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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

EFSA : les néonicotinoïdes déclarés coupables... par principe

1 Septembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #EFSA, #Néonicotinoïdes, #critique de l'information

EFSA : les néonicotinoïdes déclarés coupables... par principe

 

Le Monde de Stéphane Foucart... hélas !

 

Source : http://www.davidsuzuki.org/fr/ce-que-vous-pouvez-faire/Prenez-la-parole/interdisons-les-pesticides-qui-tuent-les-abeilles/

Cela pourrait servir de couverture aux documents de l'EFSA !

 

Le 26 août 2015, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié les conclusions de l'examen par les pairs de l'évaluation des risques des pesticides pour les abeilles [de trois substances actives : imidaclopride, clothianidine et thiamétoxame] pour tous les usages autres que le traitement des semences et les granules [1]

 

 

Rappels : les néonicotinoïdes déjà mis au pilori

 

On rappellera que, fin avril 2013, la Commission européenne avait obtenu – de haute lutte – une suspension pour deux ans à compter du 1er décembre 2013, de certains usages des néonics précités [2]. Quinze États s'étaient prononcés en faveur de la mesure, 8 avaient voté contre et 4 s'étaient abstenus ; faute de majorité qualifiée, il revenait à la Commission européenne d’édicter les mesures, ce qu'elle a fait sans délai (dans le cas des autorisations d'OGM, curieusement, la Commission a des oublis...).

 

En bref, l'utilisation de ces trois substances a été interdite en tant que traitement de semences ou de sol sur les cultures qui attirent les abeilles et sur les céréales autres que les céréales d'hiver, et en traitements foliaires sur les cultures qui attirent les abeilles et les céréales, sauf après la floraison [3]. L'impact principal a consisté à priver les agriculteurs de solutions efficaces de lutte contre les ravageurs pour le colza, le maïs et le tournesol.

 

Le sort de la suspension (maintien, retrait, extension, réduction) se joue donc ces prochaines semaines [4]. On a vu se déployer quelques grandes manœuvres, ces derniers temps [5]...

 

La Commission avait demandé que les utilisations autres que les traitements de semences et de sol fassent l'objet d'une évaluation.

 

C'est chose faite.

 

Nous laisserons à Risk-monger – au spécialiste – le soin de labourer les documents de l'EFSA. Ses remarques seront sans nul doute intéressantes... mais guère utiles.

 

 

Qu'importent les faits, ce qui compte, c'est la communication

 

Une communication, hélas, efficace.

 

Dans ce genre d'affaires, en effet, ce qui importe, c'est ce qui retient l'attention des décideurs politiques et administratifs : les communiqués de presse – au mieux les résumés de documents longs et ardus – et le bruit médiatique. Au final, compte tenu des pressions de l'opinion – ou plutôt des opinions publiées pour paraphraser Winston Churchill [6] – ils choisiront entre une gestion fondée sur les dangers ou, plus vraisemblablement, le principe d'inaction déguisé en « principe de précaution » [7].

 

Or, pour les communiqués de presse, nous sommes servis par l'EFSA elle-même. En titre :

 

« Néonicotinoïdes: la pulvérisation foliaire présente un risque pour les abeilles »

 

De quoi impressionner le citoyen lambda, alimenter le charivari de la mouvance alter et anti, et effrayer le décideur. Mais reprenons notre souffle : c'est une évidence ! Personne, pas même les fabricants, ne nie que les néonics constituent un danger (et donc un risque si le danger n'est pas correctement géré) pour les abeilles. C'est bien pour cette raison que, dans la gestion du risque, les fabricants ont recommandé et les décideurs ont décidé qu'il ne fallait pas pulvériser en période de floraison...

 

Mais, grâce à un communiqué de presse crétin, le public aura l'impression que l'EFSA vient de découvrir une – nouvelle – menace. Une menace évidemment majeure.

 

C'est à se demander si les communicants de l'EFSA ont été formés auprès des tabloïds et autres magazines de salle d'attente ou s'il s'agit d'une politique délibérée d'appui aux contrepreneurs [8].

