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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Pr Federico Infascelli répond à l'accusation de fraude

26 Janvier 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Activisme, #Article scientifique

Le Pr Federico Infascelli répond à l'accusation de fraude

 

La mouvance anti-OGM aussi

 

 

 

A scientist smelled a fraudulent rat...

 

L'intertitre, c'est un clin d'œil en direction d'un journal états-unien et d'une affaire célèbre... Ici, ça sent plutôt le bouc.

 

L'accusation de fraude, portant sur des images reproduites à l'appui d'allégations différentes et des images manipulées, alimente les nouvelles en Italie. Normal : à ma gauche, la sénatrice à vie Elena Cattaneo, nommée pour services rendus à la Patrie dans le domaine scientifique, neurobiologiste, et donc particulièrement qualifiée pour juger des travaux scientifiques en cause ; à ma droite, mis en cause, le Pr Federico Infascelli, professeur de nutrition et d'alimentation animales au Département de médecine vétérinaire et des productions animales de l'Université de Naples.

 

Nature a publié un article sur le sujet, qui par ce seul fait a pris une dimension importante dans le monde de la science. La blogosphère états-unienne est aussi active sur le sujet. C'est qu'on y trouve nombre de sites qui promeuvent la rationalité en matière de sciences et de technologies, particulièrement en agriculture.

 

En France... il règne un silence pesant. Pourtant, un article dans Nature sur ce qui paraît être un scandale, ça devrait « percuter » ! Imaginez le déluge si les allégations de fraude avaient porté sur des articles « pro-OGM »...

 

 

M. Infascelli dément toute malversation

 

 

Une enquête a été diligentée au sein de l'Université de Naples. M. Infascelli s'est exprimé dans la Repubblica du 14 janvier 2016 (en facsimile ici, page 11) :

 

« Je suis serein. J'ai démontré l'absence totale de fondement de l'accusation. J'ai demandé à un expert un avis sur les images en question, et il a lui aussi exclu qu'il y a eu falsification. Nous verrons ce que la commission [d'enquête] va répondre. Je suis sûr qu'il sera donné tort aux démystificateurs de la vérité. Le sujet des OGM est certes sensible : nous avons touché des intérêts plus forts que nous [..]

 

« Quiconque pense que je pourrais avoir falsifié les résultats des études, devrait m'expliquer quel était mon intérêt à le faire. Quel bénéfice en aurais-je tiré ? Cette avenue de recherche n'est pas la plus importante pour moi. Je soupçonne plutôt d'avoir importuné quelqu'un. Je suis le coordonnateur du groupe qui a mené la recherche. Des gens talentueux. Aujourd'hui, je suis sidéré. Alors je dis : quelle qu'en soit la raison, blâmez-moi et basta. »

 

La stratégie de défense appartient exclusivement au Pr Infascelli. Nous nous abstiendrons de la commenter.

 

 

Dans un océan de discrétion, une grosse vague

 

 

Le monde de l'anti-OGMisme s'est fait très discret. En Allemagne, le Informationsdienst Gentechnik – une sorte d'équivalent à notre Inf'OGM national – a produit un article factuel. Le sujet est certes fâcheux pour la mouvance, mais ce « service d'information » n'est pas pour autant fâché avec la mission qu'il s'est assignée.

 

En revanche, GMWatch s'est lancé dans des attaques particulièrement vicieuses. Il faut bien chercher pour apprendre sur le site que cela a été publié le 23 janvier 2016.

 

 

Les pires contre-attaquent

 

La meilleure défense étant l'attaque, de préférence en-dessous de la ceinture, l'auteure s'interroge sous le titre : « Is the latest study retraction really good news for the GMO lobby?
 » (le dernier retrait d'une étude est-il une bonne nouvelle pour le lobby des OGM?). Ça a le mérite de cataloguer par implication l'article d'Infascelli et al. en cause !

 

Il convient d'emblée de désigner l'ennemi. Ce sera le site Biology Fortified, coupable d'avoir publié l'information (deux articles traduits ici et ici) et cible facile pour des lancers de boue. Mais il y a Nature ?

 

« Un article de la revue Nature a souscrit à l'allégation de manipulation de données. »

 

Pas grave. Nature est vite blanchi et mis hors-jeu :

 

« L'article note également que les chercheurs nient toute malversation : "Le chef du laboratoire qui a effectué les travaux dit que l'allégation est infondée.»

 

C'est donc, foi de Nature : « circulez, il n'y a rien à voir. »

 

 

Tout va très bien, Madame la Marquise, [...] On déplore un tout petit rien

 

 

Il y a tout de même eu retrait d'un article – et par un journal dont M. Infascelli est membre du comité de rédaction.

 

L'auteure minimise donc les éléments de preuve à l'appui de la thèse de l'écart de conduite. L'exercice est relativement facile : comme dans un autre cas célèbre, où le rédacteur-en-chef s'est employé à minimiser l'incurie de la ligne éditoriale et sa propre responsabilité, l'éditeur a fait preuve ici d'une étonnante magnanimité dans ses explications sur le retrait (télécharger le PDF) : selon un formulaire à remplir avec des croix, la cause du retrait serait un « autoplagiat », les résultats de l'étude seraient toujours valables, et il s'agirait d'une erreur de bonne foi.

