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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Comment gérer le stupide : Partie 1/10 – Définir le stupide

13 Décembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger

Comment gérer le stupide : Partie 1/10 – Définir le stupide

 

Risk-monger*

 

 

Voici la première partie d'un article en dix épisodes sur la gouvernance que je compte produire en cette période de fêtes. Aujourd'hui, notre propre processus de prise de décisions est fortement influencé par les dernières applications des réseaux sociaux, alors que les politiques gouvernementales de l'Union européenne et des États-Unis d'Amérique sont régies par des mécanismes développés au cours du siècle dernier, qui n'ont pas été adaptés à ces outils de communication. Cette lacune a créé des opportunités pour les activistes les moins scrupuleux pour abuser de la procédure et obtenir des victoires ou perturber la réglementation à partir de positions dépourvues de bases factuelles suffisantes et de rationalité. En d'autres termes, ces activistes ont été en mesure de convertir le « stupide » (défini ici comme un nom) en politique. Cette série, « Comment gérer le stupide », est essentiellement un pamphlet politique et se propose d'examiner comment le stupide a pu prospérer et être utilisé par des manipulateurs habiles pour obtenir des succès législatifs, et aussi ce qui peut être fait pour renvoyer le stupide dans sa cage. La première étape de ce processus consiste à définir le « stupide ».

 

 

Avec la multiplication des experts de réseaux sociaux formés par Google, des mamans activistes blogueuses et des experts en santé tenant à ce que leur nom soit précédé d'un « Dr » ou suivi d'un « PhD », surtout sur les couvertures de leurs livres, il y a une vague d'informations boiteuses ou de sources douteuses colportées tous azimuts sur Internet, qu'on ne peut qu'assimiler au phénomène du « stupide ».

 

Hani Vari, la "Food Babe".  Apocryphe ? Elle a écrit :

"What they say: The phrase “If you can’t pronounce it, you shouldn’t eat it” is not scientific.

The truth: I didn’t come up with this clever phrase, but think it’s generally great advice."

 

« Stupide » a été galvaudé récemment dans les discussions en ligne comme un synonyme de l'expression : « Je ne suis pas d'accord avec vous ! » Il est devenu très difficile de contester une opinion sans recourir à des injures (Loi de Godwin). Comme le tabou d'une telle insulte est levé, « stupide » doit être redéfini dans le contexte d'un moyen de communication qui a coupé la capacité de dialoguer et de converser avec ceux qui ont une autre opinion. En quelques années, l'utilisation abusive de la révolution jadis vantée de la numérisation de la connaissance nous a entraîné dans ce que les historiens vont probablement considérer comme l'« Âge du Stupide ».

 

Le stupide est devenu omniprésent. On aurait tort d'ignorer son ascension rapide et de le considérer comme un simple épiphénomène produit par les réseaux sociaux. Ne vous méprenez pas : le stupide peut être très astucieux et mettre à profit toutes les opportunités qui se présentent à lui lorsque des personnes innocentes s'adaptent lentement aux nouveaux outils de communication.

 

 

Qu'est-ce que le stupide ?

 

Le stupide n'est pas que le fruit d'une éducation médiocre, d'un jugement limité ou d'une logique déficiente. Nous pensons souvent que c'est une sorte de naïveté ou de simplicité d'esprit, mais il y a des qualificatifs plus appropriés pour cela. Il diffère de l'ignorance (quand quelqu'un admet ne pas connaître un sujet) dans la mesure où le stupide prétend avoir la réponse, agit ou tente d'influencer les autres.

 

Le stupide (défini ici comme un nom) est le résultat d'une utilisation inappropriée (bien que souvent dans un but précis) d'une expertise supposée pour façonner une information s'écartant des éléments de preuve ou de la pensée rationnelle. Il est le fruit d'une action : parler, faire un choix, tenter d'influencer, faire quelque chose qui a un effet sur les autres (par exemple susciter la peur, des réponses rhétoriques aux faits, utiliser des fourberies intellectuelles dans les débats politiques...). Ce n'est pas le manque de connaissances (ne pas savoir est normal et fait partie de la réflexion), mais plutôt son utilisation abusive dans une activité qui peut avoir des conséquences sur d'autres individus souvent désorientés.

 

La diffusion de l'information sur une plate-forme numérique d'accès facile a créé un grand nombre d'experts Google qui ont boudé la vraie expertise, ont cherché un réconfort dans le confort des solutions simples à des problèmes complexes et se sont sentis autorisés à assumer la responsabilité d'un partage (de l'application) de leur toute nouvelle « expertise ». Alors que l'Internet n'a pas créé un nouveau type de stupide, il a multiplié les possibilités pour la propagation du stupide.