 

Selon le communiqué :

 

« Dans les cas où l'évaluation a pu être finalisée, des risques élevés ont été identifiés ou n'ont pas pu être exclus. Dans les autres cas, l'évaluation des risques n'a pas pu être portée à terme en raison de lacunes dans les données. »

 

Nouveau – double – problème d'enfumage et de désinformation.

 

« Absence de preuve ne vaut pas preuve de l'absence ». Cet aphorisme signifie, dans le cas présent, que si l'on n'a pas pu identifier un risque, on n'a pas pu – ou osé – conclure à une absence de risque. Si je fais une expérience et que je ne trouve rien, est-ce parce qu'il n'y a rien à trouver ou que l'expérience a été mal faite ou n'a pas eu la puissance suffisante ? Mais pour le béotien, dans un monde dominé par la rhétorique de la peur et du renoncement, le communiqué s'interprète comme la constatation d'un risque réel, mais qui n'a pas encore été démontré.

 

S'agissant de la deuxième phrase, l'interprétation du béotien – et bien sûre des contrepreneurs et des décideurs opportunistes et couards – est qu'il faut appliquer le « principe de précaution ».

 

« ...risques élevés... » ? Nous n'en saurons par plus ! Cela contraste avec le communiqué précédent, de janvier 2013 [9]. Serait-ce parce que le communicant chargé de la rédaction avait préféré s'abandonner aux torpeurs de la chaleur estivale ? Ou, plutôt, ce qui semble plus vraisemblable, qu'il n'avait rien de bien croustillant à se mettre sous la dent ?

 

 

L'information, c'est la manipulation

 

Source : http://alerte-environnement.fr/2013/12/09/neonicotinoides-le-journal-monde-compare-les-choux-et-les-carottes/

Un excellent décryptage d'une manipulation !

 

 

L'annonce de l'EFSA n'a pas suscité un mouvement de foule. À force de crier au loup...

 

Mais Le Monde de M. Stéphane Foucart a, évidemment, fait un démarrage en trombe [10] :

 

« Les experts européens aggravent le cas des pesticides tueurs d’abeilles »

 

L'entré en matière fait tout autant charabia :

 

« C’est une nouvelle pierre dans le jardin des néonicotinoïdes – ces insecticides soupçonnés d’être les principaux responsables du déclin des abeilles et des insectes pollinisateurs. »

 

L'auteur reprend donc les « risques élevés » du communiqué de presse de l'EFSA, sans aller guère plus loin. Faut tout de même dérouler le discours anxiogène et donner la parole à M. Marco Contiero, chargé de la politique agricole à Greenpeace Europe...

 

Et, bien sûr, mettre la pression sur les décideurs :

 

« Le nouvel avis conduira-t-il l’Europe à prendre de nouvelles mesures contre ces substances controversées ? »

 

Relevons toutefois que M. Foucart a apporté une information – certes agrémentée de citations de la mouvance alter et anti – sur un nouvel insecticide, le sulfoxaflor.

 

Source : http://www.lapresse.ca/environnement/pollution/201203/30/01-4510828-pesticide-montre-du-doigt-pour-la-mort-des-abeilles.php

De l'art de produire une « bonne moyenne »

 

 

L'expertise en crise !

 

Que retenir encore de ce désastre institutionnel et médiatique ?

 

Toute la communication est fondée sur la notion de risque – plus exactement de danger. Rien sur l'exposition – qui permettrait de mieux évaluer le risque, au sens propre. Rien sur les mesures de réduction ou de mitigation des risques.

 

Rien sur les bénéfices – le rapport bénéfices-risques – et les pertes de bénéfices encourues si l'on prend des mesures de restriction ou d'interdiction.

 

Rien sur les avantages et inconvénients comparatifs, par rapport aux solutions de lutte contre les ravageurs déployées en remplacement des matières actives incriminées.

 

Précisons : c'est l'histoire de Charybde et Scylla : à vouloir prendre une mesure supposée bénéfique aux abeilles – du fait de manœuvres dans l'expertise et la communication – les décideurs incompétents ou pusillanimes, ou les deux, risquent bien de nuire aux abeilles.

 

Et rappelons que le Cruiser OSR (thiaméthoxame) a été utilisé en France, en traitement des semences, sur 650 000 hectares de colza (un hectare sur deux) en 2011/2012, avant son interdiction, sans qu'il y ait eu de récriminations d'apiculteur médiatisées – en clair : pas d'incident [11].

