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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bientôt sur vos tablettes : vingt ans d'OGM selon Greenpeace

23 Novembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Greenpeace, #OGM

Bientôt sur vos tablettes : vingt ans d'OGM selon Greenpeace

 

Oui, Greenpeace, il est temps pour vous de changer...

 

 

La succursale française de Greenpeace International ne fait pas que payer une lourde contribution à ce dernier, établi dans le paradis fiscal que sont les Pays-Bas pour les stichting (plus du quart des recettes françaises partent à Amsterdam) ; elle en est également dépendante pour sa « littérature ».

 

On nous gratifiera prochainement d'un nouveau « rapport » qui prétend démontrer que deux décennies de plantes génétiquement modifiées ont été un échec. Bientôt ? Le temps de traduire et, éventuellement, adapter à la marge ; et le temps de faire fructifier des campagnes récentes, particulièrement douteuse. Car il faut alimenter la machine de manière judicieuse pour que le flux de dons ne se tarisse pas.

 

 

Financer l'« agriculture écologique » par des dons...

 

Remarquons incidemment que Greenpeace France a investi un nouveau créneau : celui du financement de projets censés relever de l'« agriculture écologique ». Financement par des donateurs, pas par elle-même... faut bien un bon quart du budget français à transférer à Amsterdam. Le deuxième appel de fonds, « Agriculture écologique : prenez-en de la graine ! » propose par exemple aux généreux donateurs de financer – à fonds perdus – dix kilomètres de haies en Normandie. Enfin, pas tout à fait à fonds perdus... pour cinq euros ou plus, le nom du donateur apparaîtra sur la page de remerciement des donateurs ; pour 25 euros ou plus, le donateur recevra une carte postale personnalisée avec un message des porteurs de projet. Si on considère – il n'y a aucune raison de ne pas le faire – que les porteurs de projets sont sérieux et ne profitent pas d'une aubaine, Greenpeace nous démontre avec éclat la faisabilité économique de l'« agriculture écologique » qu'elle promeut...

 

 

Que nous réservera le titre ?

 

Mais revenons aux OGM.

 

Puisque nous disposons d'un texte anglais, il nous est possible de procéder à un décryptage anticipé pour la francophonie.

 

Le « rapport » est intitulé « Vingt années d'échecs – pourquoi les cultures GM n'ont pas répondu aux promesses ». C'est nous qui traduisons, sachant pertinemment que nous ne sommes pas à l'abri d'une surprise comme pour les « pommes empoisonnées » (voir aussi ici (plusieurs articles) et ici). Ces « pommes... », c'est un extrait de « The Bitter Taste of Europe’s Apple Production and How Ecological Solutions can Bloom », soit « le goût amer de la production européenne de pommes et comment les solutions écologiques peuvent prospérer » (solutions prétendument écologiques avec, par exemple, des pesticides « naturels » interdits d'utilisation...).

 

 

Petits rappels fort déplaisants

 

Échec ?

 

L'histoire de l'adoption des plantes génétiquement modifiées peut s'analyser en termes de verre à moitié plein ou à moitié vide. Du reste, pour la deuxième approche, des organisations comme Greenpeace ont joué un très grand rôle... au point même de se faire accuser de crime contre l'humanité s'agissant des obstacles mis au Riz Doré. L'aveuglement de Greenpeace et d'autres entités s'est traduit par la cécité, souvent suivie de la mort, de millions d'enfants.

 

 

En 2014, selon les dernières données de l'International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (ISAAA, Service international pour l'acquisition d'applications agricoles biotechnologiques), généralement non contestées, 18 millions d'agriculteurs, dont 90% sont des petits agriculteurs pauvres, ont utilisé des plantes GM sur une superficie totale de 181 millions d’hectares dans 28 pays. Ces surfaces sont certes concentrées sur essentiellement quatre espèces (colza, cotonnier, maïs, soja) et cinq États (Argentine, Brésil, Canada, États-Unis d'Amérique, Inde) et concernent deux types d'« événements » (la résistance à des insectes foreurs et piqueurs et la tolérance d'un herbicide total). Mais dans les pays qui recourent aux variétés transgéniques, celles-ci sont devenues « conventionnelles », avec des taux d'adoption souvent aux alentours de 90 %.

