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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Vandana Shiva ou la triche compulsive

19 Août 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Vandana Shiva, #OGM

Vandana Shiva ou la triche compulsive

 

 

Nos pérégrinations nous ont conduit à « 5 GMO Myths Debunked by Vandana Shiva » (cinq mythes OGM démontés par Vandana Shiva) sur Ecowatch [1]. Il y a des gens qui sont béats d'admiration devant ce torchon !

 

Démontons donc le démontage des mythes qui sortent de l'imagination débridée – la mythomanie – de Mme Shiva..

 

 

1.  Le mythe de la Révolution verte

 

Quel lien avec les OGM ? Aucun. Première tricherie...

 

Mais c'est son obsession. Mme Shiva – nostalgique « du bon vieux temps » [2] – a un problème affectif avec la Révolution verte dont elle nie les bienfaits. Ici, après une petite publicité pour un de ses ouvrages anciens, elle produit un tableau assez difficile à interpréter (ci-dessous).

 

 

Objectif : « le taux de croissance de la production agricole agrégée a été supérieur dans les années précédant la Révolution verte (1967-68). » C'est évidemment pour dire le plus grand mal de la Révolution verte.

 

La mystification réside dans l'emploi d'un indicateur déconnecté à plusieurs titres du problème posé. Admettons que Mme Shiva se réfère aux chiffres pour l'ensemble de la production (3,20 % de croissance avant, 2,50 % après). Une partie de la croissance de la production est évidemment due à l'augmentation des surfaces ; sans surprise, les surfaces n'étant pas extensibles, le taux de croissance d'avant (1,60 %) est très supérieur à celui d'après (0,55 %).

 

L'évolution des rendements serait un critère plus pertinent. Le taux de croissance du rendement global (comment a-t-il été du reste calculé ?) baisse selon son tableau. Il passe de 1,60 % à 1,40 % ; c'est une diminution bien moindre que pour la production. On peut trouver bien des explications à cette baisse, pour autant qu'elle soit réelle. La plus importante semble être la loi des rendements décroissants ; plus les rendements augmentent, plus les quintaux supplémentaires sont difficiles à obtenir. Il faut aussi comprendre ce que sont des pourcentages : gagner 1 % sur un rendement de 10 quintaux à l'hectare, c'est 10 kg de plus ; ce même 1 % sur 50 quintaux, c'est 50 kg...

 

La mise en culture de terres marginales introduit des récoltes faibles dans l'équation, d'où une baisse. L'adoption de l'irrigation fait monter les rendements moyens, toute autres choses étant égales par ailleurs. Mais quand le rythme de conversion à l'irrigation baisse (loi des rendements décroissants aussi...), les gains annuels de productivité deviennent aussi moins importants...

 

La Révolution verte a essentiellement concerné le blé et le riz. Il est donc aussi fallacieux d'utiliser un indice synthétique. Autre tricherie...

 

 

Pour le blé, le tableau montre un taux de croissance post-Révolution verte du rendement très supérieur, 2,53 % par rapport à 1,24 %. Quasi-doublement aussi pour les légumineuses (pulses), 0,42 % contre 0,24 %. Pouvons-nous l'attribuer à la Révolution verte ? Ce serait présomptueux sans une analyse plus approfondie. Mais il est tout aussi présomptueux – en fait mensonger – de prétendre que la Révolution verte a été un désastre.

 

 

Le cas du riz doit nous intriguer. Le taux de croissance est présenté à la baisse, de 3,37 % avant à 2,21 % après pour la production, et de 1,60 % avant à 1,40 % après pour le rendement.

 

Et c'est là qu'on trouve d'autres escroqueries.

 

Nous avons déniché un tableau qui part de 1950 [3]. C'est reproduit de l'une des sources de données citées dans le tableau de Mme Shiva. On doit dès lors se demander pourquoi son tableau en utilise une deuxième pour la première période ; mais passons.

