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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ils sont aussi « verts », les anti-européens !

21 Janvier 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #Union européenne, #Politique, #critique de l'information

Ils sont aussi « verts », les anti-européens !

 

 

Aimez-vous l'Europe ?

 

Moi oui ! Passionnément, malgré toutes ses imperfections ; et la lassitude que m'inspire sa dérive actuelle. Et encore plus à cause de ses difficultés du moment.

 

Selon le mot célèbre de Winston Churchill, du fameux discours de Fulton (Missouri) du 5 mars 1946, « de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu à travers le continent ». Un nouveau rideau – de fil de fer barbelé – est en train de s'abattre aux frontières d'une Europe frileuse, recroquevillée sur elle-même et ses privilèges de continent encore prospère, mais en voie de décadence rapide, économique, sociale et, surtout, morale. Il fut un temps, que j'ai connu de près à Bruxelles, où l'Europe se posait en donneuse de leçons sur les Droits de l'Homme, la démocratie, la bonne gouvernance, etc. Aujourd'hui, à la détresse et à la misère que nous – certains de nos gouvernants – ont en partie contribué à créer, nous répondons avec un cœur de pierre.

 

Aujourd'hui, l'Europe est le théâtre d'un concours d'égoïsmes nationaux et nationalistes et, dans certains cas, régionalistes. Au moins, dans ce cas, les positions sont clairement affichées, revendiquées et, malheureusement, assumées sans que l'on prenne la peine, en face, d'expliquer posément les véritables enjeux, et encore moins de relancer la machine à forger l'avenir.

 

Pourquoi être Européen aujourd'hui ? S'il ne faut qu'une seule raison, fondamentalement intéressée et égoïste, la voici : sur une planète devenue un village interconnecté et interdépendant, notre seule chance de défendre nos intérêts – et surtout ceux de nos enfants et de nos petits-enfants – consiste à faire bloc. L'Union européenne, c'est en gros 500 millions d'habitants et 14.000 milliards d'euros de PIB. En comparaison, l'ALENA nord-américaine, c'est 444 millions d'habitants et 17.000 milliards de PIB ; avec une ouverture vers le Pacifique. Le chacun pour soi n'est plus une option.

 

 

Institution bashing

 

Il y a un autre mouvement anti-européen, plus sournois et aussi dévastateur : les attaques incessantes contre les institutions européennes ; dans le cas des membres du Parlement européen, il s'agit évidemment des institutions autres que la leur, en premier lieu la Commission ; mais le Parlement lui-même n'est pas épargné quand il a résisté à une ambition ou, pire, une manœuvre partisane.

 

Un quarteron de membres du Parlement européen – de la fraction Groupe des Verts/ALE, celle qui se revendique plus européenne que tous les autres groupes – vient de nous en administrer une fois de plus la preuve avec « Pesticides et OGM, quand la Commission européenne fait le jeu des multinationales ». Il s'agit d'une tribune publiée sur le Huffington Post par José Bové, Michèle Rivasi, Bart Staes et Philippe Lamberts (ici sur Médiapart).

 

 

L'opposition de principe pour ligne politique

 

Le titre est parfaitement explicite : c'est libre cours à la haine ouverte des pesticides et des OGM, et à l'aversion à peine voilée de l'économie de marché mondialisée. Pour les pesticides, c'est bien sûr à l'exception de ceux dont use l'agriculture biologique, tel ce cuivre si dommageable pour l'environnement, ou ces insecticides qui « flinguent tout » et qui ne sont pas anodins pour la santé humaine (pour s'en convaincre, voir par exemple, les conditions d'emploi du Neemazal T/S, à base d'azadirachtine, sur e-phy).