 

 

!

Comment: The article has been retracted due to the investigation of complaints received against it. The data of figure 1(b) came from the previous published paper by Tudisco R, Mastellone V, Cutrignelli MI, Lombardi P, Bovera F, Mirabella N, Piccolo G, Calabrò S, Avallone , Infascelli F. Animal.“Fate of transgenic DNA and evaluation of metabolic effects in goats fed genetically modified soybean and in their offsprings”4(10):1662-71, 2010. The scientific community takes a very strong view on this matter and we treat all unethical behavior such as plagiarism seriously.

 

This article has been retracted to straighten the academic record. In making this decision the Editorial Board follows COPE's Retraction Guidelines. Aim is to promote the circulation of scientific research by offering an ideal research publication platform with due consideration of internationally accepted standards on publication ethics. The Editorial Board would like to extend its sincere apologies for any inconvenience this retraction may have caused.

 

Le commentaire d'accompagnement n'est pourtant pas anodin :

 

« La communauté scientifique prend cette question très au sérieux et nous traitons avec sérieux toutes les conduites contraires à l'éthique telles que le plagiat. »

 

Il est également dit :

 

« Cet article a été retiré par suite d'une investigation de plaintes reçues à son sujet. »

 

Les plaintes, c'est Mme Cattaneo selon la revue. Il y en a eu d'autres selon Nature. Ce qui pose la question de l'exhaustivité et donc de l'honnêteté de la notice de retrait.

 

S'agit-il d'une « investigation » en interne ? L'enquête étant en cours dans le cadre de l'Université de Naples, il n'est pas interdit de penser que le retrait de l'article (le 15 décembre 2015) a été quelque peu prématuré. Mais aussi, à l'inverse, que cela permettait de limiter le motif au seul recyclage de données antérieures dans le cadre d'une seule figure.

 

Cette explication du retrait par l'éditeur est donc un monument de double langage, et il suffisait pour l'auteure de l'article de GMWatch de sélectionner la version opportune.

 

 

L'argument ad hominem tu quoque

 

 

Mais ce n'est évidemment pas suffisant. L'auteure affirme donc péremptoirement en intertitre que « des chercheurs pro-OGM ont manipulé des images », citant un cas rapporté par Retraction Watch en 2012.

 

Elle se place catégoriquement sur le terrain du « eux » contre « nous ».

 

C'est inévitablement suivi de l'argument des deux poids, deux mesures. Sauf que les faits sont notablement différents dans l'affaire Bravo et Soberón. En particulier, l'authenticité des données et par conséquent la validité des articles n'avaient pas été mises en cause, les articles n'ont pas été retirés, plusieurs revues ont accepté de publier une image corrigée, et la commission d'enquête de l'Université nationale autonome du Mexique (pas vraiment connue pour être « pro-OGM ») s'est bornée à recommander des sanctions administratives de durée limitée.

 

L'argument des deux poids, deux mesures est donc parfaitement justifié, mais pas vraiment dans le sens que l'auteure a voulu lui donner.

 

Il est difficile de faire preuve de compassion pour elle :

 

« Il est tentant de conclure des résultats opposés des exemples dans une certaine mesure parallèles de l'équipe italienne et de Bravo/Soberon que des chercheurs qui se sont extrêmement mal comporté peuvent parfois s'en tirer – mais seulement s'ils appuient la technologie des OGM. »

 

Il est tentant de noter que l'équipe mexicaine – est-elle vraiment « pro-OGM » ou simplement dévouée à son travail de recherche qui porte sur des aspects de la transgénèse ? – a payé... et que pour l'équipe italienne, il n'y a eu aucune sanction à ce jour. Et que le parallèle entre une « simple » manipulation d'image et des suspicions de fraudes multiples est audacieux (étant entendu que les turpitudes des uns n'excusent pas celles des autres).

 

Décidément, les arguties de la mouvance viscéralement anti-OGM sont lamentables...

 

 

L'argument ad hominem « simple »

 

 

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Il y a un jeu répandu auquel il est difficile de résister : l'ad hominem avec le souci auxiliaire de créer des diversions.

 

Biology Fortified a écrit sur l'affaire Infascelli... Biology Fortified compte dans son conseil d'administration Kevin Folta, la cible d'une infâme campagne de dénigrement de la part, notamment, du groupe écran pro-étiquetage US Right to Know, faux-nez de l'industrie du bio états-unienne. Y siège aussi Pamela Ronald « qui a dû retirer deux articles pour cause d'erreurs ». Les décisions de retrait de Mme Ronald avaient été saluées en leur temps, mais chez GMWatch, on n'en a cure – seul importe le dénigrement du site dans une vaine tentative de susciter le doute sur l'information.

