Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Sciences&Avenir : corriger, c'est trop dur, et tricher c'est pas beau !

2 Août 2015 , Rédigé par Seppi

Sciences&Avenir : corriger, c'est trop dur, et tricher c'est pas beau !

 

C'est un scandale !

 

 

La dernière « étude » de M. Gilles-Éric Séralini et de son équipe 

 

« Les tests sur les rats seraient faussés »

 

Dans un billet précédent, nous avons critiqué la ligne éditoriale de Sciences&Avenir s'agissant de la dernière prouesse médiatique – à défaut d'être vraiment scientifique – de M. Gilles-Éric Séralini et de son équipe [1]. Enfin prouesse... un bide retentissant.

 

S&A a été un des rares médias français à se faire l'écho de cette tentative de discréditer les – toutes les – analyses toxicologiques des décennies passées sur, notamment, les pesticides et les OGM. Deux articles ont été publiés sur l'Internet sous la signature de Mme Rachel Mulot [2].

 

Nous avons tiré la sonnette d'alarme par deux fois, dans les commentaires sous les articles, sur la communication trompeuse d'une équipe Séralini qui, but politique oblige, a préféré décrire l'effort de recherche plutôt que son résultat. Ainsi sur le site du CRIIGEN – et aussi dans leur dossier de presse [3] :

 

« L’étude menée est d’une ampleur exceptionnelle; elle s’est attachée à rechercher dans 13 échantillons communs de croquettes pour rats les traces de 262 pesticides, 4 métaux lourds, 17 dioxines et furanes, 18 PCB et 22 OGM. »

 

Dans les commentaires sous le premier article de S&A, du 24 juin 2015, nous avions interrogé et, en quelque sorte, mis en garde :

 

« Pourquoi a-t-il communiqué sur le nombre total de molécules recherchées dans les rations, et pas sur le nombre de molécules trouvées ? »

 

Pourtant, dans son deuxième article, du 2 juillet 2015, Mme Mulot écrit :

 

« 13 échantillons communs de croquettes pour rats ont été disséqués : ils recelaient les traces de 22 OGM, de 262 pesticides, 17 dioxines et furanes, 18 PCB et 4 métaux lourds. »

 

Nous avions répondu avec, certes, plus qu'un brin d'agacement :

 

« Non Madame.

 

« Les chiffres que vous avez donnés se rapportent à ce que les auteurs ont cherché. Si vous aviez pris la peine de lire ne serait-ce que le résumé [de la publication], ou encore mes commentaires sur votre article précédent, la supercherie d'une communication anxiogène de l'équipe, qui s'est bien gardée de publier avec précision ses résultats, ne vous aurait pas échappé.

 

« Je vous livre donc, en anglais, ledit résumé :

 

« "All diets were contaminated with pesticides (1-6 out of 262 measured), heavy metals (2-3 out of 4, mostly lead and cadmium), PCDD/Fs (1-13 out of 17) and PCBs (5-15 out of 18)." »

 

Ajoutons que Mme Mulot annonçait dans cet article, pour le lendemain (donc le 3 juillet 2015), un article sur les réactions à la publication de M. Séralini et de son équipe. Il y eut bien une mise à jour ce jour-là. Mais de nouvel article, point.

 

S&A vient de livrer son article sur papier dans le numéro d'août de la revue sous le titre : « Les tests sur les rats seraient faussés ». On peut y lire :

 

« L'équipe de l'université de Caen et des laboratoires accrédités ont analysé 13 échantillons communs de croquettes réputées équilibrées et hygiéniques : ils recelaient en réalité les traces de 22 OGM, de 262 pesticides et bien d'autres polluants (17 dioxines et furanes, 18 PCB et 4 métaux lourds). »

 

Que faut-il conclure d'une telle obstination dans l'erreur ?

 

Erreur dans les chiffres, devenue impardonnable après l'avertissement et les remontrances, qui relève de l'obstination. Mais aussi imputation sournoise que les croquettes ne seraient ni équilibrées, ni hygiéniques, ce qui relève de l'escalade d'engagement.

