Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Lutte contre les mythes des activistes : pas d'études à long terme sur la sécurité des OGM ?

2 Octobre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Jon Entine, #OGM

Lutte contre les mythes des activistes  : pas d'études à long terme sur la sécurité des OGM  ?

 

Jon Entine*

 

 

Il y a eu plus d'un millier d'études [1], la plupart d'entre elles par des chercheurs indépendants, documentant la sécurité des OGM. Plus de 240 organismes mondiaux et indépendants de supervision de la science [2] ont publié des déclarations soulignant la sécurité de la technologie GM. Ce nonobstant, des groupes anti-OGM dévoués à leur cause disent qu'ils ne sont toujours pas convaincus. Leur argument ? Il n'y a pas eu, selon eux, d'études multigénérationnelles.

 

Dans son dossier d'attaque sur la toile contre les aliments GM, le groupe technophobe Earth Open Source, basé à Londres, consacre une section entière à ce qu'il prétend être le « mythe » de la sécurité des OGM [3]. « Peu d'études à long terme ont été réalisées », affirme-t-il.

 

C'est un mème repris presque mot pour mot dans toute la communauté anti-OGM, en particulier par les groupes qui militent en faveur de l'étiquetage et les entreprises de l'alimentation bio qui tentent de stigmatiser les aliments conventionnels.

 

« Parce que les OGM sont encore une science nouvelle, il n'y a pas eu d'études à long terme à l'appui de leur effet exact sur notre santé », affirme la société de produits « naturels » Aunt Millies [4]. Quant à Label GMOs [5], c'est : « Peu d'études à long terme ont été réalisées. »

 

Qu'en est-il vraiment ?

 

Il y a eu des dizaines d'études de laboratoire multigénérationnelles sur des animaux qui ont conclu que les aliments GM ne présentent pas de risques inhabituels pour la santé. Il y a quelques années, Skeptic Ink a produit un résumé de dizaines [6] d'études de sécurité à long terme. La base de données GENERA [7], que l'on trouvera sur le site indépendant Biology Fortified, répertorie plus de trois douzaines d'exemples d'études pluriannuelles. Un examen récent de 24 d'entre elles par Snell et al. [8] a établi que : « Les résultats [...] ne suggèrent aucun risque pour la santé et, en général, il n'y avait pas de différences statistiquement significatives dans les paramètres observés. » Les auteurs ont conclu : « Les études examinées présentent des preuves montrant que les plantes génétiquement modifiées sont équivalentes sur le plan nutritionnel à leurs homologues non GM et qu'elles peuvent être utilisées en toute sécurité dans l'alimentation humaine et animale. »

 

Les militants anti-OGM ajoutent souvent un truc à leur critique. Il n'y a pas eu d'études à long terme sur les êtres humains, écrivent-ils. Ils ont raison : il n'y a pas eu d'essais cliniques humains avec des OGM. Rien que de très normal. Aucun aliment ou ingrédient existant, GM ou non, n'a fait l'objet de tels essais. Les humains sont des sujets expérimentaux très peu intéressants : nous vieillissons et nous nous reproduisons lentement, et notre diversité génétique et notre prédisposition à des maladies comme le cancer et l'arthrite au cours du vieillissement sont des facteurs de confusion entachant les résultats expérimentaux. Cependant, les essais sur les animaux suppléent très bien aux expériences sur les être humains.

 

Il y a un consensus large et global dans la communauté scientifique pour dire que les études sur les animaux sont la manière éthique d'évaluer les dangers potentiels pour les humains. L'expérimentation animale se divise en deux catégories : les essais contrôlés et les expériences de surveillance. Les études contrôlées sont des essais cliniques dans lesquels les animaux sont affectés à deux groupes utilisés à des fins de comparaison. Les autres variables telles que le milieu de vie et l'exposition à d'autres animaux peuvent être contrôlés. Les mesures de surveillance examinent le bétail qui a été nourri avec des produits de cultures GM et évaluent la santé de ces animaux, soit in vivo, soit par analyse de données. Lorsque cela est possible, on utilise un groupe témoin d'animaux nourris avec un régime comparable non GM.

 

Les activistes anti-OGM affirment, de façon anecdotique, que les animaux qui mangent des céréales et aliments GM ont été en proie à des problèmes. Le croisé anti-OGM Jeffrey Smith, sur son site personnel, l'Institute for Responsible Technology, recense [9] plus d'une douzaine de cas dans lesquels des animaux nourris avec des OGM étaient, selon lui, dans un état de santé anormal, y compris des cancers et une mort prématurée. Il fait également référence à son propre livre édité à compte d'auteur, et à des preuves anecdotiques que des porcs nourris avec des aliments GM étaient devenus stériles ou faisaient des grossesses nerveuses, et que des moutons qui paissaient sur des cotonniers Bt mourraient souvent.

