Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les scandales du « Saladegate »

25 Septembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique, #Générations futures, #critique de l'information

Les scandales du « Saladegate »

 

Beaucoup de candidats pour le trophée du pire

 

Les scandales du « Saladegate »

Un homme de réseaux

M. François Veillerette est un homme entreprenant, heureux et chanceux.

Fondateur, puis longtemps président d'une association – c'est la forme légale sous laquelle cette entité [1] a été constituée – il en est aujourd'hui le porte-parole. La présidence a ainsi pu échoir à une figure qui exerce d'importantes responsabilités associatives et institutionnelles dans le secteur du « bio », Mme Maria Pelletier, PDG « militante » de Moulin Marion [2]. Rencontre fructueuse, à bénéfices réciproques.

Générations Futures est sur le créneau médiatiquement porteur de l'anxiogénèse en matière de santé et d'alimentation. Créer des peurs alimentaires sur les pesticides et les OGM, c'est susciter des conversions à l'alimentation avec des produits issus de l'agriculture biologique, censée ne pas en utiliser (à tort pour les pesticides ; pour les OGM, c'est plus complexe). En retour, GF peut s'adosser à la galaxie du bio ; elle en promeut activement les intérêts, y compris – et de manière très particulière – dans le cas qui nous préoccupe ici [3]. Rappel : Synabio, c'est le Syndicat national des entreprises bio, dont Mme Pelletier est une des administratrices et dont les membres totalisent quelque 1,5 milliard de chiffre d'affaires [4], certains finançant régulièrement des actions dans le champ d'activité de GF ou participant à des activités communes telles que les manifestations à l'occasion de la « semaine sans pesticides » [5]. On ne peut que recommander à ce stade la lecture de l'excellent décryptage de cet écosystème par Agriculture&Environnement [6].

Source : http://alerte-environnement.fr/2015/09/22/les-salades-de-generations-futures/

 

M. Veillerette a aussi des activités politiques. Membre d'EÉLV, il est actuellement vice-président de la région Picardie, chargé du dossier « Environnement, alimentation, santé ». Paraphrasons Clausewitz (sachant que la formule trouve à s'appliquer dans de nombreux autres cas) : la politique est la continuation du militantisme par d'autres moyens... M. Veillerette est tête de liste pour les prochaines élections régionales qui, rappelons-le, sont à la proportionnelle ; sauf effondrement de son parti, il sera réélu.

 

M. Veillerette est enfin membre de l'Association des Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Environnement (JNE) [7]. Ajoutons incidemment qu'il a sa fiche, très sobre, sur Wikipedia, fiche qui n'a pas fait l'objet d'une « guerre d'édition » pour cause de tentative de transformation en panégyrique... suivez mon regard [8]...

 

M. Veillerette dispose donc de trois réseaux de communication fort importants, en sus des sujets médiatiquement porteurs.

 

 

Une « étude »... à faire peur

Les scandales du « Saladegate »

Et, régulièrement, GF sort une « étude » destinée à entretenir l'anxiété en matière de santé et d'alimentation et, par voie de conséquence, à cultiver sa notoriété médiatique ; et, sans nul doute, à sécuriser les financements par les acteurs économiques qui ont tout à gagner de la peur panique des pesticides (ou plutôt des résidus). Nous l'avons vu, la dernière « étude » a été précédée d'une manœuvre – normalement étonnante – en direction des centrales d'achats [3].

Or donc, GF sème la panique (médiatique) avec l'analyse de 31 – pas une de plus – salades achetées entre mai et juillet 2015 dans des supermarchés de l'Oise et de la Somme [9]. Origine des salades ? Conditions d'acheminement vers les supermarchés ? De stockage ? De manipulation dans les supermarchés ? Largement inconnues...

Mais qu'on se rassure, on a employé des moyens modernes...

« Après analyse des échantillons, le laboratoire Primoris/Fytolab a transmis les résultats d’analyse par email à Générations Futures. Ceux-ci ont été reportés dans un tableau Excel regroupant toutes les données de chaque échantillon analysé. »

Curieusement, il n'y a aucune salade « bio »...

« Cette enquête vise à éclairer les questionnements que nourrissent le public et notre organisation concernant la présence de résidus de pesticides dans des salades non bio et concernant l’exposition des consommateurs, tout particulièrement des femmes enceintes et des enfants, à des pesticides agricoles à faible doses soupçonnées d’être perturbateurs du système endocrinien. »

C'est évidemment écrit en toute bonne foi...

