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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Faut pas prendre n'importe quelle flûte pour un sifflet !

22 Septembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Gilles-Éric Séralini, #critique de l'information

Faut pas prendre n'importe quelle flûte pour un sifflet !

 

Whistleblowerpreis 2015 pour M. Gilles-Éric Séralini

 

 

Source : https://sociopublique.wordpress.com/2014/05/23/contamination-retour-sur-laffaire-seralini/

 

 

Voilà un prix qu'il n'aura pas à retirer de son curriculum vitae, comme ce fut le cas pour le prix du « Scientifique international de l’année 2011 » décerné contre monnaie sonnante et trébuchante par un marchand de parchemins, l’International Biographical Centre of Cambridge (Grande-Bretagne), « pour ses nombreux travaux de recherche sur les effets des OGM et des pesticides sur la santé » [1]. Quoique...

 

 

La presse allemande nous apprend en effet que M. Gilles-Éric Séralini s'est vu attribuer le Whistleblowerpreis 2015 (prix du lanceur d'alerte 2015) [2].

 

Ce prix est décerné tous les deux ans par la section allemande de l'International Association of Lawyers Against Nuclear Arms (IALANA – Association internationale des juristes contre les armes atomiques), la Vereinigung Deutscher Wissenschaftler (VDW – Fédération des scientifiques allemands) et la Ethikschutz-Initiative des International Network for Engineers and Scientists for Social Responsibility (INESPE – Initiative pour la protection de l'éthique du Réseau international des ingénieurs et des scientifiques pour la responsabilité sociale) [3].

 

Le lauréat de 2013 a été M. Edward Snowden. En 2005, ce furent le Pr Theodore A. Postol (qui avait critiqué le programme états-unien de « guerre des étoiles ») et M. Arpad Pusztai, qu'il est inutile de présenter sur ce site. Le choix de ce dernier illustre la difficulté d'identifier des candidats dont l'initiative courageuse résiste à l'épreuve des faits et du temps. Pour 2015, l'érosion, sinon la démolition, a commencé dès avant la remise du prix !

 

Alerte-environnement a décrypté [4] : le monde est petit

 

En fait, le prix 2015 est partagé avec M. Brandon Bryant, ancien pilote états-unien de drone. Un prix d'honneur à titre posthume revient, pour la première fois, à M. Léon Gruenbaum (1934-2004), un physicien franco-allemand, qui avait travaillé au centre de recherches nucléaires de Karlsruhe, qui, survivant des camps, avait mis au jour le passé nazi de son directeur [5] et dont le contrat n'y avait pas été renouvelé.

 

 

« Activiste et non lanceur d'alerte »

 

Tel est le titre d'un commentaire sur la Süddeutsche Zeitung du 19 septembre 2015 [2].

 

M. Sebastian Herrmann trouve que l'attribution du prix à M. Séralini est « regrettable » et que cela « dévalorise le courage des vrais lanceurs d'alerte ».

 

« Celui qui se choisit le bon adversaire ne peut jamais perdre. Un David affronte-t-il un Goliath, et les sympathies sont clairement attribuées. Le petit représente le bien dans le monde, le grand, le mal. C'est pourquoi le public analyse toujours les stratégies du David avec une grande bienveillance. Son opinion est-elle correcte ? Ses méthodes sont-elles correctes ? On s'en moque car, après tout, il se bat contre le vrai adversaire. »

 

La démonstration, dans le cas d'espèce, est un air connu.

 

 

Où sont les risques ?

 

M. Herrmann s'interroge aussi sur les risques encourus par M. Séralini en tant que « lanceur d'alerte », et répond avec des exemples cruels, notamment que M. Séralini a plutôt profité en augmentant sa notoriété et celle du CRIIGEN.

 

Le blogueur Ludger Weß aborde aussi le point [6] :

 

« Le prix, est-il dit, "doit honorer des personnalités qui ont dévoilé dans le cadre de leur domaine de travail ou leur sphère d'action de graves abus liés à des dangers importants pour l'Homme et la société, l'environnement ou la paix ('lanceur d'alerte')". Où se trouvaient les risques importants pour Séralini ? L'éloge ne le dit pas, à moins que le jury ne considère la critique des mauvaises études, normale dans les milieux de la science, comme un danger important. C'est du reste ce que suggèrent des termes comme "campagne", "agressé avec véhémence" "attaques" employés par le jury dans l'éloge. » [7]

 

 

« À propos de sifflets et de vent – le prix du lanceur d'alerte pour un critique du génie génétique »

 

 

C'est le titre d'un autre article critique, qui démonte point par point les arguments du jury [8].

 

L'auteur note que trois membres du jury [sur cinq] n'ont aucune formation en sciences de la vie, mais sont des juristes. Cela ne nous semble pas un argument valable pour expliquer l'évidente erreur de casting. On peut être juriste et suivre l'actualité ; et surtout, quand on est juriste, on fait – normalement – preuve d'esprit critique.

 

Mais il y a plus percutant dans cette analyse :

 

« Premièrement, Séralini – contrairement aux vrais lanceurs d'alerte – n'a révélé aucun comportement fautif d'une organisation. Il a simplement publié des études. En outre, que ses résultats aient été dépubliés n'est pas une dissimulation. En fait, Séralini aurait très bien pu publier ses résultats sur l'Internet. Pouvons-nous considérer cette dépublication comme une mesure de représailles ? Séralini a-t-il été vilipendé comme un traître ? Non ! Son étude a été critiquée et taillée en pièces, et son indépendance a été mise en doute. Cela le discrédite et, même si ce n'est pas très agréable, on est encore loin de la répression. Au contraire, c'est plutôt que, quand on est un scientifique et qu'on veut avoir des idées avant les autres et prévaloir sur eux, il faut en fournir les preuves. En définitive, il n'a révélé au public aucune information secrète ; en fin de compte, cela fait des années que le glyphosate fait l'objet de critiques. Et il n'y a aucune raison de croire que les scientifiques ont voulu boycotter la recherche sur le glyphosate – ou aient pu le faire»

 

L'auteur tire quelques conclusions intéressantes. Il faut des études toxicologiques qui mettent toutes les études pertinentes sur la table. La revue par les pairs doit être plus transparente. Peut-être – c'est là une restriction qui nous paraît inopportune – faudrait-il que chaque étude soit accompagnée d'un texte en langage simple permettant au béotien de comprendre sa portée.

