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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le risque croissant des contrepreneurs

31 Août 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Union européenne, #Risk-monger

Le risque croissant des « contrepreneurs »

 

The Risk-monger*

 

 

Permettez-moi de commencer cet article par quelques définitions :

Le risque croissant des contrepreneurs
  • Entrepreneur : Celui qui prend des risques, crée des opportunités et cherche à innover et à résoudre des problèmes.

Le risque croissant des contrepreneurs
  • Contrepreneur : Celui qui cultive l'aversion au risque, suscite des craintes et cherche à freiner l'innovation (identifiée comme la source des problèmes).

Dans l'article d'hier, nous avons examiné comment la stratégie de promotion de la réglementation fondée sur les risques a légitimé la précaution comme outil principal de la politique à Bruxelles. Elle a non seulement entraîné la perte des avantages importants que la gestion adéquate des risques aurait pu nous assurer, mais a aussi permis la cristallisation d'une mentalité d'aversion aux risques dans une population de plus en plus large qui considère toute innovation et tout développement comme suspect ou dangereux.

 

L'esprit d'innovation : la science, l'innovation, le développement et la technologie sont considérés comme des éléments clés de la capacité de l'homme à vaincre les menaces de la nature : la construction d'abris pour protéger l'homme contre les éléments ; les produits pharmaceutiques et les vaccins pour nous protéger de la maladie ; la technologie des semences et les moyens de protection des plantes pour assurer un approvisionnement alimentaire sûr à une population mondiale croissante. L'innovation et l'entrepreneuriat ont illustré l'esprit de l'humanité depuis l'appel de Francis Bacon pour une nouvelle science pour protéger l'homme des menaces de la nature.

 

La menace de l'innovation : Pour le contrepreneur, cependant, l'homme est la menace, et la nature est la victime. Les innovations de l'homme n'ont causé que des problèmes : produits chimiques qui contaminent notre corps, ce qui nous empêche de nous reproduire ; aliments imbibés de poisons issus de laboratoires ; médicaments qui font plus de mal que de bien ; et le changement climatique dû à notre consommation excessive qui va détruire la planète. Pire encore, l'entrepreneur prend tous les bénéfices de ces technologies non désirées et laisse les 99 % de la population dans la pauvreté générée par une telle avidité débridée et l'ignorance.

 

Pour sauver Mère Nature, le contrepreneur doit arrêter Père Profit. Quelques exemples :

 

  • La lutte contre les OGM et les pesticides de synthèse vient d'atteindre un tournant de l'intégrisme éco-religieux aux États-Unis avec la chasse aux sorcières [1] dirigée par les milieux de l'agriculture biologique contre les biologistes et la science GM.

 

  • Les attaques contre le commerce international et la mondialisation ont trouvé leur voix dans les manifestations contre les négociations commerciales du TPP (partenariat transpacifique) et du TTIP (Partenariat transatlantique de commerce et d'investissemen). La finance mondiale et la création de richesses sont considérées comme un mal qui doit être supplanté par de petites communautés locales « prosommateurs » inspirées par Jeremy Rifkin [2].

 

  • Les craintes d'une catastrophe climatique ont fait l'objet d'un appel au clairon [3] pour une mutation économique, sociale et environnementale majeure vers une société sans combustibles fossiles, sans commerce mondial et sans économie fondée sur la consommation.

 

Les contrepreneurs ne croient pas que l'homme est capable d'innover et de répondre aux défis mondiaux – en fait, il faut que l'homme dégage et laisse la nature se redresser. Des mots comme croissance, développement, innovation et retour sur investissement sont tombés en défaveur dans un récit soulignant la durabilité, la précaution et la nature. Nous assistons à un réalignement social/politique/économique par des activistes qui font avancer avec succès leur agenda contrepreneurial dans l'arène politique :

 

  • Le récent changement vers une approche réglementaire fondée sur les dangers a permis que le principe de précaution soit fermement ancré à Bruxelles.

 

  • Les activistes exigent que les régulateurs comme l'EFSA publient toute la recherche privée [4] sous-tendant les demandes de brevet de Monsanto. Les entrepreneurs ne doivent plus s'attendre à bénéficier de leurs innovations.

 

  • Les contrepreneurs se battent pour changer l'approche de l'évaluation des risques, réduire le rôle des données scientifiques et permettre la prise en compte de préoccupations sociales. Cela s'est vu récemment par des activistes faisant campagne à l'intérieur de l'EFSA [5] et le CIRC [6].

 

  • Les investissements dans la recherche des entreprises de certains secteurs ont été détournés du développement de technologies innovantes et de nouveaux produits vers la satisfaction des exigences réglementaires en matière de risques pour tenter d'éviter le retrait de substances du marché. Les études [7] sur la protection des plantes montrent de manière répétée la baisse des investissements dans la création de nouveaux produits en raison de l'accroissement des exigences réglementaires en matière de production de données.