 

 

Des accusations graves

 

La tribune s'ouvre sur une embardée :

 

« La Commission européenne n'a donc toujours pas compris. A l'heure où la protection de l'environnement et de la santé deviennent des préoccupations majeures de nos concitoyennes et nos concitoyens, l'exécutif européen semble avoir choisi son camp: le lobby de l'agrochimie. »

 

L'accusation est double, même si les auteurs ont pris soin d'utiliser un auxiliaire modal de camouflage : la Commission européenne ne se préoccuperait pas de la santé humaine et de l'environnement, et favoriserait des intérêts économiques. De vils intérêts car l'« agrochimie » ne trouve pas grâce aux yeux des « verts ».

 

 

Haro sur le glyphosate et l'EFSA

 

La cause de cette ire irrationnelle ? Un petit couplet sur les perturbateurs endocriniens pour débuter, un plus gros sur le glyphosate – évidemment « commercialisé par la multinationale américaine Monsanto » alors qu'il est dans le domaine public depuis belle lurette.

 

Or donc, le CIRC a classé le glyphosate en « probablement cancérogène », et ce, « en toute transparence par des experts indépendants de l'industrie chimique ». Pour la transparence... Ce n'est qu'un détail (quoique...), mais cherchez la liste des participants à la réunion du groupe d'experts à partir de la page d'introduction de la monographie... impossible ! Et indépendants de l'industrie chimique, certes, mais sont-ils vraiment indépendants quand la moitié d'entre eux a souscrit à une manœuvre de lobbying ? Et s'ils sont indépendants, on peut et doit s'interroger sue leur impartialité.

 

Il y a le bon... voici la brute, l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) :

 

« Totalement à contre-courant de l'avis du CIRC, l'EFSA publie son évaluation le 12 novembre et estime que le glyphosate "n'est probablement pas cancérogène". Cette conclusion des experts de l'EFSA est scandaleuse. Tout d'abord, car elle a été élaborée dans la non-transparence la plus totale. Certains experts qui ont conseillé l'EFSA, dans le cadre de l'évaluation du glyphosate, n'ont pas rempli leur déclaration de conflits d'intérêts. »

 

Notre quarteron n'a visiblement pas suivi le dossier et consulté le site de l'EFSA, qui dégouline de documentation. Heu ! C'est là le commentaire charitable.

 

Car il est plus probable que les éléments du dossier sont suffisamment connus des auteurs, qui ont persisté dans la démagogie, la fabrication du mensonge et du doute.

 

L'EFSA, à l'heure où nous écrivons, vient de faire publier un article sur le Huffington Post sous la plume de son directeur de la communication, M. Alberto Spagnolli, pour rétablir la vérité. L'abîme entre les affirmations des uns et les mises au point de l'autre est vertigineux.

 

Cela pose un problème intéressant : des membres d'une formation politique dénigrent deux institutions européennes : la Commission et l'EFSA. Le dénigrement est dénoncé, arguments à l'appui par l'une d'elle... ce qui met en cause la crédibilité de la formation et, au-delà, de leur propre institution. Comment – sachant par ailleurs qu'elles sont très éloignées du citoyen européen – les institutions européennes peuvent-elles résister dans ces conditions à l'euroscepticisme ambiant ? Il y a une formation politique française qui doit se frotter les mains et se réjouir d'avoir de tels alliés objectifs, qui déploient dans leur prose des excès qu'elle s'interdit en temps ordinaire...

 

La responsabilité citoyenne bafouée est d'autant plus grande qu'il s'agit de titulaires de mandats électoraux.

 

Où est cette responsabilité et, pour tout dire, la décence politique, d'une Michèle Rivasi qui a participé à l'audition de représentants du CIRC et de l'EFSA dont nous nous sommes fait l'écho ici ? Comment, ayant entendu les explications – du reste probablement superfétatoires dans son cas – a-t-elle pu souscrire à : « Il semble que les conditions réelles d'utilisation des herbicides n'intéressent pas l'agence européenne... » ? Elle ne pouvait pas ignorer que le mandat de l'EFSA a précisément été de réévaluer le seul glyphosate, les formulations herbicides relevant d'une autre procédure.

 

 

L'importation d'OGM ? Un cadeau aux multinationales !

