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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Feu vert de l'USDA pour la pomme de terre durable qui résiste au mildiou

2 Septembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Jon Entine, #Activisme

Feu vert de l'USDA pour la pomme de terre durable qui résiste au mildiou

 

mais les militants anti-OGM persistent dans leur refus

 

Jon Entine*

 

 

 

 

 

 

Les pommes de terre Innate génétiquement modifiées de deuxième génération ont résisté au mildiou dans un champ d'essais de Pennsylvanie en 2014. Les plantes non modifiées n'y ont pas survécu (Simplot).

 

 

 

 

 

Vous avez sans doute entendu parler de la Grande Famine Irlandaise, aussi connue en anglais comme la Famine Irlandaise de la Pomme de Terre (Irish Potato Famine). Ce fut une période de maladie et de famine en Irlande, de la fin des années 1840 et du début des années 1850.

 

Au début des années 1840, les Irlandais pauvres en milieu rural et une grande partie du reste de la population économiquement faible en étaient venus à dépendre fortement de la pomme de terre pour leur alimentation. Mais en 1845 est survenu le mildiou [1] causé par un Oomycète, Phytophthora infestans, détruisant les tubercules de la plante de pomme de terre. Une grande partie de la récolte de cette année a pourri dans les champs. Cette mauvaise récolte partielle a été suivie par d'autres, plus catastrophiques encore, qui étaient presque entièrement détruites par le fléau, de 1846 à 1849.

 

Le mildiou a presque certainement été introduit accidentellement à partir de l'Amérique du Nord, où il a sévi périodiquement pendant des siècles. La même maladie a détruit plus de la moitié de la production de tomate [2] dans l'Est des États-Unis en 1946, ce qui a mené à la création d'un service de prévision du mildiou en 1947.

 

La science moderne a produit une protection contre la maladie : une pomme de terre génétiquement modifiée par la J.R. Simplot Company pour résister à l'agent pathogène a franchi son premier obstacle réglementaire fédéral [3]. Vendue sous la marque Innate de l'entreprise, c'est la deuxième pomme de terre génétiquement modifiée [4] développée par Simplot à obtenir l'autorisation. En mars, l'USDA a autorisé la vente de la pomme de terre Innate dont l'ADN a été modifié pour conférer une résistance aux meurtrissures et au brunissement, une moindre teneur en sucre et une réduction de la teneur en asparagine, une molécule naturelle, ce qui diminue la production d'acrylamide lors de la friture, la réduction pouvant aller jusqu'à 90 pour cent.

 

Les groupes qui militent dans le domaine de l'alimentation se sont longtemps servis d'un lien soupçonné entre l'acrylamide et le cancer et ont fait bruyamment campagne contre la vente de frites et de croustilles (chips). Le volume sonore de leurs discours s'est cependant réduit subitement à un murmure après l'introduction de la première pomme de terre Innate, car beaucoup d'entre eux font activement pression, en priorité, contre les OGM.

 

Dans une diatribe typique, GM Watch, une vitrine du mouvement anti-OGM, a qualifié [5] l'innovation – largement saluée par les scientifiques et les groupes de consommateurs – de « superflue », se moquant ce faisant des bénéfices pour la santé, les consommateurs et les agriculteurs. En outre, ils ont affirmé faussement que la pomme de terre était transgénique – ce qu'elle n'est pas. GM Watch OGM a aussi affirmé que « cette pomme de terre GM semble être encore un autre éléphant blanc GM. Non seulement personne ne veut l'acheter (par exemple McDonald's et Frito-Lay), mais encore personne n'en a besoin»

 

La première génération de pommes de terre GM, commercialisée en tant que White Russets, a été mise en test sur le marché cet été. Doug Cole, directeur du marketing et de la communication de l'entreprise, a déclaré qu'une quantité correspondant à environ 100 hectares a été vendue dans 10 États du Midwest et du Sud-est. La société prévoit de commercialiser la production d'environ 500 hectares de pommes de terre l'été prochain.

 

Comme la pomme de terre Innate de première génération, la deuxième n'est pas transgénique, mais cisgénique. Il n'y a pas de « gènes étrangers » insérés à partir d'autres espèces – un point de friction majeur pour certains critiques de l'innovation en matière d'OGM. Les modifications ont été faites par silençage de gènes existants ou addition de gènes provenant d'autres types de pommes de terre, pas d'autres végétaux ou d'animaux.

