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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les études d'alimentation avec des OGM

15 Janvier 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #ogm

Les études d'alimentation avec des OGM

 

Layla Katiraee*

 

 

Un protocole expérimental approprié est le fondement de toute publication scientifique. Cependant, il n'est pas si facile de planifier une étude, en particulier quand elle inclut des méthodes coûteuses ou fait appel à des outils difficiles à trouver. Pour rendre les choses encore plus compliquées, de nombreuses études sont réalisées dans le cadre d'un mastère ou d'une thèse de doctorat, le chercheur acquérant des compétences et des connaissances au fur et à mesure de l'avancement de l'expérience. C'est au moment où l'étude est finie que le chercheur s'aperçoit qu'il y a des éléments qu'il aurait pu réaliser différemment.

 

Les études qui impliquent des animaux sont particulièrement complexes, car vous ne pouvez pas « refaire » une expérience ratée aussi facilement que pour une expérience in vitro ou in silico. Il est rarement possible de donner suite aux critiques des relecteurs et des rédacteurs en chef au cours du processus de relecture par les pairs : si l'un d'eux identifie une faille dans une étude d'alimentation animale, celle-ci ne peut souvent pas être refaite en raison des contraintes sur les ressources.

 

Les études mal conçues sur l'alimentation avec des OGM abondent, très probablement en raison de ces difficultés. Ces études sont souvent utilisées par des gens qui prétendent que les OGM sont dangereux. Il peut être difficile de déterminer si une étude a été bien conçue et bien exécutée. Nous avons compilé une liste pour vous aider à naviguer à travers le monde désordonné des études d'alimentation GM.

 

 

Analyse des aliments

 

  • Le contenu nutritionnel des aliments donnés aux animaux de contrôle (témoins) et de traitement doit être analysé afin de déterminer s'il y a des différences autres que pour le caractère GM. Si les aliments ne sont pas aussi similaires que possible, toute différence observée entre les animaux du traitement et les témoins ne peut être attribuée exclusivement au caractère GM.

 

  • De nombreux articles ont montré que l'environnement a un impact important sur la teneur en éléments nutritifs et en minéraux des cultures ; de la sorte, l'omission d'effectuer cette analyse est un vice rédhibitoire pour toute étude d'alimentation GM. Il faut aussi analyser les teneurs en substances anti-nutritionnelles et en champignons et bactéries produisant des toxines.

 

  • Par exemple, l'étude « The Comparative Effects of Genetically Modified Maize and Conventional Maize on Rats » (effets comparatifs du maïs génétiquement modifié et du maïs conventionnel sur des rats) a fait état de différences dans la taille des organes et d'autres paramètres entre les rats nourris avec un régime alimentaire avec des OGM et les témoins ; cependant, en l'absence d'analyse des aliments, nous ne savons pas si les différences sont dues au caractère GM. Le maïs présente une variabilité naturelle de la teneur en glucides, en protéines et autres nutriments qui auraient pu donner lieu aux différences observées, plutôt que le caractère Bt auquel les auteurs ont attribué ces différences.

 

 

Source de l'alimentation

 

  • Les aliments donnés aux témoins et aux traitements doivent être aussi similaires que possible et devraient être isogéniques. Cela signifie que l'alimentation GM est de la même variété que celle des témoins, à l'exception de l'introduction du caractère génétiquement modifié.

 

  • Une étude bien conçue utilisera des aliments pour les témoins et les animaux nourris avec un OGM issus de cultures produites dans le même champ, la même année, pour minimiser la variabilité due à l'environnement.

 

  • Souvent, l'utilisation d'aliments qui ne sont pas similaires peut être une erreur fatale, comme dans « Feeding Study with Bt Corn (MON810: Ajeeb YG) on Rats: Biochemical Analysis and Liver Histopathology » (étude sur l'alimentation avec du maïs Bt (MON810 : Ajeeb YG) chez le rat : analyse biochimique et histopathologie du foie) : les auteurs y ont identifié des différences nutritionnelles dans l'aliment GM mais n'ont pas décrit la normalisation des éléments nutritifs dans l'alimentation donnée aux animaux ni fourni d'informations sur les itinéraires techniques des cultures, l'emploi de pesticides et d'autres facteurs importants. Par conséquent, les différences observées entre les rats témoins et les rats ayant reçu une alimentation génétiquement modifiée ne peuvent pas être attribuées exclusivement à la protéine transgénique dans l'alimentation.