Le drame, pour GF, c'est qu'il n'y a rien de bien croustillant – de gore ou de trashy – à se mettre sous la dent. Aucun dépassement de limite maximale de résidus. Alors on communique avec plein de chiffres pour noyer le lecteur :

« Sur les 31 échantillons analysés, 80,65% contiennent au moins un résidu de pesticide (25/31) – et ce même sans prendre en compte les résidus de bromure de méthyl. »

« 67,74% des échantillons contiennent au moins un résidu de pesticide PE! (21 /31). »

« Parmi les 10 matières actives les plus fréquemment retrouvées, 7 sont suspectés d’être des PE »

Admirez les pourcentages : deux chiffres après la virgule... pour 31 salades au total.

Les scandales du « Saladegate »

Et qui « suspecte » des pesticides d'être des perturbateurs endocriniens ? GF dit prendre la base de données TEDX, d'une organisation qui se dit internationale à but non lucratif et qui a été fondée par une chercheuse notoirement militante (Mme Theo Colborn) [10]. Curieusement, le premier perturbateur endocrinien annoncé par GF à la page 8 de son « étude » (le cyprodinyl) ne figure pas sur la liste ; pour le second, le fludioxonyl, il y a une seule référence, un article d'un autre chercheur aux opinions notoires, M. Andreas Kortenkamp.

Comme par enchantement, les données brutes n'ont pas été incluses dans l'« étude », mais publiées à part. C'est que c'est long... quatre pages qui auraient pu être réduites à maximum deux. Les limites maximales de résidus n'ont pas été ajoutées... cela aurait donné des idées aux gens qui savent lire.

C'est la transparence opaque. GF a publié les chiffres – ou les pas de chiffres – mais il faut que des doigts de fée s'agitent sur un clavier pour y accéder.

« ...pas de chiffre... » ? Selon notre pointage, près de 40 % des signaux comptabilisés par GF – vous avez bien lu : près de 40 % (45 sur 117) – correspondent à des traces !

La supercherie médiatique peut s'illustrer par le cas du boscalid, dont la limite maximale de résidus est de 30 mg/kg. GF pointe 22 salades en contenant. Ça fait 9 salades sans résidus de boscalid (29,03 %, pour faire dans la précision comme GF). Sur ces 22, il y a 8 traces (25,81 % des 31). La teneur la plus élevée (0,66 mg/kg) correspond à 2,2 % de la LMR (45 fois moins que la limite). Onze quantifications (sur 14) sont inférieures au centième de la LMR.

Les scandales du « Saladegate »

Comme de tels résultats ne sont pas très favorables pour le but poursuivi, GF passe aux registres supérieurs. La suite logique des perturbateurs endocriniens, c'est l'effet cocktail ; le mot « cocktail » apparaît deux fois – seulement – dans l'« étude », mais qu'importe : il faut une accroche pour la communication. Comme ce n'est pas suffisant, GF met en avant les femmes enceintes, les fœtus et les jeunes enfants (« enfant »... 15 occurrences dans l'« étude »).

On joue aussi sur les pesticides « interdits » (30 occurrences pour ce mot...) :

« Des produits interdits. 5 échantillons (16,13%) contiennent 1 ou plusieurs substances actives interdites (2 échantillons soit 6,45%) ou interdites d’usage sur salade en France (3 échantillons soit 9,67%), un de ces 3 échantillons contenant même 2 substances interdites d’usage sur salade en France (mandipropamid et imidaclopride) ! »

Voilà un point d'exclamation de circonstance !

« ...1 ou plusieurs... » ? Il faut lire : « un ou deux ». Et quand on s'aventure dans les données brutes, on s'aperçoit que sur les six occurrences de produits « interdits », il y a cinq « traces » et un seul produit (a priori) au-dessus de la limite de quantification : 0,031 mg/kg de mandipropamide. Pour les gens qui ont des difficultés à visualiser les proportions, c'est un demi-morceau de sucre dans... 100 tonnes de salades. Ah ! 100 tonnes de salades ? On est dans les 300.000 laitues...