 

« Ce sont des gènes de pommes de terre dans des pommes de terre », a déclaré Haven Baker, vice-président pour les sciences végétales de Simplot. « Il y a des avantages évidents pour tout le monde, et ce n'est rien d'autre qu'une pomme de terre. »

 

[Pour une analyse du processus de génie génétique, consultez cet article de GLP [6] par la scientifique Layla Katiraee [7].]

 

 

Cette pomme de terre Innate a deux caractéristiques uniques qui n'existent pas dans la première version. Elle possède un trait supplémentaire qui permettra selon la société de conserver les tubercules à des températures inférieures pour réduire le gaspillage alimentaire. Et elle possède une résistance au mildiou, laquelle sera un soulagement pour les producteurs des États-Unis – et d'autres pays, Irlande incluse, si les activistes anti-OGM ne lancent pas des campagnes de peur pour faire échec aux autorisations gouvernementales.

 

« Pour des raisons tenant à l'histoire et des raisons liées à l'agriculture actuelle, il s'agit d'une étape importante », a déclaré Baker. « La famine irlandaise a changé le cours de l'histoire du monde occidental. Même aujourd'hui – 160 ans plus tard – le mildiou est un problème de 5 milliards $ pour l'industrie mondiale de la pomme de terre. »

 

Selon un rapport de l'Associated Press [8], la société a déclaré qu'elle s'attend à ce que la FDA et l'EPA accordent leurs autorisations d'ici un an. Les plantations commerciales pourraient commencer en 2017, les pommes de terre de deuxième génération devenant disponibles pour les consommateurs à l'automne. Simplot travaille sur une troisième génération qui, selon Baker, aura aussi une résistance à un type de virus qui peut rendre les pommes de terre invendables. Il a dit que la compagnie espère avoir des pommes de terre qui ont besoin de moins d'eau et résistent mieux à la chaleur et à la sécheresse. Cela pourrait être important car le climat semble être de plus en plus plus variable.

 

Le Genetic Expert News Service (GENeS) ) – une ONG indépendante qui a été lancée grâce à un financement de démarrage du Genetic Literacy Project et qui fournit aux journalistes des analyses de scientifiques indépendants sur des sujets d'actualité des biotechnologies et de la génétiques – a pu obtenir des déclarations détaillées de deux des plus grands spécialistes de la pomme de terre des États- Unis: 

 

M. David Douches, professeur et directeur du programme de la MSU d'amélioration et de génétique de la pomme de terre, Université d'État du Michigan [9] :

 

Expertise: amélioration et génétique de la pomme de terre. M. Douches a mené des essais en culture indépendants de pommes de terre génétiquement modifiées de Simplot.

 

La plupart des variétés de pomme de terre des États-Unis n'ont aucune résistance au mildiou ; il s'agit donc d'une amélioration majeure pour l'industrie de la pomme de terre. Le mildiou est causé par un agent pathogène qui peut faire pourrir les tubercules. Avant que la maladie ne se déclare en cours d'été, les agriculteurs doivent protéger leur culture afin qu'ils soient en mesure de contrôler la maladie quand elle frappe. Cela exige un calendrier hebdomadaire de traitements pour protéger la culture, lequel s'accélère lorsque la maladie se déclare. Avoir une certaine résistance dans les pommes de terre permet aux agriculteurs de réduire leurs besoins en fongicides tout en disposant d'une certaine protection des cultures.

 

Le silençage de l'invertase, en plus de la réduction des sucres présents dans le tubercule, abaisse la température à laquelle les pommes de terre peuvent être stockées. C'est un véritable bonus, car stocker les pommes de terre à une température élevée réduit la durée de stockage maximale, augmente la probabilité de pourriture et augmente le flétrissement causé par la perte d'eau de la pomme de terre. On peut donc stocker la récolte plus longtemps, avec une meilleure qualité et moins de maladies.

 

M. Richard Veilleux, chef ad interim, Département d'horticulture, Université technique de Virginie [10] :

 

Expertise: Amélioration des plantes et génétique faisant appel aux outils modernes de la génomique, de la transgénèse, de l'analyse des marqueurs moléculaires, et des cultures cellulaires et de tissus des plantes pour augmenter les performances de l'amélioration des plantes et de la sélection traditionnelles.

 

La décision de l'USDA d'accorder le statut non réglementé [d'autoriser] aux pommes de terre GM Simplot leur permettra d'être cultivées commercialement puisqu'il a été trouvé qu'elles ne constituent pas une menace pour l'agriculture ou l'environnement.