 

Source : http://www.alambic-city.com/article-pesticides-neonicotinoides-et-mortalite-des-abeilles-qui-nous-manipule-117271401.html

 

« Le Gaucho, ce n’est pas beau. Le Régent, c’est méchant. Et le Cruiser, c’est l’enfer… Certes, mais après ? »

Joël Schiro, président du Syndicat des producteurs de miel de France

________________

 

[1] Communiqué de presse et liens vers les documents :

http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/150826

 

[2] Cette décision avait pour fondement des expertises de l'EFSA. Nous avons produit une longue analyse, en février 2013, que l'on peut relire avec intérêt, tant les nouvelles expertises s'inscrivent en droite ligne des anciennes et des manipulations médiatiques de l'époque :

 

http://imposteurs.over-blog.com/article-neonicotinoides-scandale-mediatique-et-politique-sur-fond-d-expertise-de-l-efsa-par-wackes-seppi-115227070.html

 

Repris ici :

 

http://www.contrepoints.org/2013/02/11/114464-neonicotinoides-un-nouveau-scandale-mediatique-sans-fondement

 

Risk-monger a aussi une belle série d'articles :

 

http://risk-monger.blogactiv.eu/tag/neonicotinoids/

 

[3] http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2013:139:0012:0026:fr:PDF

 

[4] En principe ! Sauf erreur, la seule référence au réexamen de la mesure se trouve dans le considérant 16 du règlement d'exécution visé dans la note précédente :

 

« Dans les deux ans à compter de la date d’entrée en vigueur du présent règlement, la Commission entamera dans un délai raisonnable un examen des nouvelles informations scientifiques qu’elle aura reçues. »

 

« [D]élai raisonnable »... on sait ce que cela veut dire quand la Commission ne veut pas se rendre plus impopulaire qu'elle ne l'est déjà...

 

[5] Avec un épisode particulièrement remarquable :

 

http://imposteurs.over-blog.com/2014/12/la-condamnation-d-abord-la-motivation-ensuite-malice-au-pays-des-abeilles-par-wackes-seppi.html

 

http://risk-monger.blogactiv.eu/2014/12/02/iucn%E2%80%99s-anti-neonic-pesticide-task-force-an-expose-into-activist-science/#.VIMSxtKG-Sr

 

Un épisode assorti de menaces de plaintes en diffamation... « Le premier qui dit la vérité il doit être exécuté »...

 

[6] « Il n’y a rien de tel qu’une opinion publique. Il n’y a que des opinions publiées. »

 

« There is no such thing as public opinion. There is only published opinion »

 

[7] http://seppi.over-blog.com/2015/08/quelle-base-pour-la-reglementation-le-risque-ou-le-danger.html

 

[8] http://seppi.over-blog.com/2015/08/le-risque-croissant-des-contrepreneurs.html

 

[9] http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/130116?utm_medium=infocus&utm_source=homepage&utm_campaign=beehealth

 

[10] http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2015/08/27/les-experts-europeens-aggravent-le-cas-des-pesticides-tueurs-d-abeilles_4738681_1652692.html

 

[11] http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/cruiser-stephane-le-foll-se-moque-de-l-avis-des-experts-de-l-anses-et-de-l-efsa,796

 

 

 

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rageous 10/11/2015 17:28

Bonjour Seppi,
Cette info qui semblerait avoir échappée à votre vigilance sur l'effet addictif des néonics sur les abeilles.
Une info/intox qui mériterait un traitement "sévère" (une fois de plus) des méthodes journalistiques plus promptes à communiquer sur le "sensationel" que sur le rectificatif quand il s'impose!
Affligeant

http://www.forumphyto.fr/2015/11/03/laddiction-des-abeilles-aux-neonicotinoides-une-erreur/
http://www.geneticliteracyproject.org/2015/10/30/researchers-now-believe-bees-addicted-neonics-study-wrong/

Seppi 13/11/2015 08:38

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je suis de très près GLP. Ça ne m'a donc pas échappé. Mais il y a tellement à rapporter...