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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ils sont bien nourris, ils n'ont pas besoin de manioc GM

17 Août 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Isaac Ongu, #Afrique, #Manioc

Ils sont bien nourris, ils n'ont pas besoin de manioc GM

 

Des activistes menacent l'adoption d'un manioc GM résistant à des virus et qui pourrait sauver un aliment de base en Afrique

 

Isaac Ongu*

 

Plantes de manioc saines (à droite) et infectées par le virus de la mosaïque (à gauche). Notez la différence au niveau des racines.

Source : http://cahnrs.wsu.edu/news-release/2011/12/13/fast-cheap-and-accurate-improved-virus-detecting-test-helps-check-spread-of-cassava-disease/

 

 

Les cultures associées – un système pratiqué par la plupart des petits agriculteurs de l'Afrique, qui consiste à cultiver deux ou plusieurs espèces dans un même champ – pourraient contribuer à fournir une alimentation équilibrée aux ménages les plus pauvres. Les petits agriculteurs africains les utilisent aussi pour minimiser les risques de perte totale de récolte. Ici, il y a des cultures qui fournissent des glucides comme le maïs et le manioc, en association avec des légumineuses comme le haricot et le soja [1].

 

Les cultures associées sont possibles avec la plupart des plantes génétiquement modifiées avec une exception notable. Quand un agriculteur plante, par exemple, du maïs GM résistant à un herbicide qui est en quelque sorte jumelé avec le glyphosate, il ne peut pas intercaler une espèce qui ne résiste pas à cet herbicide car celui-ci l'éliminerait.

 

Les activistes anti OGM ont intentionnellement déformé ce fait pour désinformer et effrayer les agriculteurs, en alléguant qu'aucune plante GM ne peut être intercalée. Une des espèces qu'ils visent est le manioc, l'aliment de base le plus important de l'Afrique, génétiquement modifié et enrichi du point de vue nutritionnel ; ce manioc a été rendu résistant à deux des virus les plus virulents en Afrique, la striure brune et la mosaïque du manioc.

 

Source : http://www.fao.org/ag/save-and-Grow/cassava/fr/index.html

 

 

Pourquoi les activistes ciblent-ils le manioc?

 

Le manioc, contrairement aux céréales, est multiplié par voie végétative. Les agriculteurs peuvent replanter avec des boutures issues de leur culture précédente. Les écologistes anti-science prétendent dans leur propagande que l'adoption de cultures GM empêcherait les petits agriculteurs africains de replanter avec des « semences de ferme » ; mais rien n'est plus faux ! Les activistess sont donc venus avec un autre récit d'épouvante. Ils disent aux agriculteurs qu'ils ne pourront pas intercaler le manioc résistant au glyphosate avec des haricots ou une autre culture de leur choix. C'est là un mensonge flagrant, car il n'y a pas de manioc Roundup Ready, résistant au glyphosate, ni diffusé, ni en cours de développement.

 

Évaluation de la croissance du maïs complanté avec du manioc (photo : IITA, Institut international d'agriculture tropicale)

 

Du manioc résistant à des virus pour l'Afrique

 

Le manioc génétiquement modifié fait actuellement l'objet de recherches au Kenya et en Ouganda dans le cadre d'un projet collaboratif appelé « Manioc résistant aux virus pour l'Afrique » [2]. Il implique des centres publics de recherches agricoles d'Afrique comme l'Institut National de Recherche sur les Ressources Agricoles de l'Ouganda et l'Organisation pour la Recherche sur l'Agriculture et l'Élevage du Kenya, ainsi que le Donald Danforth Plant Science Center ; ils visent tous à développer des variétés de manioc qui ne sont pas seulement résistantes aux virus, mais plaisent aussi aux agriculteurs. Lorsqu'elles sont promues et diffusées, ces variétés de manioc sont susceptibles de sauver les variétés préférées des agriculteurs qui avaient été abandonnées parce qu'elles étaient sensibles à la maladie des stries brunes [3].

 

Les agriculteurs recherchent des variétés de manioc qui ne sont pas seulement résistantes mais qui ont le goût familier que eux-mêmes et leurs enfants ont toujours apprécié. Le génie génétique a un grand potentiel pour préserver les traits désirables avec une variation minimale par rapport à la sélection classique qui apporte toujours des différences marquées dans les goûts et les textures. Ce projet a pour objectif non seulement de livrer des maniocs résistants mais aussi de sauver les variétés préférées des agriculteurs qui ont été abandonnées à cause des virus.

