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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La sécurité alimentaire des hybrides de fruits et légumes

4 Novembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Sécurité sanitaire, #OGM

La sécurité alimentaire des hybrides de fruits et légumes

 

Chris MacDonald*

 

 

Ce billet examine pourquoi nous n'avons généralement aucun souci avec des plantes mises dans le commerce sans tests de sécurité quand elles ne sont pas GM, et pourquoi nous avons des normes d'appréciation très différentes pour les plantes issues de la transgénèse.

 

 

Les fruits et légumes hybrides [interspécifiques, voire intergénériques] sont-ils sûrs ? La réponse courte pour l'auteur de ce biller, un profane instruit, est « oui, bien sûr, en général ».

 

Je ne suis pas terriblement préoccupé par les dangers du limequat [un hybride de limettier et de kumquat], du tangélo [ugli fruitun hybride de pomélo, d'oranger et de tangerine] ou du plumcot [un hybride de prunier et d'abricotier].

 

Mais quand même. Pour autant que je sache, aucun d'eux n'a jamais été testé – c'est-à dire soumis à des évaluations de la sécurité à long terme qui impliqueraient l'alimentation de, disons, des souris ou des rats avec ces produits sur plusieurs générations. Le type d'évaluation que les critiques des OGM réclament généralement pour, par exemple, le soja Roundup Ready.

 

La question se pose pourtant parce que – c'est parfaitement clair – ces hybrides sont des aliments génétiquement modifiés, des croisements de plantes de deux espèces différentes. Mais si les gens s'inquiètent au sujet des OGM, presque personne ne s'est jamais soucié des hybrides.

 

Il y a quelques sources sur internet qui tentent de rassurer les gens quant à la sécurité des hybrides, tout en diabolisant les aliments génétiquement modifiés (les OGM au sens moderne). Toutes les sources que j'ai trouvées à ce jour sont pleines de raisonnements fallacieux – de logiques défectueuses. On affirme ainsi que les hybrides sont « naturels », alors que les OGM ne le sont pas. Il n'y a pas d'erreur plus fréquente dans les débats en ligne sur l'alimentation que l'hypothèse erronée que « naturel » signifie « sûr », et « méthodes artificielles », « dangereux ». (Le cyanure naturel est-il sûr ?). Ces plaidoyers en faveur des hybrides sont aussi généralement fondés sur des affirmations erronées (« les hybrides sont plus nutritifs »ou « les OGM combinent toujours de l'ADN de différentes sources »). C'est faux, archi-faux.

 

Réfléchissez : quand un scientifique crée un nouveau type de pomme par, disons, la suppression du gène connu pour coder pour un caractère particulier (par exemple, le brunissement de la chair quand elle est exposée à l'air), la pomme doit passer par une évaluation scientifique avant de pouvoir être commercialisée. Mais hybridez deux variétés de pommes – ou croisez une pomme avec une prune [en admettant que ce soit possible] – et vous obtiendrez le mélange d'un nombre indéterminé de gènes, et aucun examen scientifique ou réglementaire n'est nécessaire. Si la foi aveugle dans les hybrides ne repose pas sur l'émotion pure et des préjugés, sur quoi est-elle basée ?

 

_______________

 

Chris MacDonald est un éthicien, professeur, conférencier et consultant basé à Toronto. Cet article a été initialement publié sur The Food Ethics Blog (http://food-ethics.com/).

 

Source : http://www.biofortified.org/2015/10/hybrid-safety/

 

 

Mon commentaire

 

Voilà un billet fort simple et fort direct qui pose une bonne question.

 

Une partie de la réponse se trouve à l'évidence dans le matraquage médiatique (et malheureusement aussi politique).

 

Les hybrides intergénériques et interspécifiques de plantes cultivées ne posent généralement pas de problème. Les hybridations avec des espèces apparentées, sauvages, peuvent être plus délicats, et il y a eu quelques accidents, alors même que les professionnels qui les pratiquent sont compétents et responsables. Mais ce serait trop beau si on pouvait tout prévoir ; et la vie deviendrait impossible s'il fallait s'assurer à tout moment un risque zéro.

 

Un cas emblématique, fréquemment cité, est celui de la pomme de terre 'Lenape' qui avait dans son ascendance une espèce sauvage, Solanum chacoense, qui devait lui apporter des gènes de résistances à des maladies. 'Lenape' produisait de la solanine en quantités bien supérieures à celles des variétés 'traditionnelles'.

 

Le problème des courgettes – et des cucurbitacées en général – est malheureusement peu connu. Nous avons relaté ici le cas d'un décès en Allemagne [1]. Ce cas d'intoxication n'est pas isolé. Il y a eu, par exemple, une affaire de « killer zucchini » en Nouvelle-Zélande en 2002 [2]. Expression abusive car il n'y a pas eu de décès. Notez qu'on y a mis en cause une attaque massive de pucerons et, indirectement, l'agriculture biologique et, en l'espèce, son absence de traitements phytosanitaires ; ainsi que les variétés traditionnelles, à pollinisation libre (préférées par les intégristes du bio).

 

On s'inquiète des OGM ? Les hypocondriaques feraient bien de s'inquiéter des plantes, tisanes, etc. aux vertus exceptionnelles qu'ils sont incités à consommer. Dans ce cas, il n'y a pas que la question des risques inhérents à ces produits, mais aussi ceux liés aux conditions de production, de transformation et de commercialisation [3].

 

_________________

 

[1] http://seppi.over-blog.com/2015/09/c-est-confirme-des-traces-de-pesticides-peuvent-tuer-un-homme.html

 

[2] http://www.scoop.co.nz/stories/PO0205/S00140.htm

 

[3] Par exemple :

http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/du-bio-riche-en-pesticides,677

 

 

 

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