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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glané sur la toile (44) : « Marianne et Jean-Claude Jaillette condamnés à propos de l’affaire Séralini : pourquoi ? » sur Imposteurs

24 Décembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Gilles-Éric Séralini, #critique de l'information

Glané sur la toile (44) : « Marianne et Jean-Claude Jaillette condamnés à propos de l’affaire Séralini : pourquoi ? » sur Imposteurs

 

 

Mais où est donc la photo d'un rat témoin ?

 

Il est délicat d'écrire sur la mouvance qui s'est approprié le fond de commerce de l'opposition émotionnelle et irrationnelle aux OGM, aux pesticides et, plus généralement, aux technologies modernes touchant au vivant et à l'alimentation. Un lobby n'a-t-il pas recruté un « auteur, blogueur, agitateur », lui-même de la mouvance, pour procéder à une « enquête inédite » (ô combien !) et tonitruer, en résumé, qu'il allait instrumentaliser la justice pour faire taire les critiques ?

 

Une instrumentalisation qui, en fait, ne date pas d'hier. On ne reviendra pas sur le procès AFBV/Fellous. Le journaliste Jean-Claude Jaillette et Marianne ont donc été assignés en justice pour avoir, essentiellement, informé les lecteurs sur une opinion peu amène formulée par MM. Henry I. Miller and Bruce Chassy sur Forbes. Ils l'avaient fait le 29 septembre 2012, quelques jours après la publication – accompagnée d'un extraordinaire tintamarre médiatique – d'une « étude » qui a entre-temps acquis une réputation mondiale. Enfin, c'est là le motif officiel. Car, comme l'a écrit Marianne en janvier 2013,

 

« Corinne Lepage et Gilles Eric Seralini n’ont pas apprécié que "Marianne" publie un appel de scientifiques critiquant leur publication sur la toxicité du Monsanto NK 603. Ils portent plainte et le font savoir en désignant l’auteur de cette chronique à la vindicte populaire. Vous avez dit liberté d’expression ? »

 

 

Comme certains autres, M. Jean-Claude Jaillette a fait son chemin de Damas

Source des images: une recension du livre de M. Jaillette par M. Marcel Kuntz

 

Cet appel de scientifiques est passé à la postérité cyberspatiale. Il est toujours plaisant de le lire, encore plus à la lumière du tollé mondial qui a pris un peu plus de temps à se manifester.

 

M. Jaillette et Marianne ont donc été condamnés par un tribunal qui a décidé dans sa sagesse – c'est la formule consacrée – de ne pas suivre la réquisition de relaxe du procureur.

 

Le CRIIGEN a modestement crié victoire, relayé en cela par les sites amis.

 

Mais c'est, encore une fois, une victoire à la Pyrrhus. Car le principe juridique est le suivant (c'est nous qui graissons) :

 

« [L]es imputations diffamatoires sont réputées, de droit, faites avec intention de nuire, mais elles peuvent être justifiées lorsque leur auteur établit sa bonne foi, en prouvant qu’il a poursuivi un but légitime, étranger à toute animosité personnelle, et qu’il s’est conformé à un certain nombre d’exigences, en particulier de sérieux de l’enquête, ainsi que de prudence dans l’expression, étant donné que la bonne foi ne peut être déduite de faits postérieurs à la diffusion des propos et que l’ensemble des critères requis est cumulatif. »

 

Ce passage est tiré d'un article d'INFOgm, qui a manifestement disposé d'une copie du jugement (la mouvance...) et en a fait une analyse intéressante et fort utile. On connait donc par ce site le raisonnement du tribunal.

 

Sur le blog Imposteurs, M. Anton Suwalki revient – de manière tout aussi intéressante et utile – sur la fameuse « étude » et ses défauts les plus importants. Pour conclure :

 

« N’y a-t-il pas là "une base factuelle de données suffisamment documentée pour s’interroger sur la bonne conduite de l’étude» ?

