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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : à quoi jouent les communicants de l'EFSA et de l'ANSES ?

20 Novembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Union européenne, #EFSA, #Politique

Glyphosate : à quoi jouent les communicants de l'EFSA et de l'ANSES ?

 

 

EFSA : le détail d'abord, l'important ensuite

 

Le 12 novembre 2015, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié les conclusions des travaux sur la réévaluation du glyphosate par un groupe d'examen par les pairs composé de scientifiques de l’EFSA et de représentants des organes d'évaluation des risques des États membres.

 

Le communiqué de presse n'est pas exempt de tout reproche à notre sens. Sur le fond, il produit ainsi deux informations :

 

« [Le groupe] a fixé une dose aiguë de référence (DARf) pour le glyphosate s'élevant à 0,5 mg par kg de poids corporel ; c’est la première fois qu’un tel seuil d'exposition est appliqué à cette substance. »

 

Puis :

 

« Le groupe d'examen par les pairs a conclu qu'il est improbable que le glyphosate soit génotoxique (c.à.d. qu'il endommage l'ADN) ou qu'il constitue une menace cancérogène pour l'homme. Les experts n'ont pas proposé que le glyphosate soit catégorisé comme cancérogène dans la réglementation de l’UE sur la classification, l'étiquetage et l'emballage des substances chimiques. En particulier, tous les experts des États membres, à une exception près, ont convenu que ni les données épidémiologiques (portant sur l’homme), ni les éléments issus d’études animales n’ont démontré de causalité entre l'exposition au glyphosate et le développement de cancer chez les humains. »

 

Pourquoi récriminons-nous ?

 

Parce que le deuxième élément est bien plus important que le premier, compte tenu notamment de l'extraordinaire battage médiatique organisé par les milieux anti-pesticides contre le glyphosate et s'appuyant, en particulier, sur la décision du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), publiée le 20 mars 2015, de classer le glyphosate comme cancérogène probable pour l'homme.

 

Le communiqué de presse signale que le groupe d'examen a aussi proposé un niveau acceptable d'exposition des opérateurs (NAEO) à 0,1 mg/kg de poids corporel par jour, et une dose journalière acceptable (DJA) pour les consommateurs « en ligne avec la dose aiguë de référence » à 0,5 mg/kg de poids corporel. C'est sans réelles explications – et l'observateur peu aguerri de ces choses peut s'étonner d'une DJA supérieure au NAEO, ainsi que d'une DJA égale à la DARf.

 

Il aurait aussi été utile de citer les valeurs actuellement en vigueur (0,2 mg/kg pour le NAEO, 0,3 mg/kg pour la DJA).

 

Ce dernier chiffre peut s'interpréter comme signifiant que le glyphosate est moins préoccupant, s'agissant des consommateurs, qu'on ne le pensait jusqu'à présent. De fait, l'Environmental Protection Agency (EPA) états-unienne a quant à elle fixé sa dose chronique de référence (RfD, correspondant à la DJA), à 1,75 mg/kg de poids corporel par jour.

 

Ce communiqué de presse pose, une fois de plus, le problème des stratégies de communication. S'agirait-il de contribuer insidieusement aux craintes d'un public intoxiqué par la désinformation ? En mettant ici en premier lieu un élément d'information a priori anxiogène et en omettant de produire des informations importantes.

 

 

Le BfR écrème sa FAQ

 

On notera que des informations plus détaillées avaient été données par le Bundesinstitut für Risikobewertung (BfR) allemand dans sa foire aux questions du 15 janvier 2014 (encore accessible par le webcache) mais qu'elles ne figurent plus dans la version du 12 novembre 2015.

 

C'est fort dommage !

 

 

L'ANSES prépare-t-elle les prochaines polémiques ?

 

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a aussi publié son communiqué de presse le 12 novembre 2015, « Glyphosate : publication des résultats de l’évaluation européenne ».

 

Même procédé fondamental :

 

« Sur la base d’un travail approfondi de l’Agence Allemande (BfR) en qualité d’Etat membre rapporteur, et auquel l’Anses a apporté sa contribution dans le cadre des procédures européennes, les conclusions conduisent à durcir les critères d’évaluation et considèrent la cancérogénicité de la substance comme improbable pour l’homme. »

 

Que peut signifier « durcir les critères d’évaluation » ? Qu'on a été trop laxiste jusqu'à présent et que la contestation n'était pas infondée ? Alors qu'on propose de relever la DJA ?

 

Mais le communiqué se poursuit. Rappelons d'abord un élément du communiqué de l'EFSA :

 

Les experts n'ont pas proposé que le glyphosate soit catégorisé comme cancérogène dans la réglementation de l’UE sur la classification, l'étiquetage et l'emballage des substances chimiques.

 

L'ANSES annonce donc :

 

« Ces conclusions appellent par ailleurs à approfondir les travaux sur deux points complémentaires, sur lesquels l’Anses a engagé un travail spécifique: l’un vise à étudier les possibilités de modification de classement du glyphosate dans le cadre du Règlement Reach-CLP, sur la base des données rassemblées tant par le BfR et l’EFSA au niveau européen que par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) lors de sa récente expertise [...] ».

 

« CLP », c'est « classification, labelling and packaging », autrement dit « classification, étiquetage et emballage ».

 

Traduisons : le groupe d'examen n'a pas proposé de classement CLP... l'ANSES se propose de faire plier l'ensemble des autres experts nationaux et des scientifiques de l'EFSA.

 

Ainsi se vérifie, une fois de plus, le jusqu'au-boutisme français en matière de démagogie.

 

L'annonce est formulée un peu différemment dans le corps du communiqué :

 

« Le premier vise à évaluer si les éléments présentés dans les évaluations du CIRC et de l’EFSA sont de nature à soutenir une proposition de modification de la classification [...] » (c'est nous qui graissons).

 

Traduisons à nouveau : l'ANSES instruira, non pas objectivement, mais à charge. L'objectif est clair :

 

« En fonction du résultat de ce travail, le classement de la substance par l’agence européenne des produits chimiques (ECHA) pourrait conduire à des restrictions d’usage des produits à base de glyphosate. »

 

Les Français ont été abreuvés, surtout depuis six mois, d'informations anxiogènes sur le glyphosate... il faut répondre aux angoisses, non pas par un effort d'explication, mais par des mesures de restriction.

 

Tant pis, notamment, pour l'agriculture !

 

C'est aussi l'objectif implicite de la deuxième série de travaux :

 

« l’autre a pour but d’évaluer le besoin d’études supplémentaires sur les effets sur la santé humaine des formulants présents dans les préparations commerciales en association avec le glyphosate. »

 

Mais on se trouve là sur un terrain déjà balisé au niveau européen. La Commission européenne a en effet demandé à l'EFSA de préparer une déclaration sur le co-formulant amine grasse de suif polyéthoxylée (POEA) basée sur l’évaluation toxicologique présentée par l’Allemagne en tant qu’État Membre Rapporteur dans le cadre de l’examen du glyphosate.  Voir aussi ici.

 

Le BfR signale cependant dans sa FAQ que l'Office fédéral de la protection des consommateurs et de la sécurité alimentaire (BVL) a demandé aux titulaires d'autorisations de mise en marché de remplacer le POEA par d'autres surfactants, et que cela a été fait.

 

 

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