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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Données de l'USDA sur 370 cultures : l'agriculture biologique a des rendements plus faibles

14 Octobre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Steve Savage, #Agriculture biologique, #Alimentation

Données de l'USDA sur 370 cultures : l'agriculture biologique a des rendements plus faibles

 

Steve Savage*

 

Notre gouvernement (qui ne dépareille pas avec le précédent...) a affiché en 2013 un objectif de doublement de la surface en bio à l'horizon 2017.

http://agriculture.gouv.fr/ministere/programme-ambition-bio-2017

Et 20% des surfaces agricoles en 2020...

 

 

La productivité de l'agriculture biologique est généralement inférieure à celle des exploitations comparables « conventionnelles ». Cette différence est parfois contestée, mais une récente enquête de l'USDA sur l'agriculture biologique démontre que le bio commercial présente un important écart de rendement aux Etats-Unis.

 

J'ai comparé les données de l'enquête menée en 2014 auprès des producteurs bio aux statistiques de rendements agricoles globales pour la même année, culture par culture et État par État. L'image qui émerge est claire : les rendements du bio sont généralement plus faibles. Si on avait converti toutes les productions des États-Unis en bio en 2014, il aurait fallu mettre 44 millions d'hectares de terres supplémentaires en culture. C'est une superficie équivalente à toutes les aires de parcs et forêts des 48 États de la zone continentale ou à 1,8 fois plus que toute la zone urbaine de la nation. La superficie des terres déclarées en 2014 comme cultivées en bio ne représentait que 0,44 pour cent du total ; mais si elle devait augmenter de manière significative, sa faible efficacité dans la valorisation des terres deviendrait problématique. C'est là une des raisons de douter de l'affirmation que l'agriculture biologique est meilleure pour l'environnement.

 

L'USDA a mené une enquête détaillée sur l'agriculture biologique en 2008, puis à nouveau en 2014 [3]. Des renseignements ont été collectés sur le nombre de fermes, les surfaces mises en culture et récoltées, la production de ces surfaces et la valeur du produit vendu. L'USDA recueille également des données semblables chaque année pour l'ensemble de l'agriculture et rend les rend facilement accessibles via Quick Stats [4]. Il est intéressant de noter qu'ils ne publient pas de comparaisons de ces deux ensembles de données alors qu'ils seraient en mesure de le faire même à l'échelle des comtés. En travaillant avec les deux séries statistiques de l'USDA, j'ai pu trouver 370 bons couples de données sur le bio, d'une part, et l'ensemble de la production, d'autre part, pour la même culture et le même État dans lequel le bio représente au moins 8 hectares pour la culture considérée. Cette série de comparaisons couvre 80 pour cent de la surface agricole américaine.

 

 

Résumé de la comparaison des statistiques du bio et du conventionnel pour 2014 (370 couples État-culture, représentant 107 millions d'hectares)

 

 

Pour 292 de ces comparaisons(soit 84 pour cent rapporté à la surface en bio), les rendements du bio étaient plus bas. Il y avait 55 comparaisons où le rendement en bio était plus élevés, mais dans 89 pour cent des cas, il s'agissait de productions de foin ou d'ensilage et non de cultures pour l'alimentation humaine. La différence de rendement en défaveur du bio est prédominante pour les grandes cultures, les fruits et les légumes comme on peut le voir dans les graphiques ci-dessous.

 

Les raisons de l'écart varient selon la culture et la géographie. Dans certains cas, la problème se pose au niveau de la capacité à répondre aux demandes de pointe en nutriments en utilisant uniquement des sources organiques. Il peut s'agir de la concurrence des adventices parce que les herbicides font généralement défaut en bio. Dans certains cas, l'écart reflète la perte de rendement due aux maladies et aux insectes. Bien que les agriculteurs bio utilisent sans conteste des pesticides [5], la limitation de leurs options aux substances naturelles [6] peut laisser les cultures vulnérables. J'ai posté un résumé beaucoup plus détaillé de ces informations sur Scribd [7], avec les données au niveau des États.

 

Les rendements du bio sont nettement inférieurs pour de nombreuses grandes cultures (les barres représentent la perte (vers la droite) ou le gain (vers la gauche) de rendement du bio par rapport au conventionnel).

 

Pour les fruits et les noix, les rendements du bio sont pour la plupart nettement inférieurs à ceux du conventionnel.

 

Les écarts de rendement varient beaucoup dans le cas des légumes

 

Il y a un peu de place pour des biais dans cet ensemble de données. Ainsi, les comparaisons sont faussées si la proportion de terres irriguées et non irriguées diffère entre le bio et le conventionnel. Dans le cas de la laitue et des épinards, il est probable que le bio soit proportionnellement plus présent dans la catégorie « baby », ce qui fait que les rendements semblent nettement inférieurs. Mais, dans l'ensemble, cette fenêtre sur l'agriculture est utile pour comprendre l'état actuel de la production biologique commerciale. L'offre de terres agricoles étant finie, et l'eau rare dans des régions comme la Californie, l'utilisation efficace des ressources est un enjeu, même à l'échelle actuelle du bio (600.000 hectares cultivées, 1,6 millions si l'on inclut les pâturages et les parcours).

 

Vous êtes invités à commenter ici ou à contacter l'auteur à savage.sd@gmail.com. L'auteur serait heureux de partager un fichier de données avec les parties intéressées et d'obtenir des commentaires en retour sur les comparaisons particulières de rendements qui pourraient être trompeuses [8]. Une présentation plus détaillée est disponible ici [7].

 

Cet article a paru dans Forbes sous le titre « The Lower Productivity Of Organic Farming: A New Analysis And Its Big Implications » et a été traduit et publié ici avec la permission de l'auteur – et un grand plaisir pour l'hôte de ces lieux.

 

_________________

 

* Steve Savage est un scientifique agricole (phytopathologie) qui a travaillé pour la Colorado State University, DuPont (développement de fongicides), Mycogen (développement de solutions de biocontrôle), et a exercé ces 13 dernières années l'activité de consultant indépendant. Son site blogging est Applied Mythology. Vous pouvez le suivre sur Twitter@grapedoc.Source : http://www.geneticliteracyproject.org/2015/10/11/usda-data-370-crops-organic-farming-lower-yields/

 

 

[1] http://www.agcensus.usda.gov/Publications/2012/Online_Resources/Organics/

 

[2] http://appliedmythology.blogspot.com/2013/04/six-reasons-organic-is-not-most.html

 

[3] http://www.agcensus.usda.gov/Publications/Organic_Survey/

 

[4] http://www.nass.usda.gov/Quick_Stats/

 

[5] http://www.forbes.com/forbes/welcome/

 

[6] http://appliedmythology.blogspot.com/2015/09/a-closer-look-at-organic-pesticides-in.html

 

[7] https://www.scribd.com/doc/283996769/The-Yield-Gap-For-Organic-Farming

 

[8] Un commentateur sur Genetic Literacy Project s'est étonné de la différence de rendement pour le maïs doux (+ 16 % pour le bio) alors qu'elle est négative (- 35 %) pour le maïs grain.

 

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