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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Manger local n'est pas durable. La solution ? Redescendre sur terre et appliquer la science

4 Octobre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Alimentation

Manger local n'est pas durable. La solution  ? Redescendre sur terre et appliquer la science

 

 

Nicholas Staropoli*

 

 

Ce week-end, lorsque vous parcourrez le marché des producteurs locaux pour trouver la meilleure tête de chou, vous devriez être conscients du fait qu'il y a une chose que les vendeurs ne vous disent pas : le mouvement du « manger local » est cassé.

 

Non, ce n'est pas parce qu'ils utilisent des pesticides ou des animaux nourris aux antibiotiques, c'est que l'un des principes fondamentaux du mouvement – la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de carbone – n'est pas respecté. Les gens qui « consomment local » (« locavores ») croient qu'ils font une bonne action pour l'environnement parce que leur nourriture ne voyage pas loin de la ferme à l'assiette. Certes, cette idée part d'une bonne intention, mais, pour une variété de raisons, elle ne correspond tout simplement pas à la réalité.

 

Selon une estimation qu'on trouve sur de nombreux sites web de locavores [aux États-Unis d'Amérique], la nourriture fait en moyenne 2.400 kilomètres pour parvenir à l'assiette. C'est à peu près la distance de Dallas, Texas, à Boston, Massachusetts [ou Paris-Casablanca par la route]. Une autre estimation grimpe même à 6.800 kilomètres [2]. Les comptables de kilomètres alimentaires affirment que les émissions de carbone prennent l'ascenseur avec la distance. Cependant, l'agriculture et l'industrie agroalimentaire, ce n'est pas aussi simple qu'un odomètre. En bref, l'agriculture est une activité qui peut créer une quantité énorme d'émissions en fonction d'une variété de facteurs.

 

 

Le problème, ce ne sont pas vraiment les kilomètres alimentaires

 

 

Un facteur qui peut influer sur les émissions est le mode de transport. Une étude [3] réalisée par le ministère britannique des transports a trouvé que les cerises nord-américaines [importées au Royaume-Uni] avaient le ratio le plus élevé d'émissions rapportées au produit. Cela en dépit du fait que les pommes de Nouvelle-Zélande parcourent une distance plus grande. La différence ? Les pommes voyagent par mer, un mode de transport bien plus économe en énergie que les avions que prennent les cerises.

 

D'autre part, les données ont montré que, partout dans le monde, le transport des denrées alimentaires jusqu'aux marchés n'a pas une grande incidence sur les émissions globales. En Grande-Bretagne, chaque année, le transport représente environ 22 milliards de kilomètres alimentaires [4] pour les denrées consommées au Royaume-Uni. De ce chiffre, la distance parcourue par les consommateurs entre leur domicile et le lieu d'achat représente 48 pour cent.

 

 

L'expert James McWilliams, auteur du livre « Just Food: Where Locavores Get It Wrong and How We Can Truly Eat Responsibly » (la nourriture, tout simplement : où les locavores se trompent et comment nous pouvons vraiment manger de façon responsable) [5], dit que les gens devraient cesser de croire que les denrées alimentaires sont transportées seules. Il utilise l'exemple d'une tomate voyageant 3.200 kilomètres avec 2.000 autres tomates. Tout comme l'achat en gros est moins cher, le transport en gros est beaucoup plus efficace que le déplacement de dizaines de milliers de personnes qui iraient acheter une seule tomate et la ramener à la maison. Tout compte fait, environ 20 pour cent [2] du total des émissions liées à l'alimentation proviennent du transport par les consommateurs.

 

Et tout compte fait, le transport au long de la chaîne d'approvisionnement contribue à raison de 5-6 pour cent [6] aux émissions de carbone. Les mesures permettant de réduire cet impact ne doivent certes pas être ignorés, mais elles ne devraient pas être le seul objectif comme le mouvement locavore veut le faire croire. Un axe majeur devrait porter sur la production agricole qui contribue pour environ 45 pour cent aux émissions de carbone. C'est dans ce secteur que les biotechnologies peuvent être de quelque utilité.

 

 

Monter une solution

 

Ce n'est pas sans raison que certaines régions sont connues pour des productions particulières. Un certain nombre de facteurs tels que les précipitations, le climat et les saisons se combinent pour créer un environnement accueillant pour telle ou telle culture. Les humains modernes ont trouvé des moyens de contourner ces facteurs lorsque l'environnement est moins favorable, mais leur coût, nous le réalisons maintenant, ce sont des émissions plus élevées.

