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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un plan de paix et de coexistence entre OGM et agriculture biologique

12 Octobre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Andrew Porterfield, #Agriculture biologique, #OGM

Un plan de paix et de coexistence entre OGM et agriculture biologique

 

 

Andrew Porterfield*

 

Source : http://www.cortada.me/gallery/murals/2004/coexistence-mural.htm

 

Nous traduisons ici, avec un sentiment certain de frustration, un article états-unien. L'activisme anti-OGM se fait bruyant et pressant aux États-Unis d'Amérique, ce qui explique en partie l'article. En France, le refus des OGM est devenu institutionnalisé avec des gouvernements successifs – depuis celui de M. Lionel Jospin – qui cèdent aux sirènes de l'électoralisme. La coexistence n'y n'est donc pas une question d'actualité. Mais l'article apporte des éléments qui, à notre sens, devraient susciter la réflexion et contribuer à une meilleure compréhension des enjeux.

 

 

  • Les faibles rendements de l'agriculture biologique ne peuvent tout simplement pas nourrir le monde, et ses coûts sont prohibitifs pour la plupart des consommateurs de la planète.

 

  • Les OGM sont des « aliments Frankenstein » nuisibles à l'environnement, aux exploitations agricoles et aux personnes qui les consomment.

     

    Ce sont deux grandes lignes d'attaque rhétoriques des promoteurs des techniques de modification génétique, d'une part, et des méthodes d'agriculture biologique, d'autre part. La quantité de vitriol déversée dans cette lutte pour des parts de marché, des mètres de linéaires, des décimètres d'étagères de rangement, et des cœurs et des esprits est assez élevée ; on ne peut dès lors que se demander s'il est possible d'associer les deux techniques dans le même champ et sur la même ferme.

 

C'est possible. Le problème est simplement que cela ne semble pas possible..

 

 

Les avantages du côté GM

 

En 2010, le US National Research Council a publié le premier rapport complet [1] sur la contribution du génie génétique à l'amélioration de la production agricole. Le rapport incluait une liste des avantages, dont la possibilité pour les agriculteurs de réduire l'utilisation globale de pesticides et d'employer des produits chimiques moins nocifs. Depuis que les exploitations ont commencé à adopter les technologies de génie génétique, vers 1996, elles ont également réduit les coûts de production et obtenu des rendements plus élevés par rapport à l'agriculture conventionnelle. Aujourd'hui, la quasi-totalité du soja, du maïs et du cotonnier est génétiquement modifiée, et ces techniques sont perçues comme la voie la plus prometteuse pour s'assurer qu'une population croissante sur terre puisse continuer à se nourrir.

 

Ces conclusions ont été reprises l'année dernière par deux éminents professeurs allemands qui ont trituré les chiffres de 147 rapports de recherche antérieurs dans une étude publiée dans PLoS One, « A Meta-Analysis of the Impacts of Genetically Modified Crops » (une méta-analyse des impacts des plantes génétiquement modifiées) [2]. Ils ont conclu que les cultures fondées sur des semences génétiquement modifiées ont entraîné une diminution de l'utilisation des pesticides de 37 pour cent, une hausse des rendements de 22 pour cent et une augmentation des bénéfices des agriculteurs (en partie à cause de la diminution du coût des intrants) de 68 pour cent.

 

Dans le même temps, les producteurs et les partisans des cultures GM et conventionnelles ont souvent regardé l'agriculture biologique de haut en considérant qu'elle est à faible rendement et incapable de nourrir une population mondiale croissante. Ils mettent également en garde contre les risques de contamination à partir du fumier, et certains voient des disciples religieux dans les adeptes du bio.

 

 

Le côté anti-OGM

 

Soutenus financièrement et philosophiquement par le secteur du bio, les opposants aux OGM se tournent vers l'agriculture biologique comme une alternative viable à la modification génétique. Se moquant des OGM en les traitant de produits de « Big Ag », de l'agriculture productiviste, ils prétendent que les pratiques de l'agriculture biologique préservent le sol, comptent moins sur les pesticides, et peuvent offrir des prix plus élevés pour les produits (mais pas des rendements plus élevés pour les grandes cultures). Ils font souvent la promotion des pratiques biologiques, y compris la rotation des cultures, le labour et les cultures de couverture comme étant écologiquement plus durables que l'agriculture conventionnelle ou l'utilisation d'OGM.

