit qu'elles sont en cours.

 

Pour le colloque, une dérive par rapport au projet de recherche était clairement annoncée. Il y a eu une dérive supplémentaire vers le militantisme anti-glyphosate, puisque l'homologation de cette matière active doit être renouvelée. Manifestement, le colloque a aussi été instrumentalisé.

 

Et alors ?

 

Ils se sont fait plaisir, entre gens du même bord (140 participants). Enfin presque : il y avait, paraît-il un troll dans la salle... propos d'un chercheur qui ne saurait mieux dévoiler son sectarisme.

 

Je ne savais pas qu'on avait un troll dans la salle, prenez la parole au lieu de vous cacher derrière un pseudo

 Les échos médiatiques sont apparemment nuls. Au total, selon une belle formule germanique,

 

Ausser Spesen, nichts gewesen

 

Des dépenses, sinon rien...

 

Mais laissons tout de même la parole à M. Christian Vélot pour une ultime ode au relativisme et au contrôle de la science par des soviets associatifs :

 

« Pour conclure, ces deux journées d'échanges, où se sont côtoyés multiples compétences, multiples acteurs de la société civile, ont été particulièrement riches et intenses, et un grand moment d'intelligence collective. Ces deux journées n'ont fait que confirmer l'ultime nécessité d'ouvrir la science, non seulement pour un partage mais pour une co-construction des savoirs. S'il y a des professionnels de la science ­— les chercheurs — comme il y a des professionnels de la politique — certains élus —, la démarche scientifique, tout comme l'action politique, n'appartient à personne ou plutôt, appartient à tout le monde. Il est temps d'envisager une science autrement en considérant « l'équivalence en substance » entre les scientifiques (de métier) et les citoyens.

 

 

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IPPES 19/05/2016 01:33

Lorsqu'on lit votre prose, on se rend vite compte que vous cherchez avec désespoir de quoi critiquer.... parce que finalement, dans votre "article" , rien de probant côté critique.. on reste sur notre faim....
Quand aux sites "miroirs " vous savez de quoi vous parlez , vous qui utilisez "alerte et environnement" comme source ( site bien connu de lobbyste pro ogm et pro pesticides ) , et qui passez allègrement et fréquemment aider vos compères de la théière cosmique et j'en passe.........
Il est bien dommage que , une personne critiquant un colloque , n'ait pas eu le courage d'y assister..
Bref une prose pleine de redites, qui n'apportent rien , du bla bla..... franchement décevant ........

Seppi 19/05/2016 16:47

Merci pour votre commentaire.

Je suis déçu que vous soyez déçue. Mais n'était-ce pas un sentiment que vous aviez a priori, dès avant de me lire ?

Mais j'ai tendance à vous donner raison sur le «  rien de probant côté critique ». Car, pour cela, il aurait fallu quelque chose de consistant côté matière critiquée.

Votre commentaire m'a incité à refaire un tour sur le site – enfin, l'un des sites. Rien de bien nouveau. Ah si ! Il y a un communiqué de presse sur une « nouvelle étude » – financée sur fonds publics dans le cadre d'un système qui devrait rendre les sciences « citoyennes » que l'on ne peut lire que si on fait humblement la demande.

Pitoyable !

fm06 11/01/2016 12:31

La conclusion est sidérante. L'analogie entre les professionnels de la science et les professionnels de la politique est à hurler de rire (ou de désespoir, c'est selon). Pourquoi d'ailleurs se limiter à la science? Il y a des professionnels de la boulangerie, de la maçonnerie, de l'architecture, du pilotage d'avions... Pourquoi faudrait-il laisser les commandes d'un Airbus d'Air France à un professionnel? Vive le pilotage citoyen et démocratique! Faisons participer les passagers à la navigation et au pilotage!