 

Et des pays qui succombent à la démagogie en refusant la culture de plantes transgéniques – la France par exemple – en importent massivement, essentiellement pour l'alimentation du bétail. À titre d'exemple, des acteurs de la filière ont calculé que l'interdiction du soja OGM et sa substitution par du soja non OGM augmenterait les coûts alimentaires d'environ 10 % pour le secteur de l'élevage en Europe. Cela traduit une économie de coûts dont bénéficie aussi le consommateur.

 

Un nombre et une diversité impressionnants – pour qui connaît les arcanes de la recherche-développement – de solutions transgéniques sont utilisées à moindre échelle, prêtes à l'emploi, ou en chantier. Imaginez, par exemple, que si les autorités européennes avaient fait preuve de courage et de lucidité, nous pourrions avoir des pommes de terre résistantes au mildiou... Combien de traitements phytosanitaires en moins ?

 

Pour résumer, il s'agit d'un « échec » dont les acteurs de la filière – des producteurs de solutions transgéniques aux agriculteurs et utilisateurs – ne peuvent que se féliciter. Bien sûr, là où la démagogie a plus de mal à l'emporter.

 

 

Sophismes à la chaîne

 

Alors, comment fait Greenpeace pour trouver un échec ? Nous nous intéresserons au seul résumé, « sept mythes sur les plantes GM et la vérité », car c'est largement suffisant pour comprendre l'énormité des balivernes.

 

 

Mythe 1 selon Greenpeace : Les cultures GM peuvent nourrir le monde.

 

Réponse de Greenpeace : Il n'y a pas de cultures GM conçues pour offrir des rendements élevés. Le génie génétique est mal adaptée à la solution des problèmes qui sous-tendent la faim et la malnutrition – il renforce le modèle de l'agriculture industrielle qui a échoué à nourrir le monde jusqu'à présent.

 

« Les cultures GM peuvent nourrir le monde » ? Pris à la lettre, c'est parfaitement exact ! La plupart des cultures GM sont en effet conçues pour nourrir, directement ou indirectement, l'humanité. Mais ce n'est évidemment pas ainsi qu'il faut entendre l'affirmation.

 

Une affirmation qui, précédée du mot « mythe » doit s'entendre comme une négation !

 

C'est là un exemple d'une technique courante, celle de l'homme paille :

 

1.  Poser une affirmation stupide en l'imputant le cas échéant à la partie adverse.

2.  « Démontrer » que le propos est stupide.

3.  Conclure que la partie adverse a perdu.

 

Le cas échéant aussi, on ne se prive pas, comme ici, d'utiliser un raisonnement inepte, voire d'une rare stupidité.

 

Les OGM seraient donc un échec parce qu'ils n'ont pas réussi à résoudre en vingt ans un problème auquel l'humanité se heurte depuis des temps immémoriaux.

 

« Il n'y a pas de cultures GM conçues pour offrir des rendements élevés » ?

 

Les plantes transgéniques sont conçues pour répondre à des problèmes spécifiques et, le cas échéant, cela se traduit par des rendements plus élevés dans les situations où le problème se pose en temps normal et est résolu par la solution transgénique. Demandez à la paysanne sud-africaine qui nourrit sa famille par son labeur ce qu'elle pense du maïs Bt qui lui évite les pertes dues à des insectes piqueurs et foreurs... Ou au producteur de papayes hawaïen qui récolte aujourd'hui alors que, sans la solution transgénique, il n'aurait plus de papayers.

 

« Le génie génétique est mal adaptée à la solution des problèmes qui sous-tendent faim et la malnutrition » ?

 

Nouvelle généralisation abusive.

 

Il est vrai que Greenpeace trouve que le Riz Doré est bien moins adapté que, par exemple, la distribution de pilules de vitamine A... Les plantes biofortifiées, Greenpeace ne connaît pas... sauf quand il les combat, par exemple en Afrique, ouvertement ou en sous-main, pour ne pas saper ses campagnes européennes en direction de donateurs potentiels bien nourris et égoïstes.

 

« ...il renforce le modèle de l'agriculture industrielle qui a échoué à nourrir le monde jusqu'à présent » ?'

 

Demandez aux cotonculteurs burkinabés ou indiens s'ils pratiquent « l'agriculture industrielle » et si la solution GM a échoué... Attention ! Il faut demander à ceux qui ne subissent pas l'endoctrinement et qui, ayant cultivé du cotonnier GM, veulent en cultiver encore. Demandez à l'agricultrice sud-africaine... Au petit producteur hawaïen de papayes. Les solutions GM, au moins celles actuellement disponibles, sont totalement neutres s'agissant de la forme d'agriculture pratiquée.

