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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une idéologie de bien-pensance, plutôt que les faits

4 Décembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Vandana Shiva

Une idéologie de bien-pensance, plutôt que les faits

 

Schillipaeppa*

 

La "dictature alimentaire" ?
Les semences seraient-elles contrôlées par Monsanto ?
Le commerce des denrées alimentaires serait-il contrôlé par Cargil ?
L'industrie agro-alimentaire serait-elle contrôlée par Pepsi et Philip Morris ?
Le commerce de détail serait-il contrôlé par Walmart ?
Et dire que la bien-pensance est béate d'admiration !

 

 

Vandana Shiva n'a pas pour souci d'aider les populations locales. Son programme : vendre une idéologie, s'accrocher à l'agriculture traditionnelle. Pour elle, la famine n'a commencé en Inde qu'avec l'avènement des méthodes modernes d'agriculture. Martín Caparrós [1] décrit dans son livre « La faim » une rencontre avec Vandana Shiva :

 

« ...Et elle me dit que, jusqu'à 1990, l'Inde avait combattu la faim avec succès, mais qu'en 1991, l'ouverture économique du pays avait changé la donne. J'aurais bien voulu l'approuver, mais j'ai l'impression – après tout ce que j'ai pu lire et entendre – qu'il y a toujours eu de la faim en Inde... » [notre traduction à partir de la traduction allemande].

 

Le récit de l'économiste et politicien allemand Reimut Jochimsen, de 1967, confirme ce qu'a dit l'auteur argentin :

 

« Les populations du Bihar, de l'Uttar Pradesh, du Bengale occidental, du Madya Pradesh, du Kerala et d'ailleurs en Inde souffrent de la faim depuis des générations, de même au Pakistan, dans d'autres parties de l'Asie, en Amérique latine et en Afrique. C'est dans les pays ayant la plus forte proportion d'agriculteurs par rapport à la population totale que ce problème est le plus grand : en Inde, 85 pour cent de la population vit dans les zones rurales, principalement de l'agriculture, qui fournit plus de la moitié du produit intérieur ».

 

Caparrós cite la réponse de Shiva :

 

« Non, ce ne est pas vrai. Avec l'arrivée des multinationales comme Monsanto avec leurs semences et leur avidité insatiable pour la terre, tout a changé. »

 

Le succès de la Révolution verte est tout simplement nié par Shiva. Ainsi, elle déclare dans une récente interview avec le journal autrichien Kurier :

 

« En tant que scientifique, j'examine des systèmes entiers, ce que ne fait pas le lobby. Celui-ci prétend encore que la révolution verte a permis un miracle en Inde. Mais elle a ruiné le sol et l'économie, apporté la violence et détruit l'avenir. Et malgré cela, on ne produit pas plus de nourriture. Un Indien sur quatre a faim, un enfant sur deux vit au seuil de pauvreté. Bien sûr, j'augmente, par exemple, la production de blé si je fais une monoculture de blé, mais cela ne signifie pas que je vais produire plus de nourriture. Nous devons par exemple importer aujourd'hui les légumineuses pour les protéines. »

 

Selon Reimut Jochimsen, l'Inde devait aussi importer des céréales par le passé. Martín Caparrós écrit :

 

« En 1964, l'Inde a produit 12 millions de tonnes de blé sur 14 millions d'hectares ; en 1995, c'étaient 57 millions de tonnes sur 24 millions d'hectares : le rendement à l'hectare a plus que doublé. »

 

Aujourd'hui, l'Inde exporte des céréales.

 

La rumeur propagée par Shiva à travers le monde que l'introduction du cotonnier génétiquement amélioré aurait entraîné une augmentation vertigineuse du taux de suicides chez les agriculteurs indiens est tout simplement fausse et a été réfutée à plusieurs reprises. Un rapport détaillé sur le succès du coton Bt en Inde a été produit par l'Institut flamand pour les biotechnologies (Vlaams Instituut voor Biotechnologie). Du résumé :

 

« En d'autres termes, le cotonnier Bt en Inde est l'histoire d'une innovation agricole de haute technologie qui peut aussi offrir des avantages aux petits agriculteurs.

