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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le triste état du foie de Risk-monger

19 Octobre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger, #critique de l'information, #Perturbateurs endocriniens, #Union européenne

Le triste état du foie de Risk-monger

 

après visionnage d'« Endoc(t)rinement » de Mme Stéphane Horel

 

The Risk-monger*

 

 

Comme annoncé dans le billet précédent [1], nous publions ici la réaction de Risk-monger à une œuvre, du type habituellement qualifié de « documentaire », de Mme Stéphane Horel, « Endoc(t)rinement ». Le texte ci-dessous est du 11 août 2014. Il constitue aussi, sans nul doute, une critique de l'ouvrage du même auteur qui vient de paraître.

 

 

Ce fut vraiment une très mauvaise idée que de visionner le « lobbymentaire » de Stéphane Horel, « Endoc(t)rinement », dans une soirée arrosée, mais le Risk-monger n'a pas pu y résister samedi dernier. La règle du jeu était qu'à chaque fois que Martin Pigeon, de Corporate Europe Observatory (qui, autant que je sache, n'a aucune expérience sur la science des perturbateurs endocriniens), a pris le micro pour asséner un coup à l'industrie, je devais prendre un coup de whisky. Inutile de dire que, le lendemain, il a fallu soigner une formidable gueule de bois et beaucoup de regrets.

 

Pourquoi Corporate Europe Observatory (CEO) a-t-il eu plus de 20% du temps d'interview dans l'opus de Mme Horel contre l'industrie ? Ce n'était pas que le CEO payât Mme Horel [2] (que le CEO a qualifié par erreur de « journaliste » plutôt que sa consultante) pour un autre projet sur un sujet similaire, dans lequel ils partageaient conseils et tactiques de lobbying activiste. Ils ont dit qu'ils ne travaillent pas ensemble et Risk-monger s'interdit de penser qu'une bonne personne puisse jamais mentir ou tromper ainsi. Ce devait donc être autre chose.

 

Je pense que le CEO était simplement en train d'aider Stéphane Horel (dans le sens de bienfaisance) parce qu'au cours des deux dernières années, elle avait eu le plus grand mal à amener les gens à participer à cette campagne de lobbying militant qui était la sienne (si l'on met à part les habitués, comme David Gee, qui ont de grandes difficultés à la fermer quand ils voient un microphone ouvert). Un seul scientifique, Andreas Kortenkamp (un autre qui souffre d'une addiction au microphone), a choisi de participer – affaiblissant l'argument contre la lettre de plus de 80 scientifiques [3] qui avaient écrit à Anne Glover [à l'époque Conseillère scientifique principale dans le cabinet du président Barroso] pour prier la Commission européenne de bien vouloir commencer à utiliser un peu de recherche scientifique fondée sur les preuves dans l'élaboration de sa politique en matière de perturbateurs endocriniens. Aucun autre chercheur, pas même Skakkebaek, n'a décidé de se mettre en avant et de parler au nom de Horel – personne d'autre. Comme Kortenkamp était déjà devenu la coqueluche des activistes anti-perturbateurs endocriniens, ce ne fut certainement pas un triomphe retentissant pour l'investigation journalistique.

 

Cela a dû être très frustrant pour Stéphane Horel. Voir les messages de Horel suppliant le porte-parole de la Commission européenne, Frédéric Vincent [4], de lui obtenir des interviews de fonctionnaires de la Commission. Par définition, les fonctionnaires doivent servir la société civile (à moins qu'ils aient une « bonne raison »)... mais avoir vu comment elle avait massacré la réputation d'autres fonctionnaires et représentants de l'industrie dans le passé pouvait certainement constituer une « bonne raison » de ne pas lui parler. À un moment donné, je ne plaisante pas, elle implore même Vincent, déclarant que Bruxelles manque de légitimité de sorte qu'ils doivent participer à son « documentaire » pour améliorer la perception du public de ces institutions (voir capture d'écran ci-dessous, le premier texte encadré).

 

 

Horel ne semble pas se rendre compte qu'attaquer d'autres n'est pas sans conséquences.

 

Donc Horel promet que sa théorie du complot aidera à restaurer cette légitimité publique, tellement nécessaire, dont la Commission européenne ne dispose pas actuellement. Bon, maintenant, j'ai besoin d'un autre verre !

 

Deux fonctionnaires de la Commission ont choisi d'accorder une interview à Stéphane Horel, et je suis sûr que, samedi, après le spectacle, ils ont bu encore plus de whisky que Risk-monger. Elle a fait un montage des courts épisodes où les fonctionnaires hésitaient (créant l'impression d'une sidération ou d'une confusion) et de séquences censées illustrer une certaine impatience des personnes interrogées vis-à-vis de leurs collègues. Horel a clairement essayé de présenter un complot au sein de la Commission européenne (un fratricide inter-services orchestré par de méchants lobbyistes de l'industrie). Bravo à la Commission pour avoir compris la manœuvre. Je suis certain que ces fonctionnaires avaient les meilleures intentions du monde en accordant une interview à quelqu'un dont ils avaient été amenés à croire qu'elle était une journaliste... Il est tout simplement dommage que la personne qui a procédé aux interviews ait eu d'autres intentions (certainement pas celle d'aider à restaurer la confiance du public envers Bruxelles).