 

Source de la citation : http://michaelpollan.com/articles-archive/six-rules-for-eating-wisely/​

 

Vous trouverez le stupide caché derrière les déclarations qui remettent en question la valeur de l'expertise technique comme : « Si vous ne pouvez pas le prononcer, ne le mangez pas » ou « Comment pouvez-vous faire confiance aux autorités quand elles coopèrent avec l'industrie » Le stupide a ses propres mécanismes de défense (personne n'apprécie d'être qualifié de stupide) et, en ce sens, peut être assez intelligent ou malin. Le stupide (astucieux) sape la valeur de l'expert, émet des doutes et des craintes à propos de l'information disponible (« Nous ne savons tout simplement pas si c'est vrai ! »). Le stupide peut être dangereux quand il tente de remplacer la vision largement répandue par une sagesse ou un bon sens populaires simples et rassurants (ce qui permet peut-être de gagner la confiance, mais aussi de diminuer la valeur de la preuve et l'expertise).

 

Mamavation est un exemple de site de maman blogueuse rusée qui utilise des sources non techniques pour effrayer les mères vulnérables et leur faire prendre des décisions (le site est financé par des frais de référencement du secteur des produits biologiques).

Traduction du texte : « Mes superpouvoirs en tant que mère sont l'intuition.  Si je dis quelque chose et que mes cloches et sifflets se mettent à résonner, ne me rejetez pas. »

 

Le stupide augmente en effet rapidement lorsque la confiance dans les autorités et les institutions s'affaiblit. Des outils des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter ont réussi à saper la confiance dans les sources d'information externes, lointaines, et à les remplaçant par des interprétations populistes, plus simples à comprendre, ajustées aux zones de confort intellectuel familières et partagées. La confiance se développe à partir d'éléments tels que la familiarité, la parenté, la proximité, l'entregent et la vulnérabilité ; ce sont là des caractéristiques qui manquent souvent dans les messages communiqués par des sources légitimes d'expertise technique, ce qui crée un vide facilement comblé par la ruse des gourous des réseaux sociaux, par la vente d'un livre ou d'un programme de régime, ou par un lien vers un site marchand.

 

 

Des exemples de stupide

 

Le stupide n'est pas rare (et se reproduit massivement en festivals de peur alimentés par les religions, les guerres, les crises économiques...), mais je vais mettre l'accent sur des épisodes de risques sanitaires liés à l'environnement. Ces cas ont prospéré sur les réseaux sociaux car cette source d'activation a permis au stupide de s'étendre de façon exponentielle à partir d'un phénomène local (un fait divers) jusqu'à devenir une épidémie mondiale (des zélotes s'unissant autour d'une mission militante). Partout où il y a une incertitude et la nécessité d'une décision personnelle portant sur un risque (c'est-à-dire un potentiel de peur), le stupide arrivera à proposer une solution à celui qui se sent incertain sur le plan intellectuel.

 

 

Le stupide qui mène à des conseils dangereux

 

  • Les charlatans proposant des traitements du cancer : Un des plus lourds fardeaux émotionnels qui puisse tomber sur un individu est le diagnostic d'un cancer. À un moment des plus vulnérables de sa vie, il faut prendre des décisions difficiles sur le type de traitement à recevoir. Les recommandations en faveur de traitements contre le cancer peuvent impliquer le rejet des médicaments et des technologies modernes au profit du jus de citron, du bicarbonate de soude, du gingembre ou des lavements au café (pour n'en citer que quelques-uns) ; elles illustrent les cas de stupide qui frisent le criminel.

 

  • Les anti-vaccins : Depuis le début de ce millénaire, des doutes ont été soulevés sur la sécurité de certaines procédures vaccinales, par exemple du triple vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, mis en cause dans l'augmentation de l'autisme. Alors que l'article de 1998 de Wakefield, la seule véritable étude sur ce sujet, a été complètement discrédité, tout comme l'auteur au Royaume-Uni, dix-sept ans après, le mouvement anti-vaccins a grandi en force, au point d'être maintenant responsable, dans certains pays comme les États-Unis, de la création d'un risque de crise majeure de santé publique.

 

  • Les militants de l'alimentation biologique : Le lobby du bio a fait campagne pour l'abandon de technologies agricoles modernes (pesticides de synthèse, engrais et OGM) sans égard raisonnable pour les conséquences sur la sécurité alimentaire, l'utilisation des terres et la santé publique pour une population mondiale en croissance et plus vulnérable . Ils réfutent les avantages du Riz Doré et se moquent de la sécurité alimentaire et de la biodiversité, sans égard pour les faits, la logique et l'humanité.

