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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate et vers de terre : le vermageddon que vous ignoriez jusqu'à présent...

8 Septembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Article scientifique

Glyphosate et vers de terre : le vermageddon que vous ignoriez jusqu'à présent...

 

...quand le groupe Nature se plante

 

 

Le groupe Nature a publié le 5 août 2015 « Glyphosate-based herbicides reduce the activity and reproduction of earthworms and lead to increased soil nutrient concentrations » (les herbicides à base de glyphosate réduisent l'activité et la reproduction des vers de terre et mènent à une augmentation des concentrations en éléments nutritifs du sol) [1]. C'est de Mailin Gaupp-Berghausen, Martin Hofer, Boris Rewald et Johann G. Zaller, de l'Université des Sciences des Ressources Naturelles et de la Vie de Vienne.

 

Et ce n'est pas dans la prestigieuse revue, mais dans Scientific Reports, un truc en Open Access ou aussi Pay for Play (payez pour jouer) dans lequel on peut publier contre paiement de £990 (Royaume-Uni et reste du monde), $1,495 (les Amériques) et €1,165 (Europe)... Mais le Nature Publishing Group s'assure que l'URL de l'article soit suffisamment ambigu...

 

En voici le résumé :

 

« L'utilisation des herbicides est en augmentation dans le monde entier, à la fois dans l'agriculture et dans les jardins privés. Toutefois, notre connaissance des effets secondaires potentiels sur les organismes non cibles du sol, même sur des représentants aussi éminents que les vers de terre, est encore très fragmentaire. Dans une expérience en serre, nous avons évalué l'impact de l'herbicide Roundup à base de glyphosate, le plus largement utilisé, sur deux espèces de vers de terre ayant des stratégies d'alimentation différentes. Nous démontrons que l'activité de surface des vers de terre qui fouissent verticalement, Lumbricus terrestris, cesse près de trois semaines après l'application de l'herbicide, tandis que l'activité des vers de terre qui remuent le sol, Aporrectodea caliginosa, n'est pas affectée. La reproduction de ces derniers a été réduite de 56 % trois mois après l'application de l'herbicide. L'application de l'herbicide a conduit à une augmentation des concentrations dans le sol de nitrates de 1592 % et de phosphates de 127 %, ce qui pointe vers un risque potentiel de lessivage des éléments nutritifs vers les cours d'eau, les lacs, et les eaux souterraines. Ces impacts importants induits par l'herbicide sur les agro-écosystèmes sont particulièrement inquiétants parce que ces herbicides ont été utilisés à l'échelle mondiale depuis des décennies. »

 

En voilà donc un, de résumé, qu'il est dégoulinant d'avertissements apocalyptiques.

 

Les néonicotinoïdes... c'est abeillecalypse ; le glyphosate... c'est vermageddon...

 

Le commérage électronique – aka les réseaux sociaux – s'en est évidemment emparé. Plutôt modestement dans la francophonie, semble-t-il... Un Comité de recherche et d'information indépendantes ne l'a visiblement pas repéré ; mais peut-être que Nature n'est pas, pour lui, une source d'informations aussi utile que, par exemple, Environmental Sciences Europe, vous savez, cette revue qui a accepté de republier une célèbre « étude » dépubliée par Food&Chemical Toxicology... ou encore le blog Houssenia Writing...

 

Mais trêve de persiflage. Ou plutôt, continuons, mais sur un autre registre. Cette publication tombe plutôt bien : l'Europe ne doit-elle pas se prononcer prochainement sur le renouvellement de l'autorisation de mise en marché du glyphosate ? Alimenter le front du refus est donc de bonne guerre.

 

Mais le travail scientifique est-il à la hauteur ?

 

Réponse ferme et définitive : non !

 

Mais plutôt que de nous livrer à notre propre analyse de ce travail de recherche, nous laisserons la parole à un expert, M. Andrew Kniss, Professeur d'écologie et de gestion des mauvaises herbes de l'Université du Wyoming.

 

Nous ferons toutefois observer que cette remarquable constatation vient après trente ans d'utilisation du glyphosate, et d'utilisation intensive depuis au moins deux décennies. Et personne ne se serait aperçu de ces effets ? Une multiplication par... 15 (quinze) du taux de nitrates ?

 

On peut déjà résumer : science déficiente, protocole d'essai déficient, rédaction déficiente, interprétation des résultats déficiente, revue par le comité de lecture déficiente, direction éditoriale – même chez Nature – déficiente.

 

À suivre...

 

___________________

 

[1] http://www.nature.com/articles/srep12886

 

 

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