 

Pour ce groupe, l'agriculture basée sur les OGM reste une expérience – une idée non testée, potentiellement dangereuse. Les scientifiques en faveur des OGM sont considérés comme financièrement redevables à « Big Ag », et Monsanto est présenté comme l'incarnation du dangereux « contrôle des entreprises sur notre notre système alimentaire ». En outre, certains agriculteurs bio se moquent des agriculteurs conventionnels ou utilisant des OGM comme étant des paresseux, dépendant entièrement des conseils des agents de vulgarisation.

 

Source : http://slideplayer.fr/slide/184791/

 

 

Les points de convergence

 

Pour de nombreux scientifiques indépendants et agriculteurs travaillant dur, ce pugilat caricatural suscite l'exaspération quand il n'est pas tenu pour franchement ridicule.

 

Une étude internationale [3] des pratiques agricoles pour le blé a interviewé un certain nombre d'agriculteurs qui utilisent les deux pratiques, bio et conventionnel, sur leurs terres. Un agriculteur a déclaré qu'il aimerait combiner des techniques bio et conventionnelles, mais que les règles du Programme national bio le lui interdisent :

 

« Je ne peux pas faire du bio parce qu'ils vous interdisent le chimique, ce qui est un non-sens. Ils ne vous autorisent même pas le Roundup... Il y a un engrais commercial que j'aimerais vraiment utiliser sur le bio – le phosphate de monoammonium – mais il n'est pas certifié pour le bio, alors que sur nos sols à pH élevé, il serait vraiment utile de l'utiliser. »

 

Phoenix, Arizona, Janna Anderson, agricultrice bio produit des céréales anciennes et patrimoniales sur sa ferme relativement petite ; elle est constamment à la recherche de variétés différentes et de caractères inédits. Elle est aussi une fervente partisane du génie génétique. Dans une interview [4] avec le Farm Bureau de l'Arizona, Anderson a justifié son soutien aux OGM (même si elle ne les utilise pas elle-même) :

 

« Les plantes transgéniques présentent un gros avantage pour tous, y compris les consommateurs : la technique des OGM peut réduire les pesticides dans l'air et la pollution de l'eau due au ruissellement, augmenter les rendements, produire à l'avenir des plantes résistantes à la sécheresse, et bien plus encore. En outre, les OGM peuvent être une solution très rentable ; ils peuvent cibler des parasites et maladies et éviter de tuer tout ce qui bouge comme une pulvérisation aérienne pourrait le faire. Grâce au génie génétique, on a inséré dans le maïs le Bt, qui est en fait un produit autorisé en agriculture biologique certifiée. »

 

 

Cela peut-il marcher scientifiquement ?

 

Oui, les techniques bio et la technologie GM pourraient coexister, comme l'ont dit de nombreux scientifiques, même ceux qui réprouvent le comportement des activistes anti-OGM, pro-bio. Selon Bruce Chassy, professeur émérite de science alimentaire de l'Université de l'Illinois et critique du mouvement anti-OGM :

 

« Il n'y a aucune raison intrinsèque pour que les deux ne puissent pas coexister pour certaines cultures. Le désherbage est l'application numéro un de la technologie des OGM. Dans un monde sain d'esprit, les agriculteurs bio utiliseraient des cultures GM tolérantes aux herbicides et le glyphosate. Comme aucune des autres plantes génétiquement modifiées n'est associée à des produits chimiques, la partie GM de l'équation se limite à choisir une semence qui permet de se conformer au reste du paquet de règles sur ce qui est à faire et à ne pas faire en bio. Les deux sont parfaitement compatibles. »

 

Pamela Ronald, une généticienne des plantes de l'Université de Californie, Davis, et Raoul Adamchak, son agriculteur bio de mari, croient qu'une agriculture véritablement durable (qui peut aussi nourrir un monde de 9 milliards de personnes) ne peut résulter que de la fusion du bio et des techniques GM/conventionnelles. D'une part, l'amélioration de la fertilité des sols et de la diversité des cultures, l'utilisation efficace de la terre et de l'eau, et la réduction de l'utilisation de produits chimiques toxiques peuvent être le fruit de pratiques bio. D'autre part, l'introduction de traits qui permettent aux plantes d'utiliser moins d'eau, de résister aux parasites et maladies, et de ne pas exiger de façons culturales libérant du carbone proviendraient de modifications génétiques. L'ouvrage de Ronald et Adamchak, Tomorrow's Table [5] (la table de demain), a lancé l'idée de la combinaison de ces pratiques, et Ronald a averti dans un article de 2011 [6] qu'aucun des deux camps ne pouvait à lui seul nourrir une population en croissance :