 

La question que les producteurs de manioc africains posent toujours dans divers forums agricoles est : pouvez-vous nous redonner notre variété préférée ? Le projet Manioc résistant aux virus pour l'Afrique peut répondre à cette question. La plupart des variétés tolérantes que les agriculteurs utilisent actuellement ont été obtenues par sélection classique et présentent des problèmes de goût et de conservation au champ avant et après maturité. La plupart des agriculteurs préfèrent des variétés tardives, mais il semble que les variétés actuelles «tolérantes» obtenues par sélection classique ne font que « tricher » avec le virus en produisant des tubercules plus tôt, lesquels se gâtent après un certain temps. Un caractère de durabilité a été perdu dans le processus, ce qui n'est pas bon pour la sécurité alimentaire de la plupart des familles africaines qui préfèrent « stocker » leurs tubercules dans le sol pour satisfaire aux besoins futurs.

 

 

Champ de manioc avec plantes saines et plantes infectées par le virus de la mosaïque

Source : http://www.apsnet.org/publications/apsnetfeatures/Pages/cassava.aspx

 

Une culture d'intérêt

 

Les scientifiques améliorent le manioc en raison de son potentiel pour la sécurité alimentaire des ménages ainsi que de son potentiel en tant que matière première industrielle pour la brasserie, la boulangerie, et la production de carburants et de produits pharmaceutiques. Les activistes anti OGM font aussi de la résistance face à la biotechnologie du manioc parce que celle-ci est susceptible de vider leur sac à mensonges sur les plantes génétiquement modifiées. Ils ont vraiment peur que le nouveau manioc GM, axé sur la préservation des caractères préférés des agriculteurs, ait une forte chance d'être adopté par les ménages – s'il n'est pas bloqué.

 

 

Racines de manioc atteintes par la striure brune

Source : http://www.rtb.cgiar.org/scientists-alarmed-by-rapid-spread-of-brown-streak-disease-in-cassava/

 

________________

 

* Isaac Ongu est un agriculteur. Il écrit sur la science et promeut les actions politiques fondées sur la science pour relever les défis agricoles dans les pays en développement. Suivez Isaac sur twitter @onguisaac.

 

Publié à l'origine à :

 

http://www.geneticliteracyproject.org/2015/08/14/activists-threaten-adoption-of-virus-resistant-gmo-cassava-that-could-rescue-africas-staple/

 

Mes notes

 

[1] Ce site fournit une bonne description de la culture du manioc :

http://www.agriguide.org/index.php?what=agriguide&id=157

 

[2]« Virus resistant cassava for Africa », VIRCA. Le nom et le sigle n'existent qu'en anglais.

 

Grâce à l'activisme anti-OGM d'une frange des pouvoirs politiques, qui va au-delà d'EELV, la France s'est exclue du développement agricole de l'Afrique en faisant adopter à l'Agence française de développement (AFD) une doctrine qui interdit de financer la recherche, l’achat, la promotion ou la multiplication de semences génétiquement modifiées. Et dire que M. Pascal Canfin, à l'époque Ministre délégué au Développement auprès du Ministre des Affaires étrangères, s'est vanté de cette décision comme étant une de ses réalisations majeures... S'il savait !

 

[3] Chez les plantes reproduites par semences, la stratégie normale consiste à produire une plante génétiquement modifiée à partir de laquelle on peut soit transformer des variétés existantes par rétrocroisements (« backcrossing »), soit produire des variétés nouvelles. La deuxième option est rapidement préférée car elle permet de cumuler l'avantage conféré par le transgène et le progrès génétique issue des techniques « conventionnelles » d'amélioration des plantes. Quand on dit, par exemple, « maïs MON 810 », il faut entendre non pas un seul maïs, mais des centaines de varétés.

 

Chez les plantes à multiplication végétative, les techniques « conventionnelles » de croisements suivis de sélection peuvent être plus difficiles à mettre en œuvre et plus longues à aboutir. Dans ce cas, on procède à la transformation génétique de chaque variété existante. Ainsi, la variété de pomme de terre 'Fortuna' de BASF (que nous avons vue dans un billet précédent), c'est la variété préexistante 'Agria' rendue résistante au mildiou par insertion de deux gènes, Rpi-blb1 et Rpi-blb2, provenant Solanum bulbocastanum, une espèce de pomme de terre sauvage d'Amérique du Sud.

 

 

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