 

« La recherche a aussi démontré qu'il n'y a pas de lien entre le nombre élevé de suicides parmi les agriculteurs indiens et le fait qu'ils cultivent ou non du cotonnier Bt. Un tel lien est suggéré de manière répétée par des organisations non gouvernementales, des lobbies et les médias. »

 

Ce serait la banque de gènes de Navdanya

Source : http://gatherandgrow.org/2013/07/03/disaster-and-resilience-in-the-himalayas/

 

En bref : Shiva ignore l'état de la technique, ignore les succès de la technologie moderne, insiste sur une opinion du passé... et a du succès avec tout ça en particulier en Occident : les gens dans les pays industrialisés aspirent à cette idéologie du primordial : «Retour à la nature », « Autrefois, tout était mieux ». Et c'est ainsi que Shiva recueille des semences anciennes pour ses agriculteurs biologiques dans de petites boîtes de conserve. Je ne sais pas combien d'hectares elle veut ensemencer avec ça. Les surfaces dédiées aux cultures annuelles de notre ferme ne sont pas bien grandes, mais avant les semis, nous stockons dans notre grange des sacs de semences par palettes entières ainsi que des big bags. La banque de semences de Mme Shiva me semble plutôt être un showroom pour citadins naïfs avec un gros portefeuille.

 

Ce serait la banque de gènes de Navdanya

Source : https://whatiwannaknowdotcom.wordpress.com/2011/11/05/vandana-shiva/​

 

Vandana Shiva fuit les discussions. Vous voulez savoir ce qu'elle a dans le ventre ? Elle esquive. Les comptes Twitter qui diffusent les études sur la biotechnologie verte sont tout simplement bloqués par son compte.

 

Son opposition la plus amère va au Riz Doré. Elle écrit :

 

« La souveraineté semencière et la souveraineté alimentaire dans les mains des femmes sont le moyen le plus efficace pour se débarrasser des carences en vitamine A et autres micronutriments. L'industrie des biotechnologies et les promoteurs du Riz Doré sont délibérément aveugles à cette alternative. Pour eux, le Riz Doré est un cheval de Troie pour introduire les OGM, et les OGM sont un cheval de Troie pour introduire les droits de propriété intellectuelle sur les semences de riz. »

 

Que tous ceux qui font valoir l'argument du « cheval de Troie » quand ils pestent contre le Riz Doré, veuillent bien se mettre ceci devant leurs yeux : la victoire d'étape des entreprises de génie génétique dans la bataille de relations publiques contre les ONG ne se matérialisera que si le Riz Doré est un succès. Et qu'est-ce que le succès ici ? Si le Riz Doré est un succès, cela signifie que des millions d'enfants seront sauvés. Qu'est-ce qui pèse le plus sur le plan éthique ? Il s'agit bien évidemment des vies humaines à sauver ! Vandana Shiva – la mouvance verte ou Big Green en général – aurait naturellement un énorme problème de crédibilité, si le Riz Doré devait répondre aux attentes ambitieuses placées en lui. Et on poserait des questions fort désagréables, telles que : pourquoi avez-vous combattu cette technologie pendant si longtemps ? Ou encore : êtes-vous peut-être même responsables de la malnutrition, de la maladie et de la mort de millions d'enfants ?

 

Enfin, pour conclure, à nouveau Martín Caparrós :

 

« Je voudrais bien qu'elle me détrompe, mais je ne comprends pas. Et alors, finalement, je le lui dis quand même : les gens du Bihar, d'où je reviens tout juste, souffrent de malnutrition depuis des générations.

 

"Eh bien, le Bihar est une exception."

 

Dit-elle. Et je réponds, qu'à ma connaissance ce n'est pas la seule contrée et que ce sont justement des exceptions comme le Bihar, avec ses cent millions d'habitants, qui contribuent à ce qu'il y ait tellement de faim.

 

Ses yeux sombres lancent des éclairs. »

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : http://schillipaeppa.net/2015/11/30/wohlfuehl-ideologie-statt-fakten/

 

[1] Romancier, journaliste et essayiste, Martín Caparrós est né à Buenos Aires en 1959. Figure intellectuelle emblématique du monde hispanophone, il a étudié en France et publié une vingtaine de livres. La Faim (Buchet/Chastel, 2015) est son troisième ouvrage traduit en français après Valfierno (Fayard, 2008) et Living (Buchet/Chastel, 2014).

 

Ouvrier récoltant du blé à la Navdanya Conservation Farm / Bija Vidapeeth (Seed University)

Source : http://gatherandgrow.org/2013/07/03/disaster-and-resilience-in-the-himalayas/

Selon le commentaire, les ouvriers gagnaient en majorité 3.000 RS/mois avec possibilité d'obtenir de la nourriture et un logement (en 2010).  "Ce n'est pas un salaire élevé, même selon les standards indiens, et, en fait, il y a quelque mécontentement à ce sujet"

 

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