Rappelons qu'« interdit » signifie dans la rhétorique anti-pesticides, soit réellement interdit (une autorisation de mise en marché refusée ou une refus de l'homologation pour la culture concernée), soit non autorisé du fait, par exemple, que personne n'en a demandé l'autorisation ou l'homologation.

Supprimons l'agriculture !

 

 

Bien sûr, un « rapport » de GF ne se conçoit pas sans une déclaration forte de M. Veillerette :

 

« Nous alertons nos dirigeants sur la nécessité de prendre des mesures immédiates et fortes pour réduire l’exposition des populations aux pesticides et particulièrement ceux suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. [...] De plus, la présence de pesticides interdits en Europe ou sur la culture de la salade dans plus de 16% des échantillons testés est inacceptable. Là encore, nous attendons une action forte du Gouvernement qui doit faire rapidement cesser cette situation, sur cette culture et sur toutes les autres. »

 

Un très grand bravo !

 

Traduisons : On trouvera immanquablement des traces de pesticides « interdits » dans de nombreux produits agricoles, d'autant plus immanquablement que les techniques d'analyse se font de plus en plus précises. D'autre part, il suffit d'une seule étude scientifique, même mal faite, voire fortement contestée, pour déclarer qu'un produit est un perturbateur endocrinien suspecté. Donc, yapluka interdire la production agricole... Plein de boulot pour les jardiniers et paysagistes pour entretenir nos terres agricoles...

 

 

Achetez et vendez bio !

 

Voici un morceau de bravoure de la lettre envoyée aux grandes surfaces :

 

« Des solutions alternatives existent aujourd'hui: comme la commercialisation de produits issus de l’agriculture biologique ou d’aliments issus de pratiques culturales à bas niveau d’intrants telles la production intégrée. Le minimum serait de promouvoir systématiquement la vente de salades – et autres végétaux comme les raisins de tables, les fraises, les céréales ou les tomates - issus de l’agriculture biologique [...] »

 

C'est en deux parties : la première se veut œcuménique, la deuxième est un message sans ambages.

 

Poursuivons :

 

« Nous pourrions vous aider à trouver des alternatives et des experts pour vous guider vers une alimentation plus saine en commençant par ces quelques produits ainsi qu’à établir une liste noire de pesticides PE à bannir. »

 

 

Ramassage des doryphores.

Source : http://gfvimoutiers.pagesperso-orange.fr/debarq/fr/pierrot.html

 

Et, en guise de conclusion :

 

« Nous tenons à vous informer que nous avons l'intention de communiquer aux médias votre réponse (ou non réponse). »

 

 

La grande distribution, goulet d'étranglement

Les scandales du « Saladegate »

Nous avons été un peu rapide ci-dessus : M. Veillerette – ainsi que Mme Pelletier, cosignataire de la lettre – ne veulent que favoriser le développement de l'agriculture biologique. C'est dit avec circonvolutions :

« Nous aimerions savoir quelles mesures votre enseigne envisage de prendre afin d’ ainsi ouvrir la voie à un nouveau type d'agriculture, plus respectueux de vos consommateurs et de l'environnement. De plus, nous pensons qu’il serait utile que vous rendiez public un plan d’actions où vous vous engagerez à réduire la présence de ces produits chimiques nocifs. [...] »

Ils ont même l'élégance de proposer leurs services :

« Bien sûr, nous serions disposés à vous apporter notre expertise et vous faire des propositions en vue d'atteindre ces objectifs. »

C'est simple : la grande distribution est une formidable cible pour des actions qu'on pourrait qualifier de violentes en ce qu'elles impliquent une pression, voire des menaces. Cinq enseignes visées... la majorité de la production et de la vente touchée...

Générations Futures et Greenpeace sont sur le même créneau : étouffer l'agriculture conventionnelle – celle qui nous nourrit – pour en favoriser une autre appelée par euphémisme « nouveau type d'agriculture, plus respectueux... » chez l'un, et « agriculture écologique » chez l'autre [11].

La presse, hélas...

Il y a ce qui s'écrit sur le site de GF... et il y a ce qui se dit en conférence de presse et par ailleurs...

Une bonne partie des médias se sont précipités, comme d'hab'. Aucun recul ; aucun esprit critique ; aucune démarche de sollicitation d'un autre avis... La routine...

