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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glané en kiosque (3) : « Vers des pommes sans pesticides » sur Sciences&Avenir

21 Décembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Alimentation

Glané en kiosque (3) : « Vers des pommes sans pesticides » sur Sciences&Avenir

 

 

En fait non, pas glané en kiosque : c'est le facteur – enfin, le préposé à la distribution du courrier de La Poste, celui qui n'est pas muni d'un contrat [marque de mouchoirs] – qui l'a apporté.

 

C'est dans le numéro de janvier 2016 de Sciences&Avenir et c'est un article informatif et plutôt équilibré de M. Loïc Chauveau.

 

« Fruit préféré des Français, la pomme a été une nouvelle fois pointée du doigt par Greenpeace pour ses résidus de pesticides sur sa peau. Pourtant, les techniques alternatives de lutte contre les ravageurs se multiplient. Reportage dans un verger écoresponsable. »

 

Il y a certes l'introduction sur un verger en biodynamie, où les arbres croulent sous les fruits, mais dont on apprend par une légende de photo que c'est 30 à 35 tonnes par hectare au lieu de 70 en culture traditionnelle. Mais le lecteur a ensuite droit à beaucoup d'explications de M. Pierre Varlet, responsable de la démarche « vergers écoresponsables » au sein de l'Association Nationale Pommes-Poires (ANPP).

 

À lire : http://www.lapomme.org/sites/default/files/ressources/fichiers/greenpeace-cp_def.pdf

 

Habituellement soumis à un extraordinaire matraquage – S&A rend du reste compte brièvement de deux épisodes de celui de Greenpeace – le lecteur apprend donc que les arboriculteurs utilisent moins de produits phytosanitaires que par le passé, et des produits moins préoccupants ; qu'ils se tournent vers les alternatives lorsqu'elles existent et qu'elles sont efficaces (il y a une photo de piège à hoplocampes) ; qu'ils gèrent finement leurs programmes de protection sanitaire (avec des stations météo dans les vergers pour les guider...) ; que la présence ou l'absence de résidus n'est pas liée au nombre de traitements...

 

Après tout... à vous de le lire ! 4,80 € en kiosque.

 

 

Nous serons plus grincheux à propos des illustrations et des encadrés. Un premier graphique donne la répartition des types de culture sous le titre « 10 % de vergers bio ». On aurait aimé « 54 % de vergers en culture raisonnée ».

 

L'encadré sur l'« étude » de Greenpeace aurait également pu être plus positif. C'est certes mathématiquement exact : « 6 échantillons d'épluchures contaminés sur 13 analysés ». Mais c'est aussi « 7 échantillons ... sans résidus ». Sept, c'est davantage que six... et il y a trois autres échantillons qui ne présentaient qu'un seul résidu. Il y avait donc de quoi ajouter aux propos de M. Varlet et mettre encore une fois en perspective l'ignoble titre français de l'une des « études », « Pommes empoisonnées ».

 

Le mot « contaminés » commence à être sérieusement agaçant (c'est un double euphémisme). S&A a eu le mérite de donner les chiffres de Greenpeace et aussi – ce que Greenpeace s'est bien gardé de faire – les limites maximales de résidus européennes. Une colonne supplémentaire sur le rapport entre valeurs trouvées par GP et LMR et une explication sur sa signification aurait été bienvenue. Les LMR sont déjà très fortement protectrices. Le résidu le plus abondant comparativement à la LMR (la pyraclostrobine) est à une teneur qui correspond à 1/10e de la LMR ; le moins abondant (le THPI) à 1/175e.

 

Selon l'encadré, les valeurs annoncées portent sur des échantillons d'épluchures. C'est un renseignement que Greenpeace n'avait pas livré. S'il est exact, l'hystérie savamment provoquée par GP et les médias complaisants a encore moins lieu d'être.

 

Le rédacteur de l'encadré a donc succombé à la tendance moderne de l'alarmisme et au détestable politiquement et médiatiquement correct.

 

Ainsi, des études de l'EPA états-unienne auraient montré que le boscalid a des effets cancérogènes à faibles doses chez le rat. D'où vient l'information ? Mystère ! Selon cette fiche de l'INERIS,

 

« L’US EPA classe le boscalid comme une substance possiblement cancérogène pour l’homme. Les informations disponibles ne sont pas suffisantes pour déterminer son potentiel chez l’homme. »

 

Dans le document de base de l'EPA (réitéré plus récemment ici), c'est :

 

« Boscalid is classified as “suggestive evidence of carcinogenicity, but not sufficient to assess human carcinogenic potential”. Therefore, a cancer risk assessment is not required. »

 

Et pour « suggestive evidence... », voir la définition ici.

 

Pour le deuxième « accusé », le fludioxonil, la classification de l'EPA est :

 

« Group D‐‐Not Classifiable as to Human Carcinogenicity »

 

Cela n'invalide certes pas – par principe – la référence à des études réalisées par l'EPA qui auraient montré... Mais cela illustre le parti pris, aggravé par l'inévitable référence à l'« effet cocktail » et à d'autres documents.

 

Dommage !

 

Du reste, que dit l'« étude » de Greenpeace à propos de la cancérogénicité du boscalid et du fludioxonil ?

 

« » (c'est un point d'interrogation dans le tableau 8).

 

 

P.S. : Pour ceux qui croient que « bio » = zéro pesticide : https://www.youtube.com/watch?v=VVeowXl1HVo

 

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Abeille Blanche 22/12/2015 22:13

Il est faux de dire que les LMRs sont "protectrices" car ce sont davantage un seuil cultural qu'un seuil sécurité sanitaire (source Ministère Agriculture)

Seppi 23/12/2015 13:38

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je serais curieux de connaître la source exacte de votre affirmation.

Les limites maximales de résidus sont établies par référence aux doses journalières admissibles de telle sorte que la DJA ne sera pas atteinte en temps normal (c'est-à-dire sauf si vous faites une cure impressionnante d'un aliment particulier).

La DJA, elle, est établie par référence à des essais d'alimentation d'animaux de laboratoire, typiquement à un centième de la dernière dose qui précède celle pour laquelle on observe un effet – n'importe quel effet (le NOAEL). Ce facteur cent, c'est essentiellement un facteur dix pour tenir compte des différences possibles entre les espèces (le chocolat est bon pour nous aux doses normales, toxique pour le chien) et dix pour tenir compte de la variabilité entre individus.

Quand on a des valeurs différentes pour des animaux différents, on prend la plus basse. Tout le mécanisme est guidé par une sorte de principe de précaution.

Autrement dit, la DJA est protectrice et même hyperprotectrice. La LMR l'est aussi par voie de conséquence. En plus, dans toute la mesure du possible, on tient également compte des comportements alimentaires hors normes.

La LMR, effectivement, n'est pas un « seuil de sécurité sanitaire ». C'est le cas aussi de la DJA : contrairement à la propagande des anti, un dépassement de DJA occasionnel, et même chronique, ne signifie pas nécessairement un danger pour la santé. Mais le respect des DJA et LMR est une bonne assurance de santé.

Une bonne lecture :

http://fcorpet.free.fr/Denis/W/Cours-Dangers-Chimiques-Aliments-PolyDoc.pdf

P. Varlet 22/12/2015 14:53

Merci de relayer la vérité technique et pas l'émotion véhiculée par certains médias. Pour ceux qui veulent en savoir plus rdv sur la page dédiée au rapport Greenpeace http://www.lapomme.org/actualites/juin-2015 et plus particulièrement notre analyse technique en fin de page : http://www.lapomme.org/sites/default/files/content/actualites/pdf/analysedocgreenpeacedef.pdf