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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Extrémisme « écologique » : intimider, ficher, condamner, lyncher...

2 Décembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme

Extrémisme « écologique » : intimider, ficher, condamner, lyncher...

 

Une nouvelle avancée dans la démesure

 

 

Instrumentaliser la justice et les outils de la démocratie

 

Il y a un écologisme de bon aloi, plutôt peu audible... normal, il est raisonnable ; et il y a un extrémisme que l'on désigne souvent à l'aide de quelque référence politique actuelle ou historique. Nous nous abstiendrons de telles références. Il nous semble en effet qu'un pas vient d'être franchi, qui frappe ces références d'obsolescence.

 

Extrémisme ? Mais non voyons ! Ces gens sont convaincus – ou prétendent l'être – de poursuivre une mission qui a priorité sur tout : sauver la Planète. Sauver la Planète d'une catastrophe climatique en diabolisant l'activité humaine, d'une catastrophe biologique en diabolisant les OGM, d'une catastrophe écologique en diabolisant les pesticides, d'une catastrophe économique en diabolisant les multinationales – dont l'icone est Monsanto.

 

Tout moyen est bon pour parvenir à la fin : de la bonne petite expérience pseudo-scientifique destinée à donner du crédit à une opinion préconçue au bon gros mensonge, en passant par la petite ou grosse hypocrisie.

 

Bien évidemment, la contestation et la dénonciation des ces agissements sont malvenues. En France la mouvance anti-OGM et anti-pesticides instrumentalise la justice, aux États-Unis d'Amérique on instrumentalise les législations sur l'accès aux informations d'ordre administratif. Avec le concours de médias complices ou, au mieux, naïfs (mais depuis le temps, peut-on encore admettre la naïveté ?).

 

Ils instrumentalisent ? C'est leur droit le plus absolu, sauf à abuser. Et c'est le devoir de la société de le dénoncer. Il y a du travail...

 

 

 

Un registre des crimes de mal-pensance et des délits d'opinion

 

La COP21 a donné l'occasion à des médias de convoquer le ban de l'activisme. Le dimanche 8 novembre 2015, France Inter invitait à l'émission Agora Mme Corinne Lepage et M. Bruno Latour, anthropologue des sciences et auteur de Face à Gaïa (La Découverte, 2015). C'était pour répondre à une question : « Des lobbies ou du climat, qui l'emportera ? »

 

Question en grande partie stupide. Si certains secteurs économiques sont ou seront en péril, telle l'industrie du charbon, d'autres profiteront largement des mesures de lutte contre le réchauffement climatique et ce sera donc, au mieux (ou au pire, selon votre point de vue), lobby contre lobby. Question aussi pour laquelle la réponse ne pouvait qu'être prévisible, avec un débat entre bonnet vert et vert bonnet.

 

Mais l'émission doit être célébrée pour une opinion de Mme Lepage que nous livrons ici brute de décoffrage (vers 1h28 dans le podcast) :

 

« Moi, je suis un grand défenseur de la liberté d’expression. Dès lors, s’il y a des gens qui ont envie d’être climatosceptiques, c’est leur affaire. Je pense quand même qu’à un moment donné du temps, il va falloir tenir un registre très précis de tous ceux qui se seront prononcés et qui auront agi dans un contexte climatosceptique, pour que, dans quelques années, ils portent la responsabilité au moins morale de ce qu’ils auront fait. »

 

 

Une Cour pénale internationale de l'environnement

 

Il y a un mouvement en faveur de la création d'une Cour pénale internationale de l’environnement. Après tout, pourquoi pas...

 

Qu'en pense Mme Lepage, très impliquée dans la démarche :

 

« Nous sommes en train de basculer d’une société productiviste, celle de l’après-guerre, de la reconstruction qui avait foi dans le progrès à une société qui a pris conscience des ravages pour la santé et l’environnement que provoque ce modèle de développement. Tous les grands procès du 20e siècle en portent la marque : l’Amoco Cadiz et l’Erika, les boues rouges et le sel des mines de potasse déversés dans le Rhin, les procès OGM et amiante. Demain nous serons confrontés à d’autres risques induits par le changement climatique, les nanotechnologies, les pesticides ou les gaz de schiste. »

 

C'était dans le JDD du 30 janvier 2014, « Lepage : "Pour punir les crimes contre l'environnement, il faut un juge mondial" ». Ce jour-là, Mme Lepage, membre du Parlement européen, lançait avec d'autres – au Parlement européen – de l'Appel pour la création d’une Cour Pénale Internationale de l’Environnement et de la Santé, dit « Charte de Bruxelles ».

 

Comment parvenir à une telle Cour ? Par exemple en modifiant les statuts de la Cour Pénale internationale (art 121,122 et 123), « en introduisant la catastrophe environnementale comme l’une des incriminations des crimes contre l’humanité permettant de poursuivre les responsables ayant agi de façon intentionnelle ».