 

Pour des exemples précis (sans attirer davantage l'attention sur leurs sites par les moteurs de recherche), il suffit de regarder tous les jours les flux de nouvelles de www.naturalnews.com.

 

 

Le stupide qui soulève des craintes non fondées

 

  • Le glyphosate : On peut cherche longtemps les faits dans les campagnes alarmistes contre le glyphosate. Quand un herbicide si bénéfique pour les agriculteurs est moins toxique que le sel ou le vinaigre, nécessiterait une consommation quotidienne personnelle de plus de 400 kg de fruits et légumes pour présenter un danger pour la santé et a été soumis à des milliers d'études, et qu'il souffre encore des attaques incessantes de gens sans expérience de toxicologie, il est évident que le stupide a montré sa face hideuse. Le stupide est même parvenu à s'infiltrer dans le CIRC ; encore que... ce n'est apparemment pas très difficile.

 

  • La perturbation endocrinienne : Les campagnes contre les produits chimiques de synthèse perturbateurs endocriniens (PE) ont pour objectif l'interdiction de certaines substances au motif qu'elles présentent des traces de propriétés de perturbation endocrinienne potentielle. Dans le même temps, les activistes, souvent des végétaliens, boivent du café (un PE connu) et donnent du lait de soja (un PE ayant une toxicité équivalente à cinq pilules contraceptives par jour) à leurs petits enfants. Le stupide dresse sa tête hideuse sur une base quotidienne auprès de ceux qui souffrent de l'intégrisme naturaliste.

 

  • Les énergies renouvelables : Les militants en faveur des sources d'énergie renouvelables ont créé des peurs irrationnelles au sujet de l'énergie nucléaire, la fracturation hydraulique, l'hydro-électricité et les émissions de CO2 issues des combustibles fossiles (par rapport aux émissions des transports et de l'élevage). Ces activistes ont créé une importante population de citoyens européens pauvres du point de vue de l'énergie, ainsi que des maux de tête pour les fournisseurs d'énergie qui doivent maintenir le réseau électrique opérationnel ; dans le même temps, il semblent indifférents aux conséquences environnementales de leurs solutions en matière d'énergies renouvelables.

 

 

Comment évolue le stupide ?

 

Nous sommes en train d'être enfermés dans un monde en ligne dans lequel les faits, les vrais, ne comptent pas pour le biais de confirmation ; où les anecdotes peuvent servir de preuves ; et où l'apprentissage se fait de plus en plus par transfert d'émotion et d'expériences personnelles non représentatives. La connaissance a le plus grand mal à respirer dans cette atmosphère ténue.

 

 

Les plates-formes de réseaux sociaux comme Facebook et Twitter permettent aux mauvaises idées de prospérer, de se répandre et de contaminent la logique. Cela peut se faire de plusieurs manières : la répétition permet à des idées bizarres de devenir des lieux communs, d'autant plus que le cercle des « amis » dans le réseau les diffuse. Une exposition permanente à une mauvaise idée contribue à paralyser la logique et la rationalité, l'émotion prenant le relai dans la réflexion. De plus, ceux qui avaient de mauvaises idées pouvaient se sentir isolés par le passé et gardaient leurs pensées pour eux-mêmes ou pour un cercle limité ; avec l'optimisation des moteurs de recherche, ces mauvaises idées trouvent des amis, prospèrent et se renforcent (et ce, à l'échelle mondiale).

 

 

Le chapitre 2 se penchera plus en détail sur comment les réseaux sociaux ont favorisé l'émergence d'une nouvelle forme, politiquement dangereuse, de stupide.

 

 

 

Table des matières

 

1.  Définir le stupide

2.  Les réseaux sociaux : où le stupide apprend à voler

3.  La nouvelle religion : les éco-fondamentalistes et leur biais du naturel

4.  Le manuel de l'activiste : comprendre comment le stupide peut être astucieux

5.  Un point commun : mettre fin au dialogue et à l'engagement

6.  Le dénormalisation de l'industrie : le défi de l'idéalisme éco-topique

7.  La science post-normale : inviter le stupide à la table de la politique

8.  Coup de pouce : les dangers d'une architecture de choix moralisatrice

9.  Les passivistes : réveiller la majorité non impliquée

10.  Comment gérer le stupide

 

Auteur : David Zaruk

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger  :

www.facebook.com/riskmonger.

 

Source : http://risk-monger.blogactiv.eu/2015/11/20/how-to-deal-with-stupid-part-110-defining-stupid/

 

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