 

 

« Les autorités sanitaires n'ont pour l'instant pas réagi »

 

C'est là le premier intertitre de l'article.

 

Quiconque a quelque peu suivi la nouvelle « affaire » – qui n'en est pas une – sait que cet article de M. Gilles-Éric Séralini et de son équipe est un bide médiatique retentissant. L'équipe a analysé 13 échantillons de croquettes pour rats de laboratoire et y a trouvé des résidus de pesticides à des niveaux sans effets sur les rats, des polluants ubiquistes et des signaux d'OGM. Ce n'est pas inintéressant, mais tout le reste est gesticulation. Fallait-il se préoccuper d'un non-événement ?

 

Mme Mulot tire argument du fait que Monsanto, l'EFSA et l'ANSES ou « la communauté des toxicologues, n'ont officiellement réagi ». Et de s'interroger :

 

« Pour circonscrire un possible incendie » ?

 

Passons sur l'irréalité d'une « communauté des toxicologues » et l'impossibilité, pour une communauté inexistante, de « réagir officiellement »... Mme Mulot, dans une revue en principe de vulgarisation scientifique, succombe à une théorie du complot minable.

 

Remarquons que si une agence de régulation avait réagi, cela aurait été immédiatement interprété comme une tentative de « circonscrire [...] un incendie. »

 

 

« Il remet en cause un vaste système économique »

 

C'est là l'intertitre qui précède les réactions que Mme Mulot a omis de publier sur internet, contrairement à l'annonce faite aux lecteurs. Enfin, une très petite sélection de réactions...

 

En clair, le lecteur qui ne fait que survoler le texte n'a aucun moyen de savoir que l'étude de M. Séralini et de son équipe, pour ce qui est des supputations et insinuations, au-delà des analyses de croquettes, ne vaut pas un clou.

 

Mme Mulot cite donc M. Joël Guillemain, présenté comme expert auprès de l'ANSES [4] :

 

« Mais Gilles-Éric Séralini et son équipe ne font aucunement la démonstration que l'alimentation des rats est responsable de leurs pathologies »

 

C'est, en langage direct : « Circulez ! Y a rien à voir ». À juste titre.

 

Mais il suffit de faire parler un expert pour lui faire dire quelque chose d'exploitable. Donc, selon M. Guillemain :

 

« Il n'est pas sûr que les toxicologues aient les moyens techniques et économiques de mesurer les effets des cocktails ou des faibles doses. C'est un réel défi. »

 

C'est encore exact. Mais ce n'est pas le sujet et, dans le contexte, c'est une tentative d'enfumage de la part de S&A. Le défi reste entier même avec des croquettes qui seraient indemnes de tout polluant.

 

S&A a fort opportunément trouvé un sociologue – de l'INRA – pour dispenser le début du mot de la fin. M. David Demortain « analyse » donc :

 

« Gilles-Éric Séralini s'attaque à quelque chose de tellement énorme que cela est difficilement recevable. »

 

Un sociologue ? Avec quelles connaissances réelles de la toxicologie [5] ? Il en fallait visiblement un pour accréditer la thèse du complot.

 

M.Séralini analyse 13 rations... et tout est foutu!

 

Nous avions signalé une autre réaction

 

Mme Mulot n'avait qu'à exploiter... M. Bernard Salles, directeur de l’Unité Toxalim de l’INRA et coordinateur scientifique du projet GMO90+ [6] :

 

« La question posée est pertinente, mais après, il [M. Séralini] la twiste pour que ça colle avec sa croyance. Il ne démontre rien. Tout ce qu’il y a, c’est des analyses de croquettes, il n’y a zéro argument, zéro expérimentation. [...] C’est un très bon communiquant mais, sur le plan scientifique il n’est pas sérieux. Il jongle avec les mots, il perd les gens, et c’est là justement son génie. C’est un magicien. Un excellent manipulateur. »

 

Réaction pertinente... mais qui ne colle pas à la ligne éditoriale de S&A.

