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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'Union européenne examine et rejette les allégations bizarres d'Ayyadurai sur la présence de formaldéhyde dans le soja GM

11 Janvier 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Activisme, #OGM, #Glyphosate (Roundup), #Andrew Porterfield

L'Union européenne examine et rejette les allégations bizarres d'Ayyadurai sur la présence de formaldéhyde dans le soja GM

 

Andrew Porterfield*

 

L'Union européenne examine et rejette les allégations bizarres d'Ayyadurai sur la présence de formaldéhyde dans le soja GM

L' « étude » de V.A. Shiva Ayyadurai et Prabhakar Deonikar, « Do GMOs Accumulate Formaldehyde and Disrupt Molecular Systems Equilibria? Systems Biology May Provide Answers », parue en juillet 2015, a fait pas mal de bruit aux États-Unis d'Amérique, où se déploie un intense activisme sur l'étiquetage. Nous en avons été pour l'essentiel épargnés en Europe.

L'« étude » est en fait grotesque et imbécile : si on veut suggérer que le soja transgénique accumule le formaldhédyde, on ne fait pas d'étude par modélisation sur ordinateur : on compare les compositions d'échantillons de graines GM et non GM. Mais voilà... cette méthodologie ne collait pas avec l'ambition militante des marchands de peur (et de produits « bio »...).

La Commission européenne a néanmoins demandé un avis scientifique à l'EFSA. Celle-ci a rendu sa copie le 3 novembre 2015.

Dans l'indifférence médiatique... Normal... ce n'était pas une mauvaise nouvelle. Enfin... c'était une mauvaise nouvelle pour la mouvance anti-OGM qui a la main-mise sur les médias.

Andrew Porterfield s'étant penché sur le sujet, c'est avec plaisir que nous le publions ici.

L'Union européenne examine et rejette les allégations bizarres d'Ayyadurai sur la présence de formaldéhyde dans le soja GM

Le régulateur de la sécurité alimentaire de l'Union européenne – l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) – a conclu qu'un article récent affirmant que le formaldéhyde s'accumule dans le soja génétiquement modifié ne tient pas l'eau (et aussi conclu que les graines de soja ne contiennent pratiquement pas de formaldéhyde). Cette invalidation – la première d'une entité gouvernementale – tombe sur une foule de scientifiques qui contestaient la validité de l'étude, et de groupes anti-OGM qui l'encensaient.

V.A. Shiva Ayyadurai – un scientifique connu pour avoir développé un programme de courrier électronique – et son co-auteur Prabhakar Deonikar ont publié l'été dernier un article dans ce qui est considéré comme un journal prédateur (aussi connu comme un journal « pay-for-play » (payer pour publier), dans lequel les auteurs « payent » pour pour publier) intitulé « Do GMOs Accumulate Formaldehyde and Disrupt Molecular Systems Equilibria? Systems Biology May Provide Answers » (les OGM accumulent-ils le formaldéhyde et perturbent-ils les équilibres des systèmes moléculaires ? La biologie des systèmes pourrait apporter des réponses).

Dans un communiqué de presse de l'organisation d'Ayyadurai accompagnant la publication de l'étude, le International Center for Integrative Systems (Centre International pour les Systèmes Intégratifs) a affirmé que l'étude avait « appliqué des méthodes modernes de bioinformatique pour mettre en évidence le fait que le soja génétiquement modifié (OGM) crée d'importantes perturbations dans les teneurs en formaldéhyde, un cancérigène connu, et le glutathion, un important anti-oxydant nécessaire pour la détoxification cellulaire. »

Sans surprise, l'étude a été accueillie avec éloges par beaucoup dans la communauté anti-OGM. « Dans les jours qui ont suivi sa publication – a noté Kavin Senapathy, qui écrit pour le Genetic Literacy Project (GLP) [1] – des organisations opposées aux biotechnologies comme Organic Consumers Association et GMO Inside ont vanté l'étude, avec des articles aux titres sensationnalistes tels que "Du formaldéhyde dans le soja OGM ?" et "Une nouvelle étude montre que le soja OGM accumule le formaldéhyde, un produit chimique cancérigène", et comportant des graphiques alarmistes ».

 

Les ONG anti-OGM ont immédiatement essayé de tirer parti de l'étude douteuse :

 

  • C'est une bombe ! Avertit Food Democracy Now, qui a écrit : « une nouvelle étude novatrice affirme que le génie génétique perturbe sensiblement les fonctions cellulaires de base dans les plantes OGM à un degré alarmant » ; elle a demandé à ses lecteurs d'envoyer une pétition à la Maison Blanche pour exiger l'étiquetage de tous les aliments génétiquement modifiés.

  • La Organic Consumers Association a cité l'étude comme un exemple de la façon dont « la Food & Drug Administration (FDA) américaine, lorsqu'elle a déclaré à tort que les OGM sont équivalents en substance aux aliments non-OGM, a mis le couvert pour des décennies de corruption. La corruption de notre approvisionnement alimentaire. La corruption de notre santé. La corruption de notre Démocratie ».