 

« Presque toutes les études indépendantes de sécurité de l'alimentation animale sur les aliments GM montrent des effets indésirables ou inexpliqués », écrit-il. « Mais nous ne sommes pas censés connaître ces problèmes [...] l'industrie des biotechnologies fait des heures supplémentaires pour essayer de les cacher. »

 

L'American Academy of Environmental Medicine [10] – un groupe de médecine alternative qui relève de la charlatanerie [11], rejette les OGM et croit que les vaccins sont dangereux – affirme : « Plusieurs études sur l'animal pointent vers des risques graves pour la santé associés aux aliments GM », y compris l'infertilité, des problèmes immunitaires, le vieillissement accéléré, une régulation de l'insuline défectueuse et des altérations des principaux organes et du système gastro-intestinal.

 

Y a-t-il un fondement à ces allégations ? Après tout, à l'échelle mondiale, les animaux de rente consomment 70 à 90 pour cent de la biomasse des cultures génétiquement modifiées, surtout du maïs et du soja. Dans les seuls États-Unis, selon le Département américain de l'Agriculture [12], l'élevage produit plus de 9 milliards d'animaux de rente par an et plus de 95 pour cent d'entre eux consomment des aliments contenant des ingrédients GM. Les chiffres sont similaires dans les pays grands producteurs d'OGM tels que le Brésil et l'Argentine. Même l'Europe, qui fuit généralement les OGM sur les marchés de l'alimentation humaine, nourrit la plus grande partie de son bétail avec des OGM.

 

Les estimations du nombre de repas consommés par les animaux d'élevage depuis l'introduction des cultures GM il y a 18 ans se situent sans conteste dans les mille milliards, voire au-delà. Le simple bon sens exige que si les aliments GE sont à l'origine de problèmes inhabituels chez le bétail, les agriculteurs l'auraient remarqué. Les animaux morts ou malades encombreraient littéralement les fermes à travers le monde. Pourtant, il n'y a pas de rapports factuels sur de tels problèmes de santé de masse.

 

Mais nous n'avons pas besoin des anecdotes pour répondre à ces préoccupations. Une étude de suivi de grande ampleur publiée l'an dernier dans le Journal of Animal Science [13], par l'experte en génomique animale Alison Van Eenennaam et son assistante Amy Young de l'Université de Californie-Davis, a examiné l'impact de l'alimentation GM sur le bétail. L'étude a porté sur les données sur la santé des animaux couvrant une période de temps de 29 ans – chevauchant l'introduction des aliments GM en 1996.

 

Les auteures concluent que les données de 100 milliards d'animaux sur plus de 29 ans « n'ont pas révélé de tendances défavorables ou de perturbations dans la santé et la productivité du bétail ». L'étude a également conclu qu'il n'y a aucune preuve de matériel génétiquement modifié dans le lait ou les œufs provenant d'animaux nourris avec des aliments GM : « Des études ont été menées sur une variété d'animaux producteurs d'aliments, y compris les moutons, les chèvres, les porcs, les poulets, les cailles, les bovins, les buffles, les lapins et les poissons nourris avec différentes variétés de cultures transgéniques. Les résultats ont révélé de manière constante que les performances et la santé des animaux nourris aux OGM étaient comparables à celles des animaux nourris [...] avec des lignées et des variétés commerciales non GM ».

 

L'étude a été largement médiatisée grâce notamment à un article [14] de Jon Entine du Genetic Literacy Project dans Forbes, « The Debate About GMO Safety Is Over, Thanks to a New Trillion-Meal Study »(le débat sur la sécurité des OGM est clos grâce à une nouvelle étude sur mille milliards de repas). Les GMO-sceptiques se sont précipités sur l'étude Van Eenennaam et le rapport Entine. GMWatch a publié une réfutation torride [15], « Why Jon Entine’s ‘trillion meal study’ won’t save us from GMO dangers » (pourquoi l'étude de Jon Entine sur les mille millions de repas ne nous sauvera pas des dangers des OGM).

 

Tout d'abord, les activistes anti-OGM ont mis en doute la validité des études de surveillance en l'absence d'essais contrôlés, en déclarant que « les données de Van Eenennaam et Young ne représentent pas une étude contrôlée ». Les critiques dénoncent également[16] l'étude comme étant « à court terme par rapport à la durée de vie naturelle des animaux » et donc « pas en mesure de révéler les effets négatifs sur la santé à long terme, qui prennent du temps pour se manifester ».