 

 

« L'agriculture fait fausse route depuis 60 ans »

 

Nous avons critiqué la communication affligeante dont a « bénéficié », tant de leurs institutions de recherche (CNRS et INRA) que de S&A, Iván Prieto, Cyrille Violle, Philippe Barre, Jean-Louis Durand, Marc Ghesquiere et Isabelle Litrico pour leur article « Complementary effects of species and genetic diversity on productivity and stability of sown grasslands » (effets complémentaires de la diversité spécifique et génétique sur la productivité et la stabilité de prairies artificielles) [7].

 

Résumons en une phrase : une mini-étude sur des plantes fourragères ne saurait être surinterprétées pour lui faire dire quoi que ce soit sur la production agricole, hors cultures fourragères.

 

Nous avons critiqué car S&A a publié un article sur l'Internet avec le même titre, « L'agriculture fait fausse route depuis 60 ans »[8].

 

Nous avions commenté sur leur site :

 

« Article abominable pour lequel le journaliste a au moins l'excuse – peu convaincante – d'avoir été abusé par la communication délirante du CNRS.

 

« Car croyez-vous réellement que l'agriculture – les agriculteurs, les agronomes – aient pu avoir tout faux depuis 60 ans ? En fait des millénaires puisque les pratiques n'ont pas changé sur les grands principes ?

 

« Croyez-vous qu'un chercheur puisse décemment tirer des conclusions générales à partir d'un essai sur des plantes fourragères – qui ne sont pas des plantes de grande culture astreintes à des conditions agro-écologiques et agro-économiques très différentes – et d'un essai avec des nanoparcelles d'une surface inférieure à celle d'une page A4 ? »

 

Il se trouve que avons été contactés par un des chercheurs, et nous interprétons ses propos comme démontrant leur lucidité sur la portée de leur étude, ainsi que leur trouble face à une « information » qui a manifestement débordé les limites du raisonnable. Nous avons aussi compris qu'il y a euune discussion avec l'auteur de l'article de S&A dans le but de gommer les outrances.

 

Que croyez-vous que fît S&A ? Il vient de publier un articulet en gardant le titre le titre abominable et absurde...

 

_________________

 

[1] http://seppi.over-blog.com/2015/07/sciences-avenir-sert-la-soupe-a-m-seralini.html

Pour l'analyse de l'aticle de Séralini et al. :

http://seppi.over-blog.com/2015/07/le-seralini-nouveau-est-enfin-arrive-mais.html

http://seppi.over-blog.com/2015/07/le-seralini-nouveau-un-peu-de-science-beaucoup-de-pseudoscience-enormement-d-enfumage.html

 

[2] http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20150624.OBS1454/rats-de-laboratoire-une-etude-fait-polemique-avant-publication.html

http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20150702.OBS1995/le-pr-seralini-denonce-des-tests-fausses-sur-les-pesticides-et-ogm.html

 

[3] http://www.criigen.org/communique/94/display/Les-tests-pour-la-commercialisation-de-produits-chimiques-et-d-OGM-sont-fausses-par-l-alimentation-des-rats-de-laboratoire-17-juin-2015

 

[4] http://www.hautconseildesbiotechnologies.fr/fr/membre/guillemain-joel

 

[5] De quoi tomber sur le fondement :

http://www.nss-journal.org/articles/nss/abs/2013/01/nss130068/nss130068.html

 

[6] http://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2015/07/06/pr-gilles-eric-seralini-le-retour-la-communaute-dexperts-toujours-pas-convaincue_764406

 

[7] http://seppi.over-blog.com/2015/07/60-ans-que-l-agriculture-a-tout-faux.html

 

[8] http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20150616.OBS0886/60-ans-que-l-agriculture-a-tout-faux.html

 

 

Partager cet article

Commenter cet article