Méthodes insaisissables, pas de données

 

Le GLP a déjà jeté un œil sur ce bioingénieur controversée du MIT et ses liens avec la science marginale et l'activisme anti-OGM [2].

 

 

L'Union européenne examine et rejette les allégations bizarres d'Ayyadurai sur la présence de formaldéhyde dans le soja GM

Maintenant, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, l'organisme responsable de la réglementation des aliments pour l'homme et les animaux pour l'Union européenne, a formellement examiné l'étude Ayyadurai, et critiqué à la fois sa méthodologie et les résultats :

En premier lieu, l'EFSA a estimé que, bien que Ayyadurai et Deonikar aient écrit qu'ils ont agrégé les données de six mille études [3] sur le soja Roundup Ready rassemblées par des recherches en ligne comme PubMed et Google Scholar, « l'origine des données et leur validité ne sont pas décrits et ne peuvent pas être évaluées ».

En second lieu, l'EFSA a écrit que l'approche intégrative des systèmes d'Ayyadurai, un modèle informatique appelé CytoSolve Collaboratory, « n'a pas été validée en utilisant des données réelles ». Notant que la capacité d'un modèle informatique à prédire un résultat dépend de la qualité des données entrantes et des algorithmes utilisés pour faire ces prédictions, l'EFSA a indiqué : « Aucune information de ce type n'a été donnée. »

En troisième lieu, l'EFSA a reproché à l'étude Ayyadurai de ne pas avoir déterminé les degrés de reproductibilité des différentes teneurs en protéines et enzymes trouvées dans les études retenues.

Enfin, l'EFSA a contesté l'allégation des auteurs selon laquelle « la modification génétique est un facteur de stress qui affecte l'ensemble de l'organisme », observant que : « une telle prédiction est faite sur la base d'une seule voie métabolique (ici : le métabolisme C1) ».

Que font le formaldéhyde et le glutathion ?

Le formaldéhyde est considéré comme un cancérogène en fonction de son dosage et du mode d'utilisation, mais il est produit naturellement dans les animaux et les plantes. Les humains le produisent dans la voie métabolique C1, ou d'un carbone, dans laquelle les acides aminés sont métabolisés. Les êtres humains, d'autres animaux et les plantes métabolisent le formaldéhyde très rapidement en acide formique, et il ne accumulent pas dans les organismes.

Le glutathion est un antioxydant, détruisant les radicaux libres nocifs et d'autres substances nocives dans le corps. Composé de trois acides aminés (glutamate, cystéine et glycine), le glutathion se trouve dans le foie, les poumons, les reins, le cœur et le cerveau. Les teneurs en glutathion des plantes peuvent être affectées par de nombreux facteurs, notamment la température et d'autres stress environnementaux.

La voie métabolique C1 fournit des unités chimiques à un atome de carbone et des molécules telles que des protéines, des acides nucléiques (les éléments constitutifs de l'ADN et de l'ARN), et des composés contenant le groupe chimique méthyle. C'est une voie importante pour la régulation de la croissance et du développement des plantes, qu'elle contrôle grâce à la régulation de l'expression des gènes et de la réplication de l'ADN. Mais, comme le souligne le rapport de l'EFSA, la voie métabolique C1 est loin d'être la seule à réguler la croissance et le métabolisme.

L'été dernier, dans une réfutation de l'étude Ayyadurai, étude qui avait reçu le soutien financier de l'Institut Rodale, le biologiste de l'Université de Floride Kevin Folta avait dit qu'il était assez facile de mesurer les teneurs en formaldéhyde dans des extraits de plantes en laboratoire. Et aucune étude (y compris de celles dont les données auraient été exploitées par Ayyadurai et Deonikar) n'a en fait montré des teneurs plus élevées en formaldéhyde, ou des effets sur le glutathion, dans le soja ou d'autres plantes Roundup Ready, des teneurs excédant celles que l'on trouve naturellement dans tous les organismes.

Sans données, il n'y a pas de science.

________________

* Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Il est basé à Camarillo, Californie. On peut le suivre sur Twitter @AMPorterfield.

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/01/08/european-union-reviews-rebukes-bizarre-ayyadurai-claim-formaldehyde-gmo-soy/

[1] On peut aussi lire, en français, « Les OGM et la science au rabais » de Henry I. Miller et Kavin Senapathy sur L'Orient Le Jour.

[2]  M. Kevin Folta (c'était avant le harcèlement largement médiatisé) avait proposé de vérifier les allégations :

 

« Si vous produisez un logiciel qui intègre les données d'Internet pour prédire l'emplacement de Munich et que le logiciel vous dit que c'est dans le Golfe du Mexique, au large de la Floride, cela ne signifie pas que Munich est dans le Golfe du Mexique, au large de la Floride. Cela signifie que votre logiciel, vos hypothèses, vos données de départ sont faux. Ces choses là peuvent être facilement testées. »

 

M. Ayyadurai a décliné l'offre avec une technique que l'on connait par ailleurs : seulement si...

 

[3]Ce nombre paraît extravagant ! Une recherche sur Google Scholar avec « soy formaldehyde gmo », sans les brevets et les citations donne quelque 2900 résultats, mais les premières pages de références montrent que la très grande majorité ne sont pas pertinents.

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