 

Le bon, la brute... voici le truand. C'est le déchaînement contre la Commission, et aussi les multinationales :

 

« Hélas, ce n'est pas le seul scandale qui se déroule sous nos yeux. Jean-Claude Juncker a décidé de faire plaisir à Monsanto et aux multinationales de l'agrochimie sur tous les plans. Alors que, le 1er décembre, la majorité des députés de la commission "environnement et santé publique" du Parlement européen ont voté contre l'autorisation de l'importation d'un maïs OGM pour la nourriture animale et humaine en Europe, la Commission européenne a confirmé cette autorisation quatre jours plus tard sans même attendre le vote en plénière. [...] C'est le paradis européen pour les multinationales. Avec de telles méthodes antidémocratiques, Jean-Claude Juncker ne devrait pas s'étonner de la montée de l'euroscepticisme dans certains États membres. »

 

Hélas, la Commission n'a fait qu'appliquer les procédures en vigueur. Elle l'a fait sans attendre un vote en plénière ? Un vote sur une résolution non contraignante et dégoulinant de démagogie (la version adoptée en plénière est ici).

 

Hélas, la démocratie est un animal-totem dont les auteurs exigent d'autant plus la vénération par les autres qu'ils lui font subir un sacrilège.

 

Dans leurs diatribes, les auteurs écrivent :

 

« En outre, l'exécutif européen vient d'être condamné par la Cour de Justice de l'Union européenne pour ne pas avoir fixé de cadre pour encadrer les perturbateurs endocriniens. »

 

C'est presque exact. La Cour a constaté le 16 décembre 2015 que la Commission avait manqué à son obligation d'adopter au plus tard le 13 décembre 2013, « des actes délégués en ce qui concerne la spécification des critères scientifiques pour la détermination des propriétés perturbant le système endocrinien ».

 

Deux années de retard. Dans le cas du maïs NK603 × T25 – rien de bien extraordinaire : deux événements déjà approuvés séparément pour l'importation et l'utilisation – la demande initiale avait été déposée auprès de l'autorité compétente néerlandaise le 17 mai... 2010...

 

Du reste, la Commission avait été tancée par la Cour le 26 septembre 2013 pour avoir manqué à ses obligations relativement au maïs 1507 (de Pioneer) qui avait fait l'objet d'une demande le 6 juillet... 2001.

 

 

Ce n'est pas sérieux... et c'est surtout indigent

 

Mais, pour paraphraser M. Berhard Url,

 

« Je trouve plutôt étrange de devoir accepter que [la Cour] soit utilisée une fois dans un sens et une autre fois dans l'autre... »

 

La tribune se termine forcément par une conclusion, aussi dévastatrice que l'entrée en matière :

 

« La politique d'intoxication de la Commission doit cesser au plus vite. Pour l'exécutif européen les pesticides et les OGM sont les meilleurs protecteurs de notre environnement. Ou comme si l'on vivait en direct ce qu'écrivait George Orwell dans 1984: "la guerre c'est la paix, l'esclavage c'est la liberté et l'ignorance c'est la force". »

 

L'énormité du propos est en mesure inverse de l'inanité de l'objet du courroux.

 

Car le glyphosate est un vénérable herbicide, vieux de quarante ans et largement utilisé dans le monde. Et ce serait au bout de quatre décennies qu'« on » se serait soudainement aperçu que c'était un dangereux cancérogène (et, pour faire bonne mesure, perturbateur endocrinien) qu'il fallait éradiquer sans plus tarder. Les OGM, c'est maintenant trente ans. NK 603 ? Autorisé à l'importation et l'utilisation en alimentation animale en Europe depuis 2004 ; T 25 ? Depuis avril 2015.

 

Mais gardons-nous de sortir l'arsenal sémantique qui exprime le mieux nos sentiments devant de telles affirmations :

 

« Tout ce qui est excessif est insignifiant. »

 

(Charles-Maurice de Talleyrand).

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