 

 

Témoins

 

  • Le animaux témoins et traitements doivent être élevés et traités exactement de la même façon, à l'exception de la présence de la protéine et du gène transgéniques dans l'alimentation. Cela garantit que toutes les différences observées entre les animaux peuvent être attribuées exclusivement à l'alimentation, et non à l'environnement ou aux conditions dans lesquelles les animaux ont été élevés.

 

  • Par exemple, l'article « Biological impact of feeding rats with a genetically modified-based diet » (impact biologique de l'alimentation de rats avec un régime à base de produits génétiquement modifiés) identifie des modifications tissulaires chez les rats nourris avec un régime alimentaire de soja et de maïs GM, mais les témoins ont été nourris avec un régime à base de blé, alors qu'ils auraient dû être nourris avec un régime alimentaire de soja et/ou de maïs non-GM. Par conséquent, les deux groupes n'ont pas été traités de manière équivalente.

 

 

Statistiques

 

  • Il faut utiliser des tests statistiques appropriées tout au long de l'étude. Par exemple, dans « A Comparison of the Effects of Three GM Corn Varieties on Mammalian Health » (une comparaison des effets de trois variétés GM de maïs sur la santé des mammifères), les auteurs sautent d'un test statistique à l'autre, sans expliquer pourquoi ils utilisent un nouveau test, ce qui suggère qu'ils sont peut-être allés à la pêche de signification statistique.

 

  • Une étude bien conçue doit tenir compte de la puissance statistique dès le stade de la conception. Les auteurs doivent définir à l'avance ce qu'ils vont mesurer et établir quelle est la fluctuation chez les sujets sains afin de déterminer le nombre d'animaux dont ils ont besoin pour leur étude. Par exemple, il a été déterminé que dans l'étude de Séralini sur la toxicité du maïs GM et du Roundup, la taille des échantillons n'avait pas été suffisante pour tirer des conclusions pertinentes.

 

 

Pertinence

 

  • Il y a une variation naturelle dans toutes les espèces. Pour un caractère donné, il y a une variabilité qui est considérée comme « normale ». Les types de souris et de rats utilisés pour les études d'alimentation présentent une variabilité moindre parce qu'ils sont consanguins, mais il y a encore des variations pour la plupart des caractères. En tant que telle, toute différence observée entre les témoins et les animaux ayant reçu des aliments génétiquement modifiés doit être expliquée dans le contexte de la variation naturelle de l'espèce.

 

  • Des différences statistiquement significatives ne sont pas nécessairement pertinentes sur le plan de la biologie. Ce point est étroitement liée à la puissance statistique. Si vous prenez deux groupes d'animaux et faites suffisamment de mesures, vous pouvez être certains de trouver une mesure qui est différente entre les deux groupes. Il est important de répondre à la question suivante : en tant que telle, cette différence mesurée est-elle biologiquement pertinente ?

 

  • L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a défini la pertinence biologique comme « un effet considéré à dire d'experts comme important et significatif pour la santé humaine, animale, végétale ou environnementale. Il implique donc un changement qui pourrait modifier la façon dont les décisions sont prises à propos d'un problème spécifique ». L'EFSA souligne également que l'ampleur de l'effet doit être considérée lors de l'examen de la pertinence biologique.

 

 

 

Reproductibilité

 

  • Si une étude trouve une différence entre les animaux nourris aux OGM et les témoins, les études qui répètent l'expérience devraient trouver la même différence. Mais si une étude similaire a été faite précédemment et n'a pas observé la différence, les auteurs devraient discuter de la différence et proposer une hypothèse sur la raison pour laquelle leurs résultats sont différents.