 

Ces objections ne résistent pas à l'examen critique. Il y a en effet des centaines d'études, beaucoup d'entre elles à long terme et sur plusieurs générations, sur la sécurité des aliments GM pour le bétail. Une étude contrôlée [17] publiée dans les Archives of Animal Nutrition, sur dix générations de cailles, a noté que nourrir les animaux avec 50 pour cent de maïs GM « n'a pas d'influence significative sur la santé et la performance des cailles, n'a pas induit de transfert d'ADN et n'a pas affecté la qualité de la viande et des œufs de cailles » par rapport au groupe témoin.

 

Lorsque des vaches ont été alimentées au maïs GM dans une autre étude contrôlée[18], publiée dans le Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition il y a 25 mois, « [l]a production de lait n'a pas été affectée par le traitement alimentaire. Il n'y avait pas d'effets cohérents [...] sur la composition du lait ou l'état des animaux [...]. L' étude à long terme a démontré l'équivalence en composition et nutritionnelle (des aliments GM et non GM). »

 

Une grande base de données [19] sur les aliments génétiquement modifiés pour animaux a été publiée récemment par la Information Platform for Animals Health and Feed, un organisme indépendant financé par la Commission européenne. IPAFeed donne un aperçu encore plus complet de l'état actuel des connaissances scientifiques dans ce domaine. La base de données en libre accès résume les conclusions de plus de 3000 documents, couvrant trois aspects principaux de la sécurité des animaux nourris avec des aliments génétiquement modifiés : les essais contrôlés sur l'effet de l'alimentation sur la santé et la productivité des animaux ; la détection d'ADN des cultures transgéniques dans les tissus animaux ; et les programmes de surveillance. En outre, de nombreuses études sont à long terme, y compris plus de 80 études sur deux ans.

 

La base de données IPAFeed de la CE écarte définitivement tout doute sur une pénurie d'essais contrôlés : pas moins de 3000 y sont présentés. La preuve est écrasante : aucune preuve n'a été trouvée pour des effets néfastes sur la santé ou une contamination transgénique de produits laitiers. Par exemple, dans 38 études sur des vaches nourries avec des aliments issus de cultures génétiquement modifiées pour résister à des insectes ou des herbicides, aucun ADN transgénique détectable n'a été trouvé dans le lait.

 

Une des principales critiques de la technologie GM est qu'elle est dangereuse, ou du moins qu'il n'a pas été prouvé qu'elle est sûre. Le mouvement anti-GM allègue à cet effet un manque d'études à long terme. En fait, les données de surveillance couvrant une vingtaine d'années et portant sur des milliards d'animaux dans le monde entier nourris avec des OGM n'ont pas produit de preuves de risques pour la santé en raison des aliments génétiquement modifiés. Une série d'études contrôlées, beaucoup d'entre elles à long terme, sur les effets des aliments génétiquement modifiés sur les animaux d'élevage pointe vers la même conclusion : il n'y a aucune preuve suggérant que les aliments GM sont dangereux. La prétendue absence de preuves à long terme entourant la sécurité des OGM a reçu des réponses de deux manières : les données de suivi à long terme corroborent les conclusions des nouvelles études contrôlées à long terme de la sécurité des cultures GM comme aliments pour le bétail.

 

__________________

 

* Jon Entine est le directeur exécutif du Genetic Literacy Project et senior fellow au World Food Center Institute for Food and Agricultural Literacy, de l'Université de Californie-Davis. Vous pouvez suivre Jon sur Twitter @JonEntine .

 

Source : http://www.geneticliteracyproject.org/2015/09/23/myth-busting-anti-gmo-activist-claims-no-long-term-safety-studies-demolished/

 

[1] http://www.geneticliteracyproject.org/2013/10/08/with-2000-global-studies-confirming-safety-gm-foods-among-most-analyzed-subject-in-science/

 

[2] http://www.geneticliteracyproject.org/2015/06/16/240-global-science-organizations-affirm-consensus-for-gmo-food-and-crop-safety/

 

[3] http://earthopensource.org/gmomythsandtruths/sample-page/3-health-hazards-gm-foods/3-3-myth-many-long-term-studies-show-gm-safe/

On peut lire une description d'Earth Open Source ici :

http://www.geneticliteracyproject.org/glp-facts/earth-open-source-maharishi-cult-organic-ngo-promotes-anti-gmo-propaganda/

 