 

Il apparaît ensuite que son tableau « zappe » deux campagnes charnières, 1965-66 et 1966-67. Les rendements ont été faibles (8,6 quintaux à l'hectare, quasi la situation de 1950-51). Elles se situent avant le début de la Révolution verte (1967-68 selon Mme Shiva). À l'évidence, si elles avaient été ajoutées aux 16 utilisées dans son tableau, la situation serait bien différente. C'est là une manipulation grossière.

 

La Révolution verte ne s'est pas faite en un seul jour. Or Mme Shiva décide de nous présenter un chiffre que sur les onze premières campagnes post-Révolution. Autre manipulation grossière.

 

Que nous montre notre analyse ? La moyenne quinquennale ne varie pas entre le début (campagnes 1967-71) et la fin (1973-77), à 10,89 quintaux à l'hectare. Mais prenez les cinq années suivantes... ce qui, du reste, donne une deuxième période de même durée que la première de son tableau : on saute à 12,55 quintaux (+ 15 %).

 

Posons le autrement : en moyenne décennale, les rendements n'ont pas augmenté d'un poil entre la décennie commençant en 1950 et celle commençant en 1960 (8,3 quintaux à l'hectare). La décennie suivante bondit à 11,6 quintaux (+ 39 %). Pour la décennie commençant en 2000, on est à 20,5 quintaux à l'hectare.

 

Mais, pour Mme Shiva :

 

« La Révolution verte n'a pas sauvé l'Inde de la famine, comme le prétendent les promoteurs de l'agriculture industrielle et de la technologie des OGM, en fait, la Révolution verte a réduit la production de l'Inde. »

 

Si, si ! C'est ce qu'elle prétend !

 

Passer de 20,58 millions de tonnes de riz en 1950-51 à 37,61 millions en 1967-68, début de la Révolution verte, et à 89,2 millions de tonnes en moyenne décennale pour la période commençant en 2000... c'est une baisse.

 

Mme Shiva se targue d'avoir un PhD en physique quantique. C'est un autre mensonge de sa part – récurrent – , mais le fait est qu'elle a suivi des études de physique à un niveau avancé. On ne peut donc pas lui nier une certaine familiarité avec les chiffres et leur signification ; et par conséquent la conscience que son propos est délibérément fallacieux. En clair : c'est une escroquerie intellectuelle et, comme elle est volontaire, morale.

 

Mais on peut aussi penser qu'enfermée dans ses mensonges et ses mythes, elle a perdu le sens des réalités.

 

 

2.  Le mythe du Riz doré comme solution à la malnutrition

 

Source : https://www.isaaa.org/kc/inforesources/biotechcrops/The_Golden_Rice_Technology.htm

 

 

Ici, le procédé est ultra-simple : laisser entendre que la partie adverse a dit une chose qu'elle n'a pas dite, et « démontrer » que c'est idiot. C'est la technique de l'homme de paille.

 

Mme Shiva a trois réponses, qui ressortissent à la diversion, au changement de sujet :

 

« Voici notre analyse [avec un lien [4]] démontrant que notre biodiversité et nos connaissances indigènes sont largement supérieures au Riz doré pour répondre à la malnutrition. »

 

C'est tellement vrai qu'on se demande pourquoi il y a de la malnutrition en Inde. Concédons que c'est de l'ironie un peu déplacée face à la détresse des populations ; mais elle est à la mesure du dégoût qu'inspire la rhétorique de cette femme qui préfère que les gens meurent de faim plutôt que de consommer des aliments susceptibles d'être GM.

 

« Syngenta est le propriétaire du Riz doré. Sa promotion comme fruit de la recherche publique est un grossier mensonge et une tentative d'induire les gens en erreur à travers le monde. »

 

Rien à voir avec le prétendu mythe de la solution à la malnutrition. Ni même avec l'objectif du Riz doré, qui est de lutter contre la carence en vitamine A, un aspect spécifique de la malnutrition.

 

Syngenta a certes pris un brevet pour une méthode de transformation de plantes se rapportant au métabolisme des caroténoïdes, mais cela n'en fait pas le « propriétaire » du Riz doré [5], même si ce brevet lui permet d'exercer un certain contrôle sur ce riz. Depuis le temps que Mme Shiva bonimente sur les brevets, elle ne peut que le savoir.