 

Cultiver des pommes de terre avec une meilleure résistance au mildiou devrait entraîner une réduction considérable de l'utilisation de fongicides par les producteurs de pommes de terre, ainsi que la réduction de la présence potentielle de résidus de pesticides dans les pommes de terre de consommation.

 

Voir aussi après les notes !

 

__________________

 

* Jon Entine est le directeur exécutif du Genetic Literacy Project et senior fellow au World Food Center Institute for Food and Agricultural Literacy, de l'Université de Californie-Davis. Vous pouvez suivre Jon sur Twitter @JonEntine .

 

Traduit de :

http://www.geneticliteracyproject.org/2015/08/30/sustainable-potato-that-resists-blight-given-green-light-by-usda-but-anti-gmo-activists-remain-opposed/

 

[1] http://www.britannica.com/science/late-blight

 

[2] http://www.britannica.com/plant/tomato

 

[3] http://www.aphis.usda.gov/wps/portal/aphis/ourfocus/biotechnology?1dmy&urile=wcm%3Apath%3A/aphis_content_library/sa_our_focus/sa_biotechnology/sa_environmental_documents/sa_environmental_assessments/j.r.+simplot+late+blight+resistant%2C+low+acrylamide+potential%2C+reduced+black+spot+bruising%2C+lowered+reducing+sugar+ge+potato

 

[4] http://www.simplotplantsciences.com/index.php/press-releases/view/usda-deregulates-innate-second-generation-potatoes

 

[5] http://www.gmwatch.org/news/latest-news/15988-the-superfluous-gmo-potato

 

[6] http://www.geneticliteracyproject.org/2015/05/27/scientist-and-mom-evaluates-simplots-gmo-innate-potato/

 

[7] http://www.geneticliteracyproject.org/author/layla-katiraee/

 

[8] http://www.idahostatesman.com/2015/08/28/3960031_usda-oks-simplots-2nd-generation.html?rh=1#storylink=cpy

 

[9] http://www.psm.msu.edu/people/david_douches

 

[10] http://www.hort.vt.edu/People/Veilleux.html

 

 

 

 

Plus jamais ça ? On n'en prend pas le chemin en Europe.

 

 

 

 

 

 

 

P.S. (ou faut-il écrire R.I.P. ?)

 

En Europe, BASF Plant Science a produit une pomme de terre féculière, 'Amflora' dont la composition en amidon avait été modifiée (quasi-exclusivement de l'amylopectine'). Elle était destinée à l'industrie et pouvait inaugurer une importante révolution économique et environnementale (suppression de l'étape de l'élimination de l'amylose). La culture et l'utilisation de cette pomme de terre ont été autorisées par la Commission européenne– quasiment par accident institutionnel – le 2 mars 2010, après... 13 ans de procédure. Cette pomme de terre n'a pas « décollé ». En janvier 2012, BASF a annoncé l'abandon de sa commercialisation dans l'UE.

 

BASF Plant Sciences a aussi produit trois autres pommes de terre, 'Modena', 'Amadea' et 'Fortuna'.

 

'Fortuna' – issue de la variété 'Agria' très prisée des producteurs et des transformateurs – est [était] résistante au mildiou grâce à deux gènes, Rpi-blb1 et Rpi-blb2, provenant d'une espèce de pomme de terre sauvage d'Amérique du Sud, Solanum bulbocastanum. C'est donc aussi un cas de cisgénèse. Ces gènes ne sont pas « nouveaux » : on a essayé pendant des années de les introduire dans la pomme de terre cultivée, sans y parvenir.

 

En janvier 2013, BASF a annoncé retirer ses demandes d’autorisation déposées dans l’Union européenne pour ses trois variétés. Motif : « des investissements continus ne sauraient se justifier du fait de l’incertitude législative existante et des menaces de destructions de champs ».

 

R.I.P. 'Fortuna'...

 

Les producteurs européens continueront à traiter, les « bio » avec des quantités indues de cuivre (le seul autorisé pour leur mode de production)...

 

Quant aux États-Uniens, tout dépendra de la réaction des utilisateurs, en particulier de McDonald's et Frito-Lay. Que décideront-ils ? Se déculotter devant les pressions des anti-OGM, ou répondre aux attentes des consommateurs face aux risques de l'acrylamide ?

 

On peut lire, de la confrérie des rationalistes, de M. Pierre-Yves Morvan :

 

« La triste histoire de Fortuna, la pomme de terre assassinée par des vandales anti-OGM. »

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-yves-morvan/180115/la-triste-histoire-de-fortuna-la-pomme-de-terre-assassinee-par-des-vandales-anti-ogm

 

 

 

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