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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des abeilles aux oiseaux : Les néonics et autres pesticides ont-ils inauguré une apocalypse aviaire ?*

6 Septembre 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Néonicotinoïdes, #critique de l'information

Des abeilles aux oiseaux : Les néonics et autres pesticides ont-ils inauguré une apocalypse aviaire ?*

 

 

Voici le dernier d'une série d'articles sur les faits réels sur les oiseaux et les abeilles.

 

Les groupes de défense de l'environnement prétendent que les abeilles sont au bord de l'extinction et accompagnent souvent cette affirmation de terribles avertissements du même acabit sur le sort des oiseaux.

 

C'est un mème familier sur Internet. « Les OGM tuent les abeilles, les papillons, les oiseaux et... ? »... c'est ainsi que pestait l'Organic Consumers Association (association des consommateurs bio), un groupe marginal d'activisme, dans un billet typique sur Internet [1]. Environmental Health News abonde dans ce sens [2] en affirmant que 1300 espèces d'oiseaux sont menacées d'extinction, et en pointant le doigt en particulier vers les néonicotinoïdes comme cause probable principale. Voici une carte compilée par l'EHN illustrant son affirmation selon laquelle le monde est confronté à une apocalypse aviaire.

 

 

Beaucoup de ces articles – celui de l'EHN en particulier, qui a également été mis en ligne et promu par le National Geographic [3] – se fondent en grande partie sur les affirmations de Christy Morrissey, une écotoxicologue de l'Université du Saskatchewan. « Les oiseaux peuvent nous dire beaucoup de choses sur ce qui se passe autour de nous et que nous pourrions peut-être ne pas voir sans eux », a-t-elle dit.

 

Morrissey a affirmé [4] que les néonics [5] privent certains oiseaux des insectes dont ils dépendent pour leur alimentation, en particulier les oiseaux aquatiques tels que les canards, les oies et les cygnes, et les insectivores tels que les martinets, les hirondelles et les engoulevents. Le travail de Morrissey fait l'objet de vives critiques sur la base d'une analyse [6] selon laquelle elle et les autres membres de ce qui était censé être un groupe de travail indépendant se proposant d'établir les faits sur l'impact des pesticides sur les abeilles avaient manœuvré pour sélectionner les éléments de preuve étayant une conclusion prédéterminée.

 

Mais d'autres écologistes ont fait des déclarations similaires [7] ; un second Printemps silencieux, comme certains l'ont appelé. David Goulson, un autre membre du groupe sous le feu de la critique pour cause de manipulation de données, a publié une étude dans Nature [8] cet été, qui fait valoir [9] que dans les cas où l'imidaclopride (un des néonicotinoïdes) dépasse les 20 nanogrammes par litre, les populations d'oiseaux chutaient de 3,5 pour cent par an en moyenne.

 

Ces allégations graves résistent-elles aux faits sur le terrain? Non, pas aux États-Unis.

 

Les néonics sont arrivés sur le marché en Amérique du Nord en 1994, mais la véritable accélération de leur usage s'est produite vers 2007. Selon les données de la North American Breeding Bird Survey (le recensement des oiseaux nicheurs en Amérique du Nord), le fort déclin des populations d'oiseaux remonte cependant aux années 1970. Depuis l'introduction des traitements de semences, les baisses ont considérablement ralenti pour de nombreuses espèces, se sont stabilisés ou se sont même inversées.

 

Alors que Morrissey a dit que les oiseaux aquatiques souffrent en raison de la perte d'insectes dans les zones humides du fait des néonics, de nombreux types d'oiseaux d'eau ont vu leurs populations augmenter de manière importante au cours des dernières années. Le graphique ci-dessous est fondé sur les données de la North American Breeding Bird Survey, un programme international de surveillance aviaire à grande échelle et à long terme lancé en 1966 [10]. Il montre l'abondance relative du dendrocygne à ventre noir aux Etats-Unis et au Canada.

