Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Plus de la moitié des pesticides utilisés par les agriculteurs californiens sont des matières actives approuvées pour l'agriculture biologique

4 Octobre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Agriculture biologique, #Steve Savage

Plus de la moitié des pesticides utilisés par les agriculteurs californiens sont des matières actives approuvées pour l'agriculture biologique

 

 

Steve Savage*

Plus de la moitié des pesticides utilisés par les agriculteurs californiens sont des matières actives approuvées pour l'agriculture biologique

Saviez-vous que les agriculteurs bio utilisent des pesticides ? Ils le font ! Seriez-vous surpris de savoir que beaucoup de pesticides sont utilisés par les agriculteurs tant conventionnels que bio ? En fait un peu plus de la moitié de tous les pesticides utilisés en Californie par toutes les catégories d'agriculteurs sont des matières actives qui sont approuvées pour le bio [1].

Seriez-vous surpris de savoir que l'utilisation de pesticides modernes implique très peu de produits chimiques hautement toxiques ? En fait, les pesticides approuvés pour le bio et les pesticides de synthèse utilisés aujourd'hui en Californie ont une distribution similaire du point de vue de la toxicité relative ; ils se situent la plupart du temps dans la partie inférieure du spectre de toxicité. Ce type d'information est disponible publiquement, et est utile dans le traitement des nombreuses perceptions erronées courantes sur le bio et sur les pesticides en général.

Voici la répartition par type des 78 millions de kilogrammes de pesticides utilisés dans l'agriculture en Californie en 2013 (en pourcentage du poids total de matières actives).

 

 

Dans le graphique ci-dessus, j'ai réparti les pesticides utilisés en Californie en 2013 en grandes catégories en fonction du poids. Les catégories qui se composent de matières actives approuvées pour le bio sont indiquées avec le logo de l'USDA ; ensemble, elles font 55 pour cent du total des livres appliquées. Ces substances sont largement utilisées par les deux catégories de producteurs, bio et non bio. Les producteurs conventionnels ont des solutions supplémentaires, mais ils utilisent sans conteste certaines de ces substances dans le cadre d'une stratégie de gestion de la résistance et pour d'autres raisons pratiques.

 

Les pesticides à base de minéraux comprennent des fongicides et des acaricides – à commencer par le soufre, qui est de loin le pesticide le plus utilisé en Californie (27,6 pour cent en poids). Le soufre a été utilisé par les agriculteurs depuis les temps anciens. D'autres pesticides à base de minéraux approuvés pour le bio sont le polysulfure de calcium et plusieurs formes différentes de cuivre. Les fongicides à base de cuivre ont été découverts dans les années 1800 et ont sauvé la viticulture européenne du mildiou, une maladie introduite du Nouveau Monde[2]. Dans l'ensemble, ces pesticides à base de minéraux sont généralement utilisés à des doses élevées (2 à 11 et même 28 kg/ha/traitement). Aussi, les minéraux ne représentent que 12% des surfaces traitées (voir le graphique ci-dessous).

 

La grande classe suivante de pesticides approuvés pour le bio sont les différentes huiles à base de pétrole [3] (huile minérale, huile de paraffine, distillats de pétrole). Ces substances sont utiles pour le contrôle de plusieurs insectes nuisibles à « corps mous » et de l'oïdium. Leur dose d'utilisation est aussi élevée (~ 10 kg/ha), de sorte que même si elles représentent 20,4 pour cent du poids total, elles ne traitent que 5,8 pour cent de la superficie. Les agriculteurs conventionnels utilisent également ces produits.

 

Le reste des pesticides approuvés pour le bio sont soit des produits naturels (produits chimiques dérivés de plantes ou de la fermentations de microbes), ou des organismes vivants. Ce sont généralement des substances utilisées à des doses très faibles mais, ensemble, ils ne représentent que 3,1 pour cent des hectares-traitements (voir le graphique ci-dessous). Ils comprennent les insecticides Bt qui sont fondés sur les mêmes protéines qui celles qui sont exprimées dans les plantes Bt issues du génie génétique.