 

 

Et comme Barfblog a aussi publié un article sous la signature de Doug Powell, elle s'en prend de même à celui-ci, qui fut impliqué dans une grosse controverse suscitée par un article publié en... 2003 (voir également ici) :

 

« Pas moins de quarante chercheurs ont appelé au retrait de cet article et le Dr Richard Jennings, qui enseigne dans le domaine de la pratique scientifique à l'Université de Cambridge, l'a qualifié de "fraude flagrante". Mais l'article n'a pas été retiré. »

 

Intéressante la liste des quarante chercheurs... On voit tout de suite que les signataires étaient unanimement animés par un impérieux désir de promouvoir la « bonne » science.

 

Mais que c'est simple l'ad hominem ! Il suffit d'une citation, d'une seule personne parée d'un titre académique...

 

L'article n'a pas été retiré ? Au contraire, le British Food Journal qui l'avait publié lui a décerné le prix du meilleur article en 2004. De cela aussi, l'auteure n'en a cure.

 

 

Eploiter toutes les imprécisions

 

La coupe n'est pas encore pleine.

 

Nature, qui ne joue ici aucun rôle autre que celui d'avoir publié une information, a eu le malheur d'écrire que les articles de l'équipe de M. Infascelli sont discordants par rapport aux « nombreux tests de sécurité effectués par les agences de sécurité des aliments et des médicaments à travers le monde. »

 

Cela n'a rien à voir avec l'affaire... mais c'est bon à prendre. l'auteure écrit donc, avec raison, que ces agences ne procèdent pas à leurs propres tests. Mais elle ajoute aussitôt :

 

« Leurs décisions sont fondées sur une évaluation des données des tests effectués par l'industrie sur ses propres OGM. »

 

C'est là une ritournelle bien connue. Il suffit de consulter les rapports d'évaluation de l'EFSA, par exemple, pour se rendre compte que c'est tout aussi faux. Pour preuve, l'EFSA a cité l'équipe Infascelli et al. ici et ici.

 

 

OGM = danger...

 

Mais que ne ferait-on pas pour entretenir le dogme ?

 

Il importait donc d'administrer une dose de rappel sur la prétendue dangerosité des OGM, en affirmant que la présence d'ADN transgénique dans les tissus « n'est pas controversée », avec quelques liens à l'appui. C'est juste la suite qui est omise : et alors ? Alors, rien, comme nous l'avons vu ici et ici.

 

 

Mais l'essentiel n'est-il pas de susciter le doute et la peur – et de les entretenir ?

 

Il est du reste très plaisant de noter que l'article de GMWatch cite Sharma et al. pour donner corps à son épouvantail ; un article dont nous avons vu dans un billet précédent qu'il se terminait par une note des plus rassurantes.

 

Mais c'est qu'il ne faut pas se rassurer parce qu'on n'aurait trouvé que des « fragments ». C'est que, selon Sándor Spisák et al., « Complete Genes May Pass from Food to Human Blood », un article publié le 30 juillet 2013, des gènes complets peuvent – notez l'application du principe de précaution sous la forme d'un verbe d'état – passer des aliments au sang humain. Cet article, a priori anxiogène à souhait, a sans doute échappé à la vigilance des foules et même de ces décideurs politiques si friands de « mauvaises nouvelles » leur permettant de se vautrer dans la démagogie... c'est que même la mouvance anti-OGM a fait profil bas. Le site GMOEvidence, qui fait partie du même cartel que GMWatch (avec GMOSeralini, Sustainable Pulse, GMFreeCymru, GMOAwareness, GM-FreeScotland, GMOJudyCarman), s'était ainsi limité à la reproduction du résumé de l'article scientifique.

 

En fait, le 3 août 2013, donc quatre jours après publication, M. Richard Lusk, de l'université de Michigan, avait déjà proposé une explication convaincante pour cette découverte qui aurait été phénoménale si elle avait été validée. Il a du reste produit une réfutation sur PLOSOne. Et, à en croire ce site, les auteurs de l'étude originale n'étaient pas loin de convenir que leurs résultats pouvaient être liés à une contamination.

 

Mais de ça aussi, l'auteure s'en moque. L'essentiel n'est-il pas de sauvegarder une idéologie (et un fond de commerce) ?

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Fred 27/01/2016 16:18

On assiste peut-être à la naissance d'un nouveau "lanceur d'alerte", fans la plus pure brine Sérallinienne :-)

Seppi 27/01/2016 18:31

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne pense pas. Il n'a pas été spécialement actif.

On peut lui trouver une participation à une conférence de l'ENSSER, mais avec Rafaella Tudisco:

http://www.ensser.org/increasing-public-information/conference-on-sustainability-and-holistic-assessment-caen/

Et la signature apposée à cette stupide pétition:

http://www.ensser.org/fileadmin/user_upload/150120_signatories_no_consensus_lv.pdf

À part ça ?

Quand on lit les lettres ouvertes de Mme Cattaneo, on se rend compte qu'elle a été plutôt mesur&ée avec M. Infascelli. Ce ne fut pas le cas pour M. Buiatti (du CRI machin).

Fred 27/01/2016 16:19

Dans la plus pure veine, voulais-je dire