Nous ne ferons pas d'analyse, sauf à mentionner un exemple particulièrement triste, sinon odieux : BMFTV commence son « reportage » par un micro-trottoir sur un marché et prend les « avis » de trois personnes catastrophées par une « nouvelle » qui a manifestement été le laïus de l'intervieweur [12].

Le DDT, ce bon vieil épouvantail

L'AFP a diffusé ceci, par exemple, tiré de l'« étude » [13] :

Les scandales du « Saladegate »

« "On note la présence de DDT dans deux échantillons (6,45% de l'ensemble), matière active totalement interdite en usage agricole en Europe et, dans trois échantillons, de quatre matières actives interdites" sur les salades en France (cyproconazole, imidaclopride, mandipropamid, oxadiazon), affirme Générations Futures. »

Ce bon vieil épouvantail de DDT...

Deux échantillons et, s'agissant de « présence »... des traces. Et, répétons-le : pour les autres pesticides, une seule quantification. Mais notre agence nationale de désinformation a fait le bon petit soldat de GF. Avec une dépêche qui, si elle comporte quelques bémols, ne reflète que le point de vue de GF et de M. Veillerette. Solliciter un autre point de vue... vous n'y pensez pas...

Il s'est donc trouvé toute une série de journaux pour diffuser l'« information ».

Et même en mieux, pour ainsi dire. Pour FranceTVInfo (qui a aussi fait un micro-trottoir scandaleux, avec une dame qui arrive à sentir les produits chimiques quand elle lave les légumes...) « le fameux DDT, [est] hautement cancérigène » [14]. Il y a des cervelles de poisson rouge qui ont oublié que le Centre international de recherche sur le cancer a classé le DDT comme « probablement cancérogène pour l'homme (Groupe 2A) » il y a à peine trois mois, en juin 2015 [15]. À l'intention de certains journalistes : « probablement » n'est pas « hautement ».

Le Figaro n'a pas été en reste – curieusement car c'est un journal dont on attendrait des informations plus pertinentes [16].

Celui-ci donne aussi la parole à M. Périco Légasse pour ce qu'on ne peut qu'attendre de lui [17] :

« Il faut en effet que la plante soit le plus robuste possible et d'un aspect irréprochable, c'est pourquoi le productivisme se dote de moyens techniques et chimiques à hautes doses. La marge de bénéfice d'une salade étant dérisoire, il s'agit de ne prendre aucun risque économique. Donc en avant les pesticides! »

On a envie d'être condescendant ! S'il est une conclusion qu'il faut tirer de l'« étude » de GF, c'est précisément que les salades ne sont pas bourrées de pesticides.

Ô dieux, que c'est odieux !

 

Mais le pire est à venir : M. Veillerette est interrogé sur FranceTVInfo (voir la vidéo) et il laisse entendre mezza voce que [14] :

 

« ...peut-être qu'il y a eu des utilisations frauduleuses. Ça, ce n'est pas à nous qu'il revient de répondre à cette question, c'est aux services de l'État. »

 

Comment juger ce commentaire ? Le DDT est maintenant interdit depuis plus de quarante ans. Cela fait des lustres qu'il n'est plus commercialisé, qu'il n'y a plus de stocks, et même plus de production pour le marché. Et il s'agit de deux détections de traces. M. Veillerette sait parfaitement qu'il s'agit de la détection d'un polluant persistant. Et il ose l'hypothèse d'une « utilisation frauduleuse » ?

 

Ce qu'il y a de frauduleux dans cette affaire, c'est le commentaire !

 

Pour une fois, nous pouvons citer l'AFP... qui cite « l'ONG », et donc son porte-parole François Veillerette [13] :

 

« La présence de l'insecticide DDT, interdit en France depuis 1971, peut cependant être liée à la persistance dans les sols de ce produit toxique, reconnait l'ONG. »

 

Il ne faut pas oublier ici les « journalistes » : manifestement, ils ne reculent devant rien. Pour faire, non pas de l'information, mais du sensationnalisme et, par conséquent, de l'audimat.

 

 

Ô dieux, que c'est odieux ! (bis)

 

Le pire n'est jamais certain !