 

 

Mythe 2 selon Greenpeace : Les cultures génétiquement modifiées sont la clé de la résilience climatique.

 

Réponse de Greenpeace : Le génie génétique est à la traîne par rapport à l'amélioration des plantes classique dans le développement de variétés de plantes qui peuvent aider l'agriculture face au changement climatique. La résilience climatique dépend fortement des pratiques agricoles favorisant la diversité et nourrissant le sol, pas de systèmes d'exploitation trop simplifiés pour lesquels les cultures GM sont conçues.

 

Nouvel homme de paille et première réponse qui, prise à la lettre, est une évidence : la transgénèse végétale, maintenant trentenaire, ne rattrapera jamais une génétique classique, mendélienne, plus que centenaire !

 

Quant aux perspectives d'avenir, elles dépendent des cibles et des potentialités des diverses techniques. Le but des « exercices » n'est pas, pour l'une, de faire mieux que l'autre, mais de produire des solutions. À chacune son rôle et son champ d'application, pour ensuite se combiner.

 

Les opposants aux OGM ne peuvent voir le monde qu'en mode binaire et alternatif... les complémentarités, ils ne connaissent pas.

 

Les OGM seraient conçus pour des « systèmes d'exploitation trop simplifiés » ? Première nouvelle !

 

 

Mythe 3 selon Greenpeace : Les cultures GM sont sans danger pour les humains et l'environnement.

 

Réponse de Greenpeace : Les programmes de surveillance à long terme de l'environnement et de la santé soit n'existent pas, soit sont insuffisants. Des chercheurs indépendants se plaignent qu'on leur refuse l'accès au matériel pour la recherche.

 

« Les cultures GM sont sans danger... » est une énorme ânerie de par sa généralité ! Cela dit, les OGM mis sur le marché sont effectivement sans danger.

 

Chaque cas est particulier et – Greenpeace fait semblant de l'ignorer – est examiné a priori en tant que cas particulier. Il est non seulement examiné (alors qu'une variété conventionnelle ne l'est pas, malgré des risques d'accidents qui ne sont pas nuls), mais il fait aussi l'objet d'un suivi continu et d'une réévaluation périodique. S'il y a aujourd'hui des controverses sur le maïs MON 810 (porteur d'une résistance à la pyrale et à la sésamie) en Europe, c'est bien parce que l'autorisation de mise en culture fait l'objet d'un renouvellement, sur la base d'un nouvel examen des données disponibles !

 

Mais il est vrai que, pour les opposants, rien ne sera jamais suffisant. Vingt ans de culture, actuellement plus de 180 millions d'hectares annuellement, des millions et des millions d'animaux nourris en partie aux OGM... rien n'y fait.

 

« Des chercheurs indépendants se plaignent » ? Sophisme de la diversion ! En plus, minable. C'est un ancien problème états-unien, de plus essentiellement circonscrit à des chercheurs dont l'indépendance n'a souvent rien d'évident.

 

 

Mythe 4 selon Greenpeace : Les cultures GM simplifient la protection des cultures.

 

Réponse de Greenpeace : Après quelques années, des problèmes tels que les mauvaises herbes résistantes et les superpestes émergent en réponse aux cultures transgéniques tolérantes à des herbicides ou résistantes à des insectes, ce qui se traduit par l'application de pesticides supplémentaires.

 

« Les cultures GM simplifient » est à nouveau une énorme ânerie de par sa généralité : la transgénèse répond à des besoins variés. La première plante transgénique, la tomate FlavrSavr, avait été conçue pour pouvoir être gardée plus longtemps. Le Riz Doré répond à un objectif de santé publique. Idem pour la pomme de terre 'Innate' qui produit moins d'aclylamide cancérigène à la friture. La liste est longue...