 

Profil d'emploi des différentes catégories de pesticides en 2013 en termes de superficies traitées

 

Les pesticides de synthèse se répartissent en deux grandes catégories d'utilisation – les substances qui sont appliquées comme fumigants du sol plusieurs semaines avant la mise en culture (26,6 pour cent du poids total, 6,3 pour cent de la surface), et les substances qui sont appliquées aux plantes (18,2 pour cent du poids total et 73 pour cent de la surface totale).

 

La distinction entre les substances de synthèse et celles approuvées pour le bio dépend de la question de savoir si le produit chimique peut être considéré ou non comme « naturel ». Ce n'est pas vraiment une délimitation claire et il y a souvent des controverses au sein de la communauté du bio sur la question de savoir si certaines choses sont vraiment « naturelles ». Cela dit, « naturel » n'est pas un critère qui garantit automatiquement une sécurité relative aux personnes ou à l'environnement. Certains des produits chimiques les plus toxiques connus sont naturels (par exemple, les aflatoxines [4], le cyanure, les toxines de l'amanite [5], les fumonisines [6]...). Tous les pesticides, bio ou non, doivent passer par un processus d'évaluation des risques effectuée par l'EPA (l'Agence de protection de l'environnement) et les organismes de réglementation similaires ailleurs dans le monde. Ces organismes évaluent des dizaines de dangers potentiels et déterminent si le risque peut être atténué de façon appropriée par des limitations imposées à l'utilisation des pesticides. C'est ce processus qui garantit que tout pesticide, naturel ou de synthèse, est « sûr lorsqu'il est utilisé conformément à l'étiquette du produit ».

 

Les consommateurs craignent généralement la toxicité potentielle des résidus de pesticides dans les aliments qu'ils consomment. En fait, les pesticides utilisés aujourd'hui ont une toxicité aiguë très faible (voir le graphique ci-dessous).

 

Répartition des pesticides "bio" et de synthèse utilisés en Californie en 2013 en fonction des catégories de toxicité par ingestion de l'EPA chez les mammifères

(en abscisse : I hautement toxique (aubergine) ; II modérément toxique (café, piment) ; III légèrement toxique (vanille, orange) ; IV essentiellement non toxique

en ordonnée : millions de livres de matières actives ; les produits de fumigation du sol ne sont pas inclus dans les pesticides de synthèse) 

 

Dans la figure ci-dessus, j'ai ajouté des images d'aliments familiers qui contiennent des substances chimiques naturelles que nous apprécions et qui tombent dans l'une ou l'autre des catégories de toxicité orale intrinsèque. La plus grande proportion des pesticides approuvés pour le bio et des pesticides de synthèse sont dans la catégorie qui ne présente essentiellement aucune toxicité de ce type. La catégorie suivante en termes de poids présente une légère toxicité – dans la même gamme que la vanilline ou l'acide citrique. Un petit sous-ensemble de pesticides approuvés pour le bio et de synthèse sont « modérément toxiques », mais c'est aussi le cas des pesticides produits naturellement par les plantes comme la caféine et la capsaïcine.

 

Seulement 0,2 pour cent de ce qui a été utilisé sur les cultures en Californie en 2013 tombe dans la catégorie « très toxique », mais de tels produits font l'objet de dates limites d'utilisation fixées par rapport à la date de récolte, lesquelles permettent de s'assurer que les résidus, s'il y en a, sont minimes à la récolte. Cela dit, plusieurs cultures, y compris l'aubergine, le chou-fleur et la tomate contiennent de faibles niveaux de nicotine [7] – un autre pesticide qui est naturellement produit par des plantes et qui entrerait dans la catégorie « hautement toxique » si elle était un produit commercial. Donc, dans l'ensemble, en termes de toxicité de base par ingestion, la gamme et la distribution sont semblables pour les pesticides approuvés pour le bio et les pesticides de synthèse utilisés aujourd'hui. Les fumigants de synthèse utilisés en pré-plantation tombent pour la plupart dans la catégorie II, mais ils ne sont plus présents à la plantation.

 

La raison pour laquelle les consommateurs peuvent être assurés que leur nourriture est sûre est la même pour le bio et le conventionnel. Les produits qui sont autorisés sont rigoureusement évalués, et les préconisations d'emploi sont définies par les « exigences de l'étiquette » concernant la sécurité des travailleurs, les restrictions d'emploi autour des habitats sensibles, les doses et les calendriers d'emploi ainsi que le délai entre la dernière application et la récolte. Ces restrictions (qui existent aussi bien pour les pesticides autorisés en bio que pour les pesticides de synthèse) sont conçues de telle manière que les résidus au niveau des consommateurs soient bien en dessous d'un plafond très conservateur appelé « tolérance » aux États-Unis et LMR (limite maximale de résidus) dans d'autres pays.