 

Abondance relative du dendrocygne à ventre noir

 

[Le graphique montre les indices annuels et leurs intervalles de confiance. La ligne rouge est la meilleure estimation de l'abondance relative des oiseaux, sur la base d'une régression. Il y a 95 pour cent de chances que l'abondance relative réelle se situe quelque part entre les lignes supérieure et inférieure.]

 

Selon le Recensement des oiseaux nicheurs, à long terme, à grande échelle, international, initié en 1966, « ils représentent le nombre moyen d'oiseaux recensés sur une route typique de la région pendant un an ».

 

Mark Hanson, toxicologue environnemental de l'Université du Manitoba, a contesté [11] ce qu'il considère comme des assertions alarmistes. « Bien que des baisses se soient produites au Canada pour certains groupes et espèces d'oiseaux, ces baisses précèdent l'introduction des néonics de plusieurs décennies », a-t-il dit. « D'autres oiseaux qui dépendent des zones humides, comme la sauvagine, ont vu leurs effectifs augmenter au cours de la même période. »

 

Soyons clairs : les oiseaux font face à des problèmes réels [12], notamment l'évolution et la réduction de leurs habitats, mais les néonics ne sont pas le moteur d'une crise. La sauvagine, comme les diverses espèces de canards et d'oies, ont vu une augmentation spectaculaire de leurs populations depuis l'arrivée des néonics sur le marché.

 

Abondance relative du fuligule à collier ou morillon à bec cerclé

 

Abondance relative de l'oie du Canada

 

Il y a aussi des preuves que les déclins abrupts chez certaines espèces qui ont commencé dans les années 1960 et 70 ont considérablement ralenti au cours des 20 dernières années.

 

Abondance relative du canard brun

 

Les hirondelles, qui se nourrissent d'insectes volants, se portent bien. Les populations d'hirondelle à front blanc et d'hirondelle à front brun, par exemple, ont beaucoup augmenté quand les organophosphates ont commencé à être progressivement retirés dans les années 1990s.

 

Abondance relative de l'hirondelle à front blanc

 

Les populations d'oiseaux ont en effet diminué, fortement dans certains cas, mais comme dans le cas des abeilles, ces baisses sont antérieures, largement, à l'introduction des néonics au milieu des années 1990 et à la forte augmentation de leur utilisation au milieu des années 2000. Et tout comme pour les abeilles, de nombreuses populations d'oiseaux se sont stabilisées ou ont augmenté depuis que les traitements de semences avec des néonics sont largement utilisés.

 

_________________

 

Source : http://www.geneticliteracyproject.org/2015/09/01/bees-birds-neonics-pesticides-ushered-bird-apocolypse/

 

[1] https://www.organicconsumers.org/essays/gmos-are-killing-bees-butterflies-birds-and

 

[2] http://www.environmentalhealthnews.org/ehs/news/2014/aug/wingedwarnings1essay

 

[3] http://news.nationalgeographic.com/news/2014/08/140825-bird-environment-chemical-contaminant-climate-change-science-winged-warning/#

 

[4] http://www.cbc.ca/news/canada/saskatchewan/pesticide-contaminating-prairie-wetlands-scientist-1.2482082

 

[5] http://www.stateofthebirds.org/2014%20SotB_FINAL_low-res.pdf

 

[6] http://www.thetimes.co.uk/tto/environment/article4286838.ece

 

[7] http://news.nationalgeographic.com/news/2014/07/140709-birds-insects-pesticides-insecticides-neonicotinoids-silent-spring/

 

[8] http://www.nature.com/nature/journal/vaop/ncurrent/full/nature13642.html

 

[9] http://www.commondreams.org/news/2014/07/10/alarm-bells-are-new-study-links-neonics-bird-declines

 

[10] http://www.mbr-pwrc.usgs.gov/bbs/bbs.html

 

[11] http://www.producer.com/daily/neonic-threat-to-wild-birds-questioned/

 

[12] http://www.birds.cornell.edu/AllAboutBirds/conservation/planning/threats

 

 

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