 

M. Xavier Beulin, en sa qualité de président de la FNSEA, est auditionné le 22 septembre 2015 par le Sénat sur la crise agricole. Il est interrogé en marge de la séance par Public Sénat [18]. On la fera courte ici : la journaliste titre : « Salade aux pesticides : la FNSEA pointe l’Espagne du doigt... »

 

Nous avons fait savoir que cet article était scandaleux (le commentaire n'a pas été caviardé). La journaliste remit donc une couche avec : « Pesticides dans les salades : la FNSEA critique l’Espagne… à tort » [19] ; avant ou après notre commentaire, nous ne pouvons pas le déterminer.

 

C'est effectivement à tort. Car M. Beulin s'est exprimé sur le problème général... et non sur les salades vertes et les salades de GF :

 

« Il y a deux grands domaines sur lesquels on n’a pas d’harmonisation au plan européen : c’est le domaine social, mais aussi le domaine sanitaire et l’environnement. Là où nos producteurs français ont fait beaucoup d’efforts depuis des années, ils sont sanctionnés par des importations qui sont certes moins chères que ce que nous savons faire ici, mais qui parfois ne respectent pas nos standards et nos cahiers des charges. »

 

C'est le début de sa déclaration. Tout le reste s'enchaîne à partir de là. « Salade » ? Un mot simplement jeté dans la déclaration.

 

Qui, ne nous croyant pas crédibles, veut s'en convaincre lira l'article et regardera la vidéo associée. Qui, nous considérant crédibles, le fera aussi pour se rendre compte de l'énormité de la manipulation.

 

Le Sénat a publié le compte rendu de l'audition [20] : M. Beulin n'a pas prononcé le mot « salade ».

 

 

Le Monde, Sciences&Avenir, l'Humanité, le Parisien au tableau d'honneur ou d'encouragement

 

Il y a – avec nos excuses pour ceux que nous n'aurions pas repérés – quatre journaux qui surnagent dans cet océan de turpitudes.

 

À notre connaissance, le Monde n'a rien publié. L'« étude » de GF traitée par le mépris.

 

Sciences&Avenir, pose la question de savoir si nos salades sont polluées par des pesticides et donne la parole a M. Bernard Jegou, directeur de recherche de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) [21].

 

L'Humanité [22] et le Parisien [23] sont aussi de rares journaux à prendre du recul et à prendre d'autres avis.

 

Dommage de l'Humanité verse dans l'anticapitalisme pour l'occasion primaire /

 

« La grande distribution exige des fruits et légumes avec zéro défaut d’aspect pour la mise en rayon » ?

 

Non, c'est le client. Il nous propose en revanche un titre intéressant (et qui ne fait pas dans l'alarmisme) :

 

« Salades : consommer des pesticides ou enlever les pucerons ? »

 

En fait ce serait plutôt l'inverse et un cumul : enlever (supprimer) les pesticides et consommer des pucerons (sauf à examiner chaque feuille de salade à la loupe)... Ce qui doit nous inviter à voyager vers le microscopique : les substances toxiques produites par les bioagresseurs ou par la plante en réaction à ceux-ci. Sans parler des risques liés aux méchantes bactéries, accrus dans certains modes de production.

 

 

Le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France

 

Ces deux journaux nous proposent ainsi des références au Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France, qui a produit un commentaire cinglant sur l'« étude » elle-même ainsi que sur la passivité des pouvoirs publics [24].

 

« Aucun chiffre, aucune analyse scientifique, aucune recherche sur le cuivre, 1er pesticide utilisé en agriculture… : l’ONG Générations Futures se discrédite. »

 

écrit-il en chapô.

 

Ce collectif est intéressant :

 

« Né en novembre 2007, le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France constitue un mouvement de citoyens. Il vise à sortir les producteurs de l’impasse réglementaire dans laquelle ils se trouvent. Il rassemble des producteurs issus de l’agriculture biologique et raisonnée de la France entière, membres de toutes les filières et de toutes les sections professionnelles qui, confrontés aux mêmes problèmes, ont décidé de réunir leurs efforts pour sensibiliser l’opinion et les pouvoirs publics aux menaces qui pèsent sur la production hexagonale et aux moyens d’y remédier ».

 

Il y a donc deux courants d'agriculture biologique en France : celui, représenté par le Collectif, qui dénonce « [u]ne étude pour déstabiliser les producteurs français », et l'autre.

 

 

Que fait le Ministre ? Que font les autorités ?