[4] https://www.auntmillies.com/bestgrains/about-non-gmo

 

[5] http://www.labelgmos.org/the_science_genetically_modified_foods_gmo

 

[6] http://www.skepticink.com/smilodonsretreat/2012/10/24/a-survey-of-long-term-gm-food-studies/

 

[7] http://genera.biofortified.org/

 

[8] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0278691511006399

 

[9] http://www.responsibletechnology.org/gmo-dangers/health-risks/articles-about-risks-by-jeffrey-smith/Genetically-Modified-Foods-Toxins-and-Reproductive-Failures-July-2007

 

[10] https://www.aaemonline.org/

 

[11] https://www.sciencebasedmedicine.org/environmental-medicine/

 

[12] http://www.aaemonline.org/gmopost.html

 

[13] http://www.journalofanimalscience.org/content/early/2014/08/27/jas.2014-8124

 

[14] http://www.forbes.com/sites/jonentine/2014/09/17/the-debate-about-gmo-safety-is-over-thanks-to-a-new-trillion-meal-study/

 

[15] http://www.gmwatch.org/news/archive/2014/15669-why-jon-entine-s-trillion-meal-study-won-t-save-us-from-gmo-dangers

 

[16] http://www.biodiverseed.com/post/100954138868/19-year-study-of-trillions-of-meals-shows-ge-crops

 

[17] http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17450390500353549

 

[18] http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20579187

 

[19] http://www.ipafeed.eu/

 

 

Partager cet article

Commenter cet article

un physicien 03/10/2015 16:59

http://www.nytimes.com/2015/09/29/science/that-stinky-cheese-is-a-result-of-evolutionary-overdrive.html?rref=collection%2Fcolumn%2FMatter&action=click&contentCollection=Science&module=Collection®ion=Marginalia&src=me&pgtype=article
Un article intéressant qui montre tout ce que l'agriculture traditionnelle doit aux modifications des génomes. Faudra-t-il interdire le Roquefort ?

Seppi 06/10/2015 18:29

Bonjour,

Merci pour votre alerte. Je lirai.

En fait, il faudrait interdire beaucoup de fromages pour cause de chymisine (présure) dite par euphémisme "recombinante".

Un passant 03/10/2015 12:04

Selon ces activistes les OGM sont par nature dangereux, on n'a simplement pas encore réussi à le démontrer. Ils n'accepteront donc aucune preuve d'innocuité, qu'ils mettront systématiquement sur le compte du complot mondial orchestré par Monsanto et ses sbires. En revanche la première anecdote loufoque semblant accréditer leur thèse sera illico utilisée à charge. On ne peut s'empêcher de tirer quelques parallèles entre cette mouvance scientophobe et le créationnisme voire la religion en général, qui utilisent clairement les mêmes ficelles. La question est: comment faire entendre raison à des fanatiques? D'aucuns tels que Peter Boghossian suggèrent de les inciter à douter de la validité du raisonnement les amenant à adhérer à une croyance, mais cela demande une certaine préparation et, j'imagine, pas mal temps à disposition...

Seppi 13/11/2015 08:40

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Ça me fait plaisir de savoir que je suis lu par des gens qui ne pensent pas comme moi.

J'ai bon espoir d'en convertir quelques-uns à substituer la réflexion rationnelle à la pensée magique.

serieusement 09/11/2015 18:25

whaouu je viens de tomber sur ton blog seppi.. je ne pensai jamais voir ça, sacré boulot de propagande, plutot bien fait et sans jamais déchanter en plus!
Bravo, franchement bravo!
heureux de voir que personne ne te suit =). En souhaitant que ça dure.

Seppi 06/10/2015 18:41

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Votre analyse est correcte. Sauf qu'il n'y a pas de preuve d'innocuité, puisqu'on ne peut pas démontrer sans contestation possible une absence de nocivité.

D'où les constantes surenchères.

Il y a sur la toile une vidéo d'une conférence faite par Mme Margaret Mellon (je crois que c'est celle-là : https://vimeo.com/10103383) où elle dit clairement que c'est "vous" (les consommateurs) qui doivent dire jusqu'où il faut aller dans les tests. Donc après les trois mois en toxicité subaiguë, on aura les deux ans (c'est bien avancé au niveau européen...) puis plusieurs générations, puis...

La première anecdote loufoque ? Un producteur danois de cochons; M. Ib Pedersen... un document... (à compléter) que j'ai critiqué par ailleurs... Les rats...

Comment faire entendre raison à des fanatiques ? Expliquer, encore et toujours. Résister à la démagogie.