 

Aux États-Unis et au Canada, respectivement, l'USDA [8] et Santé Canada [9] prennent des échantillons aléatoires d'aliments de l'offre commerciale et les testent dans les laboratoires pour la présence de résidus de pesticides [10]. Ce qu'ils trouvent est très encourageant [11] et devrait inspirer aux consommateurs une très grande confiance (ce site développé indépendamment [12] vous permet de consulter cette source de données publiques). Fait intéressant, ces tests ne comprennent pas une recherche des pesticides approuvés pour le bio employés aux plus fortes doses [13] (soufre, huiles dérivées du pétrole, composés du cuivre). Pour ce faire, il faudrait un régime de tests supplémentaire à un coût considérable, et les substances ne sont pas considérées comme étant suffisamment préoccupantes pour le justifier.

 

Donc, en conclusion, les pesticides sont sans conteste utilisés sur des cultures bio. Les producteurs bio et conventionnels utilisent en grande partie les mêmes produits chimiques. Pour les pesticides autorisés en bio et de synthèse en usage aujourd'hui, il y a une distribution similaire des toxicités orales aiguës intrinsèques. La confiance des consommateurs dans ce domaine peut être fondée sur des sources très transparentes de données et sur l'acquis de décennies de campagnes environnementales, de décennies de réglementation de plus en plus rigoureuse, et des milliards de dollars d'investissements dans la recherche de solutions de meilleure qualité pour la lutte contre les ravageurs.

 

Vous pouvez trouver une description plus détaillée de certains de ces pesticides et de leur utilisation dans un article connexe du blog de Steve Savage, Applied Mithology [14].

 

 

____________________

 

* Steve Savage est un scientifique agricole (phytopathologie) qui a travaillé pour la Colorado State University, DuPont (développement de fongicides), Mycogen (développement de solutions de biocontrôle), et a exercé ces 13 dernières années l'activité de consultant indépendant. Son site blogging est Applied Mythology [15]. Vous pouvez le suivre sur Twitter@grapedoc.

 

Source : http://www.geneticliteracyproject.org/2015/09/28/more-than-half-of-pesticides-used-by-california-farmers-are-active-ingredients-approved-for-organic/

 

 

[1] http://www.omri.org/omri-lists

 

[2] http://appliedmythology.blogspot.com/2013/08/when-new-technology-saved-french-wine.html

 

[3] http://www.arbico-organics.com/product/jms-stylet-oil-omri-listed-insecticide-fungicide-viricide/organic-insecticides

 

[4] http://poisonousplants.ansci.cornell.edu/toxicagents/aflatoxin/aflatoxin.html

 

[5] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9604278

 

[6] https://en.wikipedia.org/wiki/Fumonisin

 

[7] http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM199308053290619

 

[8] http://www.ams.usda.gov/datasets/pdp

 

[9] http://www.inspection.gc.ca/about-the-cfia/newsroom/news-releases/2013-05-30/eng/1369839102221/1369839111128

 

[10] Ma note : En Europe, le système est coordonné par l'EFSA :

http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/141211b

On rappellera que ce communiqué de presse est scandaleux.

 

[11] http://appliedmythology.blogspot.com/2014/02/our-farmers-get-a-plus-for-low.html

 

[12] http://www.cropaudit.org/

 

[13] http://www.science20.com/agricultural_realism/pesticide_residues_organic_what_do_we_know-98396

 

[14] http://appliedmythology.blogspot.com/2015/09/a-closer-look-at-organic-pesticides-in.html

 

[15] http://appliedmythology.blogspot.com

 

Partager cet article

Commenter cet article

JFP 06/10/2015 17:27

Merci pour cet article.
Il serait utile de systématiquement mettre le lien vers l'article original en anglais. Je n'ai, cette fois-ci, pas réussi à le trouver....
Meilleures salutations

Seppi 06/10/2015 18:28

Oups! Corrigé