 

  • Par exemple, trois études différentes ont examiné l'impact du soja Roundup Ready sur des chèvres et leur progéniture. Aucunes de leurs conclusions ne sont les mêmes (voir ici, ici et ici [1]).

 

 

Quand les études sur l'alimentation animale sont-elles utiles ?

 

Il y a plusieurs années, la Commission européenne a financé le projet GRACE (GMO Risk Assessment and Communication of Evidence – évaluation des risques liés aux OGM et communication des preuves). Le but du projet est d'examiner la littérature pour trouver des preuves des avantages et des inconvénients des cultures génétiquement modifiées, et de déterminer quels types d'études sont les mieux adaptés pour l'évaluation des risques des OGM. La publication la plus récente examine la question de savoir si des études sur l'alimentation animale sont utiles.

 

Alors que des revues de la littérature [2] ont trouvé que les études d'alimentation de 90 jours étaient suffisantes, le projet GRACE a conclu que dans la plupart des cas, ces études ne fournissent pas d'informations supplémentaires par rapport aux tests sans expérimentation animale. « Les données de GRACE soutiennent le raisonnement scientifique selon lequel ce n'est que si l'on dispose d'un déclencheur à partir des analyses moléculaires, de composition, phénotypiques et/ou agronomiques, que des essais d'alimentation avec des fourrages/aliments transformés peuvent apporter une valeur scientifique ajoutée à l'évaluation des risques des OGM. Ainsi, des essais d'alimentation peuvent être considérés, à condition que le protocole de l'étude puisse être adapté à la préoccupation de sécurité posée. »

 

Les conclusions de GRACE sont similaires à l'idée que la plupart des gens en bonne santé n'ont pas besoin de subir des tests médicaux réguliers. Lorsqu'un grand nombre de personnes (ou d'animaux) sont examinées, des différences seront détectées simplement du fait du hasard – même quand il n'y a aucune préoccupation sous-jacente. Pour éviter le risque de faux positifs, il doit y avoir une inquiétude initiale à même de déclencher des tests supplémentaires. Par exemple, les médecins recommandent que les femmes enceintes ne subissent une amniocentèse que s'il y a des facteurs de risque, tels que des résultats préoccupants d'un autre examen. De même, GRACE recommande que les études sur l'alimentation animale ne sont pas nécessaires à moins qu'il y ait un facteur de risque, comme une différence de composition.

 

 

Autorisations

 

Biology Fortified met ses infographies à disposition (aller sur son site) dans le cadre de la Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivatives License Vous êtes libres de télécharger, publier, et utiliser ces infographies (diapositives, transparents) dans leur forme originale à des fins non lucratives. Cette infographie a été réalisée par Layla Katiraee avec Anastasia Bodnar.

 

 

Téléchargements

 

Biology Fortified met ces graphiques à disposition à des fins éducatives à but non lucratif dans plusieurs formats. Veuillez les attribuer à Biology Fortified lorsque vous les utilisez, ne pas les modifier ni les traduire sans l'autorisation de Biology Fortified, Inc.

 

__________________

 

* Layla Parker-Katiraee est titulaire d'un doctorat en génétique moléculaire de l'Université de Toronto et d'un baccalauréat en biochimie de l'Université de Western Ontario. Elle est actuellement chercheuse principale dans le développement de produits dans une société de biotechnologie et de génétique humaines de Californie. Tous les points de vue et opinions exprimés sont les siens.

 

Source : http://www.biofortified.org/2016/01/gmo-feeding-studies/

 

 

Mes notes :

 

[1]  Dans ces trois études, l'auteur cité en dernier est M. Federico Infascelli, sous le coup d'accusations de fraude scientifique. L'un des articles a été retiré par l'éditeur.

 

[2]  L'étude citée est « Assessment of the health impact of GM plant diets in long-term and multigenerational animal feeding trials: a literature review » de Snell C, Bernheim A, Bergé JB, Kuntz M, Pascal G, Paris A, Ricroch AE. Étude vilipendée par la mouvance anti-OGM comme outrageusement « pro »...

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