 

Deux représentants de l'industrie ont également participé à cet exposé sur la corruption par le lobbying. Les associations professionnelles de l'industrie ont toujours eu une politique d'ouverture vis-à-vis du public ; elles ont donc accordé une interview en toute bonne foi, sous l'hypothèse que Mme Horel agirait conformément à ce qu'elle a déclaré être, en journaliste. Ces deux directeurs sont assez nouveaux dans leurs postes et il n'est donc pas surprenant qu'ils n'aient pas pu connaître les tactiques de manipulation de quelqu'un qui a clairement un agenda. Une fois de plus, s'il y avait eu un registre européen de transparence pour les journalistes [5], ces directeurs auraient pu consulter le dossier de Mme Horel et auraient pu faire un choix plus éclairé.

 

Il est très triste de dire que si j'avais été le conseiller de ces associations, je leur aurais recommandé d'ignorer la demande d'entrevue (étant donné l'historique des pratiques et les intentions de Horel). D'autres organisations concernées par les perturbateurs endocriniens n'ont pas été interrogées et s'en sont ainsi mieux sorties. Lorsque les activistes jouent avec le système et créent une mauvaise impression autour de lui, ils font paradoxalement du tort au processus d'ouverture et de participation auquel les associations de l'industrie aspirent à Bruxelles. Même Horel a reconnu que l'industrie avait fait preuve de coopération avec elle (voir capture d'écran ci-dessus, deuxième encadré) ; il est bien dommage qu'elle ait, une fois de plus, brûlé cette branche d'olivier.

 

Cela doit avoir été une expérience très frustrante pour Horel – elle a passé des mois à lire des documents de l'industrie, des rapports et des courriels rendus publics par la Commission européenne, à sa demande, et elle n'a rien trouvé de compromettant – pas de courriel montrant que l'industrie s'était livrée à un lobbying inapproprié. Tout ce qu'elle a pu faire, c'est faire défiler des vagues de mignons en-têtes de papier à lettres. En d'autres termes, Risk-monger l'avait prédit, l'industrie s'est comportée correctement (contrairement aux ONG activistes, l'industrie impose des codes de conduite à ses dirigeants [6], et il est rassurant de voir que personne n'a fait défaut).

 

Il a dû être encore plus frustrant pour Horel que, après deux années de temps de travail et au prix de beaucoup d'argent dépensé par d'autres personnes, elle n'ait pas obtenu cette grande victoire contre l'industrie qu'elle espérait. Elle a utilisé des astuces de la caméra pour essayer de montrer des personnes semblant désespérées ou désemparées, et elle a cimenté sa réputation dans cette ville en tant que militante rusée à qui on ne peut pas faire confiance. Je ne pense pas que quelqu'un de niveau élevé lui consacrera encore du temps à Bruxelles pour une interview.

 

Et qu'a exactement gagné Stéphane Horel de deux années de travail et d'une réputation entachée ? Si l'on exclut la belle communication et les déclarations de succès de ses amis activistes, elle a essentiellement obtenu 12 retweets dans les 48 heures suivant son "show" (trois gazouillis de personnes impliquées dans le programme). Frustrant, en effet !

 

Quand j'ai refermé la bouteille de whisky en regardant défiler les nombreux crédits, alors que cet enfant un peu mignon, mais clairement perturbé, partait au loin dans son landau (un vieux truc d'activiste plutôt usé – l'utilisation des enfants pour gagner l'opinion [7]), je me suis demandé combien de toxines j'avais ingérées au cours de l'heure précédente. Il est clair que les substances chimiques naturelles ont beaucoup plus de propriétés de perturbation endocrinienne que quoi que ce soit de synthétique.

 

 

Et ce fut la conclusion ! Ce programme ne portait pas du tout sur la perturbation du système endocrinien... de sorte que ce bruyant scientifique était un de trop. Endoc(t)rinement était tout simplement une œuvre pleine d'irritation contre nos institutions politiques et l'économie industrielle... et pour ça, Corporate Europe Observatory peut considérer que son argent et son temps a été bien dépensé.

 

Auteur : David Zaruk

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger  :

www.facebook.com/riskmonger.

 

Source : http://risk-monger.blogactiv.eu/2014/08/11/the-sorry-state-of-the-risk-monger%E2%80%99s-liver/

 

 

[1] http://seppi.over-blog.com/2015/10/intoxication-a-la-complotite-sur-les-perturbateurs-endocriniens.html

 

[2] http://risk-monger.blogactiv.eu/2013/09/13/ceo-and-stephane-horel-opaque-transparency

 

[3] http://www.umwelttoxikologie.uni-konstanz.de/index.php?eID=tx_nawsecuredl&u=0&g=0&t=1407876733&hash=1a290a65ec93f31f46b8b9e427a1681ad776f251&file=fileadmin/biologie/ag-dietrich/Letter_to_Prof_Glover_180613DRD.pdf

 

[4] http://www.huffingtonpost.fr/stephane-horel/chere-commission-europeenne_b_5653634.html?utm_hp_ref=tw

 

[5] http://risk-monger.blogactiv.eu/2014/08/06/the-need-for-a-european-transparency-registry-%E2%80%A6-for-journalists

 

[6] http://risk-monger.blogactiv.eu/2013/10/09/the-nobel-prize-for-agriculture-is-it-ok-to-lie

 

[7] http://risk-monger.blogactiv.eu/2013/07/15/how-to-use-a-child

 

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