 

Voilà qui est bel et bon. Mais il y a les grandes déclarations et les petites interviews...L'Amoco Cadiz, l'Erika... Les OGM et les pesticides, le sel dans les flots du Rhin, par exemple, seraient-ils passibles d'un tribunal international ? Ou n'est-ce qu'un flot de paroles de circonstance pour médias ?

 

Mais on peut aussi craindre que, si on laisse faire, ce sera bientôt à votre porte...

 

 

Une caricature de parodie de justice de Lynch

 

Il y a les rêves de tribunal pénal international de l'environnement. Mais là, au moins, on reste dans le cadre d'un système judiciaire fondé sur le droit.

 

Il y a les suggestions de registres des crimes de mal-pensance et des délits d'opinion environnementaux.

 

Il y a, évoquées dans l'Appel précité,

 

« les initiatives déjà existantes ou en préparation permettant à la société civile de s’emparer et de juger au moins sur le plan moral les responsables des crimes et délits environnementaux mettant en péril les ressources planétaires et la santé humaine [qui] seront soutenues par toutes les organisations signataires ».

 

Et il y a la mise en musique de cette partition.

Fury dit à une Souris,
Qu’il avait trouvée au logis :
« Allons devant le tribunal ;
Je te poursuis devant la loi.
Je n’accepte pas de refus ;
Il faut que ce procès ait lieu,
Car ce matin, en vérité,
Je n’ai rien à faire de mieux. »
La souris répond au roquet :
« Mon cher monsieur, un tel procès,
Sans jury et sans juge,
Ne se peut pas, je le crains fort. »
« Je serai juge, je serai juré,
répondit le rusé Fury.
C’est moi qui rendrai le verdict
et te condamnerai à mort ».

Alice au Pays des Merveilles

Un groupe s'est constitué, apparemment en mars 2015, pour lancer un « Tribunal international contre Monsanto pour crimes contre l’humanité et écocide », devant siéger à La Haye en mai (ou en octobre) 2016.

 

N.B. : Entre la rédaction de ce billet et sa mise en ligne, le site http://www.monsanto-tribunal.org/ a été vidé et affiche « Under Construction until 3 December 2015 ». Nous avons pu récupérer et sauvegarder les éléments importants.

 

Dans le comité d'organisation, notamment :

 

Arnaud Apoteker, ancien chargé de campagne OGM à Greenpeace et conseiller OGM du groupe Verts/ALE au Parlement européen

 

Ronnie Cummins, directeur international de Organic Consumers Association

 

Luigi D’Andrea, secrétaire exécutif de Stop OGM Suisse

 

Olivier De Schutter, professeur de droit, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation

 

Françoise Boulègue, monteuse pour M2R Films

 

Valérie Cabanes, juriste en droit international et porte-parole de l'initiative citoyenne

 

européenne « Arrêtons l’écocide en Europe. Donnons des droits à la Terre »

 

Hans Rudolf Herren, president de l'Institut du Millénaire

 

André Leu, président de IFOAM International Federation of Organic Agriculture Movements

 

Corinne Lepage, avocate, présidente honoraire de l’association CriiGen, ancienne Ministre de l'Environnement et ancienne députée européenne

 

Marie-Monique Robin, journaliste, auteure et réalisatrice du Monde selon Monsanto

 

Vandana Shiva, directrice de la Fondation de la recherche pour la science, les technologies et les ressources naturelles, ancienne lauréate du prix Nobel alternatif

 

Gilles-Eric Séralini, chercheur, professeur de biologie moléculaire, Université de Caen et président du comité scientifique de l’association Criigen

 

François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, président du Pesticide Action Network Europe

 

On retrouve donc la constellation bien connue de l'activisme politique, de l'activisme « ONG », et du lobby de l'agriculture biologique.

 

Ce qui peut être considéré comme l'acte d'accusation est un formidable tissus d'âneries.

 

Au-delà des prétendus faits, ce qui doit nous interpeler est :

 

« Au cours des quatre-vingts dernières années, Monsanto peut être accusée des crimes suivants [...] »

 

Il n'y aurait donc pas de prescription – un principe qui ne connaît qu'une exception internationale : les crimes contre l'humanité.

 

Serait-ce donc un crime contre l'humanité que :

 

« - Des centaines de milliers de personnes sont malades, voire décédées, après avoir été empoisonnées par les produits de Monsanto » ?

 

Où sont les preuvcs ? Qu'en est-il des autres produits, des autres entreprises ?

 

Serait-ce donc un crime contre l'humanité que :

 

« -Des centaines de milliers de cultivateurs sont ruinés » ?

 

Où sont les preuves ? Ruinés par le seul fait de Monsanto, avec un lien de responsabilité clairement démontrable au niveau de preuve ordinairement requis en matière pénale ?

 

Serait-ce donc un crime contre l'humanité que :

 

« -Au Vietnam, des bébés continuent de naître avec des malformations dues à «l’Agent Orange» qui a été utilisé pendant la guerre du Vietnam. Des milliers de vétérans américains souffrent encore de leur contact avec le défoliant » ?