 

Les contrepreneurs se moquent de la perte d'avantages et des menaces qui pèsent sur notre économie et notre qualité de vie. Ils marmonnent allègrement que nous pouvons produire suffisamment de nourriture avec l'agriculture biologique, ou répondre à l'ensemble de nos besoins énergétiques avec les énergies renouvelables, et que vous pouvez sauver la planète en changeant une ampoule, conscients qu'ils sont que l'attractivité de leur idéologie bien diffusée prévaudra sur toute rigueur statistique. La précaution nous permettra selon eux d'éliminer la plupart des produits chimiques, sources d'énergie et moyens de production.

 

C'est, bien sûr, de la folie – une idiotie dont on entend l'écho dans les constructions surréalistes comme Bruxelles – une bulle où personne ne travaille en fait [8], fait des choses ou doit faire face à des décisions difficiles sur une base quotidienne. La réglementation ne conduit pas à l'innovation comme l'annonçait le mantra du Bruxelles de la dernière décennie, mais plutôt à une mentalité culturellement défaitiste selon laquelle la croissance et l'innovation ne sont plus nécessaires.

 

Dans une économie en voie de désindustrialisation, il est possible de croire que les cultures peuvent survivre (et même prospérer) sans développement, capital-risque ni innovation. Nous avons été convaincus que nous pouvons bien vivre en laissant les autres produire nos biens matériels et notre nourriture dans une économie mondialisée et concevoir nos produits de l'avenir. Le commerce et les entreprises sont méprisés, les nouvelles technologies sont craintes et boudées par les gourous des médias sociaux et une vision économique irréaliste est dorénavant adoptée par une classe politique activiste émergente fermée au dialogue.

 

La recherche est construite sur la prise de risque et souvent les risques conduisent à des erreurs. Les grandes inventions et innovations ont souvent été développées à partir d'erreurs, mais comme la commission d'erreurs est devenue de plus en plus intolérable socialement (voir la All-trials campaign [9] qui exige que soient rendus publics tous les échecs dans le développement de produits pharmaceutiques), la recherche est en train de passer de l'exploration à des domaines où la production de résultats est mieux assurée (comme les évaluations réglementaires des risques). Dans un monde contrepreneurial, il n'y a pas de prise de risque et toute la recherche est orientée vers la correction des (prétendues) erreurs et des égarements de nos prédécesseurs scientifiques [10].

 

Comment se fait-il aujourd'hui que ceux qui ont pris des risques après la crise financière et se sont fait de l'argent soient méprisés par les contrepreneurs ? Comment se fait-il que les gens soient heureux avec une décennie de croissance lente voire nulle et considèrent que c'est la nouvelle norme ? Comment se fait-il que les activistes contrepreneuriaux puissent être parfaitement indifférents devant des enfants qui meurent par centaines de milliers chaque année de carence en vitamine A [11] plutôt que de permettre aux chercheurs de développer de nouvelles variétés de riz doré ?

 

Comment le contrepreneur a-t-il si bien réussi à menotter l'innovation et à dénigrer l'entreprenariat ? C'est l'objet du troisième et dernier article de cette série où nous verrons comment, dans une culture politique sans vision, l'opportunisme est la pratique qui permet aux contrepreneurs d'utiliser la précaution pour revenir en arrière sur nos réalisations.

 

 

________________

 

* Source : http://risk-monger.blogactiv.eu/2015/08/28/the-growing-risk-of-contrepreneurs/

 

David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger :

www.facebook.com/riskmonger.

 

[1] http://risk-monger.blogactiv.eu/2015/08/15/anti-gmo-neo-mccarthyism-its-getting-shilly-out-there/

 

[2] http://thethirdindustrialrevolution.com/

 

[3] http://deadline.com/2015/08/this-changes-everything-climate-change-docu-tiff-premiere-trailer-1201506754/

 

[4] http://corporateeurope.org/efsa/2013/02/decisive-year-food-safety-eu-campaign-update

 

[5] http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/embr.201338218/full

 

[6] http://ehp.niehs.nih.gov/wp-content/uploads/advpub/2014/10/ehp.1408601.acco.pdf

 

[7] http://www.ecpa.eu/files/attachments/R_and_D_study_2013_v1.8_webVersion_Final.pdf

 

[8] http://risk-monger.blogactiv.eu/2013/04/17/brussels-a-town-where-nobody-works/

 

[9] http://www.alltrials.net/

 

[10] http://www.eea.europa.eu/publications/late-lessons-2

 

[11] http://risk-monger.blogactiv.eu/2013/08/19/greenpeace’s-colonialist-ambitions/

 

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