 

En Suède [7], une étude a montré qu'on respecte davantage l'environnement en achetant des tomates produites en Espagne plutôt que des tomates produites localement. Le climat en Espagne permet de produire des tomates dans des champs ; en Suède les tomates doivent être cultivées sous abri (en serre), ce qui exige des combustibles. Tout compte fait, les tomates en provenance d'Espagne produisent environ un cinquième des émissions totales de carbone dégagées par les tomates produites localement en Suède. Une autre étude a produit des résultats similaires au Royaume-Uni lorsque l'on compare l'achat de tomates locales et de celles cultivées en Espagne.

 

Cette conclusion n'est pas limitée aux productions végétales ; la viande a également été incluse dans les mythes du mouvement locavore. En Nouvelle-Zélande, où l'agneau est produit sur des terres qui se prêtent au pâturage, les agriculteurs n'ont pas besoin d'acheter des aliments pour leur bétail. Mais en Grande-Bretagne, les pâtures sont pauvres et les animaux doivent être complémentés. Une analyse [8] a montré que, pour acheter de la viande au Royaume-Uni, il était, dans l'ensemble, quatre fois plus « vert » de se tourner vers l'agneau de Nouvelle-Zélande.

 

L'agriculture est une activité à émissions élevées, responsable d'environ dix pour cent de toutes les émissions de gaz à effet de serre en Amérique (et davantage dans d'autres pays). Les facteurs de production comme les tracteurs et d'autres équipements lourds contribuent grandement aux émissions, tout comme le contrôle de l'environnements climatique qui permettent de produire des cultures en dehors de leur habitat idéal ou hors saison. Mais le génie génétique peut contribuer à résoudre beaucoup de ces problèmes.

 

Beaucoup de laboratoires et d'entreprises développent des plantes GM qui peuvent résister à des climats dans lesquels elles ne poussent pas naturellement [9]. Prenez le bananier [10] qui a besoin de 2.000 à 2.500 millimètres de pluie et une température moyenne de 27 degrés Celsius pendant la période de récolte de 9-12 mois. Le bananier ne peut pas être cultivé loin de l'équateur, sauf à utiliser des serres qui produisent des émissions. Mais des bananiers génétiquement modifiée (qui existent déjà pour une meilleure valeur alimentaire et la résistance à des maladies) pourraient être cultivés localement dans une variété de climats.

 

Les traits (caractères) actuellement en cours de développement permettent aux plantes de résister aux périodes de sécheresse ou de maximiser leur utilisation de l'eau disponible. D'autres traits permettent aux plantes de pousser dans des environnements plus chaud ou plus froid et dans des fermes où la qualité du sol est pauvre. Certains traits réduisent le besoin d'engrais azotés, ce qui réduit les émissions d'oxyde nitreux. Les plantes résistantes à des herbicides ont également permis à de nombreuses fermes conventionnelles de passer à l'agriculture sans labour [11], une technique dont on a montré qu'elle réduit considérablement les émissions [11].

 

L'adoption de cette prochaine génération d'OGM révolutionnera le mouvement locavore en permettant à davantage de cultures d'être produites localement sans les adaptations lourdes et dommageables pour l'environnement. Cependant, le mouvement qui se préoccupe de l'alimentation l'acceptera-t-il ? C'est une toute autre question. Les données montrent que l'achat local ne contribue pas de manière significative à l'environnement. Le génie génétique le peut, mais il y a une résistance ; le mouvement est culturellement attaché au mouvement bio (même si tous les agriculteurs de proximité ne sont pas en bio), de sorte que l'adoption des OGM est probablement hors de question pour l'instant. Si tel est le cas, le mouvement locavore apparaîtra comme plus préoccupé par le fait d'être vu comme faisant quelque chose de bien, plutôt que par le fait de faire réellement quelque chose de bien.

 

 

________________

 

Nicholas Staropoli est un associé de recherche pour l'American Council on Science and Health (Conseil américain sur la science et la santé) [12]. Il détient une maîtrise en biologie de l'Université DePaul et un B.S. en sciences biomédicales du Marist College. Suivez-le sur Twitter @NickfrmBoston.

 

[1] http://www.cuesa.org/learn/10-reasons-support-farmers-markets

 

[2] http://www.fastcompany.com/1536686/food-miles-debunked

 

[3] http://www.ers.usda.gov/amber-waves/2010-december/varied-interests-drive-growing-popularity-of-local-foods.aspx#.VgnikRNVikr

 

[4] Nous avons procédé à une conversion des miles en kilomètres en considérant que les aliments étaient mesurés en pounds (livres).