 

Monsanto aurait-il épandu l'Agent Orange – qu'il n'a pas été le seul à produire sur réquisition de l'Armée états-unienne – au Vietnam ? L'affaire des vétérans n'a-t-elle pas donné lieu à des actions judiciaires qui ont abouti à un règlement aux États-Unis d'Amérique ? Ces gens connaissent-ils la maxime juridique « non bis in idem » ?

 

Serait-ce donc un crime contre l'humanité que :

 

« - Des millions d’hectares de terres et les ressources en eau sont polluées en Amérique du Sud et du Nord, en raison des épandages de Roundup » ?

 

Les organisateurs susmentionnés de la chapelle du bio feront-ils aussi un procès aux pollueurs qui répandent du cuivre, un polluant persistant et définitif ? L'inquisition écologique et altermondialiste poursuivra-t-elle aussi les autres producteurs d'herbicides à base de glyphosate (tombé dans le domaine public il y a 15 ans) ? Poursuivra-t-elle les utilisateurs ?

 

Ce qui nous choque le plus, c'est que des juristes se soient associés à cette mascarade.

 

M. De Schutter... qu'il se soit prévalu de son ancienne fonction de rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation, c'est à notre sens faire injure à cette fonction et aux Nations Unies.

 

Car, en plus,

 

« Devant l’impossibilité juridique de poursuivre Monsanto devant la Cour pénale internationale de La Haye pour ses crimes contre l’humanité ou pour le crime d’écocide qui n’est pas encore reconnu par le droit international, nous proposons donc d’organiser notre propre tribunal. »

 

Voilà donc des gens qui entendent se substituer à la Cour internationale !

 

Et ce n'est pas pour une action symbolique :

 

« Nous devons faire tout notre possible pour arrêter les desseins de Monsanto en Europe et ailleurs. »

 

Ni pour une justice sereine :

 

« Nous proposons de former une alliance de juges, de fonctionnaires et de politiciens concernés, d’individus directement touchés, d’organisations intéressées, de journalistes, de membres du Parlement européen, de scientifiques et d’agriculteurs qui sont confrontés à Monsanto depuis les 80 dernières années. »

 

Une alliance ? Même dans les pires dictatures on s'ingéniait à préserver une apparence d'indépendance des juges et de la justice !

 

Enfin, une justice...

 

« Les différents groupes se réuniraient pendant une semaine, à La Haye, pour débattre des crimes que Monsanto a commis. Les deux derniers jours seraient consacrés à présenter les accusations recueillies devant une Cour (à choisir) qui émettrait un verdict final assorti d’un "blâme européen" ».

 

Comme on le voit, les illustres juristes ont prévu un « procès » exclusivement à charge, sans défense, et avec un verdict déjà annoncé...

 

Tout cela, évidemment, pour aboutir à un lynchage médiatique :

 

« A travers la mobilisation d’une vaste présence médiatique ce jugement serait diffusé largement en Europe et aurait certainement un impact sur d’autres continents! »

 

Un de plus ! Mais là, avec une caricature de parodie de justice, c'en est un qui est vraiment de trop.

 

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ph11 17/12/2015 17:35

Encore heureux que ces tarés ne sont pas au pouvoir…
On voit qu'on aurait vite des procès staliniens…

Thibault 07/12/2015 20:59

Exxon a été condamné de la même façon ce week end au village des alternatives http://www.lemonde.fr/cop21/article/2015/12/05/a-montreuil-le-petrolier-exxon-condamne-par-les-ecologistes_4825416_4527432.html#ZbkmvTV2X2XQHKXs.99

Seppi 18/12/2015 18:36

Bonjour,

Merci pour le commentaire et le lien.

Cet article commence certes plutôt bien (« "Guilty !". Coupable, forcément coupable ») mais me laisse un goût plutôt désagréable. Il me semble qu'au final, c'est la complaisance imbécile qui l'emporte.

On peut vraiment s'inquiéter de cette incapacité du journal dit de référence à s'élever au-dessus des basses considérations matérielles.

À en croire ce site :

http://350.org/people-vs-exxon/

le lynchage devenu médiatique grâce au Monde a pris deux heures. Prétendument au nom du peuple !

La bouche pleine 02/12/2015 22:04

Faut-il en rire ou en pleurer...?

Seppi 18/12/2015 18:19

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais c'est : les deux mon général.

C'est certes risible, mais il est peut-être encore plus inquiétant de voir des gens avec un bagage intellectuel conséquent s'impliquer dans une telle mascarade.

Comment un Olivier De Schutter – au passé si impressionnant en matière de Droits de l'Homme – a-t-il pu s'embarquer dans une telle parodie ?

Cultilandes 02/12/2015 17:37

Votre source accessible en "cache":

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Où l'on voit toute la rigueur démocratique et scientifique de ces gens-là!