 

« ...les plantes génétiquement améliorées ne constituent qu'une partie de la solution. Ces plantes doivent être intégrées dans des systèmes agricoles fondés sur l'écologie et évaluées à la lumière de leurs impacts environnementaux, économiques et sociaux – sur les trois piliers de l'agriculture durable. »

 

D'autres experts ont noté qu'avant la montée en puissance de l'activisme anti-OGM, le bio et les OGM avaient vécu une existence plus pacifique. « L'agriculture biologique et les OGM avaient très bien coexisté après les premiers semis d'OGM. Il n'y a rien dans une culture OGM qui menace une culture bio, ni scientifiquement, ni juridiquement. Cela a toujours été le cas », a déclaré Mischa Popoff, un ancien inspecteur de l'USDA/NOP (du bio) qui est maintenant un chroniqueur, auteur et expert de l'Institut Heartland.

 

Des agriculteurs bio avant-gardistes, tels que Rob Wallbridge, qui a écrit de nombreux articles pour Genetic Literacy Project, ont pris de la hauteur et appellent à un débat plus pondéré, au dialogue et au respect mutuel au bénéfice de tous les agriculteurs. Celui-ci souligne la vision de la durabilité [7] de l'agriculture biologique, mais rejette fermement les caricatures [8], présentées par les activistes anti-OGM fervents, des agriculteurs qui utilisent des semences génétiquement modifiées.

 

Du point de vue de l'agriculture commerciale, le bio et les OGMs ont été décrits comme étant coincés dans une phase de crise, dans laquelle la plupart des arguments sont le fruit des conflits idéologiques :

 

  • La première phase est la «transgression », ou phase de crise, une rupture d'équilibre liée à l'introduction d'une nouvelle technologie (dans ce cas, le génie génétique). La transgression déclenche des changements dans la culture agricole et les sources de concurrence (disons, agriculture conventionnelle contre biologique), et les nouveautés dans ce domaine peuvent exacerber les perturbations.

  • La deuxième phase consiste dans une reconstruction, dans laquelle des changement sont planifiés pour rétablir une normalité sur les marchés et dans le secteur d'activité.

  • La troisième phase consiste à institutionnaliser les nouveaux marchés, y compris la consolidation des entreprises agroalimentaires et la solidification des chaînes d'approvisionnement.

  • Enfin, la quatrième phase est la maintenance, où l'idéologie se tasse et tous les acteurs restants sont considérés comme légitimes.

 

Aujourd'hui, le débat entre l'agriculture biologique, conventionnelle et GM reste enlisé dans la « phase de crise » initiale. Il est temps de passer à la phase suivante.

 

________________

 

* Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Il est basé à Camarillo, Californie. On peut le suivre sur Twitter @AMPorterfield.

 

Source : http://www.geneticliteracyproject.org/2015/10/09/a-co-existence-peace-plan-for-gmos-and-organics/

 

 

[1] http://www8.nationalacademies.org/onpinews/newsitem.aspx?RecordID=12804

 

[2] http://www.plosone.org/article/info:doi/10.1371/journal.pone.0111629

 

[3] http://www.academia.edu/10245382/Ideological_Challenges_to_Changing_Strategic_Orientation_in_Commodity_Agriculture

 

[4] http://info.azfb.org/blog/bid/400478/Arizona-Agriculture-Meets-the-Organic-Farmer-Who-Loves-GMOs

 

[5] http://indica.ucdavis.edu/news/in-press-tomorrows-table

 

[6] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3120150/

 

[7] http://www.geneticliteracyproject.org/2015/03/06/organic-farmer-says-no-to-organic-led-new-macdonald-gmo-demonization-campaign/

 

[8] http://www.geneticliteracyproject.org/2015/03/06/organic-farmer-says-no-to-organic-led-new-macdonald-gmo-demonization-campaign/

 

[9] https://jeffbmurray.files.wordpress.com/2014/11/ideological-challenges.pdf

 

[10] https://jeffbmurray.files.wordpress.com/2014/11/ideological-challenges.pdf

 

 

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