 

[5] https://books.google.com/books?id=ntqjF0BOISMC&printsec=frontcover&dq=inauthor:%22James+E.+McWilliams%22&hl=en&sa=X&ei=HyvfUYW8MLap4APjhIHgDg#v=onepage&q&f=false

 

[6] http://observer.com/2013/04/the-lie-of-locavorism/2/

 

[7] http://thebreakthrough.org/index.php/programs/conservation-and-development/farm-to-fable

 

[8] http://www.nytimes.com/2007/08/06/opinion/06mcwilliams.html

 

[9] http://acsh.org/2015/08/ge-crops-could-save-the-environment-if-organic-advocates-let-them/

 

[10] http://www.bananalink.org.uk/how-bananas-are-grown

 

[11] http://www.geneticliteracyproject.org/2015/07/12/no-till-agriculture-offers-vast-sustainability-benefits-so-why-do-organic-farmers-reject-it/

 

[12] http://acsh.org/

 

 

Commentaires

 

Cet article se fait, inutilement, très péremptoire en introduction. On peut trouver d'autres vertus aux circuits courts qui compensent en quelque sorte le déficit du bilan carbone.

 

Ce qui importe, c'est la suite, l'invitation à considérer l'ensemble de la question des émissions de gaz à effet de serre et pas simplement la distance parcourue par le produit de son lieu de production à son lieu de vente.

 

Les considérations sur les contributions possibles du génie génétique sont intéressantes dans leur principe. Mais l'exemple du bananier est certainement mal choisi. On voit mal comment le bananier pourrait sortir de sa zone de production actuelle, même avec le changement climatique, et comment, s'il y parvenait, les nouvelles zones de production pourraient concurrencer les actuelles.

 

Il en est de même de la réduction des besoins en azote, une autre idée fixe. L'azote absorbé par les plantes s'y retrouve, généralement sous forme de protéines, pour partie dans la récolte et pour partie dans les résidus de culture. Dans le premier cas, il nous profite ; dans le deuxième, il est recyclé pour autant que la gestion agronomique soit efficace.

 

Mais ce qu'il faut retenir, c'est que le génie génétique peut contribuer au « produire local et consommer local », et que l'idéologie se révèle au final toxique.

 

Tout en restant circonspect. Car le « produire local, consommer local » concerne essentiellement les fruits et légumes frais et les produits de l'élevage (viande, lait, œufs). Au-delà des idéologies, les contributions du génie génétique aux productions horticoles – locales ou non – sont rendues extrêmement difficiles par les exigences administratives en matière d'autorisations. Une preuve ? Personne n'a investi dans la création de choux Bt pour lutter contre la piéride.

 

Petit supplément

Manger local n'est pas durable. La solution  ? Redescendre sur terre et appliquer la science

Source : http://www.proxidelice.fr/proxidelice/supports-pedagogiques

Ce serait un support pédagogique !

Exemple de « message » :

« Le BIO c’est bon pour notre santé car l’ agriculture biologique n’utilise pas de produits chimiques dans son champs. L’éleveur donne de la nourriture naturelle à ses animaux et il n’y a pas non plus de pollution de la nature. Non seulement c’est bon pour la santé, bon pour la nature, mais en plus… le goût est vraiment super !

Les aliments produits localement nécessitent moins de transport. Manger local c’est aussi respecter le rythme des saisons, redécouvrir notre patrimoine culinaire régional traditionnel, et favoriser le travail des producteurs locaux… Le local c’est plus de qualités pour notre santé ! »

Et pour la route...

 

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Abstract

This paper provides a critical commentary on the conception of food miles followed by an empirical application of food miles to two contrasting food distribution systems based on carbon emissions accounting within these systems. The comparison is between the carbon emissions resultant from operating a large-scale vegetable box system and those from a supply system where the customer travels to a local farm shop. The study is based on fuel and energy use data collected from one of the UK’s largest suppliers of organic produce. The findings suggest that if a customer drives a round-trip distance of more than 6.7 km in order to purchase their organic vegetables, their carbon emissions are likely to be greater than the emissions from the system of cold storage, packing, transport to a regional hub and final transport to customer’s doorstep used by large-scale vegetable box suppliers. Consequently some of the ideas behind localism in the food sector may need to be revisited.

Local food, food miles and carbon emissions: A comparison of farm shop and mass distribution approaches

David Coley, Mark Howard, Michael Winter

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