 

 

http://www.geneticliteracyproject.org/wp-content/uploads/2015/05/Screen-Shot-2015-05-26-at-7.35.55-PM-300x236.png

 

 

Mais il est vrai que certaines classes de plantes GM simplifient la conduite des cultures. Que la simplification soit perdue du fait de l'évolution naturelle, aidée ou non par la négligence voire l'irresponsabilité des utilisateurs de la solution en cause, n'est pas le propre des OGM. Mais les responsables et les communicants de Greenpeace ne s'aventureront jamais à s'informer sur, par exemple, le problème des résistances à des herbicides dans des cultures non GM, ou de la résistance de la septoriose aux strobilurines... Pour pouvoir utiliser un argument inepte, il est préférable de rester dans l'ignorance des réalités !

 

 

Mythe 5 selon Greenpeace : Les cultures GM sont économiquement viables pour les agriculteurs.

 

Réponse de Greenpeace : Les prix des semences GM sont protégés par des brevets et leurs prix ont grimpé en flèche au cours des 20 dernières années. L'émergence de mauvaises herbes résistantes aux herbicides et de superpestes augmente les coûts pour les agriculteurs, réduisant d'autant leurs profits économiques.

 

Pour Greenpeace, 18 millions d'agriculteurs – ainsi que tous ceux qui rêvent d'utiliser des plantes GM – sont des imbéciles, incapables de faire leurs calculs économiques...

 

Quant aux brevets, ils n'existent pas partout, et les premiers sont arrivés à échéance.

 

L'écroulement d'une solution technologique ? On revient à la situation antérieure. C'est une éventualité qui n'est pas propre aux OGM tolérant un herbicide ou résistant à un ravageur.

 

 

Mythe 6 selon Greenpeace : Les cultures GM peuvent coexister avec d'autres systèmes agricoles.

 

Réponse de Greenpeace : Les cultures OGM contaminent les cultures non GM. Près de 400 incidents de contamination GM ont été enregistrés à l'échelle mondiale jusqu'à présent. Rester sans OGM impose des coûts considérables supplémentaires, parfois impossibles, pour les agriculteurs.

 

Par « les cultures OGM contaminent » il faut notamment entendre qu'un malheureux grain de pollen s'est baladé dans la nature et a atterrit sur une plante non GM d'un jusqu'au-boutiste de la pureté génétique. Vingt ans de culture, plus de 180 millions d'hectares annuellement aujourd'hui... avec des agriculteurs bios dans les environs... et pourtant, c'est un drame...

 

Les OGM sont donc un « échec » à cause de 400 « incidents », soit 20 par année en moyenne ou – sachant que les cultures GM cumulées sur 20 ans représentent plus de 1,8 milliards d’hectares – un « incident » pour 220.000 hectares !

 

Il n'y a que les jusqu'au-boutistes qui considèrent que la coexistence est impossible.

 

 

Mythe 7 selon Greenpeace : Le génie génétique est la voie la plus prometteuse de l'innovation pour les systèmes alimentaires.

 

Réponse de Greenpeace : Les méthodes modernes non GM de l'amélioration des plantes offrent déjà la sorte de traits promis par les cultures GM, y compris la résistance aux maladies, aux inondations, et la tolérance à la sécheresse. Les cultures GM ne sont pas seulement un type d'innovation inefficace, mais elles restreignent aussi l'innovation en raison des droits de propriété intellectuelle détenus par une poignée d'entreprises multinationales.

 

Quand on n'aime pas un objet, ici une technologie, on vante les mérites d'une autre, surtout une qui est encore à l'état de promesses, ou plutôt de perspectives.

 

Il ne faut pas se leurrer sur la politique de Greenpeace : rejeter aujourd'hui les OGM actuels parce que, promis, juré, foi de Greenpeace, CRISPR-Cas9 est censé produire des merveilles, c'est en fait rejeter aujourd'hui les OGM et demain les variétés issues de CRISPR-Cas9.

 

Quant à la propriété intellectuelle – dont Greenpeace ne comprend pas ou feint de ne pas comprendre les tenants et les aboutissants – on voit mal ce qui change d'une technique à l'autre... sauf que, la première ayant atteint une certaine maturité, les brevets y afférant sont arrivés à expiration ou en voie de l'être.

 

Et vous savez quoi ? Ces méchantes entreprises multinationales qui prétendent nourrir le monde selon Greenpeace et Cie mais ne le font pas, qui ne contribuent pas à la résilience climatique, etc. ont pris l'initiative d'assurer le suivi réglementaire – par exemple le renouvellement des autorisations de mise en culture ou d'importation pour l'utilisation en alimentation animale et humaine – des traits dont les brevets sont arrivés à expiration.

 

 

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