 

On peut laisser la parole au Collectif :

 

« Le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France dénonce enfin le silence coupable du Ministère de l’Agriculture et de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Ces deux instances officielles, respectivement en charge de la réglementation et du contrôle de la qualité sanitaire de l’alimentation devraient dénoncer avec force cette étude biaisée et prendre la défense des producteurs. »

 

On peut ajouter le Ministère de l’Économie, de l'Industrie et du Numérique, et la DGCCRF.

 

 

Post scriptum : le Collectif publie une étude vouée aux oubliettes médiatiques

 

Les scandales du « Saladegate »

En même temps que GF publiait son « étude », le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France sortait un document bien plus ambitieux – et surtout plus objectif – « Risques microbiologiques, Risques pesticides – Analyse sur fruits et légumes bio et conventionnels – Enquête VIGIE F&L 2015 : une approche complète de la sécurité sanitaire des consommateurs de fruits et légumes en France – Résultats des analyses laboratoires ».

Non, ce n'est pas ce titre orné de sous-titres qui a fait qu'il n'a eu pratiquement aucun écho dans la presse : il donne surtout de bonnes nouvelles.

_________________

[1] http://www.generations-futures.fr/

[2] http://www.moulin-marion.fr/meunerie-bio-2.html

[3] http://seppi.over-blog.com/2015/09/glane-sur-la-toile-25-les-salades-de-generations-futures.html

La lettre complète a été reproduite dans l'« étude » visée ci-dessous à la note 8

[4] Voir inforgraphie :

http://alerte-environnement.fr/2015/09/22/les-salades-de-generations-futures/

[5] Par exemple :

http://www.semaine-sans-pesticides.fr/decouvrir-levenement/en-2015-cest-la-10eme-edition/partenaires-nationaux-2015/

[6] http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/agriculture-bio-reseaux-et-lobbying,880

[7] http://jne-asso.org/blogjne/tout-sur-les-jne/liste-membres-par-region/

[8] http://seppi.over-blog.com/2015/08/guerre-des-boutons-sur-wikipedia.html

[9] Communiqué de presse :

http://www.generations-futures.fr/pesticides/exppert-5-des-pesticides-dans-des-salades/

« Étude » :

http://www.generations-futures.fr/2011generations/wp-content/uploads/2015/09/EXPPERT-5-Final.pdf

Données brutes :

http://www.generations-futures.fr/2011generations/wp-content/uploads/2015/09/recap-salades-pour-site.pdf

[10] http://www.endocrinedisruption.org/endocrine-disruption/tedx-list-of-potential-endocrine-disruptors/overview

[11] Voir notamment :

http://agriculture.greenpeace.fr/course-zero-pesticide-cest-parti

Ou encore :

http://agriculture.greenpeace.fr/pesticides-ces-pommes-qui-laissent-un-gout-amer

[12] http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/les-pesticides-dans-les-salades-inquietent-les-consommateurs-639792.html

[13] http://www.afp.com/fr/info/des-pesticides-interdits-dans-des-salades-selon-une-ong

[14] http://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/des-pesticides-interdits-dans-nos-salades_1094907.html

[15] http://www.iarc.fr/fr/media-centre/pr/2015/pdfs/pr236_F.pdf

[16] http://www.lefigaro.fr/sciences/2015/09/22/01008-20150922ARTFIG00046-plus-d-une-salade-sur-10-contient-des-pesticides-interdits.php

[17] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/09/24/31003-20150924ARTFIG00105-perico-legasse-les-salades-le-tafta-et-la-voyoucratie-europeenne.php

[18] http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/salade-aux-pesticides-fnsea-pointe-l-espagne-doigt-1053525

[19] http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/pesticides-salades-fnsea-critique-l-espagne-tort-1054534

[20] http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20150921/eco.html#toc2

[21] http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20150922.OBS6280/nos-salades-sont-elles-polluees-par-des-pesticides.html

[22] http://www.humanite.fr/salades-consommer-des-pesticides-ou-enlever-les-pucerons-584724

[23] http://www.leparisien.fr/environnement/alimentation/environnement-une-salade-sur-dix-contient-des-produits-interdits-22-09-2015-5115441.php

[24] http://www.sauvonslesfruitsetlegumes.fr/?p=1234

[25] http://www.sauvonslesfruitsetlegumes.fr/wp-content/uploads/2015/01/Dossier-VIGIE-FL-2015.pdf

Partager cet article

Commenter cet article