 

« Et finalement, ceux qui devraient l'emporter devraient être ceux qui ont produit les meilleures données, pas ceux qui font résonner le plus fort les tambours des médias. »

 

Sur ce dernier point, on peut craindre que ce soit un vœu pieux...

 

 

Conflits d'intérêts ? Mais non, pas de ça chez nous !

 

 

Cinq membres du jury, dont trois juristes. Un météorologue de formation. Et Mme Angelika Hilbeck... compagne de route de M. Séralini...  Et aucun whistleblower, aucun lanceur d'alerte dans la salle...

 

Il suffit de lire le communiqué de presse de l'IALANA et de la VDW pour se rendre compte que les quatre membres du jury autres que Mme Hilbeck ont « avalé » l'argumentaire de cette dernière sans le moindre esprit critique.

 

Voici un exemple particulièrement choquant – et qu'on peut citer sans menace de poursuites judiciaires... : selon le communiqué de presse [7] :

 

« Elle [l'étude sur les rats de 2012 dépubliée en 2013 puis republiée en 2014] a ainsi [du fait de la republication] pu être prise en compte dans la nouvelle évaluation du glyphosate comme 'probablement cancérogène' par l'Agence internationale de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). »

 

Comment a-t-elle été prise en compte [9] (page 35) ?

 

« Le Groupe de travail a conclu que cette étude sur une formulation à base de glyphosate était inadéquate pour l'évaluation parce que le nombre d'animaux par groupe était faible, que la description histopathologique des tumeurs était insuffisante et que les incidences de tumeurs par animal n'avaient pas été présentées. »

Faut pas prendre n'importe quelle flûte pour un sifflet !

Le CIRC a donc bien pris l'étude en compte... pour l'écarter. Mme Hilbeck ne pouvait évidemment pas l'ignorer.

Une conclusion s'impose : Mme Hilbeck – qui fait partie de cette mouvance qui trouve des conflits d'intérêts chez la plupart des scientifiques qui ne gravitent pas dans ladite mouvance – était affligée d'un énorme conflit d'intérêts. Membre du jury, elle a pu – manifestement sans opposition (là, ce sont les autres membres du jury qui sont en cause, particulièrement les juristes) – promouvoir la cause de son ami de la direction du CRIIGEN (dont elle est membre) et de l'ENSSER.

Militantisme sans conscience...

 

Les premières réactions montrent que M. Séralini n'est pas à son avantage dans cette affaire et – disons le abruptement – il est en quelque sorte la victime d'un zèle militant intempestif et d'un coup de billard à trois bandes. N'a-t-on pas voulu – aussi – influer sur la procédure de ré-homologation du glyphosate ?

 

Victime d'un zèle militant ? Consentante sans nul doute car on voit mal Mme Hilbeck promouvoir son dossier sans qu'il en ait été informé. Victime ? Réelle ou consentante d'une manipulation d'un extraordinaire cynisme. Car l'histoire de David et Goliath s'applique aussi ici : critiquer l'attribution imméritée du prix, c'est forcément se poser en Goliath. Déjà qu'il faut expliquer pourquoi ce prix ne récompense pas un « lanceur d'alerte »... et comme il faut plus de trente secondes pour le faire, c'est perdu d'avance.

 

____________________

 

[1] http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une/seralini%E2%80%89-le-prix-de-l-ego,771

Avec un droit de réponse ici :

http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/droit-de-reponse-du-professeur-seralini,774

http://alerte-environnement.fr/2012/06/22/epilogue-concernant-le-prix-bidon-de-g-e-seralini/

 

[2] http://www.sueddeutsche.de/wissen/gentech-kritiker-aktivist-statt-whistleblower-1.2653306

 

[3] http://www.vdw-ev.de/index.php/de-DE/arbeitsfelder-der-vdw/informationen-zu-qwhistleblowernq/preisverleihung-fuer-whistleblower

L'INESPE n'est cependant pas mentionnée cette année.

 

[4] http://alerte-environnement.fr/2015/09/21/un-prix-dami-pour-seralini/#more-15374

 

[5] Pour en savoir un peu plus (pour ceux qui lisent l'allemend) :

http://www.nrhz.de/flyer/beitrag.php?id=19557

http://ka.stadtwiki.net/Leon_Gruenbaum

 

[6] http://ludgerwess.com/erinnerungen-an-die-wirklichkeit-seralini-und-die-fakten/

 

[7] http://neu.vdw-ev.de/wp-content/uploads/2015/09/Presseinformation-Whistleblower-Preisverleihung-2015_150917.pdf

 

[8] http://www.scilogs.de/lifescience/von-pfeifen-luft-whistleblowerpreis-gentechnikkritiker/

 

[9] http://monographs.iarc.fr/ENG/Monographs/vol112/mono112-02.pdf

 

 

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rageous 24/09/2015 11:43

"Quel flûte" [quelle flûte] ou mieux (en la circonstance) "n'importe quel pipeau" pour éviter la fôte d'Aure Tografe :)

Seppi 24/09/2015 12:07

Oups ! Heu non ! Flûte !

Mille mercis. J'ai corrigé.