 

C'est que cette base factuelle doit être déterminée à la date de publication de l'article de M. Jaillette, soit le 29 septembre 2012 ; que le tribunal a estimé que l'article dans Forbes n'était pas une base suffisante ; que la tribune des chercheurs de l’INRA, CNRS, INSERM, universités (France, Belgique, Canada, Italie, USA, Australie, Brésil, Suisse, Angleterre) publiée par Marianne ne l'était pas non plus ; que les critiques formulées postérieurement (nous ajouterons : sur des faits qui ont commencé à exister à la date de la publication de l'« étude ») n'étaient pas recevables.

 

L'article d'INFOgm a un autre mérite : lorsque M. Jaillette rapporte les propos de MM. Miller et Chassy, c'est de la diffamation. Mais ce n'en est pas une lorsqu'INFOgm – ou les sites de la mouvance – rapportent les mêmes propos (ou pour le premier, les propos bien plus virulents d'un ancien maître de conférences à l’Université d’Angers et de Caen scandalisé par l'affront fait, selon lui, aux milieux académiques et scientifiques).

 

Dans le cas de M. Jaillette, il s'agit de surcroît d'un journaliste et, par conséquent, de la liberté d'informer.

 

 

Le dénouement de l'affaire, qui serait provisoire selon nos informations, mérite un flashback.

 

M. Frédéric Denhez a écrit une tribune acide sur Reporterre, le 1er février 2013, « Mais enfin, Mme Lepage et M. Séralini, ce n’est pas malin d’attaquer les journalistes en justice » :

 

« Pour traîner en justice un journaliste, il faut avoir de sérieux arguments. Le principe de la diffamation sert à tout, permet de tout oser, c’est même à ça qu’on le reconnaît. Tout de même, porter plainte contre un média parce que ses informations déplaisent, c’est en soi porter plainte contre la liberté d’expression. Alors, porter plainte pour des informations rapportées à partir de citations parues dans un autre magazine, c’est assez baroque : un journaliste doit-il être non seulement responsable de ses écrits, mais aussi de ceux des quidams qu’il cite ? Ou bien doit-il faire viser son papier par les gens qu’il contredit ? »

 

La dernière question est fort malvenue. Car la réponse est évidemment : ne pas écrire le papier !

 

 

Sur Imposteurs, il y a un intertitre : « La fraude scientifique peut prendre plusieurs formes ». Feu Alain de Weck avait écrit sur le blog qu'il tenait sur le Monde (maintenant effacé) :

 

« Le hasard organisé consiste à choisir, dans une série de résultats aléatoires, ceux qui soutiennent votre hypothèse de départ et à ignorer les autres. C’est exactement ce qu’ont fait Séralini et al et qui a été remarqué par beaucoup de critiques. Pour quiconque a l’habitude de l’expérimentation animale ou biologique, cela se voit comme le nez au milieu de la figure mais cela semble quand même avoir échappé à beaucoup. Cette pratique du hasard organisé est une tentation assez fréquente mais elle est le plus souvent réprimée par réflexion et autocritique : l’œuf pourri est étouffé avant d’être pondu. Dans le cas particulier, Séralini nous a fait manger toute une omelette d’œufs pourris. Et c’est cela qui constitue sa faute réelle, la propagation de conclusions dramatiques sur des bases inexistantes. Pour les anglo-saxons et bien d’autres, ce genre de comportement est clairement qualifié de [autocensuré] scientifique. »

 

C'était le 1er décembre 2012, soit deux mois après l'article de M. Jaillette. Il y a encore une trace ici.

 

Pour rappel, l'« étude » a été invalidée par les autorités de régulation françaises (ANSES par deux fois et HCB), l'EFSA et une flopée d'autres agences nationales.

 

Le deuxième avis de l'ANSES (une « note d'appui technique », si vous savez ce que cela veut dire) est particulièrement intéressant en ce qu'il aborde la question de la sélection des données (sur la base de l' « étude » republiée). Nous avons reproduit un large extrait ici. Voici le point central :

 

« Séralini et al. (2014) semblent donc avoir sélectionné a posteriori le moment qui était opportun pour avoir un test statistique significatif. »

 

Précisons : pourquoi « semblent » ? Parce que, n'ayant pas obtenu les données brutes (voir aussi ici, pour la mise en cause de l'équipe éditoriale de PLOSOne, pour une autre article de Séralini et al.), les experts statistiques de l'ANSES ont dû se livrer à des simulations pour approcher la vérité.

 

 

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