 

Le brevet est loin d'être universel ; en fait, le Riz doré est libre de droits dans de nombreux pays en développement. De plus, Syngenta a annoncé que le Riz doré sera mis gratuitement à la disposition des petits producteurs... C'est du reste une conséquence du brevet, là où il existe : Syngenta autorisera des producteurs de variétés à utiliser sa technologie dans le cadre de contrats de licence qui prévoiront cette gratuité [6]. Ça aussi, Mme Shiva le sait.

 

« En outre, le papier sur le Riz doré a dû être retiré, toutes les assertions fabriquées à partir du papier ne sont pas valables. »

 

On a là encore le style incohérent de Mme Shiva. Mais, en plus, un énorme mensonge.

 

L'article dont il s'agit [7] montrait, sur la base d'un essai mené en Chine, que le β-carotène du Riz doré était aussi efficace que le β-carotène de l'huile et plus efficace que celui de l'épinard. Un bol de Riz doré (50g en poids sec) peut apporter 60 % de la quantité de vitamine A recommandée en Chine à des enfants de six à huit ans. Il a été retiré à la suite d'une controverse – orchestrée par les anti-OGM, dont Greenpeace – sur le respect de la règlementation des essais sur l'homme. Les résultats de l'étude ne sont nullement invalidés du fait du retrait [8].

 

Mais Mme Shiva a cru avantageux d'extrapoler et, somme toute, de mentir.

 

 

3.  Le mythe que l'obésité est la seule maladie liée à la nourriture

 

C'est tellement débile que ça ne mérite pas qu'on s'y attarde.

 

 

4.  Le mythe de la sécurité

 

Que faire quand on patauge ? On se répète dans l'espoir que la répétition sera prise pour une vérité :

 

« Alors que la littérature sur la biosécurité est vaste et que j'ai été nommée comme membre du groupe d'experts sur la biosécurité par le PNUE [Programme des Nations Unies pour l'environnement] pour créer le cadre de la Loi internationale sur la biosécurité, deux publications montrent que l'hypothèse de la sécurité et de l' "équivalence en substance" est fausse.

 

Une étude est du Gouvernement de la Norvège et l'autre, d'un chercheur indien du MIT qui a inventé l'email.

 

De nouvelles recherches montrent qu'il n'y a pas de preuve de sécurité des OGM.

 

La recherche montre également la fausseté de l'hypothèse d'une équivalence en substance. »

 

Prenons dans l'ordre. Le début est plutôt hilarant de par un manque de cohérence qui serait reproché à un élève de sixième. Mais il y a pire.

 

Mme Shiva n'a jamais été nommée comme membre d'un groupe d'experts du PNUE, du moins à notre connaissance (et nous avons quelque expérience de la machinerie onusienne). Du reste, on a du mal à entrevoir en quoi elle aurait pu être un expert. Mme Shiva apparaît en revanche sur la liste des participants du groupe de travail ad hoc à composition non limitée sur la biosécurité qui s'est réuni du 5 au 13 février 1998 à Montréal, ville siège du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CBD) [9]. Elle y était comme membre d'une délégation d'ONG observatrice, le Third World Network.

 

Se prévaloir de la qualité d'expert est donc une formidable escroquerie.

 

 

Il n'y a pas de « loi internationale ». Le Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques (sur la biosécurité, en abrégé) a du reste été négocié dans le cadre de la CBD ; ça fait certes partie de la galaxie PNUE, mais ce n'est pas le PNUE.

 

Une étude, sur une question scientifique, « du Gouvernement de la Norvège » ? Risible ! Ça doit être une des publications du GenØk, un repaire d'anti-OGM forcenés [10].

 

Quant au chercheur du MIT – il s'agit de M. Shiva Ayyaduraises compétences en informatique lui donnent toutes les références nécessaires pour traiter de la biosécurité des OGM... Pour une critique, on se référera à Genetic Literacy Project, très actif sur le sujet à l'heure où nous écrivons. Mais on peut déjà constater qu'il s'agit, une fois de plus, d'une référence pourrie [11].

 

 

5.  Le mythe des OGM comme étant de la science

 

Mme Shiva fatigue :

 

« L'histoire des OGM n'est pas une histoire de science, mais de main-mise non scientifique et illégale sur nos semences et notre nourriture. »

 

Pitoyable !

 

Malheureusement, Mme Shiva – figure emblématique du mouvement altermondialiste – continuera à polluer le débat encore longtemps. C'est pourquoi il est important de dénoncer cette extraordinaire imposture.

 

_________________

 

[1] http://ecowatch.com/2015/08/17/gmo-myths-debunked-vandana-shiva

 

[2] Mme Shiva a eu droit à une contribution à Research EU  :

 

« Vandana Shiva, figure emblématique du mouvement altermondialiste et présidente de la Fondation de recherche pour la science, les technologies et les ressources naturelles d’Inde, va encore plus loin. Elle prône un retour pur et simple aux techniques agricoles ancestrales. Elle place dès lors le travail physique, animal mais surtout humain, en tête des énergies vertes. "Les subsides de l’État doivent absolu ment promouvoir un retour à l’agriculture traditionnelle pour couper court tant à la dépendance sur les ravitaillements de longues distances, beaucoup trop coûteuse en terme d’énergie, qu’aux conséquences désastreuses de l’agriculture industrielle sur le climat. Cette dernière et le commerce alimentaire qui l’accompagne sont responsables de 25% des émissions mondiales de dioxyde de carbone", explique Shiva. "La véritable énergie du futur réside dans l’énergie humaine." »

 

https://ec.europa.eu/research/research-eu/pdf/research_eu_oil_fr.pdf

 

Notez qu'elle y est présentée – sans nul doute sur la base de ses déclarations – comme «  docteur en physique et en philosophie des sciences ». Un mensonge de plus.

 

[3] http://www.airea.net/page/62/statistical-data/all-india-area-production-and-yield-of-rice

 

[4] http://www.navdanya.org/blog/?p=2017

C'est noyé dans le texte. Mme Shiva prétend qu'il suffit de deux cuillerées à soupe d'épinard ou de feuilles de radis pour obtenir la dose journalière de vitamine A.

Dans ce document, plus anciens, on analyse les prétentions de Mme Shiva (voir en particulier à la page 108. Il y a des cuillers qui doivent avoir la taille d'une louche :

http://www.navdanya.org/blog/?p=2017

 

[5] http://worldwide.espacenet.com/publicationDetails/inpadocPatentFamily?CC=EP&NR=1159428B1&KC=B1&FT=D&ND=4&date=20060927&DB=worldwide.espacenet.com&locale=en_EP

 

[6] http://www.goldenrice.org/Content1-Who/who4_IP.php

 

[7] β-Carotene in Golden Rice is as good as β-carotene in oil at providing vitamin A to children

Guangwen Tang, Yuming Hu, Shi-an Yin, Yin Wang, Gerard E Dallal, Michael A Grusak, and Robert M Russell

The American Journal of Clinical Nutrition

http://ajcn.nutrition.org/content/96/3/658.long

 

[8] http://retractionwatch.com/2015/07/30/golden-rice-paper-pulled-after-judge-rules-for-journal/

 

[9] https://www.cbd.int/doc/meetings/bs/bswg-04/information/bswg-04-inf-06-en.pdf

 

[10] Peut-être celle-ci :

Compositional differences in soybeans on the market: Glyphosate accumulates in Roundup Ready GM soybeans

T. Bøhna, M. Cuhra, T. Traavik, M. Sanden, J. Fagan, R. Primicerio

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0308814613019201

 

[11] Par exemple :

http://www.geneticliteracyproject.org/2015/07/21/kevin-folta-debunks-pay-for-play-paper-supposedly-finding-formaldehyde-in-gmos/

Où l'on retrouve M. Kevin Folta